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L'étudiant, le casseur et le travailleur

DATE:19.10.2026
TEMPS_LECTURE:6_MIN
Emblème du MCCF — rubrique Analyses
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Trois semaines de blocages, vingt-quatre lycées saccagés, rien d'obtenu : pourquoi le mouvement lycéen ne pouvait pas gagner, et ce qu'il aurait fallu.

Le 18 septembre, le lycée Saint-Exupéry de Créteil bloque. Le 1er octobre, environ 900 actions sont recensées et 400 établissements ferment. Le mouvement est né d’appels sur les réseaux, sans organisation. Trois semaines plus tard, il n’a rien obtenu.

Une partie de ce qu’il dénonce est vraie. C’est justement pour cela qu’il faut dire pourquoi il a perdu.

Ce qu’ils demandent

Le 5 octobre, les syndicats lycéens et étudiants publient dix mesures. Une moitié est indiscutable : des sanitaires qui fonctionnent, des bâtiments chauffés, un infirmier et un psychologue par établissement, des professeurs titulaires plutôt que des contractuels. L’autre ne tient pas : la fin de toute sélection à l’université, 250 000 places sorties de nulle part pour 2027, plus de sièges syndicaux dans les lycées, et des absences qui ne seraient « ni prises en compte, ni sanctionnées ».

En face, le gouvernement ouvre une consultation, renonce à des frais d’inscription qui n’existaient pas encore — et son budget 2027 supprime 1 588 postes d’enseignants titulaires.

Bloquer n’est pas faire grève

Une grève coûte à celui qui la fait — son salaire — et à celui qu’elle vise — sa production. C’est ce double prix qui oblige à négocier. Un lycée bloqué ne coûte rien à personne : la Région paie les murs, l’État les salaires, comme un jour ordinaire. Le seul perdant est l’élève qui voulait son cours, et toujours celui qui n’a pas de quoi rattraper ailleurs.

Et le mouvement n’a tenu ni sa rue ni sa marge. Vingt-quatre lycées incendiés ou saccagés, selon le ministre. Plus de 5 000 interpellations entre le 21 septembre et le 2 octobre. Un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens. Les deux sont des échecs du même État, et aucun ne rachète l’autre.

L’argent est là. C’est l’organisation qui manque

La France consacre 199,2 milliards d’euros par an à son école, 6,7 % de sa richesse. Mais elle dépense 9 % de moins que la moyenne de l’OCDE par écolier, là où les écarts se forment, et plus de 30 % de plus par lycéen, sans meilleurs résultats selon la Cour des comptes.

Les murs dépendent de la Région, les professeurs de l’État : personne ne répond de l’ensemble. Il n’existe même pas d’inventaire national de l’état des écoles. Réclamer 10 milliards de plus à un ministre qui ne possède pas les murs, c’est verser dans une machine qui fuit.

Ce que l’histoire enseigne

En 1968, les ouvriers obtiennent à Grenelle 35 % de hausse du salaire minimum et le droit syndical dans l’entreprise. Les étudiants, eux, repartent avec la libération des mœurs, que nous tenons pour un désastre — et le parti communiste de l’époque les avait déjà dénoncés.

Depuis, la jeunesse a fait reculer le pouvoir quatre fois : Devaquet en 1986, le CIP en 1994, le CPE en 2006, et 4,5 milliards de francs en 1990. Pas une conquête durable : la sélection retirée en 1986 est revenue par morceaux, jusqu’à Parcoursup. Un texte retiré revient dix ans plus tard, quand plus personne n’est dans la rue.

La raison est simple : celui qui étudie n’arrête aucune production. Une jeunesse coupée du monde du travail n’a aucun levier. Le mouvement ouvrier, lui, en a un — l’usine qui s’arrête — et il est organisé : syndicats, caisses de grève, mots d’ordre tenus. C’est ce qui lui a fait arracher de vraies conquêtes, de 1936 à Grenelle. Il recule depuis vingt ans, faute de ligne politique, mais la structure existe. Quand la jeunesse militait sous la direction du parti ouvrier, elle partageait ce levier.

Le piège

En trois semaines, le pays s’est divisé sur tout sauf sur l’école. D’un côté, « une génération de casseurs » ; de l’autre, « la jeunesse contre la répression ». Le seul mot d’ordre commun est devenu les violences policières — pas les classes, pas les professeurs, pas les bâtiments. Les médias y gagnent de l’audience, les partis un électorat, le gouvernement du temps. Et la chaudière reste en panne.

Pourquoi il s’est éteint

Le 12 octobre, 96,5 % des établissements étaient ouverts. La rue a pris le relais — entre 266 000 et 450 000 manifestants le 13 — puis les lycéens ont rejoint la grande journée du 17 octobre.

Le 17 octobre

Ce jour-là, des centaines de milliers de personnes défilent contre la vie chère. La revendication est claire et juste : le prix du carburant, et les superprofits des pétroliers.

Le soir, plus de 1 500 commerces ont été pillés dans tout le pays, pour plusieurs centaines de millions d’euros de dégâts selon les fédérations du commerce. 2 397 personnes sont interpellées, 997 policiers et gendarmes blessés, dont 7 grièvement. Le maire de Paris parle de « rues entières méthodiquement ravagées ». Les pillages sont attribués à la mouvance black bloc de l’ultragauche, et à tous ceux qui ont saisi l’occasion pour se servir.

Une colère légitime a été confisquée en une soirée. Ceux qui cassent ne servent pas la cause : ils la tuent. Ils offrent au gouvernement l’image qui lui permet de ne plus rien discuter, et ils frappent d’abord des commerçants et des quartiers qui n’y étaient pour rien. Qui se souvient aujourd’hui du prix du gazole ? Tout le monde se souvient des vitrines.

Le gouvernement n’a rien eu à céder. Il lui a suffi d’attendre.

Ce que nous disons

Manifester, oui. Bloquer son lycée, non. Casser, jamais. Un lycée brûlé, c’est une école en moins pour les enfants du quartier. Une vitrine pillée, c’est un commerçant ruiné et un mouvement discrédité. Celui qui casse ne combat pas le pouvoir : il travaille pour lui. Un mouvement qui ne sait pas mettre dehors ses casseurs mérite d’être jugé sur eux.

Une jeunesse qui milite doit être formée et dirigée par une organisation qui sait où elle va — et demain, l’apprentissage doit passer par ceux qui exercent les métiers.

À leurs demandes, nous répondons :

  • Des bâtiments dignes — oui, avec un responsable unique pour chaque établissement
  • Des professeurs titulaires, mieux payés et mieux formés aux méthodes qui marchent
  • Un vrai bac — 91,6 % de reçus en 2025, ce diplôme ne mesure plus rien
  • Une sélection juste et transparente, pas sa suppression
  • Le repas gratuit, et une allocation d’études pour que plus aucun étudiant ne travaille pour survivre
  • Une école qui relève de l’État, sur une ligne qui dure plus longtemps qu’un ministre

Les lycéens avaient raison sur les toitures. Mais la toiture n’est pas la cause. Ce qu’il faut conquérir, c’est l’organisation.

Pour aller plus loin

L’analyse complète reprend chaque point en détail : les dix mesures une à une, le budget de l’école ligne par ligne, 1968 et les mobilisations depuis, la polarisation, le 17 octobre. Tous les chiffres de cet article y sont sourcés, avec la liste complète des sources à la fin.

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L'étudiant, le casseur et le travailleur — l'analyse complète

La version intégrale : les dix mesures, la grève, l'argent de l'école, 1968 et les mobilisations depuis, la polarisation, le 17 octobre, et ce que nous proposons.

19.10.2026 • 50 min