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L'étudiant, le casseur et le travailleur — l'analyse complète

DATE:19.10.2026
TEMPS_LECTURE:47_MIN
Emblème du MCCF — rubrique Analyses
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La version intégrale : les dix mesures, la grève, l'argent de l'école, 1968 et les mobilisations depuis, la polarisation, le 17 octobre, et ce que nous proposons.

Version intégrale. La version courte est ici.

Le 18 septembre, le lycée Saint-Exupéry de Créteil bloque. En une quinzaine de jours, le mouvement gagne l’Île-de-France puis le reste du pays : le 1er octobre, environ neuf cents actions sont recensées et quatre cents établissements ferment. Le 8 octobre, la CGT annonce cent trente mille manifestants, le ministère de l’Intérieur soixante et onze mille cinq cents.

Le premier vient d’un syndicat qui a intérêt à ce qu’il soit grand, le second d’un gouvernement qui a intérêt à ce qu’il soit petit.

Ce mouvement n’est pas parti d’un syndicat. Il est né d’appels épars sur TikTok, lancés par des élèves sans affiliation déclarée. Nous y reviendrons : c’est ce qui le tuera.

Depuis, chacun y trouve ce qu’il était venu chercher : les uns la jeunesse qui se lève, les autres la jeunesse qui casse.

Nous ne défendons pas le gouvernement. Nous ne défendons pas un État qui laisse pourrir ses écoles, qui n’a même pas l’inventaire des bâtiments dont il a la charge, et qui range les enfants selon le lycée où le hasard de la naissance les a mis. Une partie de ce qu’ils dénoncent est vrai, et nous le dirons d’abord.

Mais dénoncer juste ne suffit pas, et depuis soixante ans cela n’a jamais suffi. Ce qui suit n’est donc pas le reproche qu’on leur fait partout — nous ne leur demandons ni moins de colère, ni plus de calme. Nous disons que le moyen choisi ne touche pas ce qu’il faudrait toucher, et qu’un mouvement qui laisse intact ce qui décide perd d’avance, quelle que soit sa force.


I. CE QU’ILS DEMANDENT

I.1 — Les dix mesures

Le 5 octobre — soit deux semaines et demie après Créteil — l’Union étudiante et l’Union syndicale lycéenne lancent une plateforme de dix mesures d’urgence, signée par l’UNEF, la FAGE et Solidaires étudiant·e·s. Il faut la lire en entier avant d’en parler, parce qu’elle ne ressemble ni à ce que la droite en dit, ni à ce que la gauche en retient.

Le bâti scolaire. Un plan d’urgence de rénovation des établissements « délabrés et insalubres », adaptés au climat — isolation et chauffage contre le froid, climatisation et rafraîchissement contre les canicules — et, dans chaque établissement, les moyens d’entretenir ses locaux et des sanitaires propres et fonctionnels.

Il faut s’arrêter sur cette dernière demande. Dans la sixième économie du monde, des élèves descendent dans la rue pour obtenir des toilettes qui fonctionnent.

Dans la rue, leurs porte-parole y ajoutent un plan d’investissement de dix milliards d’euros pour les lycées : « tant qu’on n’aura pas 10 milliards sur la table, on continuera à se mobiliser ».

Le personnel, et des titulaires. Un plan massif de recrutement : un infirmier, un psychologue et un conseiller d’orientation pour cinq cents élèves dans chaque établissement. À ce jour, la DEPP comptait un psychologue pour mille élèves dans le second degré. Des postes d’enseignants supplémentaires — « et non pas des emplois contractuels » — pour en finir avec les remplacements non assurés. Un statut pour les AESH, ces accompagnants d’élèves handicapés que l’État emploie sans vouloir les reconnaître.

Les rythmes scolaires. Une refonte au collège, au lycée et dans le supérieur ; un retour sur la réforme du baccalauréat et du lycée ; et une pause méridienne d’au moins une heure et demie pour tous.

Deux cent cinquante mille places et la fin de la sélection. Ils demandent la fin de la « sélection algorithmique » via Parcoursup et Mon Master, deux cent cinquante mille places supplémentaires dans le supérieur dès septembre 2027 — et, c’est important, ils veulent conserver une plateforme nationale centralisée, « mais sans sélection ».

La précarité étudiante, qui occupe quatre des dix mesures. L’abandon du gel des APL, leur revalorisation, leur rétablissement pour les étudiants étrangers, et le renoncement à une réforme du calcul qui en priverait cent quarante-sept mille étudiants. Les moyens de garantir le repas à un euro dans les CROUS. La suppression des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. Et une revalorisation des bourses de deux cents euros, versées sur douze mois au lieu de dix, qui ferait selon eux trois cent mille boursiers de plus. Les bourses n’ont pas bougé depuis 2023.

La démocratie lycéenne. Davantage de sièges pour les élèves dans les conseils d’administration, et des scrutins de liste aux élections lycéennes « afin de permettre la représentativité syndicale ».

Et la fin de la répression. Que les forces de l’ordre coupables de violences soient poursuivies en justice, et que les absences liées à la mobilisation ne soient « ni prises en compte, ni sanctionnées ».

Les quatre dernières demandes ne tiennent pas debout. C’est l’objet de ce qui suit.

I.2 — Ce qui ne tient pas debout

Une bonne moitié de cette liste est raisonnable, et une part n’est même pas discutable : des toilettes qui marchent, un infirmier dans un établissement, un professeur devant chaque classe. Le reste pose des problèmes que personne, dans ce mouvement, n’a traités.

La fin de la sélection à l’université. C’est l’exigence centrale, et la plus faible. Une place en amphithéâtre, un poste de travaux pratiques, un terrain de stage : ces choses existent en nombre fini. Partout où les candidats dépassent les places, quelqu’un choisit. Si ce n’est pas l’université, ce sera le tirage au sort, la file d’attente, ou les moyens de la famille. Demander une plateforme centralisée « sans sélection », c’est demander que le problème disparaisse en changeant le nom de celui qui le tranche. La sélection ne s’abolit pas, elle se déplace — et déplacée, elle devient invisible, donc incontestable.

Il y a plus grave. Le baccalauréat ne garantit plus rien. Inscrire sans condition des bacheliers dont on sait qu’ils ne suivront pas, ce n’est pas leur ouvrir une porte : c’est leur faire perdre deux ans avant de les remettre dehors — ou bien abaisser la licence jusqu’à ce qu’ils l’obtiennent, ce qui revient au même en plus lâche. Et le diplôme ainsi dévalué, ce n’est pas celui des héritiers : c’est celui des autres. Le nivellement par le bas se présente toujours comme une faveur faite aux pauvres. Il n’a jamais été que la confiscation de ce qui leur restait.

Deux cent cinquante mille places pour septembre 2027. Ni bâtiments, ni enseignants — qu’il faudrait avoir formés avant —, ni financement, ni calendrier. Un chiffre rond n’est pas un plan.

Dix milliards pour les lycées. Le montant n’est rattaché à aucune réforme : ni des méthodes, ni de l’organisation, ni de la répartition. On verse dans un trou et on attend qu’il se comble. Or l’argent ne manque pas — c’est le chapitre suivant, et c’est le cœur de cet article. Le montant est d’ailleurs réclamé à un ministre qui ne possède même pas les murs.

La « démocratie lycéenne ». Des élèves pour la plupart mineurs demandent plus de sièges au conseil d’administration de leur établissement, et surtout des scrutins de liste « afin de permettre la représentativité syndicale ». Il faut lire cette dernière phrase deux fois : ce ne sont pas les élèves qui gagnent des droits, ce sont les organisations qui gagnent des sièges.

Une participation existe déjà, et elle est suffisante. La question qu’aucun d’eux ne pose, c’est où cela s’arrête. Des élèves qui pèsent sur les emplois du temps ? Sur les programmes ? Sur le recrutement des professeurs ? Un établissement n’est pas une assemblée, et l’élève n’y est pas un administré : il y est pour apprendre, et il n’a pas encore ce qu’il faut pour décider de la façon dont on le lui apprend. Ce n’est pas un mépris de la jeunesse. C’est ce que signifie être élève.

Et la fin de la répression, qui ne veut rien dire ainsi posée. Que des policiers coupables de violences illégitimes soient poursuivis : évidemment, et c’est déjà le droit — des enquêtes de l’IGPN sont ouvertes. Mais la demande est formulée à sens unique, et c’est là qu’elle se disqualifie.

On ne peut pas réclamer la justice et n’en désigner qu’un seul destinataire. Si les tribunaux doivent se saisir des violences commises dans ces journées, alors ils se saisiront de toutes : celles des forces de l’ordre, et celles qui ont envoyé des policiers à l’hôpital et vingt-quatre établissements en travaux. Une justice qui ne juge qu’un camp porte un autre nom.

Et la dernière mesure, qui dit tout le reste. Ils demandent que leurs absences ne soient « ni prises en compte, ni sanctionnées ». C’est-à-dire qu’ils réclament, noir sur blanc, que leur action ne leur coûte rien.

On peut difficilement mieux résumer ce qui sépare ceci d’une grève. Et c’est eux qui l’ont écrit.

I.3 — Ce que le gouvernement répond

Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, annonce le 2 octobre de « premières mesures concrètes » : pour l’essentiel, l’ouverture d’une plateforme de consultation. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, ne prend aucun engagement et fait savoir qu’aucune décision ne sera arrêtée avant la fin du mois d’octobre.

Une concession tout de même : les frais d’inscription en BTS et en classes préparatoires sont retirés du budget. Voilà. Trois semaines de blocages, vingt-quatre lycées incendiés ou saccagés, cinq mille interpellations — et des frais d’inscription qui ne seront pas créés.

Pendant ce temps, le projet de budget pour 2027 prévoit le recrutement de trois mille trois cent trois agents dans l’Éducation nationale — moins qu’en 2026 — et la suppression de mille cinq cent quatre-vingt-huit postes d’enseignants titulaires.

On ouvre une consultation d’un côté et on ferme des postes de l’autre. Ce n’est pas de la maladresse : c’est la méthode. On gouverne par l’usure, en attendant que les vacances de la Toussaint dispersent ce que la police n’a pas dispersé.


II. MAIS CE N’EST PAS UNE GRÈVE

II.1 — Une grève coûte à celui qui la fait

Un ouvrier qui se met en grève ne touche pas sa journée. À la fin du mois, la somme manque sur sa feuille de paie, et elle manque aussi dans le loyer, dans les courses, dans ce qu’il avait promis à ses enfants. C’est une décision qui se prend à la table de la cuisine, pas dans la cour de l’usine, et qui se paie en entier.

C’est précisément ce prix qui fait la force de la chose. Un homme qui accepte de perdre une semaine de salaire a démontré, sans avoir à le dire, qu’il tiendra. Celui d’en face le sait, le calcule, et finit par traiter avec lui. La grève n’est pas un cri : c’est un engagement de ses propres moyens, et c’est pour cela qu’on la respecte.

Le lycéen qui bloque perd quelque chose, lui aussi : des heures de cours qu’il faudra rattraper, c’est-à-dire des chapitres expédiés en mars parce qu’ils ont sauté en octobre. Mais il ne perd rien qui se compte, rien qu’il doive retirer d’une enveloppe, rien qui l’oblige à peser sa décision contre un loyer.

Et ils ne s’en cachent pas : la dixième de leurs mesures demande que leurs absences ne soient ni comptées ni sanctionnées. La revendication d’un mouvement qui tient à ce que son action reste gratuite.

Et ce qu’on obtient se mesure à ce qu’on risque.

II.2 — Et elle doit coûter à l’adversaire

Une usine à l’arrêt, c’est une chaîne qui ne produit pas, des commandes qui ne partent pas, des pénalités de retard, un carnet qui se vide et un propriétaire qui compte les heures. Voilà pourquoi la grève plie les patrons : elle les touche là où ils sont — dans leurs comptes.

Un lycée bloqué ne coûte rien à personne. Le propriétaire des murs, c’est la Région, et elle paie exactement la même chose qu’un jour ordinaire. L’État verse les mêmes traitements. Les professeurs sont présents, les agents aussi, le chauffage tourne. Pas un euro ne manque nulle part. Au bout de deux semaines, le seul effet mesurable d’un blocage, c’est le retard accumulé par ceux qui le subissent.

On croit faire grève contre le capital : on fait grève contre son propre avenir, et le capital n’en sait même rien.

II.3 — Bloquer, c’est contraindre les siens

Une grève, dans son principe, n’oblige personne : celui qui veut travailler travaille, et les autres le tiennent pour un camarade qui n’a pas pris le même risque, pas pour un ennemi. Il arrive que des piquets ferment les portes, et cela se discute — mais c’est alors une tactique de grévistes contre un patron, pas une tactique d’élèves contre d’autres élèves.

Un blocage, c’est l’inverse. On enchaîne les grilles, on empile les poubelles, et l’élève qui voulait son cours de mathématiques rentre chez lui, qu’il soit d’accord ou non. La contrainte ne s’exerce pas sur le ministre : elle s’exerce sur ceux qu’on prétend défendre.

Et pas sur tous de la même façon. Celui dont les parents paieront des cours particuliers, une prépa privée ou une école à quinze mille euros l’année ne perd rien à deux semaines de blocage : il rattrapera ailleurs, et plus vite. L’autre n’a pas d’ailleurs. Fermer un lycée, ce n’est donc pas fermer la même porte à tout le monde — c’est n’en fermer qu’une seule, et toujours à celui qui n’en avait qu’une.

II.4 — Une mobilisation sans prix ne trie personne

Une action qui ne coûte presque rien à celui qui la mène rassemble large, et c’est ce qui donne les chiffres des premiers jours. Elle rassemble aussi ceux qui sont venus pour autre chose que la cause — c’est mécanique : là où le prix est faible, le tri l’est aussi.

Et le chiffre qui tranche arrive vite. Le 12 octobre, 96,5 % des établissements étaient ouverts, selon le ministère. Le blocage, l’arme que le mouvement s’était choisie, n’a pas tenu trois semaines.

La colère, elle, est descendue dans la rue : le 13 octobre, entre 266 000 et 450 000 personnes défilaient. Mais une manifestation ne dure qu’un jour, et le chapitre VI dira ce qu’elle est devenue.

II.5 — Vingt-quatre lycées

Vingt-quatre établissements incendiés ou saccagés au point de ne pas pouvoir rouvrir avant plusieurs semaines. Le chiffre n’est pas d’un journal ni d’un adversaire : il est du ministre, devant l’Assemblée nationale. Les Régions estiment les dégâts à une vingtaine de millions d’euros. À Nantes, le hall du lycée Nelson-Mandela a brûlé, et le feu a gagné la façade avant d’être maîtrisé.

Il n’y a rien à expliquer là-dedans, et surtout rien à excuser. On réclamait des murs dignes : on en a réduit en cendres. On dénonçait le manque de moyens : on vient d’en détruire. Une école brûlée, ce sont des classes qui n’ouvriront pas pour des gosses qui n’y étaient pour rien, et une facture que la Région paiera en renonçant à rénover ailleurs. Le geste ne se retourne pas contre l’État : il se retourne contre le quartier, et il y restera des années.

Et il y a l’autre moitié. Cinq mille interpellations entre le 21 septembre et le 2 octobre, selon le ministère de l’Intérieur. Un lycéen de quinze ans a eu la main gauche arrachée à Lens, le 5 octobre, par l’explosion d’une grenade. Des enquêtes de l’IGPN sont ouvertes.

Vingt-quatre lycées saccagés, et un enfant de quinze ans amputé. Celui qui ne cite qu’un des deux fait de la politique. Nous citons les deux, parce que les deux sont des échecs du même État — et parce qu’aucun des deux ne rachète l’autre.

Sur l’homme qui a lancé cette grenade, l’enquête dira ce qu’il avait devant lui. Ce que l’on sait déjà, c’est dans quelles conditions on les envoie. Des hommes dont près de quarante pour cent du temps de travail part en tâches administratives, formés en un an quand la Norvège et la Finlande en prennent trois, qu’on met en face d’une foule qui les hait d’avance, qu’on caillasse, qu’on filme, qu’on insulte, et dont on sait que le moindre geste sera jugé au ralenti par des gens qui n’y étaient pas. On leur demande de contenir ce que quarante ans de politique sociale ont produit — puis on les désigne comme le problème.

Ils sont le tampon, pas la cause. Et la faute ne revient pas à l’homme qu’on a mis là : elle revient à ceux qui l’y ont mis sans les moyens de faire autrement. C’est la même phrase que pour le casseur, et nous l’appliquons aux deux — la condition explique, elle n’excuse pas.

Reste un fait de structure. Un mouvement sans organisation n’a personne pour tenir sa propre marge, personne pour en répondre, personne pour la mettre dehors. Faute de structure, il ne choisit pas ce qu’on retiendra de lui.

Et ce qu’on retiendra, c’est le hall calciné — pas les deux cent cinquante mille places.


III. L’ARGENT N’EST PAS LE PROBLÈME

Ils réclament dix milliards. Ce chapitre montre que l’argent est déjà là, qu’il ne va pas où il servirait, et qu’en verser davantage sans rien changer d’autre ne produirait rien.

III.1 — L’argent existe

En 2025, la France a consacré 199,2 milliards d’euros à son système éducatif, soit 6,7 % de son produit intérieur brut. L’État en finance 55 %, les collectivités 23 %, les entreprises 10 %, les ménages 8 %. Le Conseil d’analyse économique estime ce total surévalué d’environ 17 milliards, en raison d’une convention comptable sur les pensions des fonctionnaires.

Même corrigé, c’est un des budgets éducatifs les plus lourds d’Europe. Il ne s’agit donc pas d’un pays qui aurait cessé de payer pour ses écoles.

La question n’est pas combien la France dépense. Elle est où va cet argent, et ce qu’il produit.

III.2 — Il manque là où tout se joue

Voici ce que l’État et les collectivités dépensent chaque année, par élève, selon le niveau :

NiveauDépense annuelle par élève
École élémentaire6 940 €
Collège8 790 €
Lycée général et technologique11 300 €
Lycée professionnel12 740 €

Qu’un lycéen coûte plus qu’un écolier n’a rien d’anormal : les enseignements se spécialisent, les équipements coûtent cher, les professeurs sont plus nombreux par classe. Ce qui doit être expliqué, c’est la comparaison avec les autres pays développés.

Par écolier, la France dépense environ 9 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE. Par lycéen, elle dépense plus de 30 % de plus. Même pays, même budget, même ministère — et deux positions opposées selon l’âge de l’élève.

Or c’est avant et pendant l’école primaire que les écarts entre enfants se forment. À l’entrée en cours préparatoire, 42 % des élèves des réseaux d’éducation prioritaire renforcée maîtrisent la compréhension orale, contre 74 % des autres. Les écarts en mathématiques continuent ensuite de se creuser tout au long du primaire. Au collège, ils bougent peu — mais ils deviennent définitifs, parce que ceux qui arrivent en avance progressent plus vite que ceux qui arrivent en retard.

La France économise sur les années où l’on peut encore rattraper un enfant, et dépense sur celles où l’on ne fait plus que trier ceux qui l’ont été.

III.3 — Et il abonde là où il change le moins de choses

La Cour des comptes a cherché à comprendre le surcoût du lycée français. Elle l’évalue entre 28 % et 37 % au-dessus de la moyenne de l’OCDE, et en donne les raisons.

Les heures. Un lycéen français suit de l’ordre de 1 200 heures de cours par an, contre environ 1 000 en moyenne dans l’OCDE — et ces heures sont tassées sur un petit nombre de semaines, ce qui épuise les élèves sans rien économiser.

Les options. Jusqu’à 58 langues vivantes présentables à l’oral du baccalauréat, dont une vingtaine choisies par moins de 50 élèves chacune.

La taille des établissements. 11 % des lycées comptent moins de 100 élèves, et le coût par élève y grimpe mécaniquement.

Et un encadrement mal réparti, d’un établissement à l’autre comme d’un niveau à l’autre.

Pour quel résultat ? La Cour est sèche : ni une meilleure réussite dans les études après le baccalauréat, ni une meilleure insertion professionnelle pour les bacheliers professionnels.

Un tiers de dépense en plus que nos voisins, et rien de plus au bout. Ce n’est pas un système qu’on a privé d’argent : c’est un système qui ne sait plus ce qu’il achète.

C’est pourquoi la revendication de dix milliards, telle qu’elle est posée, ne mène nulle part. Augmenter la dose d’un traitement qui ne soigne pas ne guérit personne — cela coûte seulement plus cher.

III.4 — Ce que coûte la machine

L’argent ne va pas qu’aux salles de classe. En 2023, le ministère a dépensé 2,745 milliards d’euros pour ses personnels administratifs, en hausse de 160 millions sur un an.

Et le périmètre est plus large qu’on ne croit. En 2021-2022, près de 333 000 personnes étaient payées par le ministère pour des tâches qui ne sont pas l’enseignement — dont seulement 57 000 administratifs au sens strict, l’essentiel dans les rectorats ; le reste étant l’encadrement, la vie scolaire, l’accompagnement. La France figure parmi les trois pays qui consacrent plus de 20 % de la dépense de leurs établissements à des personnels non enseignants.

Nous ne disons pas que ces métiers sont inutiles : un établissement sans surveillants, sans infirmière et sans secrétariat ne fonctionne pas, et les manifestants en réclament davantage — à juste titre. Nous disons qu’un système qui dépense un tiers de plus que ses voisins par lycéen, pour des résultats qui ne sont pas meilleurs, a un problème d’organisation avant d’avoir un problème de budget.

Et il reste une question que nous posons sans pouvoir y répondre : sur deux cents milliards annuels, personne n’est en mesure de dire précisément ce qui arrive devant un élève et ce qui se perd en route. L’absence de réponse, elle, est un fait.

III.5 — Des murs dont personne ne répond

Les lycéens réclament des bâtiments dignes à un ministre qui ne possède pas les murs. Les lycées appartiennent aux Régions, les collèges aux Départements, les écoles maternelles et élémentaires aux communes. L’État paie les personnels, pas les toitures.

En 2026, les lycées coûtent aux Régions 4,4 milliards d’euros de fonctionnement et 2,6 milliards d’investissement. Elles assurent avoir « beaucoup investi » — l’Île-de-France seule revendique 6,6 milliards depuis 2015 — et contestent que l’état général des lycées soit mauvais. Les lycéens, eux, décrivent des toilettes hors d’usage et des classes glacées. Qui a raison ? Personne ne peut le dire, et c’est le fait qui suit.

Pendant ce temps, l’État a réduit leurs dotations de 1,7 milliard d’euros en deux ans, et le projet de budget pour 2027 en retire un milliard de plus.

Et voici le fait qui résume tout. Des députés ont voulu savoir dans quel état se trouve le bâti scolaire français. Ils n’ont trouvé aucun inventaire national. Il n’en existe pas. Le seul chiffre disponible vient d’une enquête syndicale portant sur six cent trente-trois établissements.

Un État qui ne compte pas ses écoles n’a pas l’intention de les réparer. Et des élèves qui réclament à un ministre ce qui dépend d’une Région, que l’État assèche, ne trouveront jamais personne en face d’eux. Ce n’est pas un dysfonctionnement : c’est ce que produit une chaîne où chacun peut désigner le maillon suivant.

III.6 — Parcoursup, symptôme pris pour la cause

Reste l’ennemi désigné, celui dont tout le monde connaît le nom.

Le 17 février 2026, une mission de l’Assemblée nationale a rendu ses conclusions. Parcoursup est « une réussite sur le plan technique » et « un échec sur le plan politique ». La section du rapport consacrée à l’orientation s’intitule « Parcoursup est un révélateur d’inégalités sociales » — un révélateur, non une cause. L’un des rapporteurs précise que l’enseignement supérieur français est marqué par un déterminisme social, culturel et territorial dont la plateforme ne saurait être tenue pour responsable.

Et un sénateur ajoute ce que personne ne veut entendre : supprimer Parcoursup ne réglerait rien, parce qu’il y a bien plus de candidats que de places.

L’algorithme n’a pas créé la pénurie : il la répartit. On s’en prend à lui parce qu’il a un nom, une interface et une date — alors que ce qui décide réellement n’a ni visage ni calendrier.

C’est la mécanique de tout ce chapitre, et elle vaut au-delà de l’école : on attaque ce qui est visible, et on laisse intact ce qui est en cause.


IV. CE QUE L’HISTOIRE RÉPOND

Les mouvements de jeunesse ne sont pas nouveaux. On peut donc regarder ce qu’ils ont obtenu, et ce qu’ils n’ont jamais obtenu.

IV.1 — 1968 : deux colères, deux classes

On raconte Mai 68 comme un soulèvement unique. Il y en a eu deux, et ils ne se ressemblaient pas.

Le premier couvait depuis deux ans dans les usines. Rhodiaceta à Besançon en 1967, Saviem à Caen en janvier 1968, Redon : des grèves longues, dures, sur les salaires, les cadences et l’emploi. Personne n’en a fait de film.

Le second est né à Nanterre. Le 21 mars 1967, des étudiants — les futurs fondateurs du Mouvement du 22 Mars — occupent le bâtiment des filles de la cité universitaire et y passent la nuit, pour obtenir le droit de visite dans les chambres. Les règlements interdisaient aux garçons d’y entrer et aux filles de sortir après 23 heures. L’occupation se répète en février 1968. Le 22 mars 1968, les mêmes occupent la tour administrative, cette fois pour faire libérer des camarades arrêtés après une manifestation contre la guerre du Vietnam.

D’un côté, des hommes qui se battaient pour ce qu’ils gagnaient. De l’autre, des fils de la bourgeoisie qui se battaient pour entrer dans les chambres des filles. Ni le même objet, ni le même poids, ni la même classe — et il n’y a pas lieu de mettre les deux sur le même plan.

Précisons-le, parce que c’est un point de différence avec aujourd’hui : le mouvement étudiant de 1968 était, pour l’essentiel, un mouvement de fils de bourgeois. L’université n’avait pas encore été ouverte. Ce n’est plus vrai des universités d’aujourd’hui, et c’est la seule chose qui plaide pour le mouvement actuel.

IV.2 — Qui a obtenu quoi

La suite est rapide. Nanterre ferme le 2 mai, la Sorbonne s’embrase le 3, les barricades tiennent la nuit du 10 au 11. Le 13 mai, les syndicats appellent à la grève générale. Le 14, Sud-Aviation s’arrête à Nantes. En quelques jours, le pays compte des millions de grévistes.

Le 27 mai, à Grenelle, le gouvernement cède sur l’essentiel : le salaire minimum augmente de 35 %, les autres salaires d’environ 10 %. La loi du 27 décembre 1968 crée la section syndicale d’entreprise et le délégué syndical dans les établissements de plus de cinquante salariés. Viennent ensuite la quatrième semaine de congés payés et la mensualisation.

En juin, les gaullistes remportent seuls la majorité absolue des sièges — une première pour un parti sous la Ve République.

Faisons les comptes. Les ouvriers repartent avec le salaire, le droit syndical dans l’entreprise et des congés. Le pouvoir repart avec une majorité écrasante. Et les étudiants ?

Les étudiants repartent avec les mœurs. La fin des règlements de cité universitaire, la liberté sexuelle érigée en principe, et le renversement de l’autorité dans la famille comme à l’école.

C’est leur seule conquête durable, et nous la tenons pour un désastre. Non pas parce que des jeunes gens ont voulu vivre autrement — cela, c’est de tout temps. Mais parce que ce qu’ils ont ouvert était, dès l’origine, la forme culturelle du marché lui-même.

Il suffit de regarder qui l’a payée. Les rapports d’Alfred Kinsey, qui ont lancé la « révolution sexuelle » en 1948 et 1953, ont été financés par la Fondation Rockefeller — 40 000 dollars par an dès 1947, venus entièrement d’elle, qui soutient la même année la création de son institut. Le centre d’archives de la Fondation intitule lui-même son article sur le sujet : « Financer une révolution sexuelle ». Ce n’est pas une thèse : c’est leur propre titre.

Michel Clouscard l’a écrit dès 1973 : un libéralisme permissif dans les mœurs et répressif dans l’économie.

Le capital n’a rien perdu en 1968. Il a gagné un marché nouveau, et une jeunesse qui s’est crue révolutionnaire en le lui ouvrant.

IV.3 — Et le parti ouvrier, lui, ne s’y est pas trompé

On nous dira que nous jugeons avec cinquante ans de recul. Faux : le mouvement ouvrier l’a dit sur le moment, et il l’a dit durement.

Le 3 mai 1968, dans L’Humanité, Georges Marchais publie un éditorial contre le Mouvement du 22 Mars. Il leur reproche de desservir les étudiants, de favoriser les provocations, de servir en définitive le pouvoir gaulliste — et surtout de se présenter aux portes des usines et dans les foyers de travailleurs immigrés pour y faire la leçon au mouvement ouvrier.

Et sur les mœurs, la position du parti était sans ambiguïté. Jusqu’aux années 1970, sa direction tenait l’homosexualité pour « un vice bourgeois ». En mai 1972, interrogé par Le Nouvel Observateur, Pierre Juquin résume la ligne : l’homosexualité et la drogue n’ont rien à voir avec le mouvement ouvrier, elles en sont l’inverse. Et lorsque le Front homosexuel d’action révolutionnaire vient interpeller les communistes dans leurs meetings, c’est Jacques Duclos lui-même qui les prend à partie, à la Mutualité.

Quant aux pétitions de 1977 contre la majorité sexuelle, celles que l’on ressort aujourd’hui pour salir toute une époque, elles viennent du milieu intellectuel — Sartre, Beauvoir, Barthes, Deleuze, Foucault, Derrida, Hocquenghem, Matzneff qui rédigea la première — et de signataires comme Bernard Kouchner. Deux communistes les ont signées : le poète Louis Aragon, membre du comité central, et le philosophe Louis Althusser. Ils l’ont fait contre la ligne que tenait leur parti.

Le parti communiste de cette époque était encore communiste. Il ne confondait pas la révolte des fils de bourgeois avec le combat des travailleurs, et il a refusé la libération des mœurs quand toute l’intelligentsia la célébrait. Il n’a pas attendu cinquante ans pour le voir : il l’a vu le troisième jour.

Cela ne vaut pas blanc-seing pour ce qu’il est devenu ensuite. C’est un constat daté, et il porte sur une période précise.

IV.4 — Quatre mobilisations, aucune conquête — et les textes sont revenus

Depuis, le mouvement de la jeunesse a fait reculer le pouvoir quatre fois. Regardons ce qu’il a gagné.

1986, la loi Devaquet, qui instaurait une sélection à l’entrée de l’université et la concurrence entre établissements. Le mouvement bascule après la mort de Malik Oussekine dans la nuit du 5 au 6 décembre. Le projet est retiré le 8. Et la sélection revient par petits morceaux quelques années plus tard.

1994, le contrat d’insertion professionnelle, qui payait les jeunes diplômés sous le SMIC. Plus de deux cent mille manifestants le 17 mars. Retiré à la fin du mois.

2006, le contrat première embauche. Deux mois de conflit, 4 350 interpellations selon le ministère de l’Intérieur. Abandonné.

Et en 1990, les lycéens partis de Seine-Saint-Denis ont obtenu 4,5 milliards de francs pour leurs établissements — locaux vétustes, manque de professeurs, exactement les motifs d’aujourd’hui. Un chèque. Trente-six ans plus tard, les mêmes lycées sont dans la rue pour les mêmes raisons.

Quatre mobilisations, quatre résultats. Pas une conquête. Et il y a pire, parce que les retraits n’ont même pas tenu.

La sélection à l’entrée de l’université et la concurrence entre établissements, retirées en 1986, ont été « mises en place ultérieurement et de manière progressive » : autonomie des universités en 2007, puis les « attendus » de la loi ORE et Parcoursup en 2018. La Cour des comptes a constaté qu’en 2019, jusqu’à 20 % des commissions des filières non sélectives les plus demandées utilisaient le lycée d’origine comme critère de tri.

Et le contrat jeune, payé en dessous du salaire minimum ou rompable sans motif, n’a jamais cessé de revenir. En 2026, une question posée à l’Assemblée nationale vise un projet de « CDI jeunes » que l’employeur pourrait rompre sans donner de raison pendant trois ans.

Ce ne sont donc même pas des victoires temporaires : ce sont des ajournements. Le texte est retiré, la jeunesse rentre chez elle, et le contenu revient dix ans plus tard sous un autre nom — quand plus personne n’est dans la rue.

IV.5 — Le vrai nom du problème : la déconnexion

Reste à nommer la cause, et ce n’est pas la bêtise d’une génération.

Celui qui étudie n’a aucun moyen de pression : il ne tient aucun outil, il n’arrête aucune production, il ne prive personne de rien. Et il n’a pas non plus une vue complète de ce qu’il attaque, parce qu’on ne connaît pas le travail avant d’y être entré. Cela n’a rien d’infamant : c’est exactement ce que signifie être en études, et nul ne peut tout savoir à vingt ans.

Mais cette position produit des effets, et il faut les dire. Privé d’un combat qui le concerne matériellement, un mouvement de jeunesse s’en invente un. Et comme il ne peut toucher ni la propriété, ni le salaire, ni l’organisation du travail, il se rabat sur le seul terrain qui lui reste ouvert : les mœurs, l’identité, les causes morales. C’était le seul endroit où la colère de 1968 pouvait se loger, et elle s’y est logée.

Un mouvement sans prise sur l’économie se rabat toujours sur la culture. Et sur ce terrain-là, il ne gêne personne — il fait même le travail du marché, qui demandait justement qu’on lève ce qui freinait la consommation.

1968 n’est pas l’exemple d’une jeunesse bien encadrée. C’est l’inverse : les ouvriers ont agi seuls, comme ouvriers, et le parti communiste a refusé la jonction. Les acquis portent la date du jour où les usines se sont arrêtées, et ils ne doivent rien aux barricades du Quartier latin.

C’est précisément ce qui manque, et ce que nous proposons : non pas une jeunesse envoyée en première ligne par des organisations qui la récupèrent, ni une jeunesse laissée seule à inventer ses causes, mais une jeunesse formée et dirigée par ceux qui sont dans la vie active — ceux qui savent ce qu’est un contrat de travail, une paie, un atelier. Ce n’est pas une invention : c’est ainsi que fonctionnait le parti communiste de l’époque, avec l’Union des étudiants communistes et les Jeunesses communistes placées sous sa direction. La jeunesse militait, mais c’est le parti ouvrier qui fixait la ligne. C’est ce modèle qui a été abandonné — et depuis, plus rien n’a bougé.

Et nous ne nous en servirons pas pour flatter le mouvement ouvrier d’aujourd’hui. Qu’a-t-il obtenu, lui, ces vingt dernières années ? Des journées d’action, des cortèges, et des réformes passées quand même. Les deux moitiés ont été séparées, et séparées, les deux sont devenues inoffensives. C’est la même infirmité vue de deux côtés.


V. LE VRAI PIÈGE : LA POLARISATION

Trois semaines de mobilisation, et le pays s’est divisé sur tout sauf sur l’école.

V.1 — Deux récits, et aucun ne parle de l’école

D’un côté, on explique que tout cela n’est pas un mouvement. Des jeunes de banlieue qui profitent de l’occasion, qui brûlent, qui caillassent, qui sèchent les cours. Aucune revendication sérieuse, rien à discuter, de la casse et une génération perdue. Et comme vingt-quatre lycées ont réellement été incendiés ou saccagés, le récit a de quoi s’alimenter tous les jours.

De l’autre, on explique que tout cela est une insurrection légitime contre la répression, les violences policières et le racisme. À Strasbourg, le 6 octobre, des lycéens défilent aux cris de « siamo tutti antifascisti » et de « la jeunesse emmerde le Front national » — avec des eurodéputés de La France insoumise dans le cortège. Et comme un garçon de quinze ans a réellement eu la main arrachée, ce récit aussi a de quoi s’alimenter.

Arrêtons-nous une seconde sur l’absurdité. Ces élèves n’ont pas de professeur de français pendant des mois. Ils demandent des toilettes qui fonctionnent. Et ils défilent contre un parti qui n’est pas au pouvoir, qui n’a jamais signé une suppression de poste, et qui n’a voté aucun des budgets qui ont vidé leurs établissements.

Symétriquement, les commentateurs qui réduisent tout à la casse de banlieue ne disent pas un mot des 1 588 postes d’enseignants supprimés au budget 2027. Chacun a trouvé dans ce mouvement de quoi parler d’autre chose.

V.2 — Le mécanisme, en une image

Imaginez un immeuble dont la chaudière est morte depuis six hivers. Les habitants finissent par descendre dans la cour.

Au premier étage, on explique que le problème, ce sont les nouveaux arrivants du troisième, qui ne respectent rien. Au cinquième, on explique que le problème, c’est le gardien, qui est un oppresseur. Les deux camps se retrouvent chaque soir dans la cour, de plus en plus nombreux, de plus en plus sûrs d’eux. Quelques-uns cassent les boîtes aux lettres.

Le propriétaire de l’immeuble, lui, n’est jamais venu. Personne n’a son adresse, et plus personne ne la demande.

La chaudière, elle, est toujours morte.

V.3 — Le seul mot d’ordre commun n’est pas l’école

Et voici le fait qui fait basculer tout ce chapitre.

Les revendications de ce mouvement sont, selon Actu-Juridique, « assez confuses et souvent contradictoires ». Elles se structurent autour d’un seul point commun : la dénonciation des violences policières.

Pas les classes surchargées. Pas les professeurs absents. Pas les bâtiments. La police.

Il faut mesurer l’absurdité. Des lycéens et des étudiants n’ont, par définition, aucun différend avec la police : elle n’est ni leur employeur, ni leur administration, ni la cause d’une seule salle de classe surchargée. Si la police est devenue leur cause commune, c’est qu’elle arrangeait deux publics qui n’avaient rien d’autre en partage : ceux qui avaient déjà des comptes à régler avec elle pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’école, et ceux qui récitent un discours militant sans savoir de quoi ils parlent.

Ce ralliement prouve une chose : le mouvement n’avait plus d’objet propre.

La colère était économique. Elle est ressortie en cause morale. C’est le mécanisme que Clouscard décrivait il y a cinquante ans, et il fonctionne toujours : on obtient de la jeunesse qu’elle s’indigne, jamais qu’elle réclame la propriété.

V.4 — Ceux qui y gagnent

Cette polarisation n’est pas un accident. Elle a des bénéficiaires, et ils n’ont aucune raison d’y mettre fin.

Les médias y gagnent de l’audience. Un hall qui brûle et un adolescent mutilé font deux images qui s’opposent et qui retiennent ; une courbe de dépense par élève n’en fait aucune. Entre un chiffre de la Cour des comptes et une vidéo de barricade, le choix se fait tout seul, tous les jours, dans toutes les rédactions.

Les partis y gagnent un électorat. Les uns se posent en défenseurs de l’ordre contre le chaos, les autres en défenseurs de la jeunesse contre la matraque. Les deux campent sur un terrain où ils sont forts, et aucun n’a intérêt à ramener le débat sur l’organisation de l’école, qu’ils ont gérée à tour de rôle depuis vingt ans.

Et le gouvernement y gagne du temps, ce qui est tout ce qu’il demandait. Tant qu’on se dispute sur la police, on ne lui demande pas ce qu’il fait des 199 milliards.

Faut-il en conclure que quelqu’un a tout organisé ? Nous n’en savons rien et nous n’avons aucun moyen de le savoir. Mais on n’a pas besoin d’un chef d’orchestre quand tous les musiciens ont intérêt à jouer le même morceau.

V.5 — Et ceux qui y perdent

Restent ceux qui n’ont rien gagné dans l’affaire.

L’élève qui voulait son cours de mathématiques et qui est rentré chez lui. Le professeur qui rattrapera son programme en mars. Le policier qu’on a envoyé tenir une foule avec un an de formation. Et l’adolescent de quinze ans, qui vivra sans sa main gauche.

Tous ceux-là ont payé. Aucun n’a obtenu quoi que ce soit.

Un débat qu’on déplace n’est pas un débat qu’on perd : c’est un débat qui n’a pas eu lieu. Et celui qu’on n’a pas eu, on le reprendra dans dix ans, dans les mêmes lycées, avec les mêmes toitures qui fuient.


VI. POURQUOI ÇA VA MOURIR

VI.1 — Les syndicats ont couru derrière

Ce mouvement n’a pas été lancé par une organisation. Il est né d’appels épars sur les réseaux, et les syndicats lycéens et étudiants ne l’ont rejoint qu’ensuite : leur plateforme de dix mesures paraît le 5 octobre, deux semaines et demie après Créteil.

Une organisation qui court derrière un mouvement ne le dirige pas : elle lui donne un texte après coup. Elle ne peut ni fixer ses objectifs, ni décider de ses moyens, ni tenir ses marges — encore moins décider du moment où il faut s’arrêter et encaisser ce qu’on a obtenu.

VI.2 — Sans structure, pas de durée

Le résultat était écrit. Les lycées ont rouvert en trois semaines. La rue a pris le relais — entre 266 000 et 450 000 manifestants le 13 octobre selon les décomptes — puis le mouvement s’est fondu dans une journée qui n’était plus la sienne. Sans avoir rien obtenu.

Ce n’est pas un manque de courage. C’est ce qui arrive à toute mobilisation qui n’a ni direction, ni caisse, ni programme ordonné : elle s’épuise à la vitesse où elle s’est allumée.

VI.3 — Le 17 octobre

Puis les lycéens ont rejoint la grande journée « contre la vie chère » du 17 octobre. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé, dans les 250 manifestations et 80 cortèges autorisés par le ministre de l’Intérieur. La revendication était claire : le prix du carburant et les superprofits pétroliers.

Le soir, environ 1 500 commerces avaient été pillés dans toute la France, pour plusieurs centaines de millions d’euros de dégâts. 2 397 personnes ont été interpellées, 997 policiers et gendarmes blessés, dont 7 grièvement. À Paris, le maire lui-même parle de « rues entières méthodiquement ravagées ». Les pillages sont attribués à la mouvance du black bloc — l’ultragauche, qui se réclame de l’anticapitalisme — et à tous ceux qui ont profité de l’occasion.

Et c’est la démonstration de tout ce chapitre. Un mouvement sans tête n’a personne pour tenir sa rue : il est livré à ses pires éléments, et ce sont eux qu’on retient. Qui se souvient aujourd’hui du prix du gazole ? Tout le monde se souvient des vitrines.

Nous consacrons à cette journée un article à part.

VI.4 — Et le gouvernement le sait

Rien ne sera décidé avant la fin du mois, nous l’avons vu — c’est-à-dire après les vacances de la Toussaint, quand les lycées seront fermés et la mobilisation dispersée.

Il n’a rien eu à céder. Il lui a suffi d’attendre. Et après le 17, il n’a même plus à se justifier : les images de pillage parlent pour lui.

Un pouvoir qui sait qu’un mouvement mourra seul n’a aucune raison de négocier avec lui. C’est la leçon de chaque mobilisation sans organisation depuis vingt ans, et elle vient de se répéter deux fois en un mois.


VII. CE QUE NOUS DISONS

VII.1 — Manifester, oui. Bloquer, non

Que la jeunesse manifeste, nous n’y voyons rien à redire. Elle a le droit de dire ce qui ne va pas dans ses écoles, et une bonne part de ce qu’elle en dit est vrai.

Mais bloquer son propre établissement n’est pas une grève, nous l’avons montré : cela ne coûte rien à celui qu’on vise et tout à ceux qu’on prétend défendre. La grève scolaire, nous la refusons. Au lycée, jamais — un lycéen n’a ni le savoir, ni la position, ni la responsabilité qui font une grève, et ceux qui l’y poussent ne paieront pas les cours qu’il a perdus.

VII.2 — Qui encadre la jeunesse

Aujourd’hui, c’est au mouvement de le faire. Une jeunesse qui milite doit être formée, organisée et dirigée par une organisation qui sait où elle va — comme l’étaient l’Union des étudiants communistes et les Jeunesses communistes sous la direction du parti. La jeunesse apporte son énergie ; la ligne, le calendrier et les moyens sont fixés par ceux qui connaissent le travail. C’est ce que nous construisons.

Demain, ce sera aux métiers de le faire. Dans l’organisation que nous proposons, les corporations — c’est-à-dire les travailleurs de chaque métier — portent l’orientation et l’apprentissage, par des stages réels et une formation en alternance sur le modèle qui fonctionne en Allemagne et en Suisse. Le jeune n’est plus seul face à un algorithme : il entre dans un métier par ceux qui l’exercent.

VII.3 — Ce que nous répondons à leurs demandes

Des toilettes qui fonctionnent, des locaux chauffés l’hiver et vivables l’été. Oui, sans discussion. Mais nous l’avons montré : l’argent existe déjà, c’est la machine qui le perd. Un lycée dépend de la Région pour ses murs, de l’État pour ses professeurs, et personne ne répond de l’ensemble. Tant que personne ne répond d’un bâtiment, personne ne le répare.

Des professeurs titulaires, pas des contractuels. Oui. Le professeur est la fonction la plus déterminante de tout le système, et l’une des moins bien payées : nous inversons cela.

Mais le salaire ne suffit pas : il faut les former. En France, la méthode est laissée à chaque professeur — la loi lui reconnaît une « liberté pédagogique ». Et sa formation ne l’y prépare pas : dans son rapport Devenir enseignant de 2023, la Cour des comptes décrit une formation initiale réformée sans cesse depuis 2010, dans un cadre instable, et juge « nécessaire » de l’améliorer. Or on sait aujourd’hui comment un enfant apprend : la recherche en sciences cognitives l’a établi. Ces méthodes doivent être enseignées à tous les maîtres, et ce qui est faux doit cesser de l’être.

Des conseillers d’orientation. Mieux : l’orientation par ceux qui font le métier. Des stages réels et nombreux avant tout choix, aucun choix irréversible, et l’apprentissage porté par les travailleurs de chaque métier, sur le modèle allemand et suisse.

Revoir la réforme du bac et du lycée. Oui — mais pas dans leur sens. 91,6 % des candidats l’ont obtenu en 2025 : un diplôme que presque personne ne se voit refuser ne mesure plus rien. Et il ne pénalise pas tout le monde également : le fils de cadre a le réseau de son père, le fils d’ouvrier n’a que son diplôme. Nous voulons relever le niveau, et donc rétablir un vrai bac : épreuves nationales et anonymes, notes non recalibrées, mentions qui distinguent.

Refondre les rythmes. Oui : allonger l’année, pas la journée. La France a l’une des années scolaires les plus courtes d’Europe et l’une des journées les plus longues ; c’est le pire arrangement possible.

La fin de la sélection. Non. Une sélection juste vaut mieux qu’une université ouverte où l’on échoue en première année. Ce qu’il faut supprimer, ce n’est pas la sélection, c’est son opacité : des critères publics, et des élèves préparés dès le lycée au lieu d’être triés par un algorithme qu’ils ne comprennent pas.

Le repas à un euro. Non : le repas gratuit, comme la cantine, les fournitures, le transport et les sorties. L’école est déjà gratuite sur le papier ; c’est tout le reste qui coûte.

Les APL et les bourses. Ils demandent des rustines ; nous proposons de quoi vivre. Une allocation d’études qui couvre le logement, la nourriture et le transport : entière pour les familles modestes, partielle pour celles qui gagnent correctement sans pouvoir tout assumer, et étendue à tous à mesure que l’économie le permettra. Un enfant ne doit jamais être un poids pour sa famille, et un étudiant ne doit jamais travailler pour survivre. Le Danemark le fait depuis des décennies.

Parce que la jeunesse n’est pas une dépense : c’est ce que le pays a de plus précieux, et elle doit le savoir. Nous voulons une jeunesse capable de raisonner — toute la jeunesse, pas seulement les meilleurs élèves. Un peuple qui sait réfléchir ne se laisse pas gouverner par la peur ; c’est la seule garantie sérieuse que la dictature ne frappera plus jamais à nos portes.

La démocratie lycéenne et l’impunité des absences, nous y avons répondu plus haut : non.

Le reste est en ligne, en entier : l’école — les principes et ce que nous enseignerons.

VII.4 — S’attaquer à la cause

Les lycéens ont dénoncé des toitures qui fuient et des classes sans professeur. Ils avaient raison sur les faits. Mais la toiture n’est pas la cause.

L’école est aujourd’hui une machine sans responsable. Les murs relèvent de la Région, les professeurs de l’État, la cantine et le transport d’autres échelons encore. Quand un plafond s’effondre, chacun renvoie à l’autre, et personne ne rend de comptes.

Et elle n’a pas de ligne. Chaque ministre arrive avec sa réforme, repart avant d’en voir les effets, et son successeur défait ce qu’il a fait. Pendant ce temps, la méthode est abandonnée à chaque professeur, seul dans sa classe. On ne construit pas une école sur le temps d’un remaniement, ni sur l’humeur de chacun.

L’école n’appartient ni aux ministres de passage, ni à ceux qui y enseignent : elle appartient à la nation. Les méthodes, la formation des maîtres et les programmes doivent relever de l’État, sur une ligne qui dure, avec le regard de ceux qui font les métiers — les enseignants comme les autres. C’est cette organisation qu’il faut conquérir.


SOURCES

FaitSource
Les dix mesures d’urgence, lancées le 5 octobre — bâti et sanitaires · 1 infirmier, 1 psychologue, 1 conseiller pour 500 élèves · titulaires et non contractuels · statut AESH · rythmes scolaires et retour sur la réforme du bac · 250 000 places en septembre 2027 · plateforme centralisée « sans sélection » · APL et 147 000 étudiants · repas à 1 € · frais différenciés · bourses +200 € sur 12 mois · démocratie lycéenne et représentativité syndicale · absences « ni prises en compte, ni sanctionnées »L’Étudiant, 6 octobre 2026
Un psychologue pour 1 000 élèves dans le second degréDEPP, 2021
90 % des sites universitaires perturbés le 6 octobreUnion étudiante
Revendications « très variables selon les établissements »Rectorat de Créteil, via Café pédagogique
Revendications « assez confuses et souvent contradictoires »Actu-Juridique
Mouvement né d’appels sur TikTok, sans affiliationfranceinfo
Budget 2027 : +3 303 agents, −1 588 titulairesPublic Sénat
Frais d’inscription BTS et prépa retirés du budgetfranceinfo
Bourses non revalorisées depuis 2023CGT
900 actions le 1er octobre · 130 000 / 71 500 le 8franceinfo · Public Sénat
96,5 % des lycées rouverts le 12 octobrefranceinfo
24 lycées incendiés ou saccagésLe ministre, devant l’Assemblée nationale
Plus de 5 000 interpellations, 21 septembre – 2 octobreMinistère de l’Intérieur, cité par Amnesty International
Lycéen de 15 ans amputé à Lens, 5 octobre · enquêtes IGPNAmnesty International
199,2 Md€ et 6,7 % du PIB en 2025 · État 55 %, collectivités 23 %DEPP, ministère de l’Éducation nationale
6 940 € par écolier · 11 300 € par lycéen · 12 740 € en lycée professionnelDEPP
−9 % au primaire, +32 % au second cycle du secondaire vs OCDERegards sur l’éducation, OCDE
Budget gonflé d’environ 17 Md€ par la convention sur les pensionsConseil d’analyse économique
Surcoût du lycéen français : 28 à 37 % vs OCDE, sans meilleurs résultatsCour des comptes
42 % des élèves de REP+ maîtrisent la compréhension orale en début de CP, contre 74 % hors éducation prioritaireDEPP, évaluations Repères
Inégalités en mathématiques : 5 % de variance expliquée par l’origine sociale au CP, 8 % en CE2, 10 % en 6eDEPP
Au collège, les inégalités évoluent peu, mais les meilleurs à l’entrée en 6e progressent davantageDEPP
PISA 2022 : 113 points d’écart entre élèves favorisés et défavorisés en France, 93 en moyenne OCDEOCDE, via DG Trésor
1 200 h de cours par an contre ~1 000 dans l’OCDE (autre comptage : 1 036 contre 940)Cour des comptes, via Europe 1
58 langues vivantes à l’oral du bac, dont 20 choisies par moins de 50 élèvesEurope 1
11 % des lycées comptent moins de 100 élèvesOCDE
2,745 Md€ de personnels administratifs en 2023Rapport du Sénat
333 000 personnes payées pour des tâches non enseignantes en 2021-22, dont 57 000 administratifsRapport du Sénat
France parmi les pays consacrant plus de 20 % de la dépense des établissements aux personnels non enseignantsRapport du Sénat
Moitié des lycées d’avant 1970Rapport sénatorial Nadège Havet, 2023
29 % d’établissements dégradésEnquête SNES-FSU, fin 2023, 633 établissements
22 Md€ investis par les Régions depuis 2016La Gazette des communes
−1,7 Md€ de dotations en deux ans, −1 Md€ prévu en 2027Régions de France
Parcoursup : « réussite technique, échec politique » · « révélateur d’inégalités sociales »Mission flash de l’Assemblée nationale, 17 février 2026, rapporteurs Courbon et Gumbs
17 octobre : ~1 500 commerces pillés · 2 397 interpellations · 997 policiers et gendarmes blessés, dont 7 grièvementMinistère de l’Intérieur · Fédération du commerce et de la distribution, via CNews
« Des rues entières méthodiquement ravagées »Emmanuel Grégoire, maire de Paris
Pillages attribués à la mouvance black blocActumag
Revendications du 17 : gel des prix à la pompe, superprofits pétroliers, RIC, services publicsSite des organisateurs · Sortiraparis
Devenir enseignant : cadre instable depuis 2010, amélioration « nécessaire »Cour des comptes, 1er févr. 2023
Liberté pédagogiqueCode de l’éducation, art. L912-1-1
Plan de 10 Md€ réclamé ; 13 octobre : 266 000 à 450 000 manifestantsLe Petit Journal, AFP
Lycées : 4,4 Md€ fonctionnement, 2,6 Md€ investissement (2026) ; ~20 M€ de dégâtsAFP via L’Info Durable, 5 oct. 2026
17 octobre : 250 manifestations et 80 cortèges autorisés, « des centaines de milliers »Laurent Nuñez (France 2) via franceinfo · France 24
Pétitions 1977 : signataires (Aragon, Althusser…)Le Monde 26 janv. 1977 · lettre ouverte de mai 1977 (archives Dolto)
Duclos et le FHAR à la Mutualité, 1971Les mots sont importants (lmsi.net) · Presse-toi à gauche
Gardien de la paix : 12 mois d’écoleSénat 2018 · France Travail 2026
Bac 2025 : 91,6 %DEPP, résultats définitifs
12 octobre : 96,5 % des établissements ouverts (ministère de l’Éducation nationale)AFP via France 24, 12 oct. 2026
17 octobre : plus de 1 500 commerces touchés, « plusieurs centaines de millions d’euros » de dégâtsFédération du commerce et de la distribution (A. Bompard), via franceinfo et Le JDD
« Des rues entières méthodiquement ravagées »Emmanuel Grégoire, via CNews et Europe 1, 18 oct. 2026
Strasbourg, 6 octobre : « siamo tutti antifascisti », eurodéputés LFIfranceinfo
1990 : les lycéens obtiennent 4,5 milliards de francsINA
Marchais, « De faux révolutionnaires à démasquer », éditorial de L’Humanité, 3 mai 1968 — leur reproche de servir le pouvoir gaulliste et d’aller faire la leçon aux ouvriers aux portes des usinesL’Humanité, archives
Rapports Kinsey (1948, 1953) financés par la Fondation Rockefeller — 40 000 $ par an dès 1947, création de l’institutRockefeller Archive Center, « Funding a Sexual Revolution: The Kinsey Reports » · PBS
UEC et Jeunesses communistes sous la direction du PCF—
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Pierre Juquin, Le Nouvel Observateur, mai 1972 : l’homosexualité et la drogue n’ont rien à voir avec le mouvement ouvrieridem
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Devaquet retiré le 8 décembre 1986, après la mort de Malik OussekineWikipédia · presse d’époque
CIP retiré fin mars 1994, 200 000 manifestants le 17 marsMinistère de l’Intérieur
CPE voté en février 2006, jamais appliqué, abrogé le 21 avril · 4 350 interpellationsMinistère de l’Intérieur, bilan au Sénat
Devaquet : sélection et concurrence « mises en place ultérieurement et de manière progressive » — autonomie des universités 2007, loi ORE et « attendus » 2018Wikipédia · Sénat
En 2019, jusqu’à 20 % des commissions d’examen des vœux des filières non sélectives en tension utilisaient le lycée d’origine comme critèreCour des comptes, 2020
Projet de « CDI jeunes » rompable sans motif pendant trois ansQuestion à l’Assemblée nationale, 2026
Le contrat jeune sous-payé revient depuis trente ans (SIVP, TUC, CES, CIP, CPE)NVO (source syndicale)
Nanterre 1967, occupation du bâtiment des fillesMouvement du 22 Mars
Grenelle : SMIG +35 %, section syndicale (loi du 27 décembre 1968)INA · ministère du Travail