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    <title>MCCF</title>
    <subtitle>Mouvement Christiano-Communiste Français</subtitle>
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    <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
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        <title>Chapitre 1 — Le spectre n&#39;est pas parti</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
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          <name>Unknown</name>
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/chapitre-1/">&lt;h2 id=&quot;le-spectre-n-est-pas-parti&quot;&gt;Le spectre n’est pas parti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots ont bientôt cent quatre-vingts ans, et ils sont plus vrais aujourd’hui qu’au jour où ils furent écrits. Depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, on nous répète que l’affaire est close, que l’histoire a tranché, qu’il ne reste rien à discuter. &lt;strong&gt;Ils l’ont enterré. Mais les faits sont têtus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme existe encore, et il demeurera ce qu’il a toujours été : &lt;strong&gt;la seule menace sérieuse pour le capitalisme.&lt;/strong&gt; Non parce qu’il dispose aujourd’hui d’armées ou de partis, mais parce qu’il pose la seule question à laquelle le capital ne peut pas répondre — &lt;strong&gt;à qui appartient ce que nous produisons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est pourquoi on continue de le combattre chaque jour, dans les écoles, dans les manuels, dans les débats télévisés, avec une énergie qu’on n’emploie jamais contre les morts. &lt;strong&gt;On ne s’acharne pas ainsi sur ce qui est fini. On s’acharne sur ce qui pourrait revenir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette peur explique l’entreprise méthodique de destruction de son image. Une entreprise qui n’a rien d’original : &lt;strong&gt;c’est le traitement réservé à tout ce qui s’est dressé contre le capital.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-trois-accusations&quot;&gt;Les trois accusations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mensonge est toujours le même. Il tient en trois chefs, et vous les reconnaîtrez immédiatement, car on vous les a répétés toute votre vie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dictature totale.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;Le contrôle des esprits.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;La répression brutale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenez-les bien. Vous allez les voir servir contre tout ce qui a refusé de plier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l’Irak de Saddam. Contre la Libye de Kadhafi. Contre la Syrie, l’Égypte, la Biélorussie, la Chine. Contre la Russie, aujourd’hui encore. &lt;strong&gt;Toujours les trois mêmes phrases, toujours contre ceux qui n’étaient pas les amis du capitalisme et de l’impérialisme de Washington.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour la plupart de nos concitoyens, ces hommes n’étaient que des monstres sanguinaires. &lt;strong&gt;On a effacé le contexte politique de leurs pays. On a effacé les progrès économiques réels de leurs régimes. On a effacé ce qu’il y avait avant eux, et surtout ce qu’il y a eu après.&lt;/strong&gt; Il ne restait qu’un tyran, et l’affaire était réglée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la première fois que ces trois accusations ont servi, c’était contre une institution fondée il y a deux mille ans par le Christ.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;d-abord-contre-l-eglise&quot;&gt;D’abord contre l’Église&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On raconte que les Lumières ont libéré l’Europe de l’obscurantisme. Elles furent, pour une large part, la propagande d’un capitalisme naissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce qu’il voulait n’était pas tant le pouvoir de l’Église que la fin de ce qui gênait son commerce : la morale chrétienne.&lt;/strong&gt; Une morale qui condamnait l’usure, qui imposait le repos, qui limitait le gain, qui répétait qu’on ne peut servir Dieu et Mammon. &lt;strong&gt;Tant qu’elle tenait les consciences, l’argent ne pouvait pas devenir le seul maître.&lt;/strong&gt; Il fallait donc briser celle qui la portait, puis ramasser les miettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refrain vous est connu. L’Église régnait sur l’Europe. Elle mentait au peuple pour le tenir. Elle a lancé les croisades. Elle a réprimé les chrétiens des autres confessions et ceux qui ne l’étaient pas. Et par-dessus tout : l’Inquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne nierons rien. Nous allons compter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-inquisition&quot;&gt;L’Inquisition&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L’historien Henry Kamen a repris cette histoire par les archives, et son travail a refondu la question. &lt;strong&gt;Entre 1559 et 1563, l’Inquisition espagnole a fait au plus quatre-vingt-trois morts.&lt;/strong&gt; Pendant les mêmes années, l’Angleterre protestante de Marie Tudor exécutait près de quatre fois plus d’hérétiques. La France d’Henri II, au moins trois fois plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relisez ce que vous venez de lire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux qui ont fabriqué la légende de l’Inquisition tuaient davantage que l’Inquisition, dans les mêmes années, pour les mêmes motifs. Et ce sont eux qui ont écrit l’histoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-science&quot;&gt;La science&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On vous a enseigné une guerre de deux mille ans entre la science et la foi. &lt;strong&gt;Cette guerre n’est pas un fait historique. C’est un livre. Deux, exactement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;History of the Conflict between Religion and Science&lt;/em&gt;, de John William Draper, publié en &lt;strong&gt;1874&lt;/strong&gt;. Et &lt;em&gt;History of the Warfare of Science with Theology in Christendom&lt;/em&gt;, d’Andrew Dickson White, publié en &lt;strong&gt;1896&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens des sciences ont un nom pour cela : &lt;strong&gt;la thèse Draper-White. Et ils l’ont rejetée.&lt;/strong&gt; L’ouvrage de Draper est aujourd’hui décrit dans la littérature universitaire comme de la propagande, non comme un travail d’histoire. Il existe même un volume savant consacré à démonter ces récits un par un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vérité est exactement inverse, et elle est facile à vérifier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’Église n’a pas subi la science : &lt;strong&gt;elle l’a portée.&lt;/strong&gt; Les universités d’Europe sont ses fondations. La plupart des grands savants furent des clercs, des moines, des prêtres.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Copernic était chanoine.&lt;/strong&gt; Son &lt;em&gt;De revolutionibus&lt;/em&gt; est &lt;strong&gt;dédié au pape Paul III&lt;/strong&gt;, et il fut poussé à le publier par le cardinal Schönberg et l’évêque Giese. &lt;strong&gt;L’héliocentrisme n’a pas été arraché à l’Église : il est sorti de son clergé.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Mendel, père de la génétique, était moine augustin.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Georges Lemaître, qui a formulé le premier la théorie du Big Bang, était prêtre catholique.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’affaire Galilée, que l’on ressort éternellement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Galilée n’a pas été tué.&lt;/strong&gt; Il a été condamné en 1633 à la résidence surveillée, et il est mort dans son lit, dans sa villa d’Arcetri, en 1642. &lt;strong&gt;Le pape sous lequel il fut condamné, Urbain VIII, avait été son protecteur et l’avait encouragé à écrire sur le système copernicien.&lt;/strong&gt; Ce fut une affaire d’autorité et d’orgueil, entre deux hommes qui s’étaient estimés — pas une guerre de l’Église contre le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’on ne cite jamais qu’elle.&lt;/strong&gt; Deux mille ans d’histoire, des milliers de savants, des centaines d’universités — &lt;strong&gt;et un seul procès, ressassé sans fin, parce qu’il n’y en a pas d’autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;les-guerres&quot;&gt;Les guerres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Reste l’accusation des croisades et du sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Église n’a pas multiplié les guerres de l’Europe : elle est la seule puissance qui ait jamais tenté de les limiter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant de l’an mil, elle impose la &lt;strong&gt;Paix de Dieu&lt;/strong&gt;, puis la &lt;strong&gt;Trêve de Dieu&lt;/strong&gt;. Elle interdit de porter les armes contre les prêtres, les paysans, les marchands, les femmes. Elle interdit de combattre certains jours. Elle excommunie ceux qui passent outre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premières lois de la guerre en Europe ne sont pas nées d’un traité entre États. Elles sont nées d’une puissance morale qui n’avait ni armée ni frontière, et qui s’en servait pour protéger les faibles contre les forts.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C’est très exactement le contraire de ce qu’on vous a raconté.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;puis-contre-l-union-sovietique&quot;&gt;Puis contre l’Union soviétique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vint le tour du communisme, et l’on ressortit les trois mêmes accusations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Là encore, nous ne nierons rien. Nous compterons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l’ouverture des archives soviétiques, les travaux de Zemskov, Wheatcroft et Davies ont établi des ordres de grandeur qui ne sont plus sérieusement contestés. Environ un million et demi à un million huit cent mille morts documentés dans le système du Goulag. Six cent quatre-vingt mille à huit cent mille exécutions pendant la Grande Terreur — &lt;strong&gt;dont l’écrasante majorité entre août 1937 et novembre 1938, sous la direction d’Iejov au NKVD, lequel fut lui-même fusillé, et après lequel les chiffres s’effondrent.&lt;/strong&gt; Cinq à sept millions de morts dans la famine de 1932-33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres sont accablants. &lt;strong&gt;Nous ne les diminuons pas et nous ne les excusons pas.&lt;/strong&gt; Nous faisons seulement remarquer qu’ils proviennent &lt;strong&gt;des archives internes du régime lui-même&lt;/strong&gt; — et qu’ils n’ont aucun rapport avec les quatre-vingt-cinq à cent millions qu’on vous récite depuis trente ans, tous pays confondus.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un système qui doit multiplier par vingt les crimes réels de son adversaire ne cherche pas à le juger. Il cherche à le rendre indicible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-regle-des-deux-poids&quot;&gt;La règle des deux poids&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Observez maintenant comment on lit les mêmes faits selon le régime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une famine dans un pays capitaliste ?&lt;/strong&gt; La sécheresse, les criquets, le climat, la guerre, la malchance. &lt;strong&gt;Des causes extérieures, toujours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une famine dans un pays socialiste ?&lt;/strong&gt; Le système. Nécessairement le système, et lui seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux cent mille prisonniers en URSS ?&lt;/strong&gt; C’est la dictature.
&lt;strong&gt;Deux cent mille prisonniers aux États-Unis ?&lt;/strong&gt; Ce sont des criminels, et c’est normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas de l’histoire. C’est une grille de lecture qu’on vous a installée dans la tête, et qui décide de la conclusion avant d’avoir examiné le fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-fabrique-du-mensonge&quot;&gt;La fabrique du mensonge&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le procédé est parfois documenté jusque dans ses détails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En février 1935, la presse de &lt;strong&gt;William Randolph Hearst&lt;/strong&gt; publie une série d’articles annonçant six millions de morts de faim en Ukraine, signés d’un « grand reporter » nommé Thomas Walker. &lt;strong&gt;L’homme s’appelait en réalité Robert Green. Il était faussaire et sortait de prison. Il avait passé treize jours en URSS, dont moins d’une semaine à Moscou.&lt;/strong&gt; Et ses photographies venaient de la famine de la Volga — celle de 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut démasqué à l’époque même. &lt;strong&gt;Les images, elles, circulent encore.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;La famine de 1932-33 a bien eu lieu et elle a tué des millions d’hommes — nous ne le contestons pas une seconde. Ce que les historiens débattent réellement, c’est son intentionnalité, et le débat n’est pas tranché. Mais entre le fait et sa fabrication médiatique, il y a un monde — et ce monde est notre sujet.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-mot-qui-sert-a-tout&quot;&gt;Le mot qui sert à tout&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il fallait enfin un mot qui permette de tout confondre. &lt;strong&gt;On a choisi « totalitaire ».&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un terme sans définition stable, forgé pendant la Guerre froide, dont la fonction est claire : &lt;strong&gt;mettre sur le même plan le nazisme et le communisme.&lt;/strong&gt; Et, de préférence, suggérer que le second fut pire que le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mot dont l’unique usage est d’empêcher de distinguer n’est pas un concept. C’est une arme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-les-memes-mots-a-deux-siecles-d-ecart&quot;&gt;Pourquoi les mêmes mots, à deux siècles d’écart&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voilà la question. Voici la réponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce que c’est la même main.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une puissance qui monte doit détruire la réputation de celle qu’elle veut remplacer. Il ne lui suffit pas de vaincre : &lt;strong&gt;il faut que l’adversaire devienne infréquentable&lt;/strong&gt;, afin que rien de ce qu’il a fait de bon ne puisse plus jamais être défendu par personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie l’a fait à l’Église, parce que l’Église tenait la morale, l’école, la charité — &lt;strong&gt;et le temps lui-même&lt;/strong&gt; : les jours de repos, les fêtes, le rythme de l’année. Tant qu’elle décidait quand l’homme devait s’arrêter de travailler, le marché n’était pas libre de le prendre tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme, américain d’abord mais pas seulement, l’a fait au communisme, parce que le communisme disait que les grands moyens de production ne devaient pas appartenir à quelques-uns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux institutions que tout semble séparer, abattues avec les trois mêmes phrases — parce qu’elles gênaient les mêmes hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;et-pourquoi-le-mensonge-tient-encore&quot;&gt;Et pourquoi le mensonge tient encore&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste une anomalie. Ce mensonge historique est aujourd’hui reconnu par les plus avertis pour presque tous les pays qu’on a diabolisés. &lt;strong&gt;Il ne l’est pas pour l’Union soviétique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison est simple, et elle est douloureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les forces populaires, qui se tenaient autrefois à gauche, se portent aujourd’hui à droite — et c’est la gauche qui les y a jetées.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’ancienne gauche s’est laissé transformer en social-démocratie, c’est-à-dire en capitalisme social — le Parti communiste français en est l’exemple achevé. Puis, déçue de ce qu’elle était devenue, elle s’est mise à désavouer ce dont elle procédait, et bientôt à le haïr. À cela s’ajoutent un climat de droite traditionnellement anticommuniste et une propagande qui, loin de retomber après 1991, s’est intensifiée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez ce qu’il en reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Occident, le communisme n’a plus pour représentants que ceux qu’on appelle les gauchistes — des « progressistes » qui n’en connaissent ni l’histoire ni la théorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont troqué la lutte des classes contre des luttes culturelles sans portée réelle : la déconstruction du genre, une pseudo-lutte des races paternaliste et bien-pensante, des combats soigneusement choisis pour ne jamais changer la face du monde tout en donnant l’impression de se battre pour une cause juste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont déserté le seul terrain où ils étaient dangereux : celui de la propriété des moyens de production.&lt;/strong&gt; Et l’on comprend sans peine pourquoi personne ne les combat sérieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voilà pourquoi il faut recommencer par le commencement, et dire ce qu’est réellement le communisme. &lt;strong&gt;Non celui des caricatures, ni celui des salons : celui de la vraie théorie, de la science et du réel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-nous-affirmons&quot;&gt;Ce que nous affirmons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement christiano-communiste français ne naît pas d’une alliance de circonstance entre deux traditions qui auraient partagé un ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il naît d’une thèse, et la voici :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le communisme et le christianisme sont les deux faces d’une même pièce. Le communisme est la face systémique du christianisme. Il en est né — de son essence morale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce que le Christ a demandé aux hommes de faire par charité, le communisme entreprend de l’inscrire dans l’organisation du monde. &lt;strong&gt;L’un ordonne les cœurs, l’autre ordonne les structures. Ils disent la même chose, et on les a combattus ensemble parce qu’ils étaient une seule et même menace.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est ce que les chapitres suivants établiront.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-communisme&quot;&gt;Le communisme&lt;/h2&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;Avant toute chose, il faut dire ce que ce mot désigne. Non par pédantisme, mais parce que &lt;strong&gt;plus personne ne le sait&lt;/strong&gt; — et qu’on ne peut pas juger ce qu’on ne connaît pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le communisme est une doctrine fondée sur le matérialisme dialectique, qui vise la fin du capitalisme par la propriété collective des GRANDS moyens de production.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque mot de cette phrase compte, et l’adjectif « grands » plus que tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;sur-la-propriete-puisque-c-est-la-qu-on-nous-arrete&quot;&gt;Sur la propriété — puisque c’est là qu’on nous arrête&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On nous objecte aussitôt la propriété, et l’objection vient souvent de catholiques sincères et instruits : Dieu a fait l’homme libre, la propriété est un droit, vous n’avez pas à y toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Répondons, car la réponse est dans leur propre doctrine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-nous-ne-touchons-pas&quot;&gt;Ce que nous ne touchons pas&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre maison. Votre voiture. Vos meubles. Votre épargne. L’atelier de l’artisan. Le champ du paysan. Le fonds du commerçant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela n’est en cause, et ne l’a jamais été. &lt;strong&gt;La confusion est entretenue à dessein&lt;/strong&gt; : on vous fait croire que socialiser une raffinerie, c’est venir prendre votre appartement.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne parlons pas de vos biens. Nous parlons de ce qui produit — et de ce qui, à partir d’une certaine taille, ne produit plus seulement des marchandises : il produit du pouvoir sur les hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-voici-la-vraie-question&quot;&gt;Et voici la vraie question&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Car l’objection sérieuse n’est pas celle-là. Elle vient de catholiques qui défendent la propriété &lt;strong&gt;des grands moyens de production eux-mêmes&lt;/strong&gt; : c’est son bien, il en fait ce qu’il veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non. Et la distinction est la clé de tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Posséder une chose, c’est posséder une chose.&lt;/strong&gt; Votre marteau, votre maison, votre atelier : vous en usez, personne n’en dépend, et nul n’a rien à y redire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Posséder un grand moyen de production, ce n’est pas posséder une chose. C’est détenir la subsistance d’hommes qui ne vous ont rien demandé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui possède une raffinerie, un réseau électrique, une banque ou une usine de deux mille ouvriers ne détient pas un objet : &lt;strong&gt;il détient le pain de deux mille familles, la survie d’une ville, et le droit de décider seul qu’elles n’auront plus rien.&lt;/strong&gt; Il n’a été élu par personne. Il ne rend de comptes à personne. Et sa décision engage plus de vies que celle d’un maire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut nommer ce pouvoir pour ce qu’il est : un pouvoir qui n’a aucune raison d’exister.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne procède ni du suffrage, ni de la compétence, ni du mérite, ni d’aucun mandat. &lt;strong&gt;Il procède d’un titre de propriété, c’est-à-dire de rien qui concerne ceux qu’il gouverne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il n’a qu’un seul mobile : le profit — obtenu, quand il le faut, contre ceux qui produisent.&lt;/strong&gt; Ce n’est pas un travers de tel ou tel patron : &lt;strong&gt;c’est la règle du système&lt;/strong&gt;, et celui qui ne s’y plie pas est éliminé par ceux qui s’y plient.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne fait pas ce qu’on veut d’un pouvoir sur les hommes. Et un pouvoir que personne n’a donné, dont personne ne répond, et qui n’obéit qu’au profit, porte un nom depuis toujours : c’est une tyrannie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’Église le dit, en toutes lettres.&lt;/strong&gt; Elle enseigne que la propriété a un &lt;strong&gt;double caractère, individuel et social&lt;/strong&gt; — &lt;em&gt;Quadragesimo Anno&lt;/em&gt;, 1931 — et qu’elle est grevée d’une &lt;strong&gt;hypothèque sociale&lt;/strong&gt;. Elle n’a jamais enseigné que le propriétaire d’un moyen de production en disposait comme d’un manteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui vous oppose le droit de propriété contre le pain d’un peuple ne cite pas sa doctrine : il en cite la moitié.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-dit-l-eglise-en-entier&quot;&gt;Ce que dit l’Église, en entier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L’Église affirme le droit de propriété. &lt;strong&gt;Elle ne s’est jamais arrêtée là, et c’est cette seconde moitié qu’on ne cite jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle enseigne la &lt;strong&gt;destination universelle des biens&lt;/strong&gt; : la terre a été donnée à tous, et la propriété privée n’est pas une fin, &lt;strong&gt;c’est un moyen ordonné à cette destination-là.&lt;/strong&gt; Quand elle cesse de servir tous les hommes, elle perd sa justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Écoutez les Pères, et jugez si c’est nous qui sommes extrêmes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Ce n’est pas de ton bien que tu fais largesse au pauvre : tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient. La terre est à tous, et non aux riches. »&lt;/strong&gt;
— &lt;em&gt;Saint Ambroise&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Le pain que tu gardes appartient à l’affamé ; le manteau que tu conserves dans ton armoire appartient à celui qui est nu. »&lt;/strong&gt;
— &lt;em&gt;Saint Basile&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et saint Thomas d’Aquin enseigne que &lt;strong&gt;prendre le bien d’autrui en cas de nécessité pressante n’est pas un vol.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà ce que dit réellement la tradition qu’on nous oppose.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-sur-le-libre-arbitre&quot;&gt;Et sur le libre arbitre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le libre arbitre n’a jamais signifié que toute action est permise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On interdit le meurtre. On interdit le vol. On interdit la fraude.&lt;/strong&gt; Personne n’y voit une atteinte à la liberté de l’homme, parce que chacun comprend qu’une société pénalise ce qui détruit les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La propriété qui affame, qui délocalise, qui ferme une ville rentable parce qu’elle ne rapporte pas assez, est un acte contre les hommes. Et ce qui est contre les hommes, les hommes ont le devoir de le pénaliser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas une exception à la morale chrétienne. &lt;strong&gt;C’est son application.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-materialisme-dialectique&quot;&gt;Le matérialisme dialectique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux mots, deux idées simples que l’on a rendues obscures à dessein.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-materialisme&quot;&gt;Le matérialisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est une philosophie scientifique qui pose que le matériel précède la pensée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans bois et sans pierre, pas de marteau — ni l’idée du marteau. &lt;strong&gt;Et sans le besoin de frapper, personne n’aurait songé à en faire un.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute idée vient donc de la matière deux fois :&lt;/strong&gt; par les moyens qu’elle rend possibles, et par le besoin qu’elle fait naître. L’homme ne pense pas d’abord et n’agit qu’ensuite — &lt;strong&gt;il vit, il manque, il se heurte, et c’est de là que naît la pensée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle vient de la biologie, du corps, et des conditions dans lesquelles un homme est né.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas une opinion, c’est une observation. Vous ne seriez pas la même personne né en Russie, en Amérique ou dans une famille de mineurs du Nord. Vous auriez d’autres idées, d’autres évidences, d’autres colères. &lt;strong&gt;Ce que vous appelez vos convictions vous a été en grande partie donné par le monde matériel où vous êtes né.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-dialectique&quot;&gt;La dialectique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle pose que tout naît et persiste par la contradiction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne se maintient dans l’immobilité. Une chose existe parce qu’une force la pousse et qu’une autre lui résiste, et ce sont ces forces contraires qui la font avancer, se transformer, ou mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois exemples, et vous n’oublierez plus ce que cela veut dire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La graine et la plante.&lt;/strong&gt; La plante ne pousse pas à côté de la graine : &lt;strong&gt;elle naît en la détruisant.&lt;/strong&gt; Ce qui la fait vivre est ce qui fait disparaître ce qu’elle était. Il n’y a pas de croissance sans destruction de la forme précédente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’eau que l’on chauffe.&lt;/strong&gt; Vous montez la température : un degré, dix, cinquante — rien ne change, c’est toujours de l’eau. Puis à cent degrés, brutalement, &lt;strong&gt;ce n’est plus de l’eau : c’est de la vapeur.&lt;/strong&gt; L’accumulation lente et invisible produit, à un seuil, un changement de nature. &lt;strong&gt;Les sociétés font exactement cela&lt;/strong&gt;, et c’est pourquoi une révolution paraît toujours soudaine à ceux qui n’ont pas vu chauffer la marmite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corps vivant.&lt;/strong&gt; Vous n’êtes vivant que parce que vos cellules meurent et se reconstruisent sans arrêt. &lt;strong&gt;Le jour où cette destruction s’arrête, vous ne devenez pas éternel : vous êtes mort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;les-deux-ensemble&quot;&gt;Les deux ensemble&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le matérialisme dialectique est donc un angle d’analyse du monde : fondé sur le matériel, et sur la lutte contradictoire permanente qui nous fait avancer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est un précurseur de la méthode scientifique moderne, et il a sur la plupart des systèmes de pensée un avantage décisif : &lt;strong&gt;il prend en compte l’ensemble des données pour analyser une situation&lt;/strong&gt;, au lieu d’isoler un facteur et de tout lui rapporter.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;et-voici-ce-que-l-on-vous-a-cache&quot;&gt;Et voici ce que l’on vous a caché&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le matérialisme dialectique n’exclut pas Dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vous a enseigné le contraire, et c’est le mensonge le plus efficace de tous — celui qui a séparé pendant un siècle et demi deux moitiés du même peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez ce que dit réellement cette méthode.&lt;/strong&gt; Elle explique &lt;strong&gt;comment le monde fonctionne&lt;/strong&gt; : par la matière et par ses lois. Elle ne dit rien — &lt;strong&gt;rien du tout&lt;/strong&gt; — sur qui a fait la matière et posé les lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et elle ne peut rien en dire, parce que ce n’est pas sa question.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La matière existe et elle obéit à des règles. Mais la matière n’a pas en elle-même sa raison d’être, et les lois qui la gouvernent ne viennent pas de nulle part. &lt;strong&gt;Il n’y a pas d’effet sans cause — c’est le premier principe de toute science, et c’est le nôtre aussi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dieu est extérieur au monde par son essence, et immanent par son action.&lt;/strong&gt; Il n’a pas besoin de suspendre les lois qu’Il a posées pour agir : Il agit à travers elles, par la matière, et non contre elle. Le Christ ne s’est pas manifesté comme une idée : &lt;strong&gt;il s’est incarné.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le matérialisme dialectique décrit l’horloge. Il ne dit pas qu’il n’y a pas d’horloger — il dit simplement que ce n’est pas son sujet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous prenons donc la méthode de Marx, et nous refusons la métaphysique athée qu’on y a collée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le disons franchement, sans nous cacher derrière des formules : &lt;strong&gt;cette métaphysique-là n’est pas un résultat de la méthode, c’en est un ajout.&lt;/strong&gt; Elle a été jointe au communisme par des hommes et pour des raisons que nous examinerons plus loin — &lt;strong&gt;et elle lui a coûté tous ceux qui croyaient en Dieu, c’est-à-dire l’immense majorité de ceux qu’il prétendait libérer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-lutte-des-classes&quot;&gt;La lutte des classes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les systèmes économiques humains existent, comme les lois de la nature, dans la contradiction. &lt;strong&gt;Et cette contradiction se joue entre les classes sociales qui les composent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Attention — et c’est ici que presque tout le monde se trompe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne s’agit pas d’une « élite » contre « le peuple ».&lt;/strong&gt; Cette formule ne veut rien dire, elle n’explique rien, et elle est le degré zéro de l’analyse politique. C’est précisément ce qu’on répète partout aujourd’hui, à droite comme à gauche, et c’est pour cela que personne ne comprend plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux précisions, et elles changent tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une classe révolutionnaire n’est pas nécessairement la majorité de la population.&lt;/strong&gt; Elle est celle qui monte, dont les intérêts se heurtent à l’ordre établi, et qui a la force de le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et « révolutionnaire » ne veut pas dire « moral ».&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;1789-ou-la-demonstration&quot;&gt;1789, ou la démonstration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Révolution française n’a pas été le peuple contre l’élite. Elle a été la bourgeoisie contre la noblesse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe montante — celle du commerce, de la banque, de la manufacture — s’est heurtée à une classe établie qui tenait la terre, les titres et les privilèges. &lt;strong&gt;Elle a gagné. Et le peuple, lui, a fourni les bras.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas une thèse contre-révolutionnaire. &lt;strong&gt;C’est l’analyse de Marx&lt;/strong&gt;, et elle est reprise par tous les historiens sérieux : 1789 est &lt;strong&gt;la&lt;/strong&gt; révolution bourgeoise classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le peuple n’y a rien gagné. Deux ans après la Déclaration des droits de l’homme, la loi Le Chapelier interdisait aux ouvriers de se coaliser&lt;/strong&gt; — c’est-à-dire de s’organiser, de négocier, de faire grève. Elle servira pendant un siècle à réprimer les mouvements ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quand le peuple a refusé cette révolution qu’on avait faite en son nom, on l’a écrasé.&lt;/strong&gt; La Vendée s’est soulevée pour son curé, son clocher et ses fils qu’on venait prendre — &lt;strong&gt;un peuple de paysans, pas une classe d’aristocrates.&lt;/strong&gt; On y a envoyé les colonnes infernales.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bourgeoisie a pris le pouvoir au nom du peuple, et elle a commencé par lui interdire de s’organiser, puis par le massacrer lorsqu’il a protesté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà la liberté de 1789 : libre pour le capital, interdite pour le travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voilà pourquoi révolutionnaire n’est pas moral.&lt;/strong&gt; Une révolution accomplit une nécessité historique — elle ne rend personne juste. Le capitalisme devait naître, il ne pouvait pas naître ailleurs ni autrement, &lt;strong&gt;et il a menti sur ce qu’il apportait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-capitalisme&quot;&gt;Le capitalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas le commerce. Ce n’est pas la propriété. Ce n’est pas l’entreprise.&lt;/strong&gt; On confond tout, et cette confusion est entretenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capitalisme est un mode de production où les moyens de production appartiennent à des personnes privées, où le travail est acheté comme une marchandise, et où l’on produit pour le profit et pour l’accumulation — non pour l’usage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mécanisme est simple, et il est vérifiable sur votre propre bulletin de paie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ouvrier produit dans sa journée une valeur supérieure à ce qu’on lui verse. &lt;strong&gt;La différence — la plus-value — ne va pas à celui qui l’a créée : elle va à celui qui possède la machine.&lt;/strong&gt; Non parce qu’il a travaillé davantage, mais parce qu’il possède.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est tout. Le reste en découle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qu-il-est-devenu&quot;&gt;Ce qu’il est devenu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et regardez ce qu’il est devenu de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N’allons pas idéaliser ce qui précédait.&lt;/strong&gt; Les patrons des premières usines n’étaient pas de braves hommes proches de leurs ouvriers : ils faisaient travailler des enfants quatorze heures par jour, ils logeaient les familles dans des taudis dont ils étaient aussi propriétaires, et ils appelaient la troupe quand on réclamait. &lt;strong&gt;Le capitalisme n’a jamais eu d’âge d’or.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il a changé de nature, et cela compte.&lt;/strong&gt; Le patron possédait son usine, il la connaissait, il vivait dans la même ville — &lt;strong&gt;et l’on savait à qui s’adresser.&lt;/strong&gt; Il pouvait être un exploiteur ; il était un homme, avec un nom et une adresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui, à sa place, il y a des fonds.&lt;/strong&gt; Des propriétaires qui ne savent pas ce qu’ils possèdent, qui n’ont jamais vu l’atelier, qui achètent et revendent des entreprises comme on change de portefeuille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une usine ferme non parce qu’elle perd de l’argent, mais parce qu’elle n’en rapporte pas assez.&lt;/strong&gt; Une ville meurt parce qu’un tableau a calculé que le rendement serait supérieur ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capitalisme n’est plus un homme qui exploite un autre homme. C’est une mécanique que plus personne ne pilote et qui broie les deux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-baisse-tendancielle-du-taux-de-profit&quot;&gt;La baisse tendancielle du taux de profit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C’est la partie la plus technique, et l’une des plus importantes. Elle tient en quelques lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le profit vient du travail vivant, jamais des machines.&lt;/strong&gt; Une machine transmet la valeur qu’elle contient ; elle n’en crée pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Or la concurrence pousse chaque capitaliste à remplacer des hommes par des machines&lt;/strong&gt;, pour produire moins cher que son voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc la part qui crée la valeur diminue dans le capital total. Et le taux de profit baisse&lt;/strong&gt; — alors même que la masse des profits peut continuer de croître.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est de là que viennent tous les comportements que vous observez :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;intensifier l’exploitation&lt;/strong&gt; — allonger les heures, accélérer les cadences ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;comprimer les salaires&lt;/strong&gt; ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;délocaliser&lt;/strong&gt; là où le travail coûte moins ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;ouvrir sans cesse de nouveaux marchés&lt;/strong&gt; ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;et, quand plus rien ne suffit, &lt;strong&gt;détruire du capital par la crise ou par la guerre&lt;/strong&gt;, pour repartir sur des bases assainies.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas de la méchanceté. C’est une contrainte de système, et elle ne connaît aucune pitié.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous le présentons comme ce que c’est : la thèse de Marx, discutée jusqu’à aujourd’hui dans le détail de sa démonstration. Mais regardez les cinquante dernières années — délocalisations, compression salariale, financiarisation, crises à répétition — et demandez-vous si la description vous paraît inexacte.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;lenine&quot;&gt;Lénine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx a décrit le mécanisme. &lt;strong&gt;Lénine a expliqué ce qu’il devient quand il ne trouve plus où grandir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est &lt;em&gt;L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme&lt;/em&gt;, écrit en 1916, au milieu de la boucherie européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sa thèse : quand le profit ne peut plus croître chez soi, le capital s’exporte.&lt;/strong&gt; Il lui faut des matières premières qu’il ne paie pas leur prix, des marchés captifs, une main-d’œuvre sans droits, et des États assez faibles pour ne pas discuter. &lt;strong&gt;La colonisation, la guerre et la domination ne sont pas des accidents du capitalisme : elles sont sa manière de survivre à sa propre contradiction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cette théorie a plus de cent ans. Vérifiez-la sur la France d’aujourd’hui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pays qui doit demander à un gouvernement étranger l’autorisation de vendre les armes qu’il fabrique. Un pays qui a cédé l’autonomie alimentaire de ses éleveurs contre des subventions. Un pays qui vend son bois brut à l’autre bout du monde et rachète ses propres chênes en meubles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’avons pas besoin de croire Lénine sur parole. Il nous suffit de regarder ce qu’on nous fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-ce-qu-il-a-apporte-sur-le-combat&quot;&gt;Et ce qu’il a apporté sur le combat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lénine n’a pas seulement analysé. &lt;strong&gt;Il a été le premier à poser sérieusement la question que tout mouvement finit par rencontrer : comment s’organise-t-on pour gagner ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa réponse, dans &lt;em&gt;Que faire ?&lt;/em&gt; en 1902, tient en trois idées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conscience ne vient pas toute seule.&lt;/strong&gt; Livré à lui-même, un travailleur réclame de meilleurs salaires — il ne réclame pas la propriété de son usine. &lt;strong&gt;Il faut donc une organisation qui apporte l’analyse&lt;/strong&gt;, sans quoi la révolte s’épuise en revendications que le système peut toujours concéder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut des hommes formés et durables.&lt;/strong&gt; Non des sympathisants qui s’enthousiasment et disparaissent, mais un corps de militants sérieux, instruits, qui tiennent dans le temps et qui savent ce qu’ils défendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut une discipline.&lt;/strong&gt; Discussion entière avant la décision, exécution sans faille après — c’est ce qu’on appelle le centralisme démocratique. &lt;strong&gt;Non pour faire taire, mais parce qu’un mouvement qui délibère éternellement n’agit jamais&lt;/strong&gt;, et qu’en face, l’adversaire est organisé depuis deux siècles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un parti qui ne décide jamais rien ne menace personne. C’est précisément pour cela qu’on le tolère.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ces principes valent pour l’organisation d’un mouvement. Ils ne décrivent pas le régime que nous voulons pour la France : nous y reviendrons, car on a beaucoup joué de cette confusion.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-chute-du-christianisme&quot;&gt;La chute du christianisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste à comprendre comment deux forces faites pour s’entendre en sont venues à se combattre pendant un siècle et demi. &lt;strong&gt;Ce n’est pas une histoire de martyre. C’est une histoire d’erreur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Révolution frappe l’Église directement : Constitution civile du clergé en 1790, serment imposé aux prêtres, déportations, exécutions, églises transformées en temples de la Raison. &lt;strong&gt;L’Église en sort terrifiée, et cette terreur va décider de son siècle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car voici ce qu’elle fait ensuite. Devant la peur du désordre, &lt;strong&gt;elle se range du côté de l’ordre établi.&lt;/strong&gt; Elle s’allie aux trônes, puis aux notables, puis à la bourgeoisie qui a pris leur place. Elle bénit ce qui existe, parce que ce qui existe lui paraît toujours préférable à ce qui pourrait venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pendant ce temps, l’usine se remplit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des millions d’hommes quittent la terre pour les villes industrielles. Ils travaillent quatorze heures, ils logent à six dans une pièce, leurs enfants meurent. &lt;strong&gt;Ils cherchent quelqu’un qui parle pour eux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce ne fut pas l’Église.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien : &lt;strong&gt;ces ouvriers étaient chrétiens.&lt;/strong&gt; Ils l’étaient massivement, ils le sont restés longtemps, ils faisaient baptiser leurs enfants et ils enterraient leurs morts à l’église. &lt;strong&gt;On ne leur a pas pris la foi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On leur a retiré la protection.&lt;/strong&gt; C’est tout autre chose, et c’est beaucoup plus grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Rerum Novarum&lt;/em&gt;, le grand texte social de Léon XIII, paraît en &lt;strong&gt;1891&lt;/strong&gt; — un siècle après le début de la révolution industrielle. Le texte est admirable : il condamne la condition faite à l’ouvrier, il affirme le juste salaire, il défend le droit d’association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et qu’a-t-il changé ? Rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas une usine n’a fermé, pas un salaire n’a monté, pas une journée n’a été raccourcie parce qu’un pape l’avait écrit. &lt;strong&gt;Un texte juste, arrivé tard, et sans un bras pour l’appliquer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Église n’a pas perdu la foi des travailleurs. Elle a abandonné ceux qu’elle avait mission de protéger — et un berger qui parle bien mais ne se met pas devant le loup n’est plus un berger.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pendant ce temps, le capitalisme creusait sa propre tombe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il ne peut pas faire autrement que d’instruire le prolétariat : il lui faut des ouvriers qui lisent, qui calculent, qui comprennent une machine. &lt;strong&gt;Et un homme qui sait lire finit par lire autre chose que la consigne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas non plus faire autrement que de le payer un jour : &lt;strong&gt;plus on produit, plus il faut des acheteurs — et un ouvrier payé une misère est un mauvais client.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà la contradiction qui le ronge de l’intérieur.&lt;/strong&gt; Il doit élever ceux qu’il exploite, et il ne peut pas s’en empêcher.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-collaboration-forcee&quot;&gt;La collaboration forcée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut aller plus loin, car cette alliance avec le pouvoir ne fut pas toujours un choix. &lt;strong&gt;Dans certains pays, elle fut une contrainte — et cela explique tout le reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez la Russie, puisque c’est là que le communisme prendra le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1721, Pierre le Grand supprime le patriarcat de Moscou.&lt;/strong&gt; Il le remplace par un « Très Saint Synode » dirigé par un &lt;strong&gt;haut-procureur laïc, nommé par le tsar.&lt;/strong&gt; Pendant deux siècles, l’Église orthodoxe russe n’est pas une puissance en face de l’État : &lt;strong&gt;elle en est administrativement un ministère.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prêtre est fonctionnaire. L’évêque relève du pouvoir. &lt;strong&gt;Et le tsar est proclamé oint du Seigneur, ce qui fait de toute révolte contre lui une révolte contre Dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comprenez maintenant ce que voit un ouvrier de Petrograd en 1917.&lt;/strong&gt; Il ne voit pas l’Église du Christ. &lt;strong&gt;Il voit un service de l’Empire qui l’affame&lt;/strong&gt;, et un homme en habit qui lui explique que son sort est voulu d’en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le même mécanisme joue partout en Europe, à des degrés divers. &lt;strong&gt;Et il produit partout le même résultat :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’institution qui avait condamné l’usure pendant sept siècles a fini par apparaître aux pauvres comme la gardienne de ceux qui en vivaient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà la tragédie.&lt;/strong&gt; Ce n’est pas que le christianisme ait trahi les travailleurs — c’est qu’on l’avait attaché au pouvoir, et que de loin, un homme attaché à un maître ressemble à un serviteur.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-naissance-de-l-atheisme-materialiste&quot;&gt;La naissance de l’athéisme matérialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’athéisme n’est pas sorti de la méthode de Marx. Il était là avant lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vient des matérialistes du XVIIIᵉ siècle — d’Holbach, La Mettrie, Helvétius — pour qui la religion était l’ennemie à abattre. Il passe par &lt;strong&gt;Feuerbach&lt;/strong&gt;, qui réduit Dieu à une projection de l’homme. &lt;strong&gt;Et il est greffé sur le communisme naissant comme une évidence d’époque, non comme une conclusion démontrée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marx lui-même est plus subtil qu’on ne le dit, et infiniment plus subtil que le slogan qu’on lui a fabriqué.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici sa phrase entière, celle qu’on ne cite jamais :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit d’une situation sans esprit. Elle est l’opium du peuple. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;**Le soupir de la créature opprimée. L’âme d’un monde sans cœur. &lt;strong&gt;La protestation contre la détresse réelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas du mépris : &lt;strong&gt;c’est presque de la compassion.&lt;/strong&gt; Et l’opium, au XIXᵉ siècle, n’est pas la drogue des voyous — &lt;strong&gt;c’est le principal remède contre la douleur&lt;/strong&gt;, celui qu’on donne aux mourants. Marx ne dit pas que la religion abrutit. Il dit qu’elle console un monde qui fait mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est Engels qui, ensuite, transformera cette analyse en cosmologie&lt;/strong&gt;, et fera de la matière incréée un article de foi. &lt;strong&gt;Un article de foi, précisément — car cela ne se démontre pas davantage que le contraire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a fait entrer l’athéisme dans le communisme comme on fait entrer un meuble dans une maison : il n’en fait pas partie, il y a été porté par des hommes, à une date, pour des raisons qui étaient les leurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;lenine-et-l-urss&quot;&gt;Lénine et l’URSS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lénine attaque l’Église, et il faut d’abord comprendre &lt;strong&gt;laquelle&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attaque le Très Saint Synode. Il attaque un appareil d’État qu’il est en train de renverser, qui bénissait le tsar et qui possédait des terres immenses pendant que les paysans avaient faim. &lt;strong&gt;De son point de vue, il ne combattait pas le Christ : il démontait un ministère.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le décret de janvier 1918 sépare l’Église de l’État et de l’école.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ce qui suit ne peut pas être défendu, et nous ne le défendrons pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est allé infiniment plus loin qu’aucune analyse ne l’exigeait : églises détruites ou converties en entrepôts, prêtres emprisonnés et fusillés, Ligue des sans-Dieu militants, athéisme enseigné comme vérité d’État à des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Imposer par la force une réponse à la question de Dieu, c’est exactement ce qu’on reprochait à l’Église. Ils ont fait ce qu’ils condamnaient, et ils l’ont fait au nom de la science.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il y a un fait que l’on ne raconte jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1943, Staline rétablit le patriarcat de Moscou.&lt;/strong&gt; Il rouvre des églises. Il rappelle des prêtres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarquez la date.&lt;/strong&gt; Stalingrad est passé, la guerre n’est pas finie mais elle est gagnée, et les Soviétiques se battaient depuis deux ans pour leur survie sans avoir eu besoin de cela. &lt;strong&gt;Il n’y était donc pas contraint. Il l’a fait quand même.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On dira que c’est un coup de communication, ou un calcul purement politique. Admettons-le : cela ne change rien à ce qui compte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &lt;strong&gt;il n’y était contraint par rien.&lt;/strong&gt; Le pays tenait déjà, la bataille décisive était gagnée, et aucune nécessité militaire n’exigeait qu’on rouvrît les églises.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pouvoir qui n’a aucun besoin de céder et qui cède quand même dit ce qu’il pense réellement de ce qu’il concède.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici le fait qui achève de démonter le récit qu’on vous a fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas sous Staline que l’Église russe a été la plus persécutée. C’est après lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De &lt;strong&gt;1958 à 1964&lt;/strong&gt;, Khrouchtchev — celui-là même qu’on présente en Occident comme le libéralisateur, l’homme du dégel et de la déstalinisation — &lt;strong&gt;lance la plus vaste campagne antireligieuse de l’après-guerre.&lt;/strong&gt; Des milliers d’églises sont fermées, séminaires supprimés, monastères vidés. &lt;strong&gt;En six ans, environ la moitié des paroisses orthodoxes encore ouvertes disparaissent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’homme que l’Occident a célébré pour avoir adouci le régime est celui qui a rouvert la guerre contre Dieu. On ne vous l’a jamais dit, parce que cela ne va dans le sens d’aucun des deux récits officiels.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui prouve une chose simple : l’hostilité à la religion n’était pas le cœur du système. C’était une politique — donc quelque chose qu’on décide, qu’on arrête, et qu’on reprend.&lt;/strong&gt; Elle a varié selon les hommes et selon les moments, exactement comme une politique agricole ou une politique industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce qu’on décide, on peut décider de ne pas le faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-realite-theorique-du-christianisme-sur-le-communisme&quot;&gt;La réalité théorique du christianisme sur le communisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Venons-en au fond. &lt;strong&gt;Que dit réellement le christianisme de ce que le communisme demande ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il le demande avant lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. »&lt;/strong&gt;
— &lt;em&gt;Actes des Apôtres, 2, 44-45&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« La multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais tout était commun entre eux. »&lt;/strong&gt;
— &lt;em&gt;Actes des Apôtres, 4, 32&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une lecture militante. C’est le texte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une précision, car on va nous la faire dire.&lt;/strong&gt; Le communisme ne demande pas que plus personne ne possède rien. &lt;strong&gt;La possession existera toujours, sous une forme ou une autre, parce que l’homme en a besoin&lt;/strong&gt; — sa maison, ses outils, ce qu’il a bâti, ce qu’il laisse aux siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les Actes montrent, ce n’est pas un programme de dépouillement universel : &lt;strong&gt;c’est l’exigence morale du partage, et le refus qu’un homme accumule pendant qu’un autre manque.&lt;/strong&gt; C’est cela que nous reprenons, et rien d’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne s’agit pas d’un accident des origines. &lt;strong&gt;Toute la doctrine suit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. »&lt;/strong&gt; Le Christ ne dit pas qu’il est difficile de servir les deux : il dit que c’est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’usure condamnée pendant sept siècles&lt;/strong&gt; — excommunication des usuriers au IIIᵉ concile du Latran en 1179, condamnation formelle du prêt à intérêt par &lt;em&gt;Vix Pervenit&lt;/em&gt; en 1745. &lt;strong&gt;Sept siècles pendant lesquels l’Église a interdit ce qui fonde aujourd’hui toute la finance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &lt;em&gt;Rerum Novarum&lt;/em&gt;, en 1891, condamne le libéralisme économique avant de condamner le socialisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’exigence communiste est contenue dans le christianisme. Elle y est depuis le commencement, non comme une théorie économique, mais comme un commandement moral.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-realite-theorique-du-communisme-sur-le-christianisme&quot;&gt;La réalité théorique du communisme sur le christianisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et réciproquement ? &lt;strong&gt;Que dit le communisme du christianisme, une fois qu’on lui a retiré l’athéisme qu’on y avait greffé ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il l’explique. Et expliquer n’est pas réfuter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matérialisme historique montre que la religion remplit une fonction sociale, qu’elle naît dans certaines conditions, qu’elle console certaines douleurs. &lt;strong&gt;Tout cela peut être vrai. Et cela ne dit rigoureusement rien sur l’existence de Dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre pourquoi les hommes croient ne démontre pas que ce qu’ils croient est faux. &lt;strong&gt;C’est une faute de raisonnement élémentaire, et c’est sur elle qu’on a bâti un siècle et demi de séparation.&lt;/strong&gt; On peut expliquer pourquoi un homme aime sa femme par la biologie : cela ne prouve pas qu’il ne l’aime pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et regardez maintenant vers quoi le communisme se dirige.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une société où l’homme cesse d’être un moyen. Où nul ne vit du travail d’autrui. Où les biens vont à ceux qui en ont besoin. &lt;strong&gt;C’est le but chrétien, atteint par une autre route.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On nous objectera qu’on ne bâtit pas le paradis sur la terre. C’est vrai, et ce n’est pas ce que nous prétendons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Royaume n’est pas de ce monde, et aucune organisation politique ne rendra les hommes bons. &lt;strong&gt;Mais que le Royaume ne soit pas d’ici n’a jamais dispensé personne d’appliquer les commandements ici.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne dit pas au voleur qu’il peut voler sous prétexte que la justice parfaite n’est pas de ce monde. &lt;strong&gt;On ne dira donc pas à celui qui affame qu’il peut affamer pour la même raison.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne prétendons pas bâtir le Royaume. Nous prétendons cesser de bâtir son contraire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un seul fait suffit à le prouver, et le voici.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx écrit en 1875, dans la &lt;em&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/em&gt;, la formule qui définit le communisme achevé :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ouvrez maintenant les Actes des Apôtres, écrits dix-huit siècles plus tôt :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« On distribuait à chacun selon ses besoins. »&lt;/strong&gt;
— &lt;em&gt;Actes 4, 35&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La formule du communisme est dans les Actes des Apôtres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx ne l’a pas inventée. &lt;strong&gt;Il l’a retrouvée&lt;/strong&gt; — et il a entrepris de faire par l’organisation du monde ce que les premiers chrétiens faisaient par la charité.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le christianisme ordonne les cœurs. Le communisme ordonne les structures. Ils veulent la même chose, et l’un est né de l’autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est pourquoi il n’y a pas de contradiction à être chrétien et communiste. Il y en avait une à ne pas l’être.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
</content>
        
    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Chapitre 2 — La gauche</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/chapitre-2/">&lt;h2 id=&quot;la-gauche&quot;&gt;La gauche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de dire ce qu’est le communisme. &lt;strong&gt;Il faut maintenant dire ce qui prétend le représenter, et pourquoi nous ne nous en réclamons plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est le chapitre le plus difficile, parce qu’il ne s’adresse pas à nos adversaires. &lt;strong&gt;Il s’adresse à ceux qui devraient être des nôtres et qui ne le sont plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;definition&quot;&gt;Définition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mot ne vient pas d’une doctrine. Il vient d’un plan de salle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;août 1789&lt;/strong&gt;, l’Assemblée constituante débat du droit de veto du roi. Ceux qui s’y opposent se regroupent à la gauche du président de séance ; ceux qui l’accordent, à sa droite. &lt;strong&gt;L’habitude reste, le mot naît.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici ce qu’il désignait ce jour-là : des libéraux et des républicains.&lt;/strong&gt; Des hommes du commerce, de la banque et de la propriété, qui voulaient briser la noblesse pour prendre sa place — &lt;strong&gt;et qui, deux ans plus tard, interdiraient aux ouvriers de se coaliser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche, à sa naissance, c’est la bourgeoisie. Le mouvement ouvrier n’y est pas encore né.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut donc dire honnêtement ce que ce mot veut dire, puisqu’il en a un.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche désigne les forces progressives du champ politique&lt;/strong&gt; — celles qui veulent changer l’ordre établi plutôt que le conserver. Voilà la définition. Elle est réelle, elle est utilisable, et pendant un siècle elle a recouvert le mouvement ouvrier parce que le mouvement ouvrier était de très loin la première de ces forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut immédiatement reprendre ce mot, parce qu’on nous l’a volé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le progressisme, c’est le progrès de la société par l’économie :&lt;/strong&gt; une vie matérielle meilleure, un travail moins dur, un logement sain, des enfants qui vivront mieux que leurs parents. &lt;strong&gt;Le moral d’un peuple suit toujours ses conditions matérielles.&lt;/strong&gt; Voilà ce que ce mot a voulu dire pendant deux siècles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas la théorie du genre. Ce n’est aucune des inventions du gauchisme contemporain&lt;/strong&gt;, qui se sont emparées du mot pour couvrir leur propre déchéance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais retenez ceci, car tout en découle : la force progressive change avec l’époque.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1789, la classe qui portait le progrès était la bourgeoisie.&lt;/strong&gt; Le capitalisme était alors révolutionnaire : il brisait un ordre figé, il développait les forces productives, il faisait avancer le monde. &lt;strong&gt;Marx le reconnaît sans réserve, et nous le reconnaissons avec lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui, il ne développe plus rien : il conserve.&lt;/strong&gt; Il défend sa propriété, il freine, il ferme des usines qui marchent parce qu’un placement rapporte davantage ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La force progressive a changé de camp. Elle était le capitalisme ; elle est le communisme. Être « progressiste » ne veut rien dire tant qu’on n’a pas dit quelle classe porte le progrès — et cette classe change.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mot pareil change donc de contenu à chaque époque.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Époque&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Ce que « la gauche » désigne&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;1789&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Les libéraux et les républicains — la bourgeoisie montante&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;1848-1981&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Le mouvement ouvrier — la question sociale, la propriété, les nationalisations&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Les questions de mœurs, d’identité et de représentation&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En deux siècles, le mot a désigné successivement une chose et son contraire.&lt;/strong&gt; Il a servi à ceux qui interdisaient les grèves, puis à ceux qui les faisaient, puis à ceux qui les ont laissées mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est pourquoi nous ne bâtissons rien dessus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement ouvrier a une classe. La gauche n’a qu’une place. On peut occuper une place pendant deux cents ans sans jamais représenter les mêmes hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne sommes pas de gauche. Nous sommes du mouvement ouvrier.&lt;/strong&gt; Ce n’est pas une querelle de vocabulaire : c’est la différence entre une doctrine et un siège.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;histoire&quot;&gt;Histoire&lt;/h2&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qui-fut-reellement-gagne&quot;&gt;Ce qui fut réellement gagné&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rien de ce que vous tenez pour acquis n’a été donné.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journée de huit heures. Le repos hebdomadaire. La fin du travail des enfants. Les congés payés. La Sécurité sociale. Les retraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chacun a été payé en grèves, en prison, en morts. Et c’est le mouvement ouvrier qui a payé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-separation-des-deux-familles&quot;&gt;La séparation des deux familles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1848.&lt;/strong&gt; Février fait la République, Juin l’écrase. Les ouvriers parisiens sont fusillés par une République née trois mois plus tôt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comptez, comme toujours.&lt;/strong&gt; Plusieurs milliers de morts en quatre jours, environ &lt;strong&gt;quinze mille arrestations&lt;/strong&gt;, quatre mille déportations. &lt;strong&gt;Aucune émeute parisienne sous la monarchie n’avait jamais été écrasée à ce prix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bourgeoisie au pouvoir n’a pas hérité de la violence des rois : elle l’a dépassée. Un roi réprime ce qui conteste son titre ; une bourgeoisie réprime ce qui conteste sa propriété — et elle y met beaucoup plus de moyens.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1864.&lt;/strong&gt; L’Association internationale des travailleurs — la Première Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1871.&lt;/strong&gt; La Commune de Paris. Soixante-douze jours, puis la Semaine sanglante : &lt;strong&gt;plusieurs milliers de fusillés par un gouvernement français.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1872.&lt;/strong&gt; Au congrès de La Haye, &lt;strong&gt;Bakounine et les siens sont exclus.&lt;/strong&gt; La rupture entre marxistes et anarchistes est consommée. Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1885 — et retenez bien celui-ci, car on vous l’attribuera toujours à d’autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La colonisation française est une œuvre de la gauche républicaine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 juillet 1885, devant la Chambre, &lt;strong&gt;Jules Ferry&lt;/strong&gt; — républicain, l’homme de l’école gratuite et laïque — justifie l’expansion coloniale en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas un monarchiste qui parle. C’est le progressiste de son temps&lt;/strong&gt;, au nom de la civilisation, du progrès et des Lumières.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et une partie de la droite nationaliste y était opposée&lt;/strong&gt;, jugeant qu’on dispersait l’armée outre-mer au lieu de préparer la revanche. &lt;strong&gt;Déroulède à Ferry :&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;« J’ai perdu deux enfants et vous m’offrez vingt domestiques. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous le discours, la mécanique est celle que Lénine décrira trente ans plus tard :&lt;/strong&gt; des matières premières qu’on ne paie pas leur prix, des marchés captifs, une main-d’œuvre sans droits. &lt;strong&gt;Et des fils de paysans français envoyés mourir pour les dividendes de compagnies dont ils n’avaient jamais entendu le nom.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ni fierté, ni repentance. La colonisation n’a pas été le crime de la France : elle a été l’affaire du capital, vendue au peuple par ceux qui se disaient les hommes du progrès — et payée par lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1889.&lt;/strong&gt; La Deuxième Internationale. Des partis ouvriers de masse partout en Europe, des millions d’adhérents, des députés, des journaux, des syndicats. &lt;strong&gt;Jamais le mouvement ouvrier n’a paru si fort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;4-aout-1914-la-trahison-fondatrice&quot;&gt;4 août 1914 — la trahison fondatrice&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retenez cette date. Tout le reste en découle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Deuxième Internationale avait juré, congrès après congrès, que les travailleurs ne se tireraient jamais dessus pour les intérêts de leurs bourgeoisies. &lt;strong&gt;Que si la guerre venait, ils la transformeraient en grève générale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 31 juillet 1914, Jaurès est assassiné.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 4 août, le parti social-démocrate allemand vote les crédits de guerre.&lt;/strong&gt; Le même jour, en France, la SFIO se rallie à l’Union sacrée. &lt;strong&gt;Partout, les partis ouvriers votent la guerre de leur propre bourgeoisie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des millions d’ouvriers allemands et français, membres de partis frères, se sont massacrés pendant quatre ans parce que leurs directions le leur avaient demandé. Ce n’est pas un accident : c’est le moment où la social-démocratie a choisi son camp, et ce n’était pas le nôtre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est de cette trahison — et d’aucune autre — que naissent les partis communistes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;janvier-1919-berlin&quot;&gt;Janvier 1919 — Berlin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici ce qui arrive quand la social-démocratie gouverne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’Empire allemand s’effondre. Un gouvernement social-démocrate prend le pouvoir, dirigé par &lt;strong&gt;Friedrich Ebert&lt;/strong&gt;. En janvier 1919, les spartakistes se soulèvent à Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement social-démocrate charge Gustav Noske de la répression.&lt;/strong&gt; Sa phrase est passée à l’histoire : &lt;strong&gt;« Il faut bien que quelqu’un fasse le chien sanglant. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arme les &lt;strong&gt;corps francs&lt;/strong&gt; — des unités de volontaires nationalistes, dont beaucoup se retrouveront quinze ans plus tard dans les rangs du nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont arrêtés, torturés et assassinés.&lt;/strong&gt; Le corps de Luxemburg est jeté dans un canal.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier gouvernement socialiste de l’histoire allemande a fait assassiner les deux plus grands révolutionnaires du pays par des milices d’extrême droite. Ce n’est pas une interprétation. C’est le procès-verbal.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et souvenez-vous de qui étaient ces corps francs, quand on vous expliquera que la social-démocratie est le rempart contre le fascisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;1920-tours&quot;&gt;1920 — Tours&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En décembre, au &lt;strong&gt;congrès de Tours&lt;/strong&gt;, la majorité de la SFIO vote l’adhésion à l’Internationale communiste et devient la SFIC, futur Parti communiste français. La minorité, autour de Léon Blum, garde la SFIO et sa caisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La division française est née là, et elle ne se refermera jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;1936-l-espagne-ou-la-trahison-par-l-inaction&quot;&gt;1936 — l’Espagne, ou la trahison par l’inaction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juillet 1936 : les généraux se soulèvent contre la République espagnole.&lt;/strong&gt; Hitler et Mussolini arment aussitôt Franco — avions, chars, hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En France, un gouvernement de Front populaire vient d’arriver au pouvoir, dirigé par le socialiste Léon Blum.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il choisit la non-intervention.&lt;/strong&gt; La République espagnole, gouvernement légal d’un pays voisin, attaqué par une armée factieuse soutenue par deux dictatures fascistes, &lt;strong&gt;n’aura pas les armes françaises.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franco, lui, aura les avions allemands. Guernica sera bombardée en avril 1937.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier gouvernement socialiste de l’histoire de France a laissé mourir la République espagnole pour ne pas déplaire à Londres. Trois ans plus tard, il faudra affronter seuls ceux qu’on avait laissé faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la trahison ne vient pas que de Paris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mai 1937, Barcelone.&lt;/strong&gt; Le front tient à peine, l’armée fasciste avance, et une partie des anarchistes et du POUM &lt;strong&gt;se soulève contre le gouvernement de la République elle-même.&lt;/strong&gt; Plusieurs centaines de morts dans les rues d’une ville de l’arrière, pendant que les hommes meurent au front.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont choisi le pire moment de l’histoire de leur pays pour faire leur révolution contre leur propre camp. Franco n’a pas eu besoin d’en faire davantage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;1956-guy-mollet&quot;&gt;1956 — Guy Mollet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas français le plus abject, et il est peu connu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Janvier 1956 :&lt;/strong&gt; la SFIO gagne les élections sur la promesse de la paix en Algérie. &lt;strong&gt;Guy Mollet, socialiste, devient président du Conseil.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mars 1956 :&lt;/strong&gt; il fait voter les &lt;strong&gt;pouvoirs spéciaux&lt;/strong&gt;, envoie le contingent, porte les effectifs à un demi-million d’hommes, et couvre une pratique généralisée de la torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Novembre 1956 :&lt;/strong&gt; il lance avec les Britanniques et les Israéliens l’expédition de Suez.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le parti qui se réclamait de Jaurès a mené la guerre coloniale la plus dure de l’histoire de France. Il ne l’a pas subie : il l’a voulue, votée et généralisée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Et nous ajouterons ce qui nous concerne, puisque nous nous sommes engagés à ne jamais mentir sur les nôtres : &lt;strong&gt;le Parti communiste français a voté ces pouvoirs spéciaux.&lt;/strong&gt; C’est une faute, elle lui a été reprochée à juste titre, et nous ne l’effacerons pas.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;1972-1983-la-fin&quot;&gt;1972-1983 — la fin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1972.&lt;/strong&gt; Le Programme commun. Le PCF s’allie au Parti socialiste. &lt;strong&gt;François Mitterrand explique à ses propres cadres, à Vienne, que le but de l’opération est de reprendre aux communistes leur électorat.&lt;/strong&gt; Il le dira publiquement. Le PCF signera quand même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1981.&lt;/strong&gt; La gauche arrive au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1983. Le tournant.&lt;/strong&gt; En mars, contraint par le Système monétaire européen, le gouvernement choisit de rester dans le SME plutôt que de tenir son programme. &lt;strong&gt;Rigueur salariale, désindexation, austérité.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas un accident de conjoncture. C’est le jour où la gauche de gouvernement a accepté que la contrainte extérieure décide à sa place — et elle ne l’a jamais plus refusée depuis.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1992. Maastricht.&lt;/strong&gt; Négocié par Mitterrand, soumis par lui au référendum, défendu par tout l’appareil du Parti socialiste. &lt;strong&gt;Ce traité est une œuvre de la gauche de gouvernement, et de personne d’autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2005.&lt;/strong&gt; Le &lt;strong&gt;29 mai&lt;/strong&gt;, les Français rejettent le traité constitutionnel européen par &lt;strong&gt;54,68 %&lt;/strong&gt;. Les ouvriers et les employés le refusent massivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et notez qui était en face d’eux.&lt;/strong&gt; La direction du Parti socialiste avait officiellement appelé à voter oui. &lt;strong&gt;Le non l’a emporté contre son propre électorat organisé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2008.&lt;/strong&gt; Le traité de Lisbonne, qui en reprend l’essentiel, est ratifié par le Congrès à Versailles. &lt;strong&gt;Sans référendum.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;La droite était alors au pouvoir, et nous ne lui attribuons pas ce qui revient à d’autres. Mais &lt;strong&gt;le Parti socialiste appela ses parlementaires à s’abstenir&lt;/strong&gt;, et cent quarante-deux d’entre eux s’abstinrent. &lt;strong&gt;On ne fait pas passer un traité rejeté par le peuple sans que ceux qui prétendent le représenter regardent ailleurs.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce jour-là, on a expliqué à un peuple qu’il avait mal voté et qu’on ne le lui redemanderait plus. Ne cherchez pas ailleurs l’origine de ce qu’on appelle aujourd’hui le populisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le résultat, en deux chiffres.&lt;/strong&gt; Le parti qui faisait &lt;strong&gt;plus de 28 %&lt;/strong&gt; en 1946 présentait un candidat à &lt;strong&gt;2,28 %&lt;/strong&gt; en 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas la répression qui a fait cela. C’est le reniement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;social-democrate-et-communiste-ce-qui-les-separe&quot;&gt;Social-démocrate et communiste — ce qui les sépare&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous répète que c’est une question de tempérament : les uns seraient pressés, les autres patients. Les uns durs, les autres humains.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est faux. La différence est théorique, elle est entière, et elle porte sur trois points.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-date-de-naissance&quot;&gt;La date de naissance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle a un nom : Eduard Bernstein, 1899.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dirigeant social-démocrate allemand publie un livre où il soutient que Marx s’est trompé : le capitalisme ne s’effondrera pas, les classes moyennes ne disparaissent pas, la misère ne s’aggrave pas. &lt;strong&gt;Donc il ne faut pas renverser le système : il faut l’améliorer par petites touches, indéfiniment.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa formule est restée :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Le mouvement est tout, le but final n’est rien. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rosa Luxemburg lui répond la même année dans &lt;em&gt;Réforme sociale ou révolution ?&lt;/em&gt;.&lt;/strong&gt; Sa réponse tient en une idée que nous faisons nôtre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les réformes ne s’additionnent pas jusqu’à faire une révolution. Ce sont deux méthodes différentes qui visent deux buts différents. On ne construit pas un escalier vers un endroit où il n’y a pas de marches.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;les-trois-differences&quot;&gt;Les trois différences&lt;/h3&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Le social-démocrate&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Le communiste&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;La propriété&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;La laisse aux mains privées et en &lt;strong&gt;redistribue les fruits&lt;/strong&gt; par l’impôt&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Change le propriétaire&lt;/strong&gt; des grands moyens de production&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;L’État&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Le croit &lt;strong&gt;neutre&lt;/strong&gt; : un outil qu’il suffit de gagner aux élections&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Le tient pour &lt;strong&gt;l’instrument d’une classe&lt;/strong&gt;, à prendre et à transformer&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Le but&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Un capitalisme &lt;strong&gt;corrigé&lt;/strong&gt;, humanisé, encadré&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;La fin du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout le reste en découle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le social-démocrate ne trahit pas par cohérence. Il trahit par opportunisme — et il se fabrique ensuite une doctrine pour l’expliquer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La théorie vient après. Elle sert de vernis.&lt;/strong&gt; Bernstein n’a pas découvert que la révolution était impossible : &lt;strong&gt;il a constaté qu’un parti installé — avec des députés, des mandats, des permanents, des journaux et des caisses — a désormais beaucoup à perdre.&lt;/strong&gt; Et il a écrit ce qu’il fallait pour que ce confort ait l’air d’une pensée.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne renonce pas à la révolution parce qu’on a compris quelque chose. On y renonce parce qu’on a quelque chose à conserver — et l’on comprend ensuite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et puisqu’il n’a jamais voulu toucher à la propriété, il n’a que le partage du produit à négocier. &lt;strong&gt;Et le jour où le produit se contracte, il n’a plus rien à partager.&lt;/strong&gt; Il lui reste alors une seule fonction : &lt;strong&gt;gérer la crise du capital à la place du capital&lt;/strong&gt;, et l’expliquer aux travailleurs mieux que la droite ne saurait le faire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne peut pas redistribuer indéfiniment le produit d’une chose dont on refuse de discuter la propriété. Voilà toute l’histoire de la social-démocratie, et voilà pourquoi elle finit toujours par appliquer le programme d’en face.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle n’est pas notre aile modérée. Elle est le service du capital chargé de nous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-anarchistes&quot;&gt;Les anarchistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous dira qu’ils sont nos cousins, que nous voulons la même chose, que seule la méthode nous sépare.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non. Et il faut le dire clairement, parce que la confusion nous a coûté cher.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-desaccord-de-fond&quot;&gt;Le désaccord de fond&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rupture date de 1872 et elle n’a jamais été réparée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous disons :&lt;/strong&gt; l’État est l’instrument d’une classe. &lt;strong&gt;Il faut donc le prendre&lt;/strong&gt;, s’en servir pour désarmer l’ancienne classe possédante et socialiser les moyens de production — après quoi, n’ayant plus de classe à contenir, il dépérit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils disent :&lt;/strong&gt; l’État est le mal en lui-même, il faut l’abolir immédiatement, et tout ce qui ressemble à une autorité, à une discipline ou à un commandement est une trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Engels leur a répondu en 1873, dans &lt;em&gt;De l’autorité&lt;/em&gt;, et l’argument n’a jamais reçu de réponse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prenez un navire dans la tempête, une usine, un chemin de fer. Il y a un capitaine, une cadence, un horaire. Ce n’est pas de la tyrannie : c’est la condition matérielle pour que la chose fonctionne. Celui qui refuse toute autorité refuse en réalité la production moderne — c’est-à-dire tout ce qui nous fait vivre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-resultat-en-un-fait&quot;&gt;Le résultat, en un fait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne discuterons pas leurs intentions. Nous compterons, comme toujours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cent cinquante ans, l’anarchisme n’a jamais tenu un pays. Pas un. Nulle part.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout où il a eu sa chance, il a produit la même chose : de la générosité, du courage réel, des expériences locales admirables — &lt;strong&gt;et une défaite.&lt;/strong&gt; Parce que refuser l’État, c’est refuser l’armée, la police, la monnaie, la logistique et le commandement. &lt;strong&gt;C’est refuser tout ce dont on a besoin le lendemain de la victoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Espagne en est la démonstration.&lt;/strong&gt; En 1936-1937, pendant qu’une armée fasciste équipée par Berlin et par Rome avance sur Madrid, une partie du camp républicain refuse le commandement unifié, la conscription et la discipline militaire, au nom de la révolution immédiate. &lt;strong&gt;On perd la guerre, et avec la guerre on perd la révolution.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont voulu la fin sans les moyens, et ils ont livré les deux à Franco. Quarante ans de dictature ont suivi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous avons pour eux le respect qu’on doit à des hommes courageux. Nous n’avons aucun respect pour leur théorie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mot de Lénine reste le plus juste, et il vaut aussi pour ce qui va suivre : une maladie infantile.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-gauchisme&quot;&gt;Le gauchisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mot n’est pas une insulte de droite. C’est un terme communiste, et il a un auteur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lénine&lt;/strong&gt;, en 1920 : &lt;em&gt;La Maladie infantile du communisme, le « gauchisme »&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y désigne ceux qui, à force de radicalité affichée, deviennent inutiles : ceux qui refusent les syndicats parce qu’ils sont réformistes, les élections parce qu’elles sont bourgeoises, tout compromis parce qu’il salit — &lt;strong&gt;et qui, à la fin, ne rencontrent jamais un ouvrier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gauchisme, c’est l’apparence maximale de radicalité pour le résultat minimal. C’est ce qui a l’air de menacer l’ordre et qui ne le touche jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qu-il-est-devenu&quot;&gt;Ce qu’il est devenu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a une date de naissance et un théoricien qui l’a vu venir : Mai 68, et Michel Clouscard.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clouscard était marxiste, et il fut l’un des rares à écrire, dès &lt;strong&gt;1973&lt;/strong&gt; puis dans &lt;em&gt;Le Capitalisme de la séduction&lt;/em&gt; en &lt;strong&gt;1981&lt;/strong&gt;, ce que personne ne voulait entendre : &lt;strong&gt;la contestation de 68 n’a pas affaibli le capitalisme. Elle lui a ouvert un marché.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa thèse tient en une phrase :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Tout est permis, mais rien n’est possible. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout est permis&lt;/strong&gt; — la liberté des mœurs, la libération du désir, la levée des interdits.
&lt;strong&gt;Rien n’est possible&lt;/strong&gt; — le salaire, le logement, l’avenir, la propriété.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capitalisme a lâché ce qui ne lui coûtait rien pour garder ce qui lui rapporte tout.&lt;/strong&gt; Il a libéré la consommation et resserré la production. &lt;strong&gt;Et il a trouvé, pour faire ce travail, une jeunesse qui se croyait révolutionnaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce diagnostic a été confirmé par des chercheurs qui n’étaient pas des siens.&lt;/strong&gt; En &lt;strong&gt;1999&lt;/strong&gt;, dans &lt;em&gt;Le Nouvel Esprit du capitalisme&lt;/em&gt;, Boltanski et Chiapello distinguent deux critiques du système : &lt;strong&gt;la critique sociale&lt;/strong&gt; — l’exploitation, l’inégalité — et &lt;strong&gt;la critique artiste&lt;/strong&gt; — l’ennui, l’autorité, le conformisme, le manque d’authenticité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capitalisme a absorbé la seconde et enterré la première.&lt;/strong&gt; L’autonomie, la créativité, l’épanouissement, la fin de la hiérarchie rigide : &lt;strong&gt;tout le vocabulaire du management contemporain est celui de la contestation de 68.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont pris nos mots et ils en ont fait des séminaires d’entreprise. Pendant ce temps, la question du salaire n’a plus jamais été posée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;d-ou-viennent-ces-idees&quot;&gt;D’où viennent ces idées&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puisqu’on parle de ce qui a remplacé la question sociale, il faut remonter aux sources. Elles ont des noms, des dates et des financements.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier s’appelle Alfred Kinsey.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zoologiste américain, il publie en &lt;strong&gt;1948&lt;/strong&gt; puis en &lt;strong&gt;1953&lt;/strong&gt; deux rapports sur le comportement sexuel qui bouleversent l’Occident. &lt;strong&gt;Ils sont financés par la fondation Rockefeller&lt;/strong&gt;, par l’intermédiaire d’un comité de recherche américain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous corrigeons ici une erreur qui circule dans notre camp : ce n’est pas Soros, qui avait dix-huit ans à la parution du premier volume. &lt;strong&gt;C’est la grande philanthropie américaine, et c’est plus significatif encore.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sa thèse : les comportements que la morale réprouvait seraient en réalité universels et normaux.&lt;/strong&gt; L’argument n’est pas moral, il est statistique — et c’est ce qui lui donne son autorité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici ce qu’il faut savoir sur cette statistique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tableau 34 du volume de 1948 présente des données sur les « réponses » sexuelles d’enfants, certaines de nourrissons, chronométrées à la seconde.&lt;/strong&gt; De telles données ne peuvent avoir qu’une origine : &lt;strong&gt;des adultes qui accomplissaient ces actes sur des enfants et les consignaient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est ce qu’a établi &lt;strong&gt;Judith Reisman&lt;/strong&gt;, chercheuse américaine, dans &lt;em&gt;Kinsey, Sex and Fraud&lt;/em&gt; en 1990. &lt;strong&gt;L’institut Kinsey lui-même a reconnu que ces données provenaient d’hommes rapportant de tels actes&lt;/strong&gt;, dont un délinquant particulièrement prolifique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La science qui a servi à refonder la morale sexuelle de l’Occident repose, sur ce point précis, sur des crimes commis contre des enfants et jamais poursuivis. Ce n’est pas une accusation de militants : c’est dans le livre, au tableau 34, et l’institut qui porte son nom l’admet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le second s’appelle John Money.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Psychologue à l’université Johns Hopkins, &lt;strong&gt;c’est lui qui forge en 1955 la distinction entre le sexe et le genre&lt;/strong&gt; — l’idée que l’identité serait apprise et non donnée. &lt;strong&gt;Toute la théorie du genre sort de là.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il a voulu le prouver sur un enfant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1966, un nourrisson canadien, David Reimer, est mutilé lors d’une circoncision ratée.&lt;/strong&gt; Money conseille aux parents de l’élever comme une fille. On l’opère, on le prénomme autrement, on lui cache la vérité. &lt;strong&gt;Money publie le cas pendant des années comme la démonstration éclatante que le genre s’apprend.&lt;/strong&gt; Le monde entier le cite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’était faux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’enfant a toujours su. À quatorze ans, il a exigé la vérité et il est redevenu un garçon.&lt;/strong&gt; Il a raconté publiquement ce qu’il avait subi, y compris les séances que Money imposait aux deux jumeaux. &lt;strong&gt;Son frère est mort d’une overdose en 2002. David Reimer s’est suicidé en 2004, à trente-huit ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La théorie du genre n’a pas été démontrée : elle a été affirmée, sur un enfant qu’on avait mutilé, par un homme qui savait qu’elle échouait et qui a continué de la publier. Deux frères en sont morts. Et cette théorie s’enseigne toujours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le troisième, c’est nous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Car ces travaux américains ont trouvé leur philosophie chez nos propres auteurs.&lt;/strong&gt; Ce que les universités américaines ont baptisé la &lt;em&gt;French Theory&lt;/em&gt; — nos structuralistes et nos déconstructeurs — &lt;strong&gt;leur a fourni l’appareil intellectuel qui manquait : l’idée qu’il n’existe aucune nature, seulement des constructions et des rapports de pouvoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nos philosophes ont exporté l’outil. L’Amérique en a fait une politique. Et on nous la réimporte aujourd’hui comme une évidence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà l’origine de ce qu’on vous présente comme le sens de l’histoire : deux Américains dont l’un s’appuyait sur des crimes et l’autre a menti sur un enfant mort, armés d’une philosophie française que la France n’a jamais lue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;qui-a-paye-tout-cela&quot;&gt;Qui a payé tout cela&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici la question que personne ne pose : d’où venait l’argent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Car cette gauche culturelle ne s’est pas financée toute seule. Une partie de ses revues, de ses colloques et de ses réseaux a été payée — et nous savons par qui, parce que l’affaire a éclaté publiquement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De 1950 à 1967 existe un organisme appelé le Congrès pour la liberté de la culture.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il finance des revues dans toute l’Europe — &lt;strong&gt;dont une à Paris&lt;/strong&gt; — organise des colloques, subventionne des écrivains, des universitaires, des expositions et des concerts. Il est prestigieux, brillant, et l’on s’honore d’y être publié.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1966-1967, la presse américaine révèle qu’il était financé par la CIA.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et son objectif n’était pas de combattre la gauche. Il était d’en fabriquer une autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le terme figure dans les documents américains eux-mêmes : la « gauche non communiste ».&lt;/strong&gt; Une gauche qu’on soutient, qu’on publie, qu’on rend respectable — &lt;strong&gt;à condition qu’elle soit anti-soviétique et qu’elle ne parle plus de propriété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une déduction. L’homme qui dirigeait ces opérations à la CIA l’a écrit lui-même en 1967&lt;/strong&gt;, dans un grand magazine américain, dans un article dont le titre revendiquait l’immoralité de l’agence. &lt;strong&gt;Il y reconnaît le financement des revues — et le placement d’un agent dans le mouvement syndical européen.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Car les syndicats étaient la cible principale, et la France a payé le prix fort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut nommer les deux hommes qui ont conduit cette opération, parce que leur parcours dit tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier avait été secrétaire général du Parti communiste des États-Unis.&lt;/strong&gt; Il rompt avec Moscou en 1929, passe de l’autre côté, et devient l’homme du syndicalisme américain pour les affaires internationales — &lt;strong&gt;c’est-à-dire l’agent de liaison avec la CIA sur le terrain syndical.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le second était son représentant permanent en Europe, installé à Paris&lt;/strong&gt;, et disposait d’un accès direct aux fonds secrets du plan Marshall.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’homme chargé de briser le mouvement ouvrier européen pour le compte de Washington était un ancien dirigeant communiste. Il connaissait les méthodes, les réseaux et les hommes. On ne pouvait pas choisir mieux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En décembre 1947, une scission divise la CGT et donne naissance à un nouveau syndicat.&lt;/strong&gt; Le rôle des fonds américains est aujourd’hui établi par les historiens : &lt;strong&gt;les archives font apparaître des versements documentés — vingt-cinq mille dollars de l’époque à la nouvelle centrale, et des soutiens à certaines fédérations.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’argent ne s’arrêtait pas aux syndicats.&lt;/strong&gt; Le même homme offrit au Congrès pour la liberté de la culture ses bureaux parisiens — &lt;strong&gt;une suite dans un hôtel de l’avenue Kléber.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a divisé le mouvement ouvrier français avec de l’argent étranger, au nom de la liberté syndicale. Et l’homme de la CIA qui supervisait l’opération l’a raconté lui-même dans la presse américaine, vingt ans plus tard, avec fierté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ajoutez les grandes fondations américaines&lt;/strong&gt;, qui ont financé pendant des décennies universités, revues et programmes de recherche — &lt;strong&gt;et dont l’une eut pour président, pendant treize ans, un ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-mai-68&quot;&gt;Et Mai 68 ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ici, il faut d’abord distinguer deux choses que l’on confond toujours, et cette confusion n’est pas innocente.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu deux Mai 68.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui des ouvriers&lt;/strong&gt; — sept à neuf millions de grévistes, la plus grande grève de l’histoire de France, des occupations d’usines, et des revendications parfaitement claires : les salaires, le temps de travail, la reconnaissance syndicale dans l’entreprise. &lt;strong&gt;Celui-là est le nôtre, il n’a rien de suspect, et nous le revendiquons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et celui des étudiants&lt;/strong&gt; — beaucoup plus petit, beaucoup plus bruyant, beaucoup mieux filmé. &lt;strong&gt;C’est celui-là que l’on a retenu, célébré et enseigné.&lt;/strong&gt; Et c’est celui-là qui pose problème, car ses mots d’ordre ne portaient pas sur la propriété mais sur les mœurs, l’autorité et le désir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Devinez lequel des deux on commémore chaque décennie à la télévision. Ce n’est pas celui qui a arraché les accords de Grenelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela dit, nous n’affirmerons pas que Mai 68 fut une opération américaine : cela n’est pas établi, et nous ne l’écrirons pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il existe un fait, et il vient du principal intéressé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juin 1968, l’un des chefs de file du mouvement étudiant déclare que des journaux et des associations américains — qu’il désigne comme des relais de la CIA — leur ont offert des sommes importantes.&lt;/strong&gt; Il ajoute que l’offre fut refusée.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous prenons cette déclaration telle qu’elle est, refus compris. Elle établit une chose et une seule, mais celle-là est certaine : au printemps 1968, dans une France dirigée par l’homme qui venait de quitter le commandement de l’OTAN et d’exiger de l’or contre ses dollars, des relais américains sont venus proposer de l’argent aux meneurs de la contestation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est précisément pour cela que nous le mentionnons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous savons qu’ils ont essayé. Nous savons qu’ici, ce jour-là, on leur a dit non.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais nous venons d’énumérer les endroits où ils n’ont essuyé aucun refus : les revues, les colloques, les fondations, les syndicats. La question n’est donc pas de savoir s’ils ont proposé — c’est établi — mais combien de fois, ailleurs, on a dit oui. Et cela, nous ne le saurons jamais entièrement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-le-resultat-ils-l-ont-constate-eux-memes&quot;&gt;Et le résultat, ils l’ont constaté eux-mêmes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe une note d’analyse de la CIA, déclassifiée, datée de 1985, consacrée aux intellectuels français.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle observe avec satisfaction l’effondrement du marxisme dans les universités françaises&lt;/strong&gt; et le passage de toute une génération d’intellectuels à autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Soyons rigoureux : ce document prouve qu’ils observaient et se réjouissaient. &lt;strong&gt;Il ne prouve pas qu’ils ont fabriqué cette évolution&lt;/strong&gt;, et nous n’écrirons pas le contraire.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il faut mettre les deux faits côte à côte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant trente ans, on a financé, publié et honoré un milieu intellectuel à la condition expresse qu’il abandonne la question de la propriété. Trente ans plus tard, ce milieu l’avait abandonnée — et ceux qui avaient payé écrivaient des notes pour s’en féliciter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne prétendons pas que tous ces intellectuels étaient achetés : l’immense majorité ne savait rien, et beaucoup étaient sincères. C’est justement cela qu’il faut comprendre. On n’a pas eu besoin d’acheter des hommes : il a suffi de financer généreusement ceux qui allaient déjà dans le bon sens, et de laisser les autres sans tribune. Au bout de trente ans, une génération entière pensait librement — exactement ce qu’on avait payé pour qu’elle pense.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-resultat&quot;&gt;Le résultat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comptez, encore une fois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que le gauchisme a obtenu en cinquante ans :&lt;/strong&gt; l’évolution des mœurs, la conquête du vocabulaire public, la place de certains sujets dans les médias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu’il n’a pas obtenu : un point de propriété. Un seul.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucun grand moyen de production n’est passé aux mains de ceux qui y travaillent. Aucun.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne combat pas sérieusement ce qui ne coûte rien. Si vos idées ne rencontrent aucune résistance véritable, ce n’est pas que vous avez gagné : c’est qu’elles ne gênent personne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-feminisme&quot;&gt;Le féminisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut commencer par le seul fait qui compte, et il est historique, pas moral.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le féminisme n’est pas né dans les usines. Il est né dans les salons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;d-ou-il-vient&quot;&gt;D’où il vient&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ses fondatrices sont des femmes de la bourgeoisie&lt;/strong&gt;, et leurs revendications sont celles de leur classe : accéder à la propriété, aux professions libérales, aux diplômes, au vote. &lt;strong&gt;Des revendications qui n’ont aucun sens pour une femme qui travaille déjà quatorze heures par jour à la filature.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il y a un fait qui règle la question à lui seul.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les suffragettes les plus célèbres réclamaient le vote &lt;strong&gt;« aux mêmes conditions que les hommes »&lt;/strong&gt;. Or les hommes votaient alors &lt;strong&gt;sous condition de propriété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leur revendication, appliquée telle quelle, aurait donné le droit de vote aux femmes qui possédaient — et à aucune autre. Les ouvrières n’auraient rien eu. C’est cela, le féminisme des origines : une bourgeoisie qui réclame pour elle-même et parle au nom de toutes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-le-mouvement-ouvrier-a-repondu&quot;&gt;Ce que le mouvement ouvrier a répondu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici ce qu’on vous cache le plus soigneusement : le mouvement communiste a combattu le féminisme, explicitement, par écrit, et depuis toujours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clara Zetkin&lt;/strong&gt;, qui organise en &lt;strong&gt;1907&lt;/strong&gt; à Stuttgart la première conférence internationale des femmes socialistes, &lt;strong&gt;refuse toute alliance avec les féministes bourgeoises&lt;/strong&gt; et exige le suffrage universel &lt;strong&gt;sans condition de propriété&lt;/strong&gt; — c’est-à-dire l’inverse de ce que réclamaient les suffragettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandra Kollontai&lt;/strong&gt;, en &lt;strong&gt;1909&lt;/strong&gt;, dans &lt;em&gt;Les Fondements sociaux de la question féminine&lt;/em&gt;, écrit noir sur blanc que &lt;strong&gt;la femme ouvrière n’a rien de commun avec la femme bourgeoise&lt;/strong&gt;, et que sa place est aux côtés des hommes de sa classe, non des femmes de la classe adverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;August Bebel&lt;/strong&gt;, en &lt;strong&gt;1879&lt;/strong&gt;, avait déjà écrit &lt;em&gt;La Femme et le socialisme&lt;/em&gt; : le livre le plus lu du mouvement ouvrier allemand.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ne disaient pas « les femmes doivent se taire ». Ils disaient : « votre ennemi n’est pas votre mari, c’est le propriétaire de l’usine où vous êtes tous les deux. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà notre position. Elle a cent cinquante ans. Nous n’inventons rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-travail-des-femmes-n-a-pas-ete-une-liberation&quot;&gt;Le travail des femmes n’a pas été une libération&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous a raconté que le capitalisme avait libéré les femmes en leur ouvrant l’usine. Marx a décrit exactement le contraire, et il l’a décrit dans &lt;em&gt;Le Capital&lt;/em&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mécanisme est celui-ci.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine permet d’employer des ouvriers moins forts. &lt;strong&gt;Le capital fait donc entrer les femmes et les enfants à l’atelier — non par générosité, mais parce qu’ils coûtent moins cher.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici le résultat, qui est une loi et non une opinion :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le salaire d’un homme payait autrefois une famille. En jetant la famille entière sur le marché du travail, le capital répartit la même somme sur quatre personnes au lieu d’une. Il ne paie pas plus. Il paie le même prix pour quatre fois plus de travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il les paie moins.&lt;/strong&gt; Au XIXᵉ siècle, le salaire d’une ouvrière valait environ &lt;strong&gt;la moitié&lt;/strong&gt; de celui d’un ouvrier au même poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est cela, l’entrée des femmes dans le salariat industriel : non pas un droit conquis, mais une baisse du prix général du travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et retenez bien la suite, car c’est le point que personne ne fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le salaire familial — un homme qui gagne assez pour faire vivre les siens — n’est pas une invention de la réaction. C’est une conquête ouvrière.&lt;/strong&gt; Il a été arraché au patronat, grève après grève, contre sa volonté, précisément pour sortir les femmes et les enfants de la mine et de l’atelier.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capital a toujours voulu les femmes à l’usine. Le mouvement ouvrier a passé un siècle à les en sortir. Puis on a expliqué à leurs petites-filles que retourner à l’usine était une libération.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui, il faut deux salaires pour ce qu’un seul payait.&lt;/strong&gt; Personne n’a gagné de temps, personne n’a gagné d’argent. &lt;strong&gt;Le foyer a gagné une charge, et le patron a gagné deux fois plus de candidats pour le même poste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas la faute des femmes et ce n’était pas leur projet. C’est le résultat, et le résultat est vérifiable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-nous-voulons&quot;&gt;Ce que nous voulons&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ni les renvoyer au foyer, ni les y arracher. Leur rendre le choix, qu’elles n’ont plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un congé de trois ans pour la mère, réellement indemnisé, avec garantie de retour au poste.&lt;/strong&gt; Pour le père, un congé de naissance de quelques semaines, dont la durée suivra ce que le pays peut porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne cherchons pas l’égalité de façade entre les deux. Nous cherchons l’équité :&lt;/strong&gt; ce n’est pas le père qui porte, qui accouche et qui allaite, et faire semblant du contraire n’a jamais servi une seule femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et une allocation qui reconnaisse que l’éducation d’un enfant est un travail&lt;/strong&gt; — parce que c’en est un, et que le seul travail que ce pays ne paie pas est celui qui fabrique la génération suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et un niveau de salaire qui permette à un foyer de vivre d’un revenu si ses membres le décident ainsi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui, une femme qui voudrait élever son enfant ne le peut pas. Ce n’est pas une liberté qu’on lui a donnée : c’est une nécessité qu’on lui a imposée, et on a appelé cela l’émancipation. Nous voulons qu’elle puisse partir travailler ou rester, et que les deux soient réellement possibles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le féminisme lui a promis l’égalité et lui a livré une double journée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne sommes pas contre les femmes. Nous sommes contre ce qui a divisé le prolétariat en deux moitiés au moment précis où il fallait qu’il soit un — et qui n’a rien obtenu pour la femme qui pointe à cinq heures du matin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute l’égalité en droit, sans une exception ni un recul. Et rien de la division.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;wokisme-et-antiracisme&quot;&gt;Wokisme et antiracisme&lt;/h2&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-mot&quot;&gt;Le mot&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rendons-lui son origine, puisque personne ne le fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Stay woke&lt;/em&gt; est une expression noire américaine ancienne, qui signifiait &lt;strong&gt;restez vigilants&lt;/strong&gt; — et elle désignait un danger réel : le lynchage, la police, les tribunaux. Elle ressort en &lt;strong&gt;2014&lt;/strong&gt;, après Ferguson. &lt;strong&gt;Ce n’était ni ridicule, ni méprisable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est bien le problème : ce n’est pas notre histoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-n-est-pas-notre-pays&quot;&gt;Ce n’est pas notre pays&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout ce vocabulaire vient d’ailleurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La « race » comme catégorie sociale, le « privilège », le racisme « systémique » : cela vient d’un pays qui a connu &lt;strong&gt;l’esclavage sur son propre sol jusqu’en 1865&lt;/strong&gt;, puis &lt;strong&gt;la ségrégation inscrite dans la loi jusqu’en 1964.&lt;/strong&gt; Des lois qui interdisaient à un homme de s’asseoir dans un autobus, d’entrer dans une école, d’épouser qui il voulait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France n’a jamais eu cela.&lt;/strong&gt; Elle n’a jamais inscrit la race dans son droit intérieur, et sa Constitution ne connaît qu’une seule catégorie : &lt;strong&gt;le citoyen.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On nous a importé les catégories d’un pays dont nous n’avons ni l’histoire, ni le droit, ni les blessures. Ce n’est pas une analyse : c’est une traduction — et une mauvaise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France n’est pas un pays raciste.&lt;/strong&gt; Ce qu’on y dénonce à longueur de journée sous ce nom est, pour l’essentiel, &lt;strong&gt;une importation, un entretien et un commerce.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;a-quoi-cela-sert&quot;&gt;À quoi cela sert&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne reprochons pas à cet antiracisme d’être trop radical. Nous lui reprochons de ne l’être en rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce ne sont pas des réactionnaires qui le disent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adolph Reed Jr.&lt;/strong&gt;, universitaire américain, noir, marxiste, écrit depuis vingt ans que &lt;strong&gt;l’antiracisme contemporain est devenu l’alternative néolibérale à une gauche&lt;/strong&gt; : une manière de traiter l’inégalité qui ne touche jamais à la propriété.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Walter Benn Michaels&lt;/strong&gt;, dans &lt;em&gt;The Trouble with Diversity&lt;/em&gt; en 2006, le formule plus brutalement : &lt;strong&gt;la diversité est ce qu’on obtient à la place de l’égalité.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leur argument est imparable :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un conseil d’administration parfaitement représentatif — la moitié de femmes, toutes les origines, toutes les orientations — qui licencie deux mille ouvriers, est un progrès selon cette grille. Selon la nôtre, c’est exactement la même chose qu’avant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà pourquoi les plus grandes entreprises du monde financent ces combats — et n’en financent aucun autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ne croyez pas qu’elles le fassent par indifférence.&lt;/strong&gt; Signer une charte de diversité ne coûte pas un centime et ne touche aucun titre de propriété. &lt;strong&gt;Mais surtout, cela rapporte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque mœur libérée est un marché qui s’ouvre : &lt;strong&gt;une clientèle nouvelle, des produits nouveaux, une identité à vendre à ceux qui la cherchent.&lt;/strong&gt; Ce que Clouscard avait décrit pour 68 se rejoue à l’identique — &lt;strong&gt;on vend la liberté à ceux qu’on a dépouillés de tout le reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elles ne tolèrent pas ces combats : elles les financent, elles les sponsorisent, elles les affichent en devanture. Parce qu’un combat qui rapporte n’est pas un combat — c’est un rayon.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Qu’on leur demande la propriété collective de leurs usines, et l’on verra combien de temps dure l’engagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une hypothèse malveillante. C’est vérifiable dans n’importe quel rapport annuel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qui-existe-reellement-chez-nous&quot;&gt;Ce qui existe réellement chez nous&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe autre chose, et il faut le nommer avec exactitude : de la méfiance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un homme qui a été échaudé trois fois se méfie la quatrième.&lt;/strong&gt; Ce n’est pas de la haine, ce n’est pas une doctrine, et cela ne suppose aucune hostilité de principe. Les économistes ont même un nom pour ce mécanisme — &lt;strong&gt;la discrimination statistique&lt;/strong&gt; — et ils ont montré qu’il suffit, pour le produire, qu’un homme généralise à partir de ce qu’il a vécu. &lt;strong&gt;Tout le monde le fait, tout le temps, sur tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas beau. C’est humain. Et cela ne se combat pas en insultant celui qui se méfie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne détruit pas une méfiance en criant au raciste. On la détruit en supprimant ce qui l’alimente.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre position est donc exigeante pour tout le monde, et elle tient en une ligne :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ce qu’il faut écraser, ce sont des comportements — pas des origines.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite délinquance, le trafic, l’intimidation de quartier, le mépris du travail et de ceux qui le font. &lt;strong&gt;Et l’immense majorité des Français noirs et arabes le demandent plus fort que quiconque, parce que ce sont eux qui vivent dans ces quartiers et qui les subissent les premiers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous refusons absolument, c’est la victimisation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n’a jamais sorti un homme de la pauvreté. &lt;strong&gt;Elle l’enferme dans une identité de plaignant, elle lui donne une explication qui le dispense d’agir, et elle le détourne de la seule exigence qui le libérerait : sa part de ce qu’il produit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-le-recit-sur-lequel-tout-cela-repose-est-faux&quot;&gt;Et le récit sur lequel tout cela repose est faux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez d’abord le vocabulaire, il vous dira tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a inventé le mot &lt;strong&gt;« racisé »&lt;/strong&gt;. Autrement dit : &lt;strong&gt;les races existent de nouveau&lt;/strong&gt;, et l’on répartit les hommes dedans. Ceux qui prétendent combattre le racisme ont commencé par rétablir sa catégorie fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et sur cette base, on a bâti une morale à deux personnages :&lt;/strong&gt; d’un côté les victimes éternelles, de l’autre les coupables héréditaires — &lt;strong&gt;les Blancs, colonisateurs et esclavagistes, coupables de naissance et pour toujours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce récit n’est pas seulement injuste. Il est historiquement faux, et il l’est sur les faits les mieux établis qui soient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La traite arabo-musulmane&lt;/strong&gt; a duré du VIIIᵉ au XXᵉ siècle — plus de mille ans — et les estimations des historiens portent sur &lt;strong&gt;dix à dix-sept millions d’hommes.&lt;/strong&gt; Elle castrait massivement les captifs mâles, ce qui explique qu’il n’en subsiste presque aucune descendance. &lt;strong&gt;Elle a duré plus longtemps, elle a été plus meurtrière par homme, et personne n’en parle jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la traite atlantique elle-même — qu’on n’excusera pas d’un mot — n’a jamais fonctionné comme on vous la raconte.&lt;/strong&gt; Les Européens ne partaient pas capturer des hommes à l’intérieur des terres : ils mouraient des fièvres dès qu’ils s’éloignaient de la côte. &lt;strong&gt;Ils achetaient.&lt;/strong&gt; Et ils achetaient à des royaumes africains — le Dahomey, l’Ashanti, l’Oyo — qui faisaient la guerre pour capturer, qui vendaient, et qui s’enrichissaient.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Demandez-vous simplement comment fonctionnait le commerce triangulaire. Il y avait un vendeur. Le récit officiel a supprimé le vendeur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’écrivons pas cela pour diminuer le crime. Nous l’écrivons parce que c’est l’inverse :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’esclavage n’a pas de couleur. Il a été pratiqué par tous les peuples, sur tous les continents, contre tous les autres et souvent contre les leurs. C’est un crime universel — et c’est précisément pour cela que la lecture raciale qu’on en donne est fausse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un crime commis par tous ne peut pas fonder la culpabilité d’un seul.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rappelons ce que l’on tait toujours : &lt;strong&gt;c’est l’Europe qui l’a aboli&lt;/strong&gt;, et qui l’a fait interdire par la force ailleurs. L’esclavage est resté légal en Arabie saoudite jusqu’en &lt;strong&gt;1962&lt;/strong&gt;, et la Mauritanie ne l’a pénalisé qu’en &lt;strong&gt;2007&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On demande des excuses aux descendants de ceux qui l’ont supprimé, et jamais rien à ceux qui le pratiquaient encore du vivant de nos parents.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;a-qui-profite-la-haine&quot;&gt;À qui profite la haine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Posez-vous une seule question : qui gagne à ce que les pauvres se détestent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu’un ouvrier du Nord et un ouvrier de Seine-Saint-Denis s’expliquent sur leurs origines, &lt;strong&gt;ils ne parlent ni de leur patron, ni de leur loyer, ni de l’usine qu’on vient de fermer.&lt;/strong&gt; Ils ont exactement le même intérêt, &lt;strong&gt;et on leur a appris à voir un ennemi l’un dans l’autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui écrase un homme dans ce pays, ce n’est pas sa couleur : c’est son quartier, son école, son salaire et son absence d’héritage.&lt;/strong&gt; Et ceux-là, ils les partagent trait pour trait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les haines n’apparaissent pas toutes seules. On les entretient, on les diffuse, et quelqu’un les paie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui vous dit que votre ennemi a une couleur travaille pour celui qui a votre salaire dans sa poche. Il n’y a pas d’exception à cette règle, et elle vaut dans les deux sens.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne demandons à personne d’oublier ce qu’il est. Nous demandons à tous de voir qui les vole — et d’y aller ensemble.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-tradition&quot;&gt;La tradition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reste le dernier point, et c’est le plus retourné de tous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vous a enseigné que le communisme est l’ennemi des traditions — qu’il veut effacer les fêtes, les coutumes, les clochers, les métiers, les langues, tout ce qui vient d’avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est exactement l’inverse. Et la preuve est dans le premier texte du communisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-marx-a-ecrit&quot;&gt;Ce que Marx a écrit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrez le &lt;em&gt;Manifeste&lt;/em&gt; de 1848.&lt;/strong&gt; Marx y décrit une force en train de dissoudre toutes les traditions humaines. &lt;strong&gt;Cette force n’est pas le communisme : c’est la bourgeoisie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré se trouve profané. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Elle a résolu la dignité personnelle en valeur d’échange. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Elle a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à de simples rapports d’argent. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce sont les phrases fondatrices du communisme, et ce sont des phrases sur ce que le capitalisme détruit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marx écrit cela en 1848 — au commencement. Il n’a pas vu le dixième de ce qui allait venir :&lt;/strong&gt; le village vidé, le métier supprimé, la langue régionale éteinte, &lt;strong&gt;le repos du dimanche grignoté loi après loi&lt;/strong&gt;, la fête devenue opération commerciale, le Noël réduit à un chiffre d’affaires trimestriel.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capitalisme est le seul système de l’histoire qui doive détruire les traditions pour vivre. Il ne les hait pas : il ne peut simplement rien en faire. Ce qui ne s’achète ni ne se vend est pour lui un espace inexploité, et il finit toujours par l’exploiter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-le-communisme-a-reellement-fait&quot;&gt;Ce que le communisme a réellement fait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a été le conservatoire des cultures populaires, et cela se vérifie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a collecté les chants, sauvé les langues, financé les théâtres, protégé les métiers, écrit les histoires locales et fondé les maisons du peuple. &lt;strong&gt;Il l’a fait parce que ces cultures étaient celles des travailleurs, et qu’un mouvement de travailleurs ne méprise pas ce que les travailleurs ont fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quand un régime communiste a persécuté une tradition — la foi, principalement — nous l’avons dit au chapitre précédent et nous ne le retirons pas : c’était une politique, greffée du dehors, contredite par ses propres dirigeants dès qu’ils en ont eu besoin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’athéisme a été porté dans le communisme comme un meuble dans une maison. L’anti-traditionalisme y a été porté par la même porte, et beaucoup plus tard.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;d-ou-vient-reellement-le-mepris-des-traditions&quot;&gt;D’où vient réellement le mépris des traditions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est récent, il vient du « progressisme » woke, et il n’a rien à voir avec nous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est lui qui a décidé que la foi d’un peuple était de l’arriération, que sa fête était du folklore, que son attachement à sa terre était une maladie et que son mariage était une oppression. &lt;strong&gt;C’est lui qui a expliqué aux ouvriers que tout ce qu’ils tenaient de leurs parents était honteux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais regardez ce qu’il méprise exactement, car c’est là que le masque tombe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne méprise pas toutes les traditions. Il n’en méprise qu’une : la nôtre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cultures arabes et africaines sont célébrées, protégées, subventionnées, enseignées. &lt;strong&gt;La française est un archaïsme, une honte, un passé dont il faudrait s’excuser.&lt;/strong&gt; Aimer la France est suspect ; aimer n’importe quel autre pays est respectable, et même admirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette asymétrie n’est pas une incohérence. C’est la fonction même du dispositif.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nation qui se déteste est une nation qui ne se bat pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici le mécanisme exact, car il faut le comprendre pour le combattre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lien national était ce qui rendait possible la solidarité entre des gens qui ne font pas le même métier.&lt;/strong&gt; Un employé de bureau et un ouvrier de la métallurgie n’ont ni le même travail, ni les mêmes horaires, ni le même vocabulaire. &lt;strong&gt;Ce qu’ils avaient en commun, c’était d’être du même pays.&lt;/strong&gt; C’est par là — et uniquement par là — que le second pouvait compter sur le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Brisez ce lien, et le combat ouvrier se morcelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Français du tertiaire ne se sent plus concerné par le Français à l’usine. &lt;strong&gt;Il ne voit plus un homme comme lui : il voit une différence.&lt;/strong&gt; Et l’on a multiplié les différences jusqu’à ce qu’il n’en reste plus une seule qui rassemble — l’origine, le genre, le quartier, la génération, le diplôme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une classe divisée en trente catégories n’est plus une classe. C’est une clientèle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cela n’est pas venu tout seul. Cela a été organisé, financé, diffusé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le précédent est documenté et personne ne le conteste plus.&lt;/strong&gt; De 1950 à 1967, le &lt;strong&gt;Congrès pour la liberté de la culture&lt;/strong&gt; finance revues, colloques, écrivains et universitaires dans toute l’Europe, France comprise. &lt;strong&gt;Il était financé par la CIA.&lt;/strong&gt; L’affaire éclate en 1966-1967 et les archives ont depuis été publiées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son objet n’était pas de combattre la gauche. Il était d’en fabriquer une autre :&lt;/strong&gt; une gauche culturelle, respectable, brillante — &lt;strong&gt;et vidée de la question de la propriété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le procédé n’a jamais cessé ; seuls les guichets ont changé.&lt;/strong&gt; Aujourd’hui ce sont des fondations privées et des réseaux d’organisations subventionnées, dont les financements sont publics et consultables. &lt;strong&gt;Ceux qui parlent d’identité, de mœurs et de représentation trouvent de l’argent. Ceux qui parlent de propriété n’en trouvent pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas un complot : c’est un budget. Et un budget se lit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le service rendu, lui, se compte facilement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant qu’on expliquait à un peuple que sa culture était méprisable, on lui prenait ses usines. Il n’a pas fallu choisir entre les deux : c’est le même mouvement, et il n’a fait qu’un seul gagnant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tradition d’un peuple, c’est ce qu’il a produit gratuitement, pendant mille ans, sans marché et sans patron.&lt;/strong&gt; C’est du travail humain accumulé qui n’appartient à personne en particulier et à tous en commun.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une tradition est un bien collectif. C’est même le seul que le capitalisme n’ait pas encore entièrement privatisé — et il y travaille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La défendre n’est pas une concession que nous ferions à la droite. C’est la suite exacte de notre doctrine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-nous-en-concluons&quot;&gt;Ce que nous en concluons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne sommes pas de gauche, et voici pourquoi, en une phrase.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle a abandonné la propriété pour garder les mœurs. Nous abandonnons les mœurs de la modernité pour reprendre la propriété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle a gardé le mot d’ordre et perdu la classe. Nous voulons la classe, et le mot d’ordre nous est indifférent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
</content>
        
    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Chapitre 3 — La droite</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
        <author>
          <name>Unknown</name>
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/chapitre-3/">&lt;h2 id=&quot;la-droite&quot;&gt;La droite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de dire pourquoi ceux qui devraient nous représenter ne le font plus. &lt;strong&gt;Il faut maintenant parler de l’autre camp.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et disons tout de suite ce qui les rapproche : elle aussi promet de vous servir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun parti, jamais, n’a dit aux électeurs qu’il travaillait contre eux — &lt;strong&gt;on ne fait pas campagne là-dessus.&lt;/strong&gt; La droite a toujours promis la prospérité, l’ordre, le travail qui paie, la France qui se relève. &lt;strong&gt;Elle promet aujourd’hui exactement ce que promettent les autres :&lt;/strong&gt; le pouvoir d’achat, la réindustrialisation, la fin du déclassement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La différence est ailleurs, et elle est plus étroite qu’on ne le dit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche prétendait être les travailleurs. La droite prétend seulement s’en occuper.&lt;/strong&gt; L’une promettait de leur donner le pouvoir, l’autre promet de bien user du sien à leur profit.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous allons montrer que la seconde promesse n’est pas tenue non plus — et qu’elle ne peut pas l’être, parce qu’on ne fait pas le bien de quelqu’un en protégeant celui qui vit de lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;definition&quot;&gt;Définition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mot naît le même jour que l’autre, dans la même salle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;août 1789&lt;/strong&gt;, ceux qui accordent au roi le droit de veto se regroupent à la droite du président de séance. &lt;strong&gt;C’étaient la noblesse, le clergé et les défenseurs de l’ordre existant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comme l’autre, ce mot a changé de contenu à chaque génération.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite de 1789 défendait les privilèges de naissance. &lt;strong&gt;Celle de 1830 les avait déjà abandonnés pour l’argent.&lt;/strong&gt; Celle de 1885 fut coloniale ; celle de 1940 se coupa en deux ; celle de 1960 fut gaulliste ; celle d’aujourd’hui ne ressemble à aucune des précédentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut ajouter, pour être juste, qu’elle n’a jamais été un bloc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s’est déchirée tout au long du XIXᵉ siècle entre légitimistes, orléanistes et bonapartistes — &lt;strong&gt;trois familles qui se détestaient et qui ne voulaient ni le même régime, ni le même pays.&lt;/strong&gt; Elle s’est coupée en deux en 1940. Elle se déchire encore aujourd’hui entre libéraux, conservateurs et souverainistes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chercher ce qu’est « la droite » par son histoire ne mène nulle part. Elle a soutenu le roi, puis la banque, puis l’Empire, puis la République, puis, pour une part d’elle-même, Vichy — et l’autre part est partie à Londres. Le mot est resté ; ce qu’il désigne n’a jamais cessé de changer, et il désignait souvent des hommes qui se combattaient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous prenons donc l’autre chemin, et nous vous donnons un instrument.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est de droite ce qui, quel que soit son discours, laisse intacte la propriété des grands moyens de production.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voilà tout. &lt;strong&gt;Ce n’est pas une insulte, c’est un test&lt;/strong&gt; — et vous pouvez l’appliquer vous-même, à n’importe qui, en trente secondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N’écoutez pas ce qu’un parti dit des mœurs, de la nation, de l’immigration ou de l’insécurité. Regardez ce qu’il propose sur la propriété.&lt;/strong&gt; S’il ne propose rien, vous savez où il est, quoi qu’il dise et quoi qu’il porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce test a une conséquence, qui n’est pas une surprise mais une confirmation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il classe à droite l’essentiel de ce qu’on appelle la gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-démocratie ne touche pas à la propriété — &lt;strong&gt;nous l’avons démontré au chapitre précédent, c’est même sa définition.&lt;/strong&gt; Elle en redistribue les fruits par l’impôt et laisse le propriétaire en place. &lt;strong&gt;Selon notre test, elle est donc de droite, et elle l’est depuis 1983.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bloc central qui gouverne aujourd’hui n’est que l’aboutissement de ce mouvement :&lt;/strong&gt; libéral, pro-système, il ne touche à rien. &lt;strong&gt;Qu’il vienne du Parti socialiste ne l’infirme pas — cela le démontre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n’y a pas eu de conversion, ni de trahison individuelle. Il y a eu un parti qui avait déjà renoncé à la propriété, et un homme qui en a simplement tiré les conséquences.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce test n’a donc pas deux camps de chaque côté. Il en a un très large — et nous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voilà pourquoi nous consacrerons un chapitre entier à ce que cela signifie :&lt;/strong&gt; si le même test range dans la même case ceux qui prétendent s’affronter à chaque élection, &lt;strong&gt;c’est que le clivage dont on nous parle tous les jours n’existe plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’est pas de droite parce qu’on en vient. On est de droite parce qu’on protège ce qu’elle protège.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;histoire&quot;&gt;Histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle tient en un basculement, et tout le reste en découle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-droite-cesse-d-etre-aristocratique&quot;&gt;La droite cesse d’être aristocratique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1815-1830.&lt;/strong&gt; La Restauration, les Ultras, la Chambre introuvable. Une droite de la naissance, du trône et de l’autel, qui rêve d’effacer la Révolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle perd.&lt;/strong&gt; Et ce qui la remplace n’a plus rien à voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1830.&lt;/strong&gt; La monarchie de Juillet installe la droite de l’argent. Le suffrage est censitaire : &lt;strong&gt;on vote si l’on possède.&lt;/strong&gt; Guizot résume le siècle en un mot resté célèbre — &lt;strong&gt;« Enrichissez-vous. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quarante ans, la droite a changé de maître sans changer de fonction. Elle défendait un ordre fondé sur la naissance ; elle défend désormais un ordre fondé sur la propriété. C’est la même place, occupée par d’autres hommes — et ce sont eux qui l’occupent encore.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1848.&lt;/strong&gt; Face aux ouvriers de Juin se dresse le &lt;strong&gt;Parti de l’Ordre&lt;/strong&gt; — monarchistes et républicains conservateurs réunis. &lt;strong&gt;Thiers y désigne le peuple comme « la vile multitude ».&lt;/strong&gt; Deux ans plus tard, la loi Falloux rend l’école aux congrégations : &lt;strong&gt;on a compris qu’il fallait tenir les âmes de ceux qu’on venait de mitrailler.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1871.&lt;/strong&gt; Le même Thiers écrase la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1885.&lt;/strong&gt; L’expansion coloniale. &lt;strong&gt;Nous l’avons dit au chapitre précédent : la doctrine et l’impulsion viennent de la gauche républicaine, non d’elle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qu’on ne se méprenne pas : elle y a participé, et elle a fini par en devenir le dernier rempart.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle a d’abord traîné les pieds&lt;/strong&gt; — les nationalistes reprochaient à Ferry de disperser l’armée outre-mer au lieu de préparer la revanche, et son gouvernement tomba en 1885.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis elle s’y est installée.&lt;/strong&gt; Et quand vint l’heure de la décolonisation, &lt;strong&gt;c’est elle qui défendit l’Empire jusqu’au dernier jour&lt;/strong&gt; : l’Algérie française, la crise de 1958, l’OAS.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle n’a pas inventé la colonisation : d’autres l’ont fait, au nom du progrès. Elle a seulement refusé, seule et jusqu’au bout, d’y renoncer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;1936-le-mot-qui-dit-tout&quot;&gt;1936 : le mot qui dit tout&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire arrive au pouvoir. Congés payés, quarante heures, conventions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il court alors, dans une partie des milieux conservateurs et patronaux, un mot d’ordre qu’aucun manuel n’ose commenter :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Plutôt Hitler que le Front populaire. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retenez-le. Il contient tout ce chapitre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant un choix entre une dictature étrangère et un gouvernement qui augmente les salaires, &lt;strong&gt;une fraction de la droite française avait déjà choisi.&lt;/strong&gt; Quatre ans plus tard, elle n’aura pas à se renier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;vichy&quot;&gt;Vichy&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juillet 1940. La France est écrasée, et l’Assemblée se réunit à Vichy.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 10 juillet, elle vote les pleins pouvoirs à Pétain par 569 voix contre 80.&lt;/strong&gt; Parmi les quatre-vingts refus, quelques dizaines de socialistes — &lt;strong&gt;ce qui signifie que la majorité des députés SFIO présents ont voté pour.&lt;/strong&gt; La République ne fut pas renversée : &lt;strong&gt;elle s’est suicidée, à la quasi-unanimité, gauche comprise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Vichy n’a pas été une parenthèse subie. Ce fut une revanche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revanche sur 1936, sur les congés payés, sur les syndicats. &lt;strong&gt;Les syndicats sont dissous, la grève est interdite, la Charte du travail de 1941 met patrons et ouvriers dans le même « corps » sous tutelle de l’État.&lt;/strong&gt; Le patronat, lui, produit et s’enrichit — &lt;strong&gt;et il sera intégralement en place en 1946.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n’y a pas eu de résistance du capital français. Il y a eu une continuité du capital français.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-droite-coupee-en-deux&quot;&gt;La droite coupée en deux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut ici être aussi juste avec elle que nous l’avons été avec la gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Car il n’y a pas eu une droite en 1940. Il y en a eu deux&lt;/strong&gt; — exactement comme il y eut une gauche qui vota les pleins pouvoirs et une gauche qui entra dans les réseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celle qui a collaboré, et il faut nommer son théoricien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charles Maurras&lt;/strong&gt;, chef de l’Action française. À l’arrivée de Pétain au pouvoir, il écrit ces deux mots qui le suivront jusqu’à la mort : &lt;strong&gt;« la divine surprise ».&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a passé quarante ans à réclamer l’antisémitisme d’État. Vichy le lui a donné.&lt;/strong&gt; Il a désigné des hommes dans son journal, et certains ont été arrêtés. Il a soutenu jusqu’au bout un régime qui livrait des Français à l’ennemi — &lt;strong&gt;tout en se disant germanophobe, ce qui ajoute la bêtise à l’infamie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et notez ce que l’Église elle-même en pensait, puisqu’il se réclamait d’elle :&lt;/strong&gt; en &lt;strong&gt;1926, Rome met l’Action française à l’Index et frappe ses lecteurs de sanctions.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Le catholicisme de Maurras était si peu chrétien que le Vatican l’a condamné treize ans avant la guerre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condamné en janvier 1945 à la réclusion perpétuelle et à la dégradation nationale, il lance au tribunal : &lt;strong&gt;« C’est la revanche de Dreyfus ! »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a eu raison sur un point : c’en était une. Il avait bâti sa vie sur le mensonge de 1894, et il est tombé sur le même. Un homme qui, en entendant sa peine, pense encore à un capitaine innocenté quarante ans plus tôt, dit exactement ce qu’il était.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et celle qui a résisté — dès les premiers jours, et souvent avant les autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Honoré d’Estienne d’Orves&lt;/strong&gt;, officier de marine, monarchiste et catholique fervent, l’un des premiers réseaux de renseignement en France, &lt;strong&gt;fusillé au Mont-Valérien en août 1941.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Renouvin&lt;/strong&gt;, militant d’Action française, fondateur des Groupes francs, &lt;strong&gt;mort à Mauthausen en 1944.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le colonel Rémy&lt;/strong&gt;, royaliste, fondateur de la Confrérie Notre-Dame, l’un des plus grands réseaux de la France libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et plusieurs anciens de la Cagoule&lt;/strong&gt; — cette organisation d’extrême droite qui complotait contre la République en 1937 — &lt;strong&gt;parmi les tout premiers agents de la France libre :&lt;/strong&gt; Maurice Duclos, Pierre Fourcaud, Loustaunau-Lacau qui fondera le réseau Alliance et sera déporté à Mauthausen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’homme du 18 juin lui-même venait de cette droite-là : catholique, militaire, nationaliste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des conspirateurs d’extrême droite ont rejoint Londres pendant que des députés socialistes votaient les pleins pouvoirs. Voilà ce que valent les étiquettes le jour où il faut choisir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’en tirons pas que les camps n’existent pas. Nous en tirons ceci :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La ligne de partage de 1940 n’était pas droite contre gauche. Elle était entre ceux qui ont accepté l’ordre nouveau parce qu’il écrasait leurs adversaires intérieurs, et ceux qui ont refusé qu’un pays soit livré. Et cette ligne a coupé les deux camps en deux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-homme&quot;&gt;L’homme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reste Pétain, et il faut le nommer pour ce qu’il est : un traître.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n’était contraint par personne.&lt;/strong&gt; Le &lt;strong&gt;Statut des Juifs du 3 octobre 1940 n’a été demandé par aucun Allemand.&lt;/strong&gt; Et depuis &lt;strong&gt;octobre 2010&lt;/strong&gt;, on possède le brouillon original de ce texte, &lt;strong&gt;couvert des annotations manuscrites de Pétain lui-même&lt;/strong&gt; — remis au Mémorial de la Shoah, authentifié par Serge Klarsfeld. &lt;strong&gt;Il l’a durci de sa propre main&lt;/strong&gt;, étendant les exclusions à la fonction publique et à l’enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La thèse du « bouclier » est morte ce jour-là. Elle ne se discute plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;24 octobre 1940&lt;/strong&gt;, il serre la main d’Hitler à Montoire. Le &lt;strong&gt;30 octobre&lt;/strong&gt;, il l’annonce aux Français : &lt;strong&gt;« J’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’homme qui a imposé « Travail, Famille, Patrie » à un pays entier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a vécu des années &lt;strong&gt;en concubinage avec une divorcée&lt;/strong&gt; qu’il refusait d’épouser. Il l’a finalement épousée &lt;strong&gt;civilement et en cachette&lt;/strong&gt; en 1920, mairie du VIIᵉ. &lt;strong&gt;Il n’a régularisé son mariage devant l’Église que le 7 mars 1941&lt;/strong&gt; — c’est-à-dire une fois chef de l’État, à soixante-dix ans passés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il eut de nombreuses maîtresses, dont des femmes mariées, et courtisa jusqu’à un âge très avancé. Les Archives nationales conservent ses lettres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le 2 avril 1941, moins d’un mois après son propre mariage religieux, il durcissait le divorce pour tous les Français.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a fait la morale à quarante millions de personnes, et il a laissé aux archives publiques la preuve écrite qu’il n’en croyait pas un mot. On peut mentir aux hommes. On ne réécrit pas les dossiers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous ne traitons pas ici du gaullisme. Il n’est pas cette droite-là, et il mérite mieux qu’un paragraphe : un homme qui a rendu à la France son rang, quitté le commandement de l’OTAN, nationalisé et tenu tête à Washington a droit à notre respect entier. Nous dirons ailleurs ce que nous lui reprochons — &lt;strong&gt;de n’être pas allé au bout, et d’avoir laissé la propriété là où il l’avait trouvée.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-manque-d-analyse-scientifique&quot;&gt;Le manque d’analyse scientifique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le reproche de fond, et il tient en trois marches qui s’enchaînent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;un-elle-n-a-pas-de-theorie-et-la-gauche-non-plus&quot;&gt;Un : elle n’a pas de théorie — et la gauche non plus&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soyons exacts, car on nous corrigerait à juste titre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe des théories économiques du côté libéral, et elles ont une prétention scientifique.&lt;/strong&gt; L’école autrichienne — Mises, Hayek — et l’école de Chicago autour de Friedman. &lt;strong&gt;Nous ne prétendrons pas qu’il n’y a rien en face : ce serait faux, et vérifiable en dix secondes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais regardez ce qu’elles sont, et ce qu’elles ne sont pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce sont des théories de la formation des prix.&lt;/strong&gt; Elles expliquent comment un marché s’ajuste. &lt;strong&gt;Elles n’expliquent ni l’histoire, ni les sociétés, ni pourquoi un monde succède à un autre.&lt;/strong&gt; Il n’existe, en face de nous, &lt;strong&gt;aucune théorie du développement historique&lt;/strong&gt; — rien qui corresponde à ce que le matérialisme historique tente de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et elles ne peuvent pas voir ce que nous décrivons, parce qu’elles l’ont exclu d’avance.&lt;/strong&gt; Elles posent en principe qu’il n’existe que des individus qui échangent librement. &lt;strong&gt;Une doctrine qui commence par nier l’existence des classes ne risque pas d’en trouver.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais voici le point décisif, et il vaut mieux que tout le reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces théories ne sont pas extérieures au système : elles en sont sorties, et elles y sont retournées.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ne découvrent rien qui dérange. &lt;strong&gt;Elles décrivent l’ordre existant et concluent qu’il faut en faire davantage.&lt;/strong&gt; Ce n’est pas une analyse du capitalisme : &lt;strong&gt;c’est le capitalisme qui se raconte lui-même, dans un vocabulaire de laboratoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cela ne s’est pas fait tout seul.&lt;/strong&gt; En &lt;strong&gt;1947&lt;/strong&gt;, Hayek réunit à Mont-Pèlerin, en Suisse, une société d’économistes et d’intellectuels destinée à reconstruire la doctrine libérale. &lt;strong&gt;Elle fut financée par des intérêts d’affaires&lt;/strong&gt;, relayée par un réseau d’instituts et de fondations, et diffusée pendant trente ans jusqu’à devenir le sens commun des gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est très exactement le procédé que nous avons décrit au chapitre précédent, appliqué à l’économie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une théorie qui a été financée par ceux qu’elle justifie n’est pas une découverte : c’est une commande. Et l’on ne juge pas un monde avec l’instrument que ce monde a payé pour se faire mesurer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout : la droite politique française ne s’en sert pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni le Rassemblement national, ni Les Républicains, ni la droite identitaire ne raisonnent à partir de Hayek. &lt;strong&gt;Ils invoquent des valeurs, des colères et des souvenirs. Pas un modèle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut dire la même chose de l’autre côté, sans complaisance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’essentiel de la gauche n’a pas de théorie non plus.&lt;/strong&gt; L’anarchisme n’a jamais produit d’analyse économique sérieuse. La social-démocratie a renoncé à la sienne en 1899 et n’en a plus cherché depuis. &lt;strong&gt;Il ne reste, sur tout l’échiquier, qu’une seule tradition qui ait produit une méthode — et c’est la nôtre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne comprend pas un moteur avec des convictions. On le comprend avec un plan. La question n’est pas de savoir qui a raison : c’est de savoir qui a un instrument.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;deux-elle-ne-voit-donc-que-les-symptomes&quot;&gt;Deux : elle ne voit donc que les symptômes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est mécanique : qui n’a pas de méthode ne voit que ce qui dépasse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez ce qu’elle désigne comme problèmes — &lt;strong&gt;l’immigration, l’insécurité, la chute de la natalité, la perte des repères, la désertification des campagnes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces problèmes sont réels. Nous ne les nions pas une seconde.&lt;/strong&gt; Mais ce sont des &lt;strong&gt;conséquences&lt;/strong&gt;, et chacune a une cause économique qu’elle refuse de regarder.&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Ce qu’elle dénonce&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Ce qui l’a produit&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;L’immigration de masse&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Le besoin patronal d’une main-d’œuvre bon marché, et la ruine des pays de départ&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;L’insécurité&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Des quartiers sans usine, sans travail et sans avenir&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;La chute de la natalité&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Des salaires et des logements qui ne permettent plus d’élever trois enfants&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Les campagnes vides&lt;/td&gt;&lt;td&gt;La fermeture des gares, des écoles, des maternités et des commerces, pour cause de rentabilité&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle passe son temps à traiter la fièvre en refusant de nommer l’infection. Et comme la fièvre revient, elle en conclut qu’il faut plus de médicament.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;trois-elle-finance-donc-ce-qu-elle-deplore&quot;&gt;Trois : elle finance donc ce qu’elle déplore&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici la contradiction qui la déchire, et dont elle ne sortira jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle veut conserver les traditions. Et elle veut le marché libre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Or c’est le marché qui détruit les traditions.&lt;/strong&gt; Nous l’avons montré au chapitre précédent avec les mots de Marx lui-même : c’est le capital qui vide les villages, ouvre les dimanches, supprime les métiers, transforme les fêtes en opérations commerciales et réduit la famille à des rapports d’argent.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La droite pleure toutes les semaines les conséquences de ce qu’elle vote tous les cinq ans. Elle défend la famille et le contrat précaire. Elle défend le village et la liberté d’implantation des grandes surfaces. Elle défend la France et la libre circulation des capitaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ici, il faut distinguer, parce que ce n’est pas la même chose selon l’étage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En bas, c’est de l’aveuglement sincère.&lt;/strong&gt; Des millions d’électeurs croient réellement qu’on peut avoir l’ordre moral et le désordre économique. &lt;strong&gt;On ne leur a jamais expliqué que c’était incompatible, et personne n’avait intérêt à le leur expliquer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En haut, c’est autre chose — et il faut être précis, car tout le monde n’est pas dans le même sac.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’immense majorité des élus est sincère.&lt;/strong&gt; Le conseiller municipal, le maire de village, le député de circonscription, et jusqu’à bien des parlementaires européens : ils croient à ce qu’ils défendent, ils travaillent honnêtement, &lt;strong&gt;et ils votent des textes qu’ils n’ont pas écrits et dont ils ne mesurent pas les effets.&lt;/strong&gt; Nous ne les accusons de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous parlons d’un cercle beaucoup plus étroit, et il faut le désigner exactement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques dizaines d’hommes, tout en haut.&lt;/strong&gt; Les directions de partis. Les directeurs de cabinet. Ceux qui rédigent les directives avant qu’un seul élu ne les lise. Et surtout &lt;strong&gt;ceux qui passent d’un ministère à un conseil d’administration puis reviennent&lt;/strong&gt; — et dont la carrière tout entière consiste à faire circuler l’argent public vers des intérêts privés qui les emploieront ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux-là ne sont ni naïfs ni distraits. Ils connaissent parfaitement l’effet de ce qu’ils font adopter — ils en vivent, et ils en vivront mieux après.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une classe politique corrompue. C’est un très petit nombre d’hommes bien placés, et une multitude d’élus honnêtes qui appliquent ce qu’on leur a fait écrire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le drame n’est pas que la droite mente à ses électeurs. C’est qu’une grande partie de ses élus croit sincèrement à un discours écrit par des gens qui, eux, n’y croient pas une seconde.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discours sur les traditions n’est pas leur erreur : c’est leur méthode. Il sert à obtenir le vote de ceux que leur politique économique ruine. Ils vendent en haut ce qu’ils démentent en bas, et l’inverse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce sont deux choses incompatibles, et depuis deux cents ans c’est toujours la même qui gagne : l’économie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;bienvenue-dans-le-monde-moderne&quot;&gt;Bienvenue dans le monde moderne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Venons-en à celle d’aujourd’hui, et jugeons-la sur pièces.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;une-droite-qui-n-a-rien-conserve&quot;&gt;Une droite qui n’a rien conservé&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle se dit conservatrice. Comptez ce qu’elle a conservé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas l’industrie.&lt;/strong&gt; La sidérurgie, le textile, la construction navale, l’électroménager, une part de l’automobile : partis. &lt;strong&gt;Sous des gouvernements de droite autant que de gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas les services publics.&lt;/strong&gt; Téléphone, poste, autoroutes, énergie, chemin de fer : ouverts, filialisés, cédés. &lt;strong&gt;Les grandes privatisations de 1986 et de 1993 sont son œuvre propre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas les villages.&lt;/strong&gt; Gares fermées, classes fermées, maternités fermées, bureaux de poste fermés, commerces morts au profit des zones commerciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas le dimanche.&lt;/strong&gt; Grignoté loi après loi, y compris par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas la souveraineté.&lt;/strong&gt; Traités européens, monnaie unique, commandement intégré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas même la famille&lt;/strong&gt;, qu’elle invoque à chaque élection : &lt;strong&gt;on ne fonde pas une famille avec un contrat de six mois et un loyer qui prend la moitié du salaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pas même les mœurs — c’est ici que la démonstration devient accablante.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Demandez-vous ce que la droite a fait pendant que la libération sexuelle emportait le pays. La réponse tient en une liste de lois, et elles portent toutes sa signature.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Année&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Loi&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Sous quel pouvoir&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;1967&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Loi Neuwirth — légalisation de la contraception&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Gaulliste&lt;/strong&gt;, portée par un député gaulliste&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;1974&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Majorité abaissée à 18 ans&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Giscard&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;1975&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Loi Veil — légalisation de l’avortement&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Giscard&lt;/strong&gt;, ministre de son gouvernement&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;1975&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Divorce par consentement mutuel&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Giscard&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;1975&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Libéralisation de la censure cinématographique&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Giscard&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez les dates et regardez les gouvernements.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La grande libéralisation des mœurs en France n’a pas été imposée à la droite par la gauche. Elle a été légiférée par des gouvernements de droite&lt;/strong&gt;, en cinq ans, sous deux présidents qui se réclamaient de l’ordre et de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant que Mai 68 défilait dans la rue, ce n’est pas la gauche qui a fait passer les lois : c’est la droite qui les a votées. Elle a résisté dans les discours et cédé dans les codes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne discutons pas ici du bien-fondé de chacune de ces lois — nous en parlerons ailleurs.&lt;/strong&gt; Nous constatons seulement une chose : &lt;strong&gt;le parti qui se dit le gardien des mœurs est celui qui les a changées.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une droite qui a laissé disparaître les usines, les gares, les écoles, les commerces, la monnaie et le dimanche n’est pas conservatrice. C’est le parti qui a le mieux réussi à ne rien conserver — tout en faisant campagne sur la nostalgie de ce qu’il a laissé partir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;les-moeurs-sans-l-economie&quot;&gt;Les mœurs sans l’économie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors elle s’est repliée là où il ne reste rien à défendre qui coûte de l’argent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’identité, l’immigration, l’insécurité, l’école, les statues, les drapeaux, les prénoms. &lt;strong&gt;Des sujets réels, encore une fois — mais soigneusement choisis parmi ceux qui ne menacent aucun patrimoine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est exactement ce que nous avons reproché au gauchisme au chapitre précédent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gauchisme s’est réfugié dans les mœurs pour ne pas parler de propriété. La droite s’est réfugiée dans l’identité pour la même raison. Ils se détestent en public et ils se protègent l’un l’autre — car tant qu’ils s’affrontent là-dessus, personne ne parle de ce qui compte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ne sont pas deux camps. Ils sont les deux moitiés d’un même écran.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-atlantisme&quot;&gt;L’atlantisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le point le plus grave, et le plus dissimulé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette droite se dit patriote. Regardez ce qu’elle a fait de la souveraineté française.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour dans le commandement intégré de l’OTAN. Les traités européens signés, ratifiés et appliqués. &lt;strong&gt;Une industrie de défense qui doit demander à Washington l’autorisation de vendre ce qu’elle fabrique&lt;/strong&gt;, parce qu’un seul composant américain suffit à déclencher le droit d’exportation américain.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne peut pas être patriote et vassal. On ne peut pas réclamer la France aux Français et la souveraineté à personne. Une droite qui hurle contre un drapeau étranger dans la rue et se tait devant celui qui flotte sur nos décisions n’est pas nationale : elle est nationaliste — ce qui n’est pas la même chose, et c’est beaucoup moins exigeant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-christ-confisque&quot;&gt;Le Christ confisqué&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut maintenant parler de ce qu’elle nous prend, et qui ne lui appartient pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette droite se réclame du christianisme.&lt;/strong&gt; Elle en invoque les racines, les clochers, les crèches, la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors ouvrons le livre, et comparons ligne à ligne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle défend le prêt à intérêt.&lt;/strong&gt; L’Église l’a condamné pendant sept siècles — excommunication des usuriers au IIIᵉ concile du Latran en 1179, condamnation formelle par &lt;em&gt;Vix Pervenit&lt;/em&gt; en 1745.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle défend la liberté du propriétaire.&lt;/strong&gt; L’Église enseigne la &lt;strong&gt;destination universelle des biens&lt;/strong&gt; et le &lt;strong&gt;double caractère, individuel et social&lt;/strong&gt;, de la propriété — &lt;em&gt;Quadragesimo Anno&lt;/em&gt;, 1931.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle défend la fermeture d’une usine rentable.&lt;/strong&gt; Saint Ambroise : &lt;em&gt;« Ce n’est pas de ton bien que tu fais largesse au pauvre : tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle défend le marché.&lt;/strong&gt; Le Christ : &lt;em&gt;« Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. »&lt;/em&gt; Il ne dit pas que c’est difficile. &lt;strong&gt;Il dit que c’est impossible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle a gardé les clochers et vendu ce qu’il y avait dedans. Elle défend la croix comme un drapeau et combat l’Évangile comme un programme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne mettons pas en cause la foi des hommes.&lt;/strong&gt; Il y a dans ce pays des millions de chrétiens sincères qui votent à droite parce qu’on ne leur a jamais proposé autre chose, &lt;strong&gt;et c’est à eux que ce texte s’adresse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous mettons en cause ceux qui utilisent leur foi comme un décor électoral, tout en pratiquant exactement ce que cette foi condamne depuis deux mille ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le christianisme n’est pas un patrimoine. C’est une exigence. Et cette exigence, sur l’argent, est plus dure que la nôtre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-fascisme&quot;&gt;Le fascisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous arrivons au mot le plus employé et le moins compris du siècle. Il faut le rendre à sa définition.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-definition&quot;&gt;La définition&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle date de 1935, du VIIᵉ congrès de l’Internationale communiste, et elle est de Georgi Dimitrov :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Le fascisme est la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque mot y compte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une opinion politique. Ce n’est pas un style, ce n’est pas un uniforme, ce n’est pas un caractère.&lt;/strong&gt; C’est &lt;strong&gt;un état du pouvoir économique&lt;/strong&gt; : le moment où le capital, ne pouvant plus se maintenir par les moyens ordinaires, gouverne par la force ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fascisme n’est pas le contraire du capitalisme en crise. C’est le capitalisme en crise qui a jeté ses gants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-preuve-par-les-faits&quot;&gt;La preuve par les faits&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et si l’on doute, il suffit de regarder ce que le fascisme a réellement fait de l’économie une fois au pouvoir. C’est là que tout se voit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Allemagne.&lt;/strong&gt; Le &lt;strong&gt;20 février 1933&lt;/strong&gt;, chez Göring, Hitler réunit une vingtaine des plus grands industriels du pays — Krupp, IG Farben, Siemens, Voegler. &lt;strong&gt;Ils financent sa campagne à hauteur d’environ trois millions de reichsmarks.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;2 mai 1933&lt;/strong&gt;, les locaux syndicaux sont occupés, &lt;strong&gt;les syndicats sont dissous&lt;/strong&gt;, leurs dirigeants arrêtés, leurs caisses saisies. &lt;strong&gt;La grève est interdite. Les salaires sont fixés par des commissaires nommés.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’État nazi privatise massivement&lt;/strong&gt; : sidérurgie, banques, chantiers navals, transports. &lt;strong&gt;Le mot « privatisation » lui-même vient de là&lt;/strong&gt; — les économistes qui ont étudié la question l’ont établi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Italie.&lt;/strong&gt; Matteotti, député socialiste, est assassiné en 1924. &lt;strong&gt;Pacte du palais Vidoni en 1925 : le patronat et les syndicats fascistes se partagent le terrain, tous les autres syndicats sont éliminés.&lt;/strong&gt; Charte du travail de 1927. &lt;strong&gt;Grève interdite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Espagne.&lt;/strong&gt; Franco supprime les syndicats libres, impose des syndicats verticaux d’État, &lt;strong&gt;fait de la grève un délit&lt;/strong&gt; — et les grands propriétaires terriens récupèrent leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois fascismes, trois pays, trois décennies. Dans les trois, la même chose exactement : les syndicats détruits, la grève interdite, les salaires bloqués — et pas un titre de propriété touché. Le fascisme n’a jamais pris un centime à un possédant. Il a pris leur organisation à ceux qui travaillent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà à quoi il sert. Voilà pourquoi on le finance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ou-il-est-aujourd-hui&quot;&gt;Où il est aujourd’hui&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appliquez maintenant la définition de Dimitrov au monde tel qu’il est. Vous ne trouverez pas ce qu’on vous a appris à chercher.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capital financier lui-même.&lt;/strong&gt; Il n’a plus besoin de milices : &lt;strong&gt;il dispose de la dette, des marchés et des agences de notation.&lt;/strong&gt; Un pays qui déplaît n’est pas envahi, il est noté. Le résultat est le même et il coûte moins cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’empire américain et l’OTAN.&lt;/strong&gt; La violence ouverte, elle, n’a pas disparu — &lt;strong&gt;elle a été exportée.&lt;/strong&gt; Guerres préventives, sanctions qui affament des populations entières, extraterritorialité du droit américain, gouvernements renversés. &lt;strong&gt;C’est la définition de Dimitrov appliquée à la lettre, à l’échelle du monde.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Union européenne et la technocratie.&lt;/strong&gt; Un pouvoir non élu qui impose l’austérité et brise les gouvernements récalcitrants. &lt;strong&gt;Grèce, juillet 2015 : le peuple rejette le mémorandum par 61 % des voix au référendum. Huit jours plus tard, son gouvernement signe un texte plus dur encore.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une dictature terroriste : c’est mieux. On a obtenu qu’un vote ne serve à rien sans avoir eu à l’interdire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’État libéral chez nous.&lt;/strong&gt; Manifestations réprimées avec des armes qui mutilent — &lt;strong&gt;des dizaines de blessés graves, une vingtaine d’yeux perdus, des mains arrachées.&lt;/strong&gt; Surveillance généralisée. Lois d’exception votées pour un temps, puis versées dans le droit commun.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fascisme d’aujourd’hui ne porte pas de bottes et ne fait pas de discours au balcon. Il porte un costume, il parle de compétitivité, et il obtient sans violence ce que les autres n’obtenaient qu’avec. Cherchez-le où Dimitrov vous a dit de chercher : du côté du capital financier. Pas du côté d’un candidat de campagne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-homme-de-paille&quot;&gt;L’homme de paille&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous en arrivons au dernier point, et c’est celui qui vous concerne le plus directement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous répète que le danger, c’est l’extrême droite. Le Rassemblement national, Zemmour, le bruit des bottes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Examinons cela froidement, sans indignation ni complaisance. Juste les faits.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-disent-les-seconds-tours&quot;&gt;Ce que disent les seconds tours&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez ce que ce parti a produit à chaque fois qu’il a atteint le second tour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Année&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Résultat&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;2002&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Chirac élu avec &lt;strong&gt;82,2 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;2017&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Macron élu avec &lt;strong&gt;66,1 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;2022&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Macron élu avec &lt;strong&gt;58,5 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois fois qualifié, trois fois battu — et trois fois il a fait élire l’homme du capital avec des scores qu’aucune démocratie ne produit normalement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans lui au second tour, aucun de ces trois résultats n’était possible.&lt;/strong&gt; Chirac sortait d’une campagne médiocre ; Macron n’a jamais réuni de majorité d’adhésion. &lt;strong&gt;Ils n’ont pas été élus pour ce qu’ils étaient. Ils ont été élus contre quelqu’un.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un adversaire qui vous fait gagner trois fois de suite n’est pas un adversaire. C’est un partenaire — même s’il ne le sait pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-dit-la-fabrication-mediatique&quot;&gt;Ce que dit la fabrication médiatique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et posez-vous cette question, qui suffit à tout comprendre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les médias qui dénoncent l’extrême droite du matin au soir sont ceux qui lui donnent son temps d’antenne.&lt;/strong&gt; Ils appartiennent à des milliardaires — &lt;strong&gt;c’est un fait public, vérifiable, et personne ne le conteste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On construit l’épouvantail, on l’installe en prime time, et l’on fait ensuite campagne contre lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si ces gens redoutaient réellement l’extrême droite, ils ne l’inviteraient pas tous les soirs. Ils font ce qu’on fait toujours d’un produit rentable : ils le mettent en avant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-dit-son-programme&quot;&gt;Ce que dit son programme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et sur le fond ? Prenez son programme économique et cherchez la propriété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune nationalisation des grands moyens de production. Aucune remise en cause du patronat. Aucune socialisation, nulle part.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais allons plus loin, car l’objection est facile : « ils proposent quand même des mesures ».&lt;/strong&gt; Oui. &lt;strong&gt;Alors posez la seule question qui compte devant n’importe quelle promesse : qui paie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous promet plus de salaire net.&lt;/strong&gt; Comment ? &lt;strong&gt;En baissant vos cotisations.&lt;/strong&gt; C’est-à-dire en prenant l’argent dans votre retraite, votre assurance-maladie et vos allocations. &lt;strong&gt;Vous gagnez sur la fiche de paie ce que vous perdrez à soixante-cinq ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous promet des baisses de taxes.&lt;/strong&gt; Financées comment ? &lt;strong&gt;Par l’emprunt&lt;/strong&gt; — donc par des intérêts versés à des créanciers privés, donc par de futures coupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous promet de reprendre le contrôle.&lt;/strong&gt; Mais &lt;strong&gt;les banques restent privées.&lt;/strong&gt; L’État continue d’emprunter sur les marchés financiers au lieu de se financer par sa propre banque centrale. &lt;strong&gt;La monnaie n’est pas discutée. Le crédit n’est pas discuté. L’usure n’est pas discutée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chacune de leurs mesures redistribue de l’argent d’une poche du salarié vers une autre poche du salarié. Pas un euro ne remonte du capital vers le travail. C’est un jeu à somme nulle joué entre pauvres, et on appelle cela un programme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il fait peur sur les mœurs et sur l’immigration, &lt;strong&gt;et il rassure intégralement sur le capital.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et disons-le nettement, parce que nous refusons de faire ce que fait la gauche : nous ne les traiterons pas de fascistes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ne le sont pas.&lt;/strong&gt; Nous venons de donner la définition de Dimitrov et de montrer ce que le fascisme fait réellement une fois au pouvoir. &lt;strong&gt;Rien de tout cela ne correspond à ces partis.&lt;/strong&gt; Le mot « fasciste » est devenu une insulte qu’on jette à quiconque déplaît, et &lt;strong&gt;celui qui l’emploie ainsi avoue seulement qu’il n’a pas d’argument.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu’ils sont est plus banal, et plus décourageant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez leurs positions réelles, pas leur réputation.&lt;/strong&gt; L’un s’est considérablement adouci sur l’immigration à mesure qu’il approchait du pouvoir. L’autre, qui parle plus fort, &lt;strong&gt;ne veut même pas quitter l’Union européenne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ne sont pas l’extrême droite qu’on vous annonce. Ils sont une aile du même parti — celui qui ne discutera jamais l’Union, la monnaie, la banque ni la propriété. On les a placés à l’extrémité du décor pour que le décor paraisse large.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà leur fonction, et elle est double.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire peur&lt;/strong&gt; — le bruit des bottes, qui fonctionne encore à peu près, bien qu’il soit faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;À peu près seulement, et les chiffres le montrent :&lt;/strong&gt; 82 % contre eux en 2002, 66 % en 2017, 58 % en 2022. &lt;strong&gt;L’épouvantail s’use.&lt;/strong&gt; Mais il tient encore assez pour que le second tour reste joué d’avance, et c’est tout ce qu’on lui demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pointer du doigt de vrais problèmes.&lt;/strong&gt; Car ils en désignent de réels — l’insécurité, l’immigration incontrôlée, la disparition du pays. &lt;strong&gt;Mais ce sont des conséquences, jamais des causes.&lt;/strong&gt; Et tant que vous regardez la conséquence, vous ne demandez pas qui possède l’usine.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On agite devant vous un parti qui ne menace rien, pour vous empêcher d’en construire un qui menacerait quelque chose. Et l’on n’a même pas eu besoin qu’il soit dangereux : il a suffi de le dire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-maintenant-a-vous-qui-votez-pour-eux&quot;&gt;Et maintenant, à vous qui votez pour eux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut vous parler directement, parce que le reste ne servirait à rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne vous méprisons pas. Nous ne vous croyons ni haineux, ni bêtes, ni fascistes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez vu votre usine fermer. Votre gare fermer. Votre bureau de poste, votre maternité, votre classe. Vous avez vu vos salaires stagner pendant que tout montait. Vous avez vu qu’on ne vous répondait plus.&lt;/strong&gt; Et vous avez fini par voter pour les seuls qui semblaient encore vous parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre colère est juste. Votre analyse est exacte sur ce que vous avez perdu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous vous disons seulement une chose, et vous pouvez la vérifier ce soir :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrez leur programme, et cherchez qui possédera l’usine. Vous ne trouverez rien. Ils vous promettent de reprendre le pays sans jamais reprendre ce qui le fait tourner.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et à chaque mesure qu’on vous promet, posez cette question, une seule : qui paie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous verrez que c’est toujours vous.&lt;/strong&gt; Plus de net contre moins de retraite. Moins de taxes contre plus de dette. Plus de pouvoir d’achat aujourd’hui contre moins d’hôpital demain.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous propose de reprendre dans votre poche gauche ce qu’on vous rendra dans la droite, et de vous en réjouir. Tant que les banques, les grandes entreprises et la monnaie restent où elles sont, tout le reste n’est qu’un déplacement d’argent entre gens qui n’en ont pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils désignent l’étranger. Ils ne désignent jamais le propriétaire.&lt;/strong&gt; Et c’est pour cela — &lt;strong&gt;exactement pour cela&lt;/strong&gt; — qu’on les laisse parler tous les soirs à la télévision.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez raison sur ce qu’on vous a pris. On vous a seulement trompés sur qui vous l’a pris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
</content>
        
    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Chapitre 4 — La fin du clivage</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
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          <name>Unknown</name>
        </author>
        
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/chapitre-4/">&lt;h2 id=&quot;la-fin-du-clivage&quot;&gt;La fin du clivage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons examiné les deux camps. &lt;strong&gt;Il faut maintenant dire ce qu’ils sont devenus l’un pour l’autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-la-gauche-et-la-droite-n-existent-plus&quot;&gt;Pourquoi la gauche et la droite n’existent plus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une formule. C’est un constat, et il se vérifie sur pièces.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-alternance-sans-l-alternative&quot;&gt;L’alternance sans l’alternative&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 1981, le pouvoir a changé de mains huit fois. Regardez ce qui a changé de direction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les privatisations.&lt;/strong&gt; La droite ouvre le mouvement en 1986. &lt;strong&gt;Puis le gouvernement Jospin, de 1997 à 2002, privatise davantage en valeur que les gouvernements de droite qui l’avaient précédé&lt;/strong&gt; — France Télécom, Air France, Thomson, l’Aérospatiale, le Crédit Lyonnais.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le plus grand vendeur du patrimoine français a été un gouvernement socialiste, soutenu par les communistes et les Verts. Ce n’est pas une polémique : ce sont les comptes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les retraites.&lt;/strong&gt; Balladur en 1993, Fillon en 2003, Touraine en 2014, Macron en 2023. &lt;strong&gt;Droite, droite, gauche, centre. Une seule direction : plus longtemps, pour moins.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Europe.&lt;/strong&gt; Maastricht par la gauche, Lisbonne par la droite avec l’abstention de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’industrie.&lt;/strong&gt; Fermée sous les uns et sous les autres, sans qu’aucun n’ait jamais interrompu le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail.&lt;/strong&gt; Assoupli, flexibilisé, précarisé — par des lois portées alternativement par les deux camps.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Huit alternances, et pas un seul changement de cap. Quand on peut changer de gouvernement sans changer de politique, ce ne sont plus deux camps : ce sont deux équipes qui se relaient dans le même poste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ou-le-clivage-fonctionne-encore&quot;&gt;Où le clivage fonctionne encore&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il fonctionne parfaitement — sur tout ce qui ne coûte rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mœurs. L’identité. L’immigration. La mémoire. Les symboles. &lt;strong&gt;Là, l’affrontement est réel, permanent, passionné, et il occupe l’intégralité de l’espace public.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est très exactement ce que nous avons montré des deux côtés :&lt;/strong&gt; le gauchisme s’est réfugié dans les mœurs pour ne pas parler de propriété ; la droite s’est réfugiée dans l’identité pour la même raison.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils s’affrontent violemment sur tout ce qui ne change rien, et s’accordent silencieusement sur tout ce qui changerait quelque chose. Ce n’est pas une opposition : c’est une répartition des rôles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-n-est-pas-ni-droite-ni-gauche&quot;&gt;Ce n’est pas « ni droite ni gauche »&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Attention ici, car c’est le piège, et beaucoup y sont tombés.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Ni droite ni gauche » est le mot d’ordre de ceux qui ne veulent rien changer.&lt;/strong&gt; C’est celui du bloc central qui gouverne — le dépassement des clivages, le pragmatisme, ce qui marche. &lt;strong&gt;Ce fut aussi, dans les années trente, celui de mouvements dont nous avons dit ce qu’ils valaient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce slogan ne supprime pas le conflit : il supprime le langage qui permettait de le dire.&lt;/strong&gt; Et un conflit qu’on ne peut plus nommer est un conflit qu’on ne peut plus mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous disons tout autre chose.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne disons pas qu’il n’y a plus de camps. Nous disons que la ligne a été tracée au mauvais endroit — et que personne n’a intérêt à la déplacer, sauf vous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-ligne-veritable&quot;&gt;La ligne véritable&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle n’est pas entre les progressistes et les conservateurs. Elle n’est pas entre les Français d’ici et ceux dont les parents sont venus d’ailleurs. Elle n’est pas entre les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les villes et les campagnes, les croyants et les autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle est là où elle a toujours été :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui vivent du travail des autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout le reste est du décor.&lt;/strong&gt; Et le décor est là pour une raison précise : &lt;strong&gt;tant que vous cherchez votre ennemi parmi ceux qui se lèvent à la même heure que vous, vous ne le chercherez pas là où il est.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;proletaire-francais-leve-toi&quot;&gt;Prolétaire français, lève-toi&lt;/h2&gt;
&lt;h3 id=&quot;d-abord-sache-qui-tu-es&quot;&gt;D’abord, sache qui tu es&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce mot vous a été volé, et il faut vous le rendre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vous a fait croire que « prolétaire » désignait un ouvrier d’usine du siècle dernier, en casquette, dans la fumée. &lt;strong&gt;Une image de musée, pour un monde disparu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est faux, et c’est faux volontairement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est prolétaire celui qui n’a que son travail pour vivre.&lt;/strong&gt; Celui qui, s’il cesse de travailler, n’a plus rien — parce qu’il ne possède rien qui produise à sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez autour de vous, et comptez.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’ouvrier de l’usine, oui.&lt;/strong&gt; Mais aussi &lt;strong&gt;l’aide-soignante&lt;/strong&gt; de nuit. &lt;strong&gt;Le chauffeur-livreur&lt;/strong&gt; qui court après ses colis. &lt;strong&gt;L’institutrice. Le pompier. La caissière. Le cuisinier. Le maçon. L’infirmier. Le chauffeur routier. Le magasinier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi l’ingénieur salarié&lt;/strong&gt;, le comptable, le développeur, le cadre à qui l’on a donné un titre au lieu d’une part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi le paysan&lt;/strong&gt; qui possède sa terre mais dont trois centrales d’achat fixent le prix — &lt;strong&gt;il possède l’outil et il ne décide de rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi l’artisan&lt;/strong&gt; étranglé par la banque, &lt;strong&gt;le petit commerçant&lt;/strong&gt; écrasé par la zone commerciale, &lt;strong&gt;l’auto-entrepreneur&lt;/strong&gt; qui croit travailler pour lui et travaille pour une plateforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le retraité&lt;/strong&gt;, qui a passé quarante ans à produire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous êtes l’immense majorité. Vous l’avez toujours été. On vous a seulement appris à ne plus vous compter ensemble.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’autre camp ? Il est très petit, et il est facile à identifier :&lt;/strong&gt; ce sont ceux dont le revenu ne dépend pas de leur travail. &lt;strong&gt;Ceux qui gagnent en dormant, parce qu’ils possèdent ce avec quoi d’autres travaillent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une question de richesse. C’est une question de nature.&lt;/strong&gt; Un chirurgien qui gagne bien sa vie reste un homme qui vit de son travail. &lt;strong&gt;Un homme qui ne touche rien mais possède des parts vit du vôtre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ensuite-cesse-de-te-hair&quot;&gt;Ensuite, cesse de te haïr&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut dire quelque chose de plus difficile, parce que c’est là qu’on vous a le mieux eus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous a appris à avoir honte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honte de votre métier, quand il salit les mains. Honte de votre accent. Honte de n’avoir pas fait d’études. Honte de votre ville qui n’a plus rien. &lt;strong&gt;Honte de votre pays, dont on vous répète qu’il n’a produit que des crimes.&lt;/strong&gt; Honte de vos parents, de leurs idées, de leurs habitudes, de leur foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et un homme qui a honte ne se bat pas. Il baisse les yeux et il encaisse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est le plus efficace de tous les désarmements : on n’a pas eu besoin de vous vaincre, il a suffi de vous convaincre que vous ne valiez pas la peine d’être défendus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors relevez la tête, et regardez ce que vous êtes vraiment.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce pays ne tient pas debout par ceux qui le possèdent. Il tient par vous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les routes, les hôpitaux, les trains, l’électricité, le pain du matin, les enfants instruits, les vieux soignés, les morts enterrés dignement : &lt;strong&gt;rien de tout cela n’a jamais été produit par un titre de propriété.&lt;/strong&gt; Tout cela sort de vos mains, tous les jours, y compris les jours où personne ne vous remercie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne demandez pas la charité. Vous demandez ce que vous fabriquez.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;enfin-cesse-de-hair-ton-frere&quot;&gt;Enfin, cesse de haïr ton frère&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici la dernière chose, la plus importante, celle sans laquelle tout le reste est perdu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a passé quarante ans à vous diviser, et il faut nommer les lignes une par une pour voir à quel point elles sont creuses.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’origine.&lt;/strong&gt; L’ouvrier dont le grand-père était polonais, italien, portugais, algérien ou breton &lt;strong&gt;a le même patron, le même loyer et la même fiche de paie&lt;/strong&gt; que celui dont les huit arrière-grands-parents sont nés dans le même village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sexe.&lt;/strong&gt; L’homme et la femme du même atelier n’ont aucun compte à régler entre eux. &lt;strong&gt;Ils en ont un à régler ensemble.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’âge.&lt;/strong&gt; Le jeune qu’on paie une misère et le vieux dont on repousse la retraite ne se volent rien l’un à l’autre. &lt;strong&gt;On les vole tous les deux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le diplôme.&lt;/strong&gt; Le cadre pressé jusqu’au burn-out et l’ouvrier usé jusqu’au dos &lt;strong&gt;sont broyés par la même mécanique, à deux vitesses différentes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le public et le privé.&lt;/strong&gt; On vous a expliqué que les uns étaient des privilégiés et les autres des assistés. &lt;strong&gt;Ni les uns ni les autres ne possèdent quoi que ce soit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La ville et la campagne.&lt;/strong&gt; Le quartier sans usine et le village sans gare &lt;strong&gt;ont été fermés par les mêmes calculs, dans les mêmes bureaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La foi.&lt;/strong&gt; Croyant ou non, vous vous levez à la même heure.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune de ces lignes n’a jamais fait fermer une usine. Aucune n’a jamais baissé un salaire, augmenté un loyer, ni supprimé un train. Elles ne servent qu’à une chose : à ce que vous vous battiez entre vous pendant qu’on décide sans vous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne vous demandons pas d’oublier ce que vous êtes.&lt;/strong&gt; Gardez votre foi, vos coutumes, votre village, votre nom, votre histoire. &lt;strong&gt;Rien de tout cela n’est un obstacle — c’est ce que vous avez de commun avec vos morts, et nous n’y toucherons pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous vous demandons de voir que rien de tout cela ne vous oppose.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;debout&quot;&gt;Debout&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous êtes plus nombreux. Vous produisez tout. Vous n’avez rien à perdre que ce qu’on vous prend déjà.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui vous manque n’est ni la force, ni le nombre, ni la raison. C’est l’unité — et l’unité ne se décrète pas : elle se décide, un homme après l’autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors décidez.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cessez d’attendre qu’on vous rende ce qu’on ne vous rendra jamais. Cessez de chercher un coupable parmi ceux qui pointent avec vous. Cessez d’avoir honte de ce que vous êtes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prolétaire français : tu n’es pas une catégorie sociale, ni une clientèle électorale, ni un problème à gérer. Tu es celui qui fait tourner ce pays. Il est temps qu’il t’appartienne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
</content>
        
    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Chapitre 5 — De Gaulle</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
        <author>
          <name>Unknown</name>
        </author>
        
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        <id>https://mccfr.fr/doctrine/chapitre-5/</id>
        
        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/chapitre-5/">&lt;h2 id=&quot;de-gaulle&quot;&gt;De Gaulle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit au chapitre précédent que nous ne le traiterions pas avec la droite. &lt;strong&gt;Il faut maintenant dire pourquoi, et le dire entièrement — sans complaisance et sans mépris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne sommes pas gaullistes.&lt;/strong&gt; Nous voulons ce qu’il n’a jamais voulu : que les grands moyens de production changent de mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais nous ne laisserons pas cet homme à ceux qui l’invoquent aujourd’hui en appliquant l’inverse de ce qu’il a fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-heros-de-la-guerre&quot;&gt;Le héros de la guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juin 1940. Il faut se souvenir de ce qu’était la France ce mois-là.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’armée est détruite. Le gouvernement a fui. Le Parlement s’apprête à voter les pleins pouvoirs à Pétain par 569 voix contre 80. &lt;strong&gt;Le pays entier, ou presque, a accepté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et un général de brigade à titre temporaire, sous-secrétaire d’État depuis quinze jours, parle à la radio de Londres le 18 juin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’a ni troupes, ni territoire, ni argent, ni légitimité. &lt;strong&gt;Il n’a rien du tout.&lt;/strong&gt; Le 2 août 1940, un tribunal de Vichy le condamne à mort par contumace.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n’y avait aucune raison de le suivre. C’est précisément pour cela que cela compte : au moment où tout le monde avait de bonnes raisons de céder, un homme a décidé que la France ne pouvait pas cesser d’exister parce qu’une bataille avait été perdue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il avait raison sur le fond.&lt;/strong&gt; La France n’était pas seule : elle avait un empire, une flotte, des alliés. &lt;strong&gt;La guerre était mondiale et elle ne faisait que commencer.&lt;/strong&gt; L’armistice n’était pas une nécessité — c’était un choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a ensuite fait ce que personne ne croyait possible.&lt;/strong&gt; De rien, il a bâti une force. Il a unifié une Résistance divisée — &lt;strong&gt;le Conseil national de la Résistance est fondé le 27 mai 1943 par Jean Moulin&lt;/strong&gt;, communistes compris. Il a imposé son autorité contre le général que les Américains voulaient lui préférer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il a obtenu à la fin ce qui n’était dû à personne :&lt;/strong&gt; une zone d’occupation en Allemagne, et &lt;strong&gt;un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies&lt;/strong&gt; pour un pays qui avait capitulé en six semaines.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;de-gaulle-contre-l-amgot&quot;&gt;De Gaulle contre l’AMGOT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici l’épisode que l’on n’enseigne pas, et il faut le connaître.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Alliés n’avaient pas prévu de rendre la France aux Français.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient prévu &lt;strong&gt;l’AMGOT&lt;/strong&gt; — le gouvernement militaire allié des territoires occupés. Un dispositif déjà appliqué ailleurs, qui devait administrer le pays libéré : l’État, la justice, les transports, l’économie. &lt;strong&gt;Environ quinze cents administrateurs étaient prévus pour la France.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ils avaient imprimé une monnaie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des billets au format et à la couleur du dollar, portant non pas « République française » mais simplement « France ». &lt;strong&gt;Ils ont débarqué en Normandie dans les bagages, le 6 juin 1944.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Gaulle les a déclarés publiquement pour ce qu’ils étaient : de la fausse monnaie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il n’a pas fait que protester.&lt;/strong&gt; Il a installé ses propres &lt;strong&gt;commissaires de la République&lt;/strong&gt; dans les préfectures &lt;strong&gt;avant l’arrivée des Alliés.&lt;/strong&gt; Quand ceux-ci se présentaient, une administration française légale était déjà en place, et il n’y avait plus rien à administrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roosevelt, qui refusait de le reconnaître, a fini par céder : le gouvernement provisoire est reconnu le 23 octobre 1944&lt;/strong&gt; — deux mois après le discours de l’Hôtel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France a failli être administrée par une puissance étrangère avec une monnaie étrangère, non par son ennemi mais par ses alliés. Cela ne s’est pas produit parce qu’un homme a refusé, et parce qu’il a occupé le terrain avant qu’on ne le lui prenne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retenez le procédé, car il est toujours le même :&lt;/strong&gt; on n’ôte pas la souveraineté d’un pays par la guerre. &lt;strong&gt;On la lui ôte par l’administration et par la monnaie&lt;/strong&gt;, et on le fait au nom de l’efficacité, entre amis.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-souverainete-francaise&quot;&gt;La souveraineté française&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenu au pouvoir en 1958, il a passé onze ans à faire une seule chose : refuser que la France dépende de qui que ce soit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’arme.&lt;/strong&gt; Première bombe française le &lt;strong&gt;13 février 1960&lt;/strong&gt; au Sahara. Non par goût de la puissance : &lt;strong&gt;parce qu’un pays qui dépend d’un autre pour sa survie n’a pas de politique étrangère, il a un tuteur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Alliance.&lt;/strong&gt; En &lt;strong&gt;1966&lt;/strong&gt;, il retire la France du commandement intégré de l’OTAN et &lt;strong&gt;fait quitter le territoire national à ses états-majors.&lt;/strong&gt; La France reste alliée ; elle cesse d’être commandée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La monnaie — et c’est le plus audacieux.&lt;/strong&gt; En &lt;strong&gt;1965&lt;/strong&gt;, il attaque le privilège du dollar : &lt;strong&gt;il exige de l’or en échange des dollars détenus par la France&lt;/strong&gt;, et demande publiquement le retour à un étalon qui ne serait la propriété d’aucune nation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il avait compris ce que personne ne voulait dire : celui qui imprime la monnaie du monde fait payer ses guerres et ses déficits par tous les autres. Nous le disons encore aujourd’hui, et c’est encore vrai.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Europe.&lt;/strong&gt; Il oppose son veto à l’entrée britannique en &lt;strong&gt;1963&lt;/strong&gt; puis en &lt;strong&gt;1967&lt;/strong&gt;, y voyant l’entrée de l’influence américaine par une autre porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le monde.&lt;/strong&gt; Reconnaissance de la Chine populaire en &lt;strong&gt;1964&lt;/strong&gt;, quand Washington l’ignorait. Discours de &lt;strong&gt;Phnom Penh en 1966&lt;/strong&gt; contre la guerre du Vietnam. &lt;strong&gt;Embargo sur les armes au Proche-Orient en 1967.&lt;/strong&gt; Et le « Vive le Québec libre » de Montréal.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucun de ces actes n’était rentable. Chacun lui a coûté. C’est à cela qu’on reconnaît une politique qui n’a pas été achetée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-critique&quot;&gt;La critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et maintenant, ce que nous lui reprochons. Car nous lui reprochons beaucoup.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-colonial&quot;&gt;Le colonial&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a mis fin à la guerre d’Algérie, et c’était nécessaire.&lt;/strong&gt; Il l’a fait contre son propre camp, contre l’armée, contre les colons, au prix de plusieurs tentatives d’assassinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il faut dire ce qui a suivi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les harkis ont été abandonnés.&lt;/strong&gt; Ceux qui avaient servi la France ont été laissés sur place, désarmés, et &lt;strong&gt;des instructions ont limité leur passage en métropole.&lt;/strong&gt; Le nombre de ceux qui furent massacrés après le cessez-le-feu est discuté par les historiens — les estimations varient largement — &lt;strong&gt;mais qu’il y ait eu abandon d’hommes à qui l’on devait protection n’est discuté par personne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le 17 octobre 1961&lt;/strong&gt;, à Paris, une manifestation d’Algériens contre le couvre-feu qui leur était imposé est réprimée par la préfecture de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Disons exactement ce qui est établi, et rien de plus.&lt;/strong&gt; Des milliers d’arrestations. Des violences massives. Des morts, et des corps retrouvés dans la Seine. &lt;strong&gt;Le bilan, lui, est réellement discuté par les historiens&lt;/strong&gt; — de quelques dizaines à environ deux cents selon les travaux, et ce désaccord est sérieux, pas une manœuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et rendons à chacun ce qui lui revient.&lt;/strong&gt; L’ordre et la conduite relèvent du &lt;strong&gt;préfet de police&lt;/strong&gt;, Maurice Papon. &lt;strong&gt;Que de Gaulle l’ait ordonné n’est pas établi&lt;/strong&gt;, et nous ne l’écrirons pas.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cela s’est produit sous son autorité, dans sa capitale, et il en portait la responsabilité politique. Nous ne l’effacerons pas — et nous ne l’aggraverons pas non plus avec ce que nous ne savons pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Sur ces faits, l’État français a fini par reconnaître une répression sanglante. Nous le mentionnons, sans confondre les deux choses : ce qu’un État finit par admettre et ce qui s’est réellement passé ne coïncident jamais tout à fait, ni dans un sens ni dans l’autre.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-pouvoir&quot;&gt;Le pouvoir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a concentré le pouvoir entre ses mains plus que ne le permettait le texte qu’il avait fait écrire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1962&lt;/strong&gt;, il fait élire le président au suffrage universel &lt;strong&gt;par une procédure que le président du Sénat qualifia publiquement de forfaiture&lt;/strong&gt; — un référendum sur un article qui n’était pas prévu pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’information était tenue&lt;/strong&gt; — et entendons-nous bien sur ce que nous reprochons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas que la radio et la télévision aient appartenu à l’État.&lt;/strong&gt; Nous ne voyons aucun mal à ce qu’un pays possède ses moyens d’information : la question n’est jamais qui paie, &lt;strong&gt;c’est qui dicte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le reproche est là :&lt;/strong&gt; le journal du soir se faisait sous l’œil du ministre, et l’opposition n’avait pas d’antenne. &lt;strong&gt;Un homme qui contrôle le récit de son action n’est pas jugé sur elle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et que l’on ne nous oppose pas le présent comme un progrès. Les médias d’aujourd’hui sont dits indépendants et appartiennent à quelques fortunes privées. On a seulement remplacé une tutelle visible, qu’on pouvait dénoncer, par une tutelle invisible, qu’on ne peut même pas nommer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et son mouvement disposait d’un service d’action civique&lt;/strong&gt; dont les méthodes n’avaient rien de républicain.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-economie-et-voici-l-essentiel&quot;&gt;L’économie — et voici l’essentiel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est ici que tout se joue, et c’est ici qu’il s’est arrêté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut d’abord reconnaître ce qui fut fait, et c’est immense.&lt;/strong&gt; À la Libération, sous son autorité, la France nationalise le charbon, l’électricité, le gaz, les grandes banques, la Banque de France, Renault — &lt;strong&gt;et crée la Sécurité sociale.&lt;/strong&gt; Aucun gouvernement français n’a jamais transformé la propriété à cette échelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais regardez ce qui vient après 1958.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le redressement de &lt;strong&gt;1958 est un plan libéral&lt;/strong&gt; : dévaluation, ouverture à la concurrence, application du traité de Rome. &lt;strong&gt;Il accepte le Marché commun.&lt;/strong&gt; Il ne nationalise plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la participation ?&lt;/strong&gt; Il y croyait sincèrement — l’idée que l’ouvrier ait une part dans son entreprise le tenait depuis longtemps. &lt;strong&gt;Elle est restée une prime.&lt;/strong&gt; Un intéressement aux résultats, pas une part de la propriété. &lt;strong&gt;Ceux qui possédaient l’usine l’ont possédée exactement comme avant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1968&lt;/strong&gt;, devant dix millions de grévistes, les accords augmentent les salaires de façon considérable. &lt;strong&gt;Ils ne touchent pas à un seul titre de propriété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà notre reproche, et il tient en une phrase. Il a rendu à la France son indépendance à l’extérieur, et il a laissé à l’intérieur le pouvoir exactement là où il l’avait trouvé. Il a libéré la nation et il n’a pas libéré le travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une souveraineté qui s’arrête à la frontière est une demi-souveraineté.&lt;/strong&gt; Un pays peut être libre de toute puissance étrangère et rester, chez lui, gouverné par ceux qui possèdent. &lt;strong&gt;C’est même exactement ce qui est arrivé ensuite : ses héritiers ont gardé le vocabulaire de la grandeur et vendu tout ce qu’il avait mis dans les mains de la nation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qu-en-disait-le-parti-communiste&quot;&gt;Ce qu’en disait le Parti communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut regarder ce que les nôtres en ont dit, parce que leur position est instructive — y compris dans ce qu’elle a d’incohérent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D’abord ils ont gouverné avec lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la Libération, &lt;strong&gt;les communistes sont ministres de son gouvernement provisoire.&lt;/strong&gt; Thorez, rentré en novembre 1944, appelle à l’effort de production, à la discipline, &lt;strong&gt;à un seul État, une seule armée, une seule police.&lt;/strong&gt; Le PCF est alors le premier parti de France et il soutient l’autorité du général.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela dure jusqu’en 1947&lt;/strong&gt;, où les ministres communistes sont chassés du gouvernement — et le pays entre dans la guerre froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis ils l’ont combattu, et durement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1958, le PCF est le seul grand parti à s’opposer à son retour.&lt;/strong&gt; Il y voit un coup d’État, dénonce l’instauration d’un &lt;strong&gt;« pouvoir personnel »&lt;/strong&gt;, et parle dès juin d’une dictature personnelle susceptible d’ouvrir la voie au fascisme. &lt;strong&gt;Il appelle à voter non au référendum du 28 septembre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est battu : le oui l’emporte à 79,2 %.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant, ils ont soutenu sa politique étrangère.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sortie du commandement de l’OTAN, la reconnaissance de la Chine, la condamnation de la guerre du Vietnam, le refus de la tutelle du dollar : &lt;strong&gt;sur tout cela, le Parti communiste était d’accord avec l’homme qu’il combattait chez lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà la position. Et il faut maintenant dire ce qu’elle avait de faux, car nous ne ferons pas aux nôtres la faveur que nous refusons aux autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;nos-reproches-au-parti&quot;&gt;Nos reproches au Parti&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premièrement : il a crié au fascisme, et il s’est trompé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1958, il annonçait une dictature personnelle ouvrant la voie au fascisme. &lt;strong&gt;Regardez ce qui s’est passé.&lt;/strong&gt; Les élections ont continué. L’opposition a existé et a failli gagner en 1965. La guerre d’Algérie a été terminée contre les partisans de l’Algérie française. &lt;strong&gt;Et en 1969, ayant perdu un référendum, il est parti de lui-même en vingt-quatre heures.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas un fascisme. C’est même le contraire de ce que le fascisme fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’erreur n’est pas un détail : celui qui annonce le pire et se trompe n’est plus écouté quand le pire arrive. À force d’appeler fascisme tout ce qui déplaît, on désarme le mot pour le jour où il faudra s’en servir. La gauche fait exactement la même chose aujourd’hui, et pour le même résultat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxièmement : en 1944, il tenait quelque chose et il l’a rendu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la Libération, le Parti est le premier de France, il sort de la Résistance avec un prestige immense, et &lt;strong&gt;des hommes en armes.&lt;/strong&gt; C’est le seul moment du siècle où le rapport de force lui était favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a choisi l’État.&lt;/strong&gt; Désarmement des milices patriotiques, appel à l’effort de production, un seul État, une seule armée, une seule police. &lt;strong&gt;Trois ans plus tard, il était chassé du gouvernement et n’avait plus ni les armes, ni les ministères.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous ne disons pas qu’il fallait tenter autre chose : le pays sortait de la guerre, les Alliés étaient sur le sol, et l’aventure aurait pu coûter très cher. &lt;strong&gt;Nous disons qu’il a renoncé sans rien obtenir de durable en échange — et qu’on ne rend pas ce qu’on tient contre une promesse.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisièmement : il a laissé la souveraineté à d’autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après 1958, en faisant de l’indépendance nationale une affaire gaulliste, &lt;strong&gt;il a cessé d’en faire une affaire ouvrière.&lt;/strong&gt; Il a abandonné le drapeau, la nation et la frontière à ceux d’en face — et il ne les a jamais repris.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinquante ans plus tard, le résultat est devant nous : les ouvriers qui veulent la souveraineté votent à droite, parce que personne à gauche ne la leur propose plus. Ce terrain n’a pas été perdu : il a été cédé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et enfin, la contradiction elle-même.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il avait raison sur les deux points, et il n’a jamais pu les tenir ensemble. Raison de dénoncer un pouvoir personnel qui ne touchait pas à la propriété. Raison de soutenir une politique d’indépendance nationale. Mais il n’a jamais su dire les deux d’une seule voix — et le pays a fini par croire qu’il fallait choisir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est exactement là que nous nous tenons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne choisissons pas.&lt;/strong&gt; Nous prenons l’indépendance nationale sans le pouvoir d’un seul, et la propriété collective sans la soumission à l’étranger. &lt;strong&gt;Ce que le gaullisme a fait dehors et ce que le communisme voulait faire dedans, nous soutenons qu’il fallait le faire ensemble — et que personne ne l’a fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-nous-en-retenons&quot;&gt;Ce que nous en retenons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois choses, et elles sont dans notre programme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu’un pays peut refuser.&lt;/strong&gt; En 1940 comme en 1965, il a démontré qu’un État décidé peut dire non à plus fort que lui et survivre. &lt;strong&gt;On nous répétera que c’est impossible. Cela a été fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que la souveraineté se prend par l’administration et par la monnaie.&lt;/strong&gt; L’AMGOT ne s’est pas heurté à une armée : il s’est heurté à des préfets français installés à temps, et à un homme qui a refusé une monnaie étrangère. &lt;strong&gt;C’est toujours par là que passent les deux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et qu’elle ne suffit pas.&lt;/strong&gt; Il a rendu la France indépendante et l’a laissée entre les mains de ceux qui la possédaient. &lt;strong&gt;Ses héritiers ont ensuite vendu ce qu’il avait sauvé, sans avoir à renier un seul de ses discours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne voulons pas d’un pays libre où l’homme reste tenu. L’indépendance est la condition de tout — elle n’est le but de rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
</content>
        
    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Chapitre 6 — L&#39;Union européenne</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
        <author>
          <name>Unknown</name>
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/chapitre-6/">&lt;h2 id=&quot;l-union-europeenne&quot;&gt;L’Union européenne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit au chapitre précédent ce que de Gaulle avait sauvé. &lt;strong&gt;Il faut maintenant dire par quoi cela a été défait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faut le faire sans crier. &lt;strong&gt;L’Union européenne n’est pas un monstre : c’est une machine.&lt;/strong&gt; Elle a été conçue pour produire un certain résultat, elle le produit très bien, et &lt;strong&gt;ceux qui s’étonnent qu’elle ne fasse pas autre chose n’ont pas lu le mode d’emploi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;d-ou-elle-vient&quot;&gt;D’où elle vient&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous a raconté une histoire simple : après deux guerres, des hommes de bonne volonté ont voulu la paix, et l’Europe est née de ce vœu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est faux.&lt;/strong&gt; Pas incomplet — &lt;strong&gt;faux.&lt;/strong&gt; Le projet est antérieur aux deux guerres qu’il prétend conjurer, il n’est pas né en Europe, et ses auteurs ne cherchaient pas la paix.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-idee-n-est-pas-europeenne&quot;&gt;L’idée n’est pas européenne&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle a été formulée outre-Atlantique, et bien avant 1945.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dès la Première Guerre mondiale&lt;/strong&gt;, les cercles dirigeants américains travaillent à l’organisation du monde d’après. Un groupe d’experts est constitué autour du président Wilson pour dessiner l’ordre à venir. &lt;strong&gt;Il donnera naissance, en 1921, à un institut new-yorkais qui pilotera pendant un siècle la réflexion stratégique américaine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les années 1920, le mouvement paneuropéen se met en place — et il est financé en partie par la banque américaine.&lt;/strong&gt; Son fondateur raconte lui-même, dans ses mémoires, avoir reçu l’appui de grands banquiers, qui l’introduisirent ensuite auprès de leurs homologues de New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1939, un journaliste américain publie un livre à grand succès qui propose une union fédérale des démocraties&lt;/strong&gt;, dotée d’une monnaie et d’une défense communes. &lt;strong&gt;Il est lu, discuté, et il infusera l’après-guerre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pendant la guerre, un vaste programme d’études financé par une fondation américaine prépare l’ordre économique du monde d’après&lt;/strong&gt; — un ordre où l’Europe est pensée comme un espace unifié, ouvert, et arrimé aux États-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand les Européens ont commencé à parler d’unité en 1950, le plan existait déjà, il avait vingt ans, et il avait été écrit ailleurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-les-nazis-dans-tout-cela&quot;&gt;Et les nazis, dans tout cela ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils n’en sont pas à l’origine, et nous ne prétendrons pas le contraire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais deux faits doivent figurer au dossier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier.&lt;/strong&gt; En juin 1942, à Berlin, le ministre de l’Économie du Reich réunit une conférence sous un intitulé qu’il faut lire lentement : &lt;strong&gt;« Communauté économique européenne ».&lt;/strong&gt; Le projet est publié : espace économique sans droits de douane intérieurs, monnaie de compte commune, banque centrale de règlement, division du travail entre les nations arbitrée depuis le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils n’ont pas inventé l’idée. Ils l’ont reprise à leur compte, parce qu’elle servait exactement leur dessein.&lt;/strong&gt; Ce qui devrait au moins conduire à se demander pourquoi une même architecture convient à des projets aussi différents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le second, et il est plus lourd : ces hommes ont été recyclés.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Walter Hallstein, premier président de la Commission européenne&lt;/strong&gt; de 1958 à 1967, était un juriste allemand membre d’organisations professionnelles du régime — sans appartenir au parti — &lt;strong&gt;et il avait donné en 1939, à Rostock, une conférence sur l’unification juridique de l’Europe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hans Globke, principal collaborateur du chancelier Konrad Adenauer&lt;/strong&gt; pendant les années fondatrices, était le juriste qui avait rédigé &lt;strong&gt;le commentaire officiel des lois raciales de Nuremberg. Il est resté onze ans en poste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le prince Bernhard des Pays-Bas, fondateur en 1954 du club de Bilderberg&lt;/strong&gt; — cette réunion annuelle et fermée des dirigeants occidentaux — &lt;strong&gt;était un ancien membre du parti nazi. Il l’a reconnu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne disons pas que l’Europe est un projet nazi : elle ne l’est pas, et le prétendre serait faux. Nous disons que ceux qui l’ont bâtie n’ont pas trouvé gênant d’y employer des hommes qui avaient servi le régime — et que l’Europe « née du refus de la barbarie » a commencé par leur donner des bureaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;qui-a-paye&quot;&gt;Qui a payé&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici la pièce décisive, parce qu’elle est comptable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1948 est fondé à New York le Comité américain pour l’Europe unie.&lt;/strong&gt; Ses fondateurs : &lt;strong&gt;William Donovan, ancien chef de l’OSS — les services secrets américains de la guerre — et Allen Dulles, futur directeur de la CIA.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son objet est de financer le Mouvement européen&lt;/strong&gt; — l’organisation qui portait alors, en Europe, toute la campagne pour l’unification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les archives ont été ouvertes, elles sont déposées dans une université américaine, et des historiens les ont publiées :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Après 1952, ce comité américain a fourni jusqu’aux deux tiers du budget du Mouvement européen.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La CIA y a versé environ quatre millions de dollars entre 1949 et 1960&lt;/strong&gt; — considérable pour l’époque.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Les fonds venaient des grandes fondations américaines et de milieux d’affaires proches du gouvernement.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le motif n’était même pas dissimulé :&lt;/strong&gt; il fallait un continent d’un seul tenant pour appliquer le plan Marshall, écarter les partis communistes — &lt;strong&gt;très puissants en France et en Italie&lt;/strong&gt; — et disposer d’un interlocuteur unique plutôt que de quinze États négociant chacun pour soi.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-les-hommes-qu-ils-ont-formes&quot;&gt;Et les hommes qu’ils ont formés&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez maintenant la biographie de Jean Monnet, celui qu’on appelle le père de l’Europe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il rencontre les frères Dulles en 1919, à la conférence de Versailles.&lt;/strong&gt; À trente et un ans, il est nommé secrétaire général adjoint de la Société des Nations. Il démissionne trois ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il devient alors banquier d’affaires à New York&lt;/strong&gt;, associé d’une grande maison de Wall Street, et opère sur les emprunts internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1935, il fonde sa propre banque d’affaires — et le capital est apporté par John Foster Dulles&lt;/strong&gt;, alors avocat d’affaires new-yorkais, futur secrétaire d’État des États-Unis et frère du futur directeur de la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant la guerre, il travaille à Washington.&lt;/strong&gt; Il y noue des liens étroits avec les hommes qui dirigeront l’Amérique d’après-guerre — dont celui qui sera haut-commissaire en Allemagne, puis président de la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici le fait qui résume tout :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Monnet n’a jamais, de sa vie entière, été élu à quoi que ce soit. Pas une fois. Il n’a jamais soumis une seule de ses idées à un vote populaire, dans aucun pays. Toute sa carrière s’est faite par nomination, par cooptation et par réseau — et l’institution qu’il a conçue fonctionne exactement comme sa carrière.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne bâtit pas une démocratie avec les méthodes d’un conseil d’administration. On bâtit ce que nous avons : une administration qui décide, et des peuples qu’on consulte quand on est à peu près sûr de la réponse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et encore.&lt;/strong&gt; En 1992, le traité de Maastricht &lt;strong&gt;n’a été approuvé en France que par 51,04 % des voix&lt;/strong&gt; — environ un demi-million de bulletins d’écart. &lt;strong&gt;Le Danemark, lui, l’avait rejeté quelques mois plus tôt : on l’a fait revoter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le traité qui a supprimé notre monnaie est passé à un point. Depuis, on ne nous a plus reposé la question — et la seule fois où on l’a fait, en 2005, nous avons dit non et cela n’a servi à rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-combat-de-de-gaulle-et-son-echec&quot;&gt;Le combat de De Gaulle, et son échec&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu une autre Europe possible. Elle a été proposée, elle a été discutée, et elle a été battue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qu-il-voulait&quot;&gt;Ce qu’il voulait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une Europe des nations. Un accord entre États souverains qui décident ensemble et à l’unanimité, et qui ne délèguent leur souveraineté à personne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est le &lt;strong&gt;plan Fouchet&lt;/strong&gt;, présenté en 1961 : une union politique et de défense, un conseil de chefs d’État et de gouvernement, des décisions prises d’un commun accord. &lt;strong&gt;Pas de Commission au-dessus des États. Pas de vote où l’on peut être mis en minorité sur son propre sort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est rejeté en 1962&lt;/strong&gt;, principalement par les Pays-Bas et la Belgique, qui voulaient une Europe supranationale — et surtout l’entrée du Royaume-Uni, que de Gaulle refusait précisément parce qu’il y voyait l’entrée de l’influence américaine par une autre porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a opposé son veto en 1963, puis en 1967. On a attendu qu’il s’en aille : les Britanniques sont entrés en 1973, quatre ans après son départ.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qu-il-en-disait&quot;&gt;Ce qu’il en disait&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 9 septembre 1965, en conférence de presse, il décrit ce que deviendrait une Europe fédérale privée d’un État fédérateur. Ses mots :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Un aréopage technocratique, apatride et irresponsable. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois mots, et rien à retirer soixante ans plus tard.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technocratique :&lt;/strong&gt; des experts qui décident sans avoir été choisis.
&lt;strong&gt;Apatride :&lt;/strong&gt; qui ne répond devant aucun peuple, parce qu’aucun peuple ne l’a fait.
&lt;strong&gt;Irresponsable :&lt;/strong&gt; au sens exact du mot — &lt;strong&gt;on ne peut pas le révoquer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;sa-derniere-victoire&quot;&gt;Sa dernière victoire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1965, il refuse le passage au vote à la majorité, qui aurait permis d’imposer une décision à la France contre son gré. Il retire ses représentants du Conseil des ministres pendant sept mois&lt;/strong&gt; — c’est la crise dite de la chaise vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il gagne.&lt;/strong&gt; Le compromis de Luxembourg, en janvier 1966, reconnaît qu’un État peut exiger l’unanimité lorsque des intérêts très importants sont en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce fut la dernière victoire française.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vingt ans plus tard, l’Acte unique de 1986 généralise le vote à la majorité qualifiée. Le compromis de Luxembourg tombe en désuétude sans que personne ne l’abroge.&lt;/strong&gt; Maastricht suit en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il avait vu exactement ce qui viendrait, il l’avait nommé en trois mots, et il avait bloqué la machine pendant qu’il était là. Il a suffi qu’il parte. C’est le sort de tous les hommes qui gagnent des batailles sans changer les règles : leur victoire ne leur survit pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-verrou-institutionnel&quot;&gt;Le verrou institutionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Venons-en au cœur. Cette machine a été conçue pour ne pas pouvoir être changée, et nous allons le démontrer par les chiffres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;qui-fait-la-loi&quot;&gt;Qui fait la loi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Parlement européen — la seule institution élue — ne peut pas proposer de loi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le monopole de l’initiative appartient à la Commission&lt;/strong&gt;, dont aucun membre n’a été élu par personne. Les députés que vous envoyez à Strasbourg peuvent amender et voter. &lt;strong&gt;Ils ne peuvent rien proposer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous élisez une assemblée qui n’a pas le droit d’écrire les textes qu’elle vote. Cherchez un seul parlement national au monde qui fonctionne ainsi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;qui-a-le-dernier-mot&quot;&gt;Qui a le dernier mot&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une Cour de justice a établi elle-même, dans les années 1960, que le droit européen prime sur le droit national — y compris constitutionnel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce principe n’était pas écrit dans les traités.&lt;/strong&gt; La Cour se l’est reconnu par ses propres arrêts, et il n’a jamais été renversé depuis.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un tribunal a décidé qu’il était au-dessus des Constitutions, et personne n’était compétent pour lui dire non — puisque c’est lui qui dit qui est compétent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;qui-tient-l-argent&quot;&gt;Qui tient l’argent&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici la serrure économique, celle qui rend le reste théorique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Banque centrale européenne est indépendante par traité.&lt;/strong&gt; Aucun gouvernement, aucun parlement, aucun peuple ne peut lui donner d’instruction. &lt;strong&gt;C’est écrit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il lui est interdit de financer directement les États.&lt;/strong&gt; Les nations de la zone euro doivent donc &lt;strong&gt;emprunter sur les marchés financiers, à des créanciers privés, avec intérêt&lt;/strong&gt; — ce qu’elles pourraient créer elles-mêmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’interdiction ne vise pas seulement la Banque centrale européenne : les États ne peuvent pas davantage emprunter à leur propre banque centrale nationale.&lt;/strong&gt; En France, les avances de la Banque de France au Trésor ont été progressivement restreintes à partir des années 1970, &lt;strong&gt;puis définitivement supprimées par le traité de Maastricht.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a retiré aux peuples le droit de créer leur monnaie, puis on leur a interdit d’emprunter à leur propre banque, et on les a donc obligés à louer cet argent à des créanciers privés — avec intérêts.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-maintenant-parlons-de-la-dette&quot;&gt;Et maintenant, parlons de la dette&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est l’argument qu’on vous oppose à tout : « il n’y a pas d’argent, regardez la dette ». Il se démonte en trois temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier temps : un État n’est ni une entreprise, ni un ménage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un ménage doit rembourser parce qu’il va mourir. Un État ne meurt pas.&lt;/strong&gt; Il n’a pas à être à l’équilibre : il a à faire vivre un peuple, à tenir la valeur de sa monnaie, et à investir dans ce qui produira demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une route, une école, une centrale ne sont pas des dépenses : ce sont des choses qui existeront encore dans cinquante ans.&lt;/strong&gt; Un pays qui refuse de s’endetter pour construire est un pays qui a renoncé à avoir un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxième temps — et voici le chiffre qui change tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 1974, les intérêts versés sur la dette publique française représentent environ 53 % de la dette totale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le calcul n’est pas de nous : il vient d’un institut économique libéral et de rapports parlementaires. Ce sont donc nos adversaires qui le fournissent.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comprenez exactement ce que cela signifie. Plus de la moitié de ce que la France doit aujourd’hui n’a jamais financé un hôpital, une route ni un fonctionnaire. C’est de l’intérêt versé pour avoir emprunté — puis de l’intérêt sur cet intérêt.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la France avait emprunté sans intérêt pendant ce demi-siècle, sa dette serait aujourd’hui inférieure de moitié. Le problème n’a jamais été que nous dépensions trop. Le problème est que nous payons un loyer sur notre propre monnaie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2024, la seule charge des intérêts a dépassé soixante milliards d’euros.&lt;/strong&gt; C’est plus que le budget de la Défense. &lt;strong&gt;Et cela ne construit rien, ne soigne personne, n’enseigne à personne : cela part chez des créanciers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisième temps : comment en sommes-nous arrivés là ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ici nous serons rigoureux, parce qu’on raconte n’importe quoi sur ce sujet — y compris dans notre camp.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On entend souvent qu’une loi de 1973 aurait interdit à l’État d’emprunter à la Banque de France. C’est inexact, et nous ne le reprendrons pas :&lt;/strong&gt; les avances au Trésor ont continué après 1973, et l’interdiction n’est devenue absolue qu’avec le traité de Maastricht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La réalité est autre, et elle est pire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Personne n’a forcé la France.&lt;/strong&gt; À partir des années 1970 et 1980, les gouvernements ont &lt;strong&gt;choisi&lt;/strong&gt; d’émettre leur dette sur les marchés financiers plutôt que de recourir à leur banque centrale. &lt;strong&gt;Ce fut une décision politique, prise par des hommes qui avaient l’autre possibilité sous la main.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis Maastricht a fermé la porte, et l’a rendue irréversible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’a pas volé aux Français le droit de financer leur pays : on le leur a fait abandonner, décision après décision, sans jamais leur demander leur avis. Et l’on a passé cinquante ans à leur expliquer qu’il n’y avait pas d’argent — en leur présentant la facture des intérêts comme la preuve de leur propre gaspillage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-les-instructions-que-personne-ne-lit&quot;&gt;Et les instructions que personne ne lit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut connaître un sigle : les GOPÉ — les grandes orientations des politiques économiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elles existent par l’article 121 du traité.&lt;/strong&gt; Chaque année, la Commission analyse la situation de chaque pays et propose au Conseil des orientations, assorties de recommandations qui lui sont adressées nommément.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrez celles qui concernent la France depuis vingt ans.&lt;/strong&gt; Vous y trouverez, souvent des années à l’avance : la réforme des retraites, la révision du droit du travail, la maîtrise de la dépense publique, l’ouverture à la concurrence des transports, la baisse du coût du travail. &lt;strong&gt;Puis vous verrez ces mêmes mesures annoncées à Paris comme des choix nationaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ces orientations ne sont décidées par aucun élu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Commission les rédige&lt;/strong&gt; — et elle n’est élue par personne. &lt;strong&gt;Le Conseil des ministres les adopte&lt;/strong&gt; — et ces ministres, s’ils sont bien issus d’élections nationales, n’ont jamais reçu mandat de leurs électeurs pour cela ni n’ont à leur en rendre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et posons la question qui règle tout : que risque un pays qui ne les applique pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le papier, quelque chose.&lt;/strong&gt; Le dispositif comporte une procédure pour déficit excessif, assortie de dépôts et d’amendes pouvant atteindre &lt;strong&gt;deux dixièmes de point du produit intérieur brut&lt;/strong&gt; — pour la France, plusieurs milliards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les faits : rien. Absolument rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucun État membre n’a jamais payé un centime d’amende. Pas un, depuis la création de l’euro. La France a été placée en procédure pour déficit excessif de 2009 à 2018 — dix années consécutives — sans jamais rien verser. L’Espagne et le Portugal ont vu une amende proposée contre eux, puis fixée à zéro.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut donc dire la vérité, et elle est plus grave que la légende.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne nous force à rien. La contrainte est une façade.&lt;/strong&gt; Ces règles ne tiennent que parce que les gouvernements ont voulu qu’elles tiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et remarquez bien ceci, car c’est le plus retors : ils ne vous disent même pas que cela vient de Bruxelles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne plaident pas la contrainte extérieure — &lt;strong&gt;ils présentent chacune de ces réformes comme leur propre idée, mûrement réfléchie, courageuse et nécessaire.&lt;/strong&gt; Ils invoquent le sérieux budgétaire, la responsabilité, l’avenir de nos enfants. &lt;strong&gt;Jamais le document où c’était écrit deux ans plus tôt.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà le vrai scandale, et il est double. Ces réformes leur sont recommandées et ils n’y sont pas contraints — ils les appliquent quand même. Puis ils les revendiquent comme les leurs, et vous les jugez sur un courage qu’ils n’ont pas eu. Personne ne vous ment sur l’Europe : on vous laisse simplement croire que ces hommes décident.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;alors-restons-et-desobeissons&quot;&gt;« Alors restons, et désobéissons »&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est l’objection immédiate, et elle est juste. Nous y répondons en quatre points.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier point : les règles budgétaires sont ce qu’il y a de moins grave.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui bloque notre programme n’est pas une recommandation : c’est du droit directement applicable, contrôlé par une Cour, et auquel on ne désobéit pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La libre circulation des capitaux&lt;/strong&gt;, qui interdit de retenir l’argent qui fuit. &lt;strong&gt;Le droit de la concurrence et l’interdiction des aides d’État&lt;/strong&gt;, qui empêchent de soutenir une industrie ou de sauver une entreprise. &lt;strong&gt;Le statut de la monnaie&lt;/strong&gt;, qui interdit de créer un franc. &lt;strong&gt;Les règles du marché intérieur&lt;/strong&gt;, qui interdisent de fermer la frontière à un produit européen.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut désobéir à une recommandation. On ne désobéit pas à un traité que la Cour applique directement chez nous, sans passer ni par nos lois ni par nos juges. Tout ce que nous voulons faire est bloqué par la seconde catégorie, pas par la première.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxième point : à quoi bon rester dans une organisation dont les traités ne sont pas respectés ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces règles ne s’appliquent qu’à ceux qui n’ont pas les moyens de les ignorer.&lt;/strong&gt; La France et l’Allemagne ont dépassé les seuils pendant des années sans conséquence. &lt;strong&gt;La Grèce, elle, a été mise sous tutelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Et il faut poser la question, sans prétendre y répondre : que se passera-t-il le jour où la France n’aura plus les moyens de les ignorer ? &lt;strong&gt;Un pays assez endetté et assez affaibli devient traitable comme la Grèce l’a été. Nous ne savons pas si quelqu’un le souhaite. Nous constatons que la trajectoire y mène.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la vraie conclusion est plus simple, et elle rend le reste secondaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si nous n’avons pas l’intention de respecter ces traités, à quoi bon y rester ? Autant partir tout de suite : cela coûtera moins cher, et nous ne passerons pas pour un pays qui signe des engagements et ne les tient pas. Rester pour tricher, c’est perdre l’argent et l’honneur en même temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un droit qui n’oblige que les faibles n’est pas un droit : c’est un rapport de force déguisé en règlement. Et l’on ne reste pas dans un club dont on a décidé de violer les statuts — on en démissionne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisième point : cela nous coûte, en argent comptant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France est le deuxième contributeur net au budget européen, derrière l’Allemagne.&lt;/strong&gt; Son solde net négatif s’établit &lt;strong&gt;autour de huit à neuf milliards d’euros par an.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous n’en faisons pas un scandale de principe : que les pays riches aident les pays pauvres est chrétien, et nous l’assumons.&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;Mais nous ne sommes plus en état de payer.&lt;/strong&gt; Nos hôpitaux manquent de lits, nos écoles de professeurs, nos campagnes de médecins.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne demande pas à un homme endetté de financer le développement de son voisin. Ce n’est plus de la générosité, c’est de l’inconscience — et l’on nous fait passer pour des égoïstes quand nous demandons seulement de nous occuper de nos pauvres avant ceux des autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatrième point, et c’est le plus lourd : les traités eux-mêmes sont inégaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’euro nous a privés de la dévaluation&lt;/strong&gt; — un instrument dont l’Allemagne n’a jamais eu besoin, puisque cette monnaie est plus faible que la sienne aurait été. &lt;strong&gt;Elle exporte grâce à une monnaie sous-évaluée pour elle ; nous importons à cause d’une monnaie surévaluée pour nous.&lt;/strong&gt; Notre balance commerciale est déficitaire sans interruption depuis 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le marché unique nous interdit de nous protéger.&lt;/strong&gt; Un producteur dont les salariés gagnent le tiers des nôtres, sans les mêmes cotisations ni les mêmes normes, vend librement en France — &lt;strong&gt;et nous ne pouvons rien faire, ni droit de douane, ni quota, ni norme préférentielle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’appelle pas cela de la concurrence. Une concurrence suppose des règles communes. Ici, on a supprimé nos protections en gardant les écarts de salaire : ce n’est pas un marché ouvert, c’est une mise en concurrence organisée de travailleurs européens les uns contre les autres — et il n’y a qu’un seul gagnant, qui n’est ni français ni polonais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les accords commerciaux sont négociés à notre place.&lt;/strong&gt; La Commission signe avec le reste du monde au nom des vingt-sept, &lt;strong&gt;et la France seule ne peut pas les refuser.&lt;/strong&gt; On ouvre nos marchés à des produits agricoles cultivés avec ce que nous interdisons à nos paysans — puis l’on demande à nos paysans d’être compétitifs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà pourquoi il faut partir, indépendamment de toute amende. Non parce qu’on nous y obligerait — mais parce que rester dans un système qui nous interdit de nous défendre, qui nous coûte des milliards et qui organise la concurrence de nos travailleurs contre eux-mêmes, ne serait pas de l’obéissance : ce serait de la bêtise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-maintenant-l-arithmetique&quot;&gt;Et maintenant, l’arithmétique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous répète qu’il suffirait d’une alliance de grands pays pour changer l’Europe. Comptons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour adopter un texte, il faut une majorité qualifiée : au moins quinze États sur vingt-sept, représentant au moins soixante-cinq pour cent de la population.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Union compte environ quatre cent cinquante millions d’habitants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Pays&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Population&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Part&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Allemagne&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~83 M&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~19 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;France&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;~68 M&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;~15 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Italie&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~59 M&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~13 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Espagne&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~49 M&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~11 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Pologne&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~37 M&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~8 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prenez la France, l’Italie, l’Espagne et la Pologne réunies.&lt;/strong&gt; Quatre des cinq plus grands pays, sans l’Allemagne : &lt;strong&gt;environ deux cent douze millions d’habitants, soit quarante-sept pour cent de l’Union.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elles ne peuvent rien faire adopter.&lt;/strong&gt; Il leur manque la majorité des États — &lt;strong&gt;quatre pays sur vingt-sept, quand il en faut quinze&lt;/strong&gt; — et il leur manque dix-huit points de population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elles peuvent seulement bloquer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les quatre plus grandes nations d’Europe après l’Allemagne, parfaitement unies, ne peuvent faire passer strictement aucune décision. Elles peuvent empêcher. Elles ne peuvent jamais construire. Voilà la marge de manœuvre réelle de la France.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pour modifier un traité — c’est-à-dire pour toucher aux règles elles-mêmes — il faut l’unanimité des vingt-sept, puis la ratification par chacun d’eux&lt;/strong&gt;, dont plusieurs par référendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pays de moins d’un million d’habitants peut donc bloquer une réforme voulue par quatre cent millions de personnes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-surtout-leurs-interets-ne-sont-pas-les-notres&quot;&gt;Et surtout : leurs intérêts ne sont pas les nôtres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici ce qu’on ne dit jamais, et qui règle définitivement la question.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne s’agit pas de convaincre. Il s’agit de demander à des pays de voter contre leur propre intérêt.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, Malte, Chypre.&lt;/strong&gt; Leur modèle économique &lt;strong&gt;est&lt;/strong&gt; la concurrence fiscale : attirer les sièges sociaux et les bénéfices des entreprises françaises et allemandes en les taxant moins. &lt;strong&gt;Leur demander d’harmoniser l’impôt vers le haut, c’est leur demander de renoncer à leur prospérité. Ils ne le feront jamais, et ils auraient tort de le faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pays de l’Est.&lt;/strong&gt; Leur avantage est le coût du travail : c’est ce qui fait venir chez eux les usines qui ferment chez nous. &lt;strong&gt;Leur demander d’harmoniser les salaires et la protection sociale vers le haut, c’est leur demander de renoncer à leur seule carte. Ils ne le feront pas non plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Allemagne.&lt;/strong&gt; Son excédent commercial repose sur une monnaie plus faible que ne le serait la sienne, et sur une discipline budgétaire imposée aux autres. &lt;strong&gt;Elle refusera toujours la mutualisation des dettes et toute politique qui relancerait l’inflation. C’est cohérent avec ce qu’elle est.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pays du Sud&lt;/strong&gt; veulent des transferts que le Nord refuse.
&lt;strong&gt;Les petits États&lt;/strong&gt; sont sur-représentés et ne renonceront jamais à cet avantage.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France ne se heurte pas à un adversaire : elle se heurte à trois blocs à la fois, dont les intérêts sont incompatibles entre eux et avec les siens. Il n’existe aucune réforme qui puisse satisfaire simultanément un paradis fiscal, un pays à bas salaires et une puissance exportatrice. Aucune. C’est arithmétiquement impossible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est donc pas une question de courage, de talent diplomatique ou de majorité électorale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est que l’objet qu’on nous demande de réformer est composé de vingt-sept intérêts contradictoires, et qu’il a été bâti pour qu’aucun d’eux ne puisse l’emporter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une machine conçue pour que personne ne puisse jamais rien décider fonctionne parfaitement : elle ne décide rien. Et pendant qu’elle ne décide rien, les règles écrites en 1957, 1986 et 1992 continuent de s’appliquer toutes seules.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-quand-un-peuple-dit-non&quot;&gt;Et quand un peuple dit non&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comptons les cas, parce qu’ils forment une série.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Danemark, 1992 :&lt;/strong&gt; non à Maastricht. &lt;strong&gt;On le fait revoter en 1993.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;Irlande, 2001 :&lt;/strong&gt; non au traité de Nice. &lt;strong&gt;On le fait revoter en 2002.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;France, 2005 :&lt;/strong&gt; non à 54,68 %. &lt;strong&gt;Pays-Bas, 2005 :&lt;/strong&gt; non à 61,5 %. &lt;strong&gt;Le traité revient sous un autre nom, ratifié sans référendum.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;Irlande, 2008 :&lt;/strong&gt; non à Lisbonne. &lt;strong&gt;On le fait revoter en 2009.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;Grèce, 2015 :&lt;/strong&gt; non à l’austérité à 61 %. &lt;strong&gt;Son gouvernement signe un mémorandum plus dur huit jours plus tard.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vote n’est pas interdit. Il est sans effet quand il déplaît, et on le recommence jusqu’au bon résultat. Un système où l’on ne peut voter que dans un sens n’est pas une démocratie lente : c’est autre chose, et il faudra bien lui donner son nom.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-trou-economique&quot;&gt;Le trou économique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Passons aux comptes, car c’est là qu’on nous répond « et vos usines, alors ? »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;une-monnaie-unique-pour-des-pays-qui-ne-le-sont-pas&quot;&gt;Une monnaie unique pour des pays qui ne le sont pas&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une seule politique monétaire pour des économies qui n’ont rien de commun.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un pays perdait en compétitivité, il dévaluait : ses produits redevenaient abordables, son industrie repartait. &lt;strong&gt;Ce n’était pas glorieux, mais cela fonctionnait, et cela évitait de faire payer l’ajustement aux salaires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet instrument a été supprimé. Il n’en reste qu’un seul : baisser le coût du travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On appelle cela « réformes structurelles ». Cela signifie exactement ceci : puisqu’on ne peut plus ajuster la monnaie, on ajuste les gens.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-resultat-en-chiffres&quot;&gt;Le résultat, en chiffres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’industrie française représentait plus de vingt pour cent de la richesse produite. Elle en représente aujourd’hui environ dix&lt;/strong&gt; — la moitié de l’Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La balance commerciale de la France est déficitaire sans interruption depuis 2003&lt;/strong&gt;, et le déficit se compte désormais en dizaines de milliards chaque année. &lt;strong&gt;Nous achetons au monde beaucoup plus que nous ne lui vendons, et nous payons la différence en dette.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la France est contributrice nette au budget européen&lt;/strong&gt; : elle verse chaque année plusieurs milliards de plus qu’elle ne reçoit.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-cas-de-l-electricite&quot;&gt;Le cas de l’électricité&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exemple, parce qu’il est parlant et que chacun l’a payé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France produit une électricité nucléaire parmi les moins chères du monde.&lt;/strong&gt; Mais les règles du marché européen de l’électricité &lt;strong&gt;indexent le prix sur celui de la dernière centrale appelée pour équilibrer le réseau — c’est-à-dire souvent une centrale à gaz.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Résultat : quand le gaz s’envole, votre facture s’envole, bien que votre électricité n’ait rien à voir avec le gaz.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pays qui produit son énergie à bas coût paie le prix de celle des autres, par une règle qu’il n’a pas écrite et qu’il ne peut pas modifier seul. Ce n’est pas de l’économie : c’est un péage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-l-interdiction-de-se-defendre&quot;&gt;Et l’interdiction de se défendre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le droit européen de la concurrence interdit à un État de soutenir ses entreprises.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2019, la Commission a interdit la fusion d’Alstom et de Siemens&lt;/strong&gt; — c’est-à-dire la constitution d’un champion ferroviaire européen face au géant chinois — &lt;strong&gt;au motif qu’elle aurait nui à la concurrence sur le marché intérieur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On nous interdit de nous unir pour résister à la Chine, au nom d’une règle qui protège un marché sur lequel la Chine, elle, n’est soumise à aucune règle. La concurrence libre et non faussée est libre pour nous et faussée pour eux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-il-faut-la-quitter&quot;&gt;Pourquoi il faut la quitter&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On nous dira : réformez-la de l’intérieur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous venons de démontrer que c’est arithmétiquement impossible. Et dans la plus improbable des hypothèses où ce le serait — s’il se trouvait un jour vingt-sept gouvernements d’accord — il faudrait des années de négociations, puis vingt-sept ratifications, sans la moindre garantie de résultat. Et pendant tout ce temps, nous continuerions à payer et à appliquer les règles actuelles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Résumons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Parlement ne peut pas proposer de loi.&lt;/strong&gt; Un référendum n’engage rien. &lt;strong&gt;La Cour se déclare elle-même souveraine.&lt;/strong&gt; La Banque centrale est intouchable par traité. &lt;strong&gt;Les quatre plus grands pays après l’Allemagne, unis, ne peuvent rien faire adopter.&lt;/strong&gt; Et changer un traité exige l’unanimité de vingt-sept gouvernements &lt;strong&gt;dont les intérêts sont incompatibles entre eux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis cinquante ans, tous ceux qui ont promis de la changer de l’intérieur ont fini par appliquer ses règles.&lt;/strong&gt; Sans exception. &lt;strong&gt;Y compris ceux qui étaient sincères — et ils l’étaient souvent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne réforme pas une machine dont le mécanisme principal est précisément d’empêcher qu’on la réforme. Ce n’est pas une question de courage ni de majorité : c’est une question d’arithmétique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut donc en sortir. Et nous ne prétendrons pas que ce sera indolore.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;comment-nous-en-sortirons&quot;&gt;Comment nous en sortirons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici la méthode. Elle est publique dès aujourd’hui, et c’est volontaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premièrement, et disons-le sans détour : il n’y aura pas de référendum sur ce point.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non pas parce que nous craindrions le peuple — mais parce que la question lui aura déjà été posée, et de la manière la plus claire qui soit : en nous élisant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voter pour le Mouvement christiano-communiste français, c’est quitter l’Union européenne, l’euro et l’Alliance atlantique, et en finir avec le capitalisme. Ce n’est pas une conséquence possible de notre victoire : c’est ce que notre victoire signifie, et nous n’aurons pas le front de le découvrir après.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que nul ne dise ensuite qu’il ne savait pas.&lt;/strong&gt; C’est écrit ici, ce sera écrit sur chaque tract, et cela sera dit à chaque réunion. &lt;strong&gt;Ceux qui ne veulent pas de cela ne doivent pas voter pour nous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous laissons aux autres la technique éprouvée qui consiste à faire campagne sur autre chose, puis à découvrir une fois élu que les circonstances imposent le contraire du programme. Nous l’avons décrite au chapitre III. Nous ne l’emploierons pas.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxièmement, on notifie.&lt;/strong&gt; Les traités eux-mêmes prévoient le retrait et fixent un délai de négociation. &lt;strong&gt;Nous n’aurons rien à violer : nous utiliserons la porte prévue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisièmement, la monnaie — et c’est le point qui décide de tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous rétablissons une monnaie nationale.&lt;/strong&gt; Le principe de droit est ancien, universel et incontesté : &lt;strong&gt;un État définit la monnaie dans laquelle s’exécutent les contrats relevant de son droit.&lt;/strong&gt; Les dettes émises sous droit français seront donc converties dans la nouvelle monnaie. &lt;strong&gt;La très grande majorité de la dette publique française est dans ce cas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela suppose une préparation sérieuse et discrète :&lt;/strong&gt; contrôle temporaire des mouvements de capitaux pour empêcher la fuite, réquisition du système de paiement, et une banque publique prête à financer l’État dès le premier jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatrièmement, on renégocie le commerce.&lt;/strong&gt; Nous ne quittons pas le continent : nous quittons une administration. &lt;strong&gt;Les accords commerciaux se refont, et l’Europe a autant besoin de nous vendre que nous d’acheter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-cela-coutera&quot;&gt;Ce que cela coûtera&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne mentirons pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y aura une période difficile.&lt;/strong&gt; La monnaie se dépréciera, ce qui renchérira les importations — l’énergie et une partie de l’alimentation. &lt;strong&gt;Il y aura des attaques financières, des menaces, des agences de notation et des campagnes de presse.&lt;/strong&gt; Il y aura des mois de désordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il y aura des représailles&lt;/strong&gt;, parce que ceux qui possèdent ne rendent jamais de bon cœur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il faut comprendre pourquoi notre sortie ne ressemblera à aucune autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Royaume-Uni est sorti de l’Union en gardant intégralement son capitalisme.&lt;/strong&gt; Il a donc subi le choc &lt;strong&gt;sans disposer d’aucun des instruments qui permettent de l’absorber&lt;/strong&gt; : ses banques sont restées privées, ses entreprises stratégiques aux mains d’actionnaires libres de partir, et ses prix livrés au marché. &lt;strong&gt;Il a changé d’administration sans changer de propriétaire, et il a payé le désordre sans en recueillir le bénéfice.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre sortie est l’inverse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle s’accompagne du démantèlement du capitalisme lui-même.&lt;/strong&gt; Une banque publique qui finance l’État dès le premier jour. Des secteurs stratégiques qui appartiennent à la nation et que personne ne peut délocaliser en représailles. &lt;strong&gt;Des prix directeurs sur les biens essentiels — l’énergie, l’alimentation, le logement — pour que la dépréciation ne se transforme pas en famine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui sort d’un système en gardant ses règles subit le choc sans les moyens d’y répondre. Celui qui sort en changeant les règles dispose, le jour même, de tous les leviers dont l’autre s’était privé. Notre transition sera plus courte et moins chère que la leur — parce que nous, nous aurons repris la main sur ce qui fait les prix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous affirmons est donc ceci :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une dépréciation rend nos produits compétitifs et fait revenir la production. Une banque publique supprime les intérêts versés à des créanciers privés. Un État qui possède ses grands moyens de production peut décider des prix au lieu de les subir. Et sans monnaie à nous, rien de tout cela n’est possible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le coût est réel et il est temporaire. La situation actuelle est confortable et elle est définitive.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Choisissez.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Chapitre 7 — Festum finitum est</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
        <author>
          <name>Unknown</name>
        </author>
        
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/chapitre-7/">&lt;h2 id=&quot;festum-finitum-est&quot;&gt;Festum finitum est&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fête est finie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà notre cri de guerre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle est finie pour ceux qui ont fait de la fête leur vie, aux dépens de ceux qui travaillent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui gagnent en dormant. &lt;strong&gt;Pour ceux qui ferment une usine rentable depuis un bureau où ils ne sont jamais entrés.&lt;/strong&gt; Pour ceux qui possèdent ce qu’ils n’ont pas fait, décident de ce qu’ils ne connaissent pas, et n’ont jamais rendu de comptes à personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour eux, c’est terminé. C’est tout ce que veut dire notre devise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-nous-distingue&quot;&gt;Ce qui nous distingue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez le droit de nous demander en quoi nous ne sommes pas un parti de plus. Voici la réponse en cinq points, et chacun est vérifiable dans ce texte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne choisissons pas entre la nation et le travail.&lt;/strong&gt; Toute la vie politique française repose sur ce chantage : si vous voulez la souveraineté, allez à droite ; si vous voulez le salaire, allez à gauche. &lt;strong&gt;Nous refusons ce marché. Un pays qui n’est pas maître de sa monnaie ne peut pas fixer les salaires, et un peuple qui ne possède rien n’a pas de patrie à défendre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne choisissons pas entre la foi et la justice sociale.&lt;/strong&gt; On nous a séparés pendant cent cinquante ans avec un mensonge. &lt;strong&gt;Le communisme est né de la morale chrétienne, et nous l’avons démontré par les textes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne remplaçons pas la propriété par les mœurs.&lt;/strong&gt; C’est ce qu’ont fait les deux camps, et c’est pourquoi ils ne gênent plus personne. &lt;strong&gt;Nous parlons de qui possède l’usine, et nous continuerons même quand ce sera inconfortable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne haïssons personne pour ce qu’il est.&lt;/strong&gt; Ni l’étranger, ni le croyant, ni l’incroyant, ni le patron d’atelier qui travaille de ses mains. &lt;strong&gt;Nous combattons une position — celle de vivre du travail d’autrui — et non des hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et nous ne promettons pas que ce sera indolore.&lt;/strong&gt; Tous les autres vous jurent le contraire. &lt;strong&gt;Nous vous dirons ce que chaque mesure coûte, à qui, et pendant combien de temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-nous-ferons&quot;&gt;Ce que nous ferons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout tient en une phrase, et le reste en découle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rendre aux Français la propriété de ce qui les fait vivre, et à la France la maîtrise de ses décisions.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux choses, indissociables. Voici concrètement ce que cela veut dire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;les-grands-moyens-de-production&quot;&gt;Les grands moyens de production&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui est concerné : les grandes entreprises et les secteurs stratégiques.&lt;/strong&gt; L’énergie, l’eau, les transports, les télécommunications, les banques, l’armement, la santé, l’alimentation, les grandes centrales d’achat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui ne l’est pas, et ne le sera jamais : votre boulangerie, l’atelier du menuisier, le garage, l’exploitation familiale, le cabinet, le commerce.&lt;/strong&gt; Nous l’avons inscrit dans une charte que nous nous sommes interdit de modifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le seuil n’est pas inventé par nous : c’est celui de la loi française.&lt;/strong&gt; Le statut de grande entreprise — &lt;strong&gt;cinq mille salariés, ou un milliard et demi de chiffre d’affaires.&lt;/strong&gt; Cela représente &lt;strong&gt;environ deux cent quatre-vingt-sept entreprises en France.&lt;/strong&gt; Pas une de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et au franchissement de ce seuil, le propriétaire choisit lui-même entre deux voies. Aucune n’est la confiscation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voie A — la cession.&lt;/strong&gt; Il vend l’intégralité de ses parts et &lt;strong&gt;il est indemnisé à la valeur réelle.&lt;/strong&gt; L’entreprise passe alors sous la direction entière de la corporation de sa branche, &lt;strong&gt;et une part de ses revenus revient à la nation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voie B — l’association.&lt;/strong&gt; Il garde &lt;strong&gt;cinquante et un pour cent, l’État en prend quarante-neuf.&lt;/strong&gt; Il reste maître à bord : il décide de ses investissements, de ses équipes, de ses horaires. Il continue de percevoir sa part. &lt;strong&gt;L’État n’est pas son tuteur, c’est son associé&lt;/strong&gt; — il prend quarante-neuf pour cent des bénéfices à la source, et les rend à la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le prix est fixé par une formule inscrite dans la loi, publiée d’avance, identique pour tous.&lt;/strong&gt; Le patron sait ce qu’il touchera avant même d’approcher le seuil. &lt;strong&gt;Aucune négociation, donc aucune spoliation — et aucune corruption possible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pour qu’aucune entreprise n’ait intérêt à cesser de grandir&lt;/strong&gt;, la part de l’État monte progressivement entre mille et cinq mille salariés. &lt;strong&gt;On ne perd jamais à croître.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une seule exception : les secteurs stratégiques.&lt;/strong&gt; Énergie, eau, rail, banque, santé, armement, télécommunications. &lt;strong&gt;Ceux-là sont socialisés intégralement, quel que soit le seuil&lt;/strong&gt; — ce sont des monopoles naturels où la concurrence est une fiction et où la dépendance serait mortelle. &lt;strong&gt;L’agriculture en est exclue : la terre reste aux paysans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la concurrence demeure entre les entreprises socialisées.&lt;/strong&gt; Nous n’en faisons pas des administrations protégées : &lt;strong&gt;une entreprise publique sans concurrent n’a aucune raison de bien faire — c’est la leçon du siècle dernier, et nous ne la répéterons pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il faut dire laquelle, car il y en a deux et on les confond toujours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;La mauvaise concurrence — interdite&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;La bonne concurrence — voulue&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Baisser les salaires&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Mieux organiser le travail&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Accélérer les cadences&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Inventer, améliorer le produit&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Rogner sur la sécurité et la qualité&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Augmenter la productivité par la technique&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Délocaliser&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Former mieux, donc produire mieux&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La première est formellement interdite&lt;/strong&gt; : la grille des salaires est fixée à trois — corporation, syndicats, État — et aucune entreprise ne peut en sortir. &lt;strong&gt;Elle ne peut donc pas se battre sur le dos de celui qui produit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La seconde est encouragée sans réserve.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui, une entreprise qui veut gagner comprime. Demain, elle n’aura plus que le droit de mieux faire. C’est la seule émulation qui ait jamais fait progresser quoi que ce soit — et le capitalisme, qui la revendique, est précisément le système qui permet de s’en dispenser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-une-chose-que-personne-ne-remarque-il-n-y-a-plus-de-bourse&quot;&gt;Et une chose que personne ne remarque : il n’y a plus de bourse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous supprimons le marché des actions. Cela change tout, et il faut comprendre pourquoi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le propriétaire qui garde ses cinquante et un pour cent ne peut plus rien en faire d’autre que les tenir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne peut pas les vendre à un fonds.&lt;/strong&gt; Il ne peut pas les découper, les placer, les diversifier sur trente autres sociétés. &lt;strong&gt;Il ne peut pas transformer son entreprise en ligne d’un portefeuille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son bénéfice n’a donc que trois issues, et aucune ne lui donne de pouvoir : le réinvestir dans son outil, le consommer, ou le placer à la Bourse Populaire Contrôlée dans la limite des plafonds — participation non cessible, sans prix de marché, sans plus-value. Il devient épargnant, pas actionnaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est la différence exacte entre un patron et un actionnaire. L’un est attaché à une chose et à des gens ; l’autre est attaché à un rendement, et il ira le chercher partout où il est plus élevé. En supprimant la bourse, nous ne supprimons pas la propriété — nous supprimons la possibilité de la rendre nomade. Un capital qui ne peut plus partir cesse d’être un pouvoir sur ceux qui restent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne prend pas ce qu’un homme possède, et on le lui paie. On lui retire le droit de décider seul du sort de milliers d’autres — et cela, aucune somme ne l’achète.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;les-corporations-et-disons-de-quoi-nous-parlons&quot;&gt;Les corporations — et disons de quoi nous parlons&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mot a été sali, et il faut le nettoyer avant de s’en servir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous nous référons aux corps de métier français&lt;/strong&gt;, ces communautés de gens du même travail qui ont réglé pendant des siècles l’apprentissage, la qualification, la qualité de l’ouvrage et l’honneur d’un métier — &lt;strong&gt;et que la loi Le Chapelier a supprimés en 1791, deux ans après la Déclaration des droits de l’homme, pour interdire aux ouvriers de se coaliser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre filiation est catholique et sociale.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Quadragesimo Anno&lt;/em&gt;, en 1931, et René de La Tour du Pin, qui écrivait sur la condition ouvrière quand la droite s’en désintéressait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne nous référons en aucun cas au corporatisme fasciste ou vichyste, et la différence n’est pas celle qu’on croit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le patron sera dans la corporation. Nous ne l’en excluons pas&lt;/strong&gt; — il exerce le métier, il en connaît les contraintes, et une corporation sans lui serait borgne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la différence avec le corporatisme fasciste n’est pas qu’il n’y ait pas de sections : c’est que les sections ne pèsent pas le même poids.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des sections&lt;/strong&gt; — les travailleurs, les grandes entreprises, les petites. Chacun est représenté, personne n’est exclu, et &lt;strong&gt;la voix du patron est identifiée comme telle au lieu d’être déguisée en voix d’homme du métier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elles ne sont pas paritaires. Le nombre décide, et la section des travailleurs l’emporte toujours. Une section n’est pas un veto : c’est un siège et un droit d’être entendu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le patron ne siège pas sur ce qui concerne les conditions de travail de ses propres employés.&lt;/strong&gt; Il garde sa voix comme homme du métier. &lt;em&gt;Un homme ne vote pas librement contre celui qui décide de son poste demain matin — c’est pourquoi le scrutin est secret à tous les échelons.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Corporatisme fasciste&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Nos corporations&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Les sections&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Paritaires&lt;/strong&gt; — c’était le but : réconcilier le capital et le travail&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Non paritaires. Le nombre décide, les travailleurs l’emportent&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;De qui elle dépend&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;De l’État et du parti unique&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;De personne — ni parti, ni État&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;La grève&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Interdite&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Libre, et les syndicats restent indépendants&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corporatisme fasciste enfermait les ouvriers avec leurs patrons sous l’autorité du parti, et supprimait la grève.&lt;/strong&gt; C’était un instrument de contrôle déguisé en instrument de métier.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les corporations fascistes existaient pour réconcilier le capital et le travail à l’intérieur de l’entreprise. Les nôtres existent parce que le capital a été aboli. Il n’y a personne à réconcilier — il n’y a plus qu’un seul côté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nôtres sont un contre-pouvoir autonome&lt;/strong&gt;, aux instances élues par ceux qui exercent le métier, &lt;strong&gt;avec rotation obligatoire des mandats&lt;/strong&gt; et révocabilité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu’elles décident :&lt;/strong&gt; les qualifications, la formation et l’apprentissage, les normes de branche, les conditions de travail, la discipline professionnelle. &lt;strong&gt;La grille des salaires est établie à trois — la corporation, les syndicats, et l’État qui valide. Aucun ne décide seul.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quand deux corporations s’opposent, c’est l’État qui tranche.&lt;/strong&gt; L’intérêt général prime sur l’intérêt d’une branche : c’est sa fonction, et c’est la seule.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux qui font le travail décident du travail. Cela paraît évident dit ainsi. Cela n’existe nulle part.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-monnaie-et-le-credit&quot;&gt;La monnaie et le crédit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pays qui emprunte sur les marchés ce qu’il pourrait créer lui-même verse des intérêts à des créanciers privés pour l’usage de sa propre souveraineté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous voulons une banque publique, un crédit sans usure, et une monnaie qui nous appartienne.&lt;/strong&gt; Cela implique de sortir de l’euro et de l’Union européenne, et nous venons de dire comment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-independance&quot;&gt;L’indépendance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir des commandements étrangers. Produire nos armes sans demander l’autorisation de personne&lt;/strong&gt; — aujourd’hui, un seul composant américain dans un matériel français suffit à donner à Washington un droit de veto sur nos ventes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconstruire la filière nucléaire, l’énergie, l’engrais, l’alimentation.&lt;/strong&gt; Ne dépendre d’aucune puissance pour manger, nous chauffer et nous défendre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-ecole&quot;&gt;L’école&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des classes de quinze au commencement — maternelle, cours préparatoire, cours élémentaire — là où tout se joue et où le retard pris ne se rattrape plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les méthodes qui fonctionnent, et non celles qui plaisent.&lt;/strong&gt; La lecture par les sons, dont l’efficacité est établie par la recherche. &lt;strong&gt;L’exigence pour tous&lt;/strong&gt;, parce que le laxisme scolaire n’a jamais frappé que les enfants de ceux qui n’ont pas de livres à la maison.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-terre&quot;&gt;La terre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un paysan français travaille soixante heures par semaine et gagne moins que le salaire minimum. Il faut dire pourquoi, précisément.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois centrales d’achat contrôlent l’écrasante majorité de la distribution alimentaire du pays.&lt;/strong&gt; Face à elles, des centaines de milliers de producteurs isolés. &lt;strong&gt;Ce n’est pas une négociation : c’est une dictée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ces centrales n’ont qu’un objet : le profit.&lt;/strong&gt; Il en découle mécaniquement trois choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elles paient le producteur au plus bas&lt;/strong&gt;, sachant qu’il n’a personne d’autre à qui vendre avant que sa récolte ne pourrisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elles préfèrent l’importation&lt;/strong&gt; — un produit venu de l’autre bout du monde, cultivé avec des pesticides interdits chez nous, par une main-d’œuvre payée trois fois moins, coûtera toujours moins cher que celui du champ d’à côté. &lt;strong&gt;On ruine nos paysans avec des produits que nous interdisons à nos paysans de faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et elles vident le métier de son sens.&lt;/strong&gt; Un homme qui a appris à nourrir des gens finit par produire un calibre, un format et un délai. &lt;strong&gt;On ne lui demande plus de bien faire : on lui demande de faire moins cher que le Brésil.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre réponse découle de notre doctrine sans que nous l’ayons cherchée : ce n’est pas le paysan qu’il faut socialiser — c’est l’acheteur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et attention, car le remède n’est pas d’avoir dix acheteurs au lieu de trois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Multiplier les centrales ne servirait à rien : le marché retourne toujours au monopole.&lt;/strong&gt; Trois deviennent deux, deux deviennent une, et l’on se retrouve dans dix ans exactement au même point. &lt;strong&gt;On ne corrige pas une concentration en la fragmentant : on la reprend.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n’y aura donc qu’une centrale d’achat, et voici à qui elle appartient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;À la corporation agricole — c’est-à-dire aux producteurs eux-mêmes.&lt;/strong&gt; Ce sont eux qui fixent les prix, en concertation avec les syndicats, selon une &lt;strong&gt;formule publiée : coût de revient constaté, plus marge.&lt;/strong&gt; Aucun prix ne se décide dans un bureau fermé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’État dispose d’un droit de veto contre les abus — jamais du pouvoir de fixer.&lt;/strong&gt; Il empêche ; il ne décide pas.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui, trois centrales privées imposent leurs prix à quatre cent mille exploitants dispersés. Demain, ce sont les quatre cent mille exploitants qui font le prix, unis, en face des acheteurs. Ce n’est pas une nationalisation de l’agriculture : c’est le renversement du rapport de force.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le paysan garde tout : sa terre, son matériel, ses bêtes, son exploitation.&lt;/strong&gt; Et &lt;strong&gt;la vente directe reste entièrement libre&lt;/strong&gt; — marchés, vente à la ferme, circuits courts, coopératives. Hors monopole, sans autorisation de personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin, l’on ferme la frontière aux produits qui ne respectent pas nos normes&lt;/strong&gt; — car il n’y a aucune raison d’interdire à un Français ce qu’on autorise à l’importation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-securite-et-la-justice&quot;&gt;La sécurité et la justice&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut d’abord dire une chose que ni la droite ni la gauche ne disent : l’insécurité frappe ceux qui travaillent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle frappe le smicard et elle frappe le cadre.&lt;/strong&gt; Elle frappe celle qui rentre à pied du service de nuit et celui qui gare sa voiture au bas de l’immeuble. &lt;strong&gt;Elle ne frappe pas de la même manière — le quartier abandonné la subit plus durement — mais elle frappe les mêmes gens : ceux qui vivent de leur travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous refusons de découper cela en pauvres et en classe moyenne.&lt;/strong&gt; C’est le découpage qu’on vous a appris, et il ne sert qu’à empêcher deux hommes qui ont le même problème de le régler ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux qui ne la connaissent pas sont ceux qui n’en ont pas besoin de connaître :&lt;/strong&gt; ils habitent ailleurs, leurs enfants sont ailleurs, et ils paient des sociétés privées. &lt;strong&gt;Ce ne sont pas les gens à cinq mille euros. Ce sont ceux qui vivent sans travailler.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà pourquoi nous refusons de choisir entre l’excuse et la matraque.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La justice, d’abord, parce qu’elle est à l’os.&lt;/strong&gt; La France compte parmi les pays d’Europe occidentale les moins bien dotés en magistrats par habitant. &lt;strong&gt;Les délais sont indignes, les peines prononcées des années après les faits, et une part considérable ne sont jamais exécutées.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une sanction qui arrive quatre ans plus tard n’est pas une justice tardive : c’est une justice qui n’existe pas. Et rien ne détruit plus sûrement la confiance d’un peuple que le sentiment qu’il ne se passe rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous doublerons les effectifs de magistrats et multiplierons ceux du parquet. Nous construirons les places de prison qui manquent.&lt;/strong&gt; Une peine prononcée sera une peine exécutée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La police ensuite — et disons-le tout de suite, parce qu’on nous fera dire le contraire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’avons rien contre les policiers.&lt;/strong&gt; Ce sont des travailleurs, souvent mal payés, mal logés, mal formés, envoyés au contact avec des moyens dérisoires et abandonnés dès que l’affaire tourne mal. &lt;strong&gt;Ils font partie de ceux que nous défendons, exactement comme les autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous mettons en cause, c’est l’État et l’administration qui les emploient ainsi&lt;/strong&gt; — et qui trouvent commode qu’on s’en prenne à eux plutôt qu’à ceux qui décident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous ferons.&lt;/strong&gt; Une formation sérieuse et longue — &lt;strong&gt;on ne met pas un homme de vingt ans dans la rue avec quelques mois d’apprentissage et une arme au côté.&lt;/strong&gt; Des effectifs sur le terrain et non dans les bureaux. Des salaires et des logements dignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’exigence en retour : une police irréprochable et contrôlée, où la faute est sanctionnée&lt;/strong&gt; — car c’est d’abord aux policiers honnêtes que profite l’élimination des autres. Les unités dont la réputation est irrémédiablement perdue seront dissoutes et remplacées.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne demande pas à un peuple de respecter une police qu’on n’a pas formée, ni de croire en une justice qui ne juge pas. Les deux vont ensemble, et les deux ont été abandonnées pour la même raison : cela coûte de l’argent, et les victimes ne pèsent pas lourd.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-temps&quot;&gt;Le temps&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici la mesure la plus simple et la plus révolutionnaire de tout ce texte : nous voulons vous rendre votre temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Commençons par le fait qui décide de tout : depuis un demi-siècle, on produit énormément plus par heure travaillée. Cette richesse est allée quelque part — et ce n’est pas dans vos journées.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est allée dans les dividendes, dans les rachats d’actions et dans la rente. &lt;strong&gt;Pendant que la production par heure montait, le temps de travail n’a plus bougé depuis les trente-cinq heures — et le prix du logement, lui, a doublé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous voulons vous rendre ce temps. Et nous allons vous dire exactement à quelles conditions, parce qu’une promesse sans arithmétique est un mensonge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;d-abord-ce-que-nous-ne-ferons-pas-tout-de-suite&quot;&gt;D’abord, ce que nous ne ferons pas tout de suite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n’y aura aucune réduction du temps de travail pendant la phase de reconstruction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous le disons franchement, et c’est le contraire de ce qu’on vous promet ailleurs :&lt;/strong&gt; rebâtir un appareil industriel, rouvrir des filières, reprendre une agriculture et une énergie &lt;strong&gt;demande plus d’effort, pas moins.&lt;/strong&gt; On ne se repose pas sur un chantier.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui vous promet à la fois la reconstruction du pays et moins de travail dès la première année vous ment, ou n’a pas fait le calcul. Nous préférons vous dire l’effort avant de vous dire le repos.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ensuite-ce-que-nous-rendrons-et-dans-quel-ordre&quot;&gt;Ensuite, ce que nous rendrons — et dans quel ordre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne pouvons pas tout faire à la fois, et nous choisissons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Premier palier&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;À terme&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Retraite&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;60 ans&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;55 ans&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Semaine&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;35 → &lt;strong&gt;32 heures&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;32 heures&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre arbitrage est assumé : nous rendons des années de vie avant de rendre des heures de semaine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce qu’une heure de moins par semaine se dilue dans une vie. Cinq années de retraite en plus, c’est un homme qui voit ses petits-enfants, qui marche encore, qui a le temps de faire autre chose que se soigner.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’âge de départ dépendra du métier.&lt;/strong&gt; Un homme du bâtiment ne s’use pas comme un homme de bureau. &lt;strong&gt;La corporation de branche le module sur des critères objectifs&lt;/strong&gt; — port de charges, travail de nuit, températures extrêmes, postures, exposition chimique. &lt;strong&gt;Ceux du métier décident de ce qui use dans leur métier, pas un décret parisien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-l-arithmetique-ecrite-noir-sur-blanc&quot;&gt;Et l’arithmétique, écrite noir sur blanc&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le calcul que personne ne fait jamais devant vous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Réduire la semaine, abaisser la retraite et garantir trois ans de congé parental retirerait plus de la moitié du volume d’heures travaillées du pays.&lt;/strong&gt; Pour tenir cela sans appauvrir personne, &lt;strong&gt;il faut environ cinquante pour cent de productivité horaire en plus sur vingt ans — soit deux pour cent par an.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France en gagne aujourd’hui environ un pour cent par an. Il faut donc doubler le rythme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est ambitieux. Ce n’est pas irréel : la France l’a fait pendant les Trente Glorieuses.&lt;/strong&gt; Cela repose sur l’automatisation, la modernisation intégrale de l’outil et le plein emploi.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque palier est donc conditionné à l’atteinte effective de ces gains, constatés et publiés. Nous n’annonçons pas une date : nous annonçons une méthode, et une règle que vous pourrez vérifier chaque année.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et nous ne cachons pas la difficulté principale.&lt;/strong&gt; Les gains de productivité viennent de l’industrie, &lt;strong&gt;qui emploie un travailleur sur dix.&lt;/strong&gt; Le soin, la santé, l’éducation et la petite enfance ne s’automatisent pas et pèsent de plus en plus lourd. &lt;strong&gt;C’est là qu’est l’obstacle réel, et c’est lui qui fixera le rythme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour référence : le passage de trente-neuf à trente-cinq heures a créé de l’ordre de trois cent cinquante mille emplois. L’effet est réel et il est mesuré.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le but n’est pas de travailler moins pour travailler moins. Le but est l’éradication du chômage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-nous-rendons-par-ailleurs&quot;&gt;Ce que nous rendons par ailleurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois ans pour élever son enfant, réellement indemnisés, avec garantie de retour au poste&lt;/strong&gt; — et, chaque fois que le métier le permet, &lt;strong&gt;la possibilité du travail à distance&lt;/strong&gt;. L’éducation d’un enfant est un travail, et c’est le seul que ce pays ne paie pas alors qu’il fabrique la génération suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce congé coûte des heures aujourd’hui et en rapporte dans vingt ans. &lt;strong&gt;Ce n’est pas une dépense : c’est un investissement démographique&lt;/strong&gt;, et c’est le seul qui ne se délocalise pas.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et un niveau de salaire tel qu’un foyer puisse vivre d’un seul revenu s’il le décide&lt;/strong&gt; — non pour y contraindre qui que ce soit, mais pour que le choix existe. &lt;strong&gt;Aujourd’hui il n’existe pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne voulons pas que les Français gagnent un peu plus en travaillant un peu plus. Nous voulons qu’ils cessent de payer un loyer sur leur propre existence — et nous vous donnons le calcul qui dit à quelles conditions c’est possible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-disons-le-clairement-on-pourra-toujours-etre-renvoye&quot;&gt;Et disons-le clairement : on pourra toujours être renvoyé&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne bâtissons pas un pays où l’on garde sa place quoi qu’on fasse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui travaille mal, qui ne fait pas ce pour quoi il est payé, qui laisse les autres porter sa part — celui-là sera renvoyé, et il ira ailleurs.&lt;/strong&gt; Il retrouvera du travail, puisqu’il y en aura pour tous. &lt;strong&gt;Il ne gardera pas celui-ci.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommes du côté des travailleurs. Nous ne sommes pas du côté du travailleur qui a tort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est même l’inverse de ce qu’on nous prêtera :&lt;/strong&gt; dans un pays où l’on ne peut plus se distinguer par la naissance, l’héritage ou le carnet d’adresses, &lt;strong&gt;il ne reste qu’une seule façon de monter — faire bien son travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a supprimé le mérite en France par le haut, en laissant se transmettre les places, et par le bas, en cessant d’exiger quoi que ce soit. Nous rétablissons les deux bouts en même temps. La vraie méritocratie n’est pas celle où les meilleurs sont récompensés : c’est celle où le travail bien fait est la seule monnaie qui reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-ceux-qui-ne-peuvent-pas-travailler&quot;&gt;Et ceux qui ne peuvent pas travailler&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mot, car tout ce chapitre parle du travail et l’on pourrait s’y méprendre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des hommes et des femmes qui ne peuvent pas travailler.&lt;/strong&gt; Le malade, l’infirme, celui que l’esprit a quitté, le très vieux. &lt;strong&gt;Notre société les couvrira entièrement, et sans qu’ils aient à le demander comme une faveur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La honte est pour celui qui peut et ne veut pas. À celui qui voudrait et ne peut pas vont l’amour et la compassion — et nous n’aurons pas la prétention de faire le tri entre les deux, car nul ne sait ce qui se passe dans un homme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un homme ne vaut pas parce qu’il sert. Il vaut parce qu’il est aimé.&lt;/strong&gt; Nous l’avons appris ailleurs que dans l’économie, et nous ne l’oublierons pas en chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous ne prétendons pas que cela se fera en un an. Cela demande de reprendre l’appareil productif, la monnaie et le crédit — c’est-à-dire tout ce que ce manifeste propose. &lt;strong&gt;Mais ce n’est pas un rêve : c’est une question d’arithmétique, et l’arithmétique, elle, est de notre côté.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-democratie-reelle&quot;&gt;La démocratie réelle&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut terminer par là, parce que c’est ce qu’on nous contestera le plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On nous dira que nous voulons le pouvoir d’un seul. C’est exactement l’inverse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous voulons une démocratie qui ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, vous votez tous les cinq ans pour des gens qui décident de la loi — &lt;strong&gt;et vous passez le reste de votre vie sous l’autorité d’hommes que vous n’avez jamais choisis, dans l’endroit où vous êtes huit heures par jour.&lt;/strong&gt; On appelle cela une démocratie. &lt;strong&gt;C’est une démocratie qui s’arrête au vestiaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concrètement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une seule chambre, où siègent ensemble les élus des citoyens et les élus des métiers.&lt;/strong&gt; La nation comme territoires et comme travail, dans la même salle, obligées de délibérer ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des représentants de corporation élus par leurs pairs, mandatés par eux — et révocables par eux à tout moment.&lt;/strong&gt; Non pas tous les cinq ans : à tout moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un référendum d’initiative citoyenne réel&lt;/strong&gt;, à échéances fixes, dont le résultat s’applique — &lt;strong&gt;et qu’on ne fait pas revoter jusqu’à obtenir la bonne réponse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des régions qui décident chez elles.&lt;/strong&gt; Une Église qui peut saisir le peuple par référendum suspensif sur un périmètre défini et public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et un organe de contrôle collégial, sans chef unique, qui peut arrêter n’importe quelle instance sortie de la loi — mais qui ne décide jamais rien à sa place.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne remplace pas la tyrannie des propriétaires par celle d’un parti. Nous avons écrit nos propres verrous avant d’avoir le moindre pouvoir, et nous nous sommes interdit de les modifier. Jugez-nous là-dessus : c’est le seul engagement qu’un mouvement puisse prendre avant d’avoir été mis à l’épreuve.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-france-que-nous-voyons&quot;&gt;La France que nous voyons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fermez les yeux un instant, et regardez ce pays dans vingt ans si nous avons raison.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les usines ont rouvert.&lt;/strong&gt; Pas toutes, pas partout, mais la courbe s’est inversée pour la première fois depuis cinquante ans. &lt;strong&gt;On produit ici ce qu’on consomme ici&lt;/strong&gt; — les médicaments, les machines, les vêtements, l’acier. Le mot « délocalisation » commence à sonner comme un mot d’une autre époque, à côté de « colonie » et de « servage ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et dans ces usines, ceux qui travaillent ont voix au chapitre.&lt;/strong&gt; Ils ne sont pas tous propriétaires de tout — &lt;strong&gt;ce serait une formule, et nous n’en faisons pas&lt;/strong&gt; — mais aucune décision qui les concerne n’est plus prise sans eux. &lt;strong&gt;Ils travaillent beaucoup moins qu’aujourd’hui, et ils gagnent beaucoup plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’on ne ferme plus une ville depuis un tableur.&lt;/strong&gt; Non par sentiment, mais par mécanique : &lt;strong&gt;une grande entreprise appartient à la nation, et une nation ne se délocalise pas.&lt;/strong&gt; Quant aux autres — les moyennes, celles qui ferment aujourd’hui faute de repreneur — &lt;strong&gt;elles sont rachetées : par une autre entreprise, par leur corporation, ou par leurs propres salariés, à qui la banque publique prête sans intérêt.&lt;/strong&gt; Une entreprise viable ne meurt plus parce que personne n’a voulu la reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le paysan vit de sa terre.&lt;/strong&gt; Il la possède, il en décide, et il est payé un prix qui couvre son travail. &lt;strong&gt;Les campagnes ont retrouvé leurs écoles, leurs gares, leurs médecins et leurs commerces&lt;/strong&gt; — parce qu’on a cessé de mesurer un village à sa rentabilité, et que la France a compris qu’un pays qui vide ses campagnes finit par entasser tout le monde là où plus personne ne tient debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enfants apprennent.&lt;/strong&gt; Tous. Y compris ceux dont les parents n’ont pas de livres à la maison — &lt;strong&gt;puisque c’est exactement à cela que sert une école, et à rien d’autre.&lt;/strong&gt; Et l’on a cessé de raconter à un enfant de dix ans que son pays n’a produit que des crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une femme peut élever son enfant sans se ruiner, ou travailler sans avoir à se justifier.&lt;/strong&gt; Un couple peut vivre d’un seul salaire s’il le décide, ou de deux s’il le préfère — &lt;strong&gt;et dans les deux cas c’est un choix, pas une contrainte déguisée en liberté.&lt;/strong&gt; On fait à nouveau des enfants dans ce pays, parce qu’on peut les loger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France décide.&lt;/strong&gt; De sa monnaie, de ses armes, de ses lois, de ses alliances. &lt;strong&gt;Elle parle avec le monde entier et n’obéit à personne.&lt;/strong&gt; Elle vend ses armes sans demander la permission. Elle achète son énergie où elle veut. &lt;strong&gt;Et quand un peuple français vote, ce qu’il a voté se fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les églises ne sont plus des musées.&lt;/strong&gt; Les fêtes sont revenues dans les villages. Les métiers ont retrouvé leur honneur — &lt;strong&gt;on regarde un charpentier comme on regarde un ingénieur, et un boulanger comme on regarde un cadre.&lt;/strong&gt; Un peuple a cessé d’avoir honte de ce qu’il est.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas un paradis, et nous n’en promettons aucun. Les hommes resteront ce qu’ils sont ; il y aura encore des fautes, des chagrins, des injustices et des salauds. Nous disons seulement ceci : aucune de ces souffrances ne viendra plus de ce qu’un homme possède le pain d’un autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-nous-ne-promettons-pas&quot;&gt;Ce que nous ne promettons pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne promettons pas que ce sera rapide.&lt;/strong&gt; Ce qui a été défait en quarante ans ne se refait pas en un mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne promettons pas que ce sera sans coût.&lt;/strong&gt; Sortir de l’euro coûtera. Reprendre les grandes entreprises provoquera des représailles. &lt;strong&gt;Ceux qui possèdent ne rendent jamais de bon cœur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne promettons pas d’être aimés.&lt;/strong&gt; On nous appellera fascistes, et ce sera faux. &lt;strong&gt;On nous appellera communistes, et ce sera exact — nous le sommes, nous l’écrivons, et nous n’attendrons pas qu’on nous le reproche pour le dire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et nous ne promettons pas de ne jamais nous tromper.&lt;/strong&gt; Nous nous tromperons. &lt;strong&gt;Nous nous engageons seulement à ne jamais vous mentir sur les chiffres, à corriger ce qui est faux, et à ne pas appeler victoire ce qui n’en est pas une.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;un-homme-dans-un-arbre&quot;&gt;Un homme dans un arbre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous avons beaucoup argumenté. Une page sans argument, maintenant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y avait à Jéricho un homme appelé Zachée. Il était collecteur d’impôts, et il était riche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut dire, dans son pays et à son époque, qu’il prenait aux siens pour le compte de l’occupant, et qu’il gardait la différence. &lt;strong&gt;On ne le fréquentait pas. On avait raison de ne pas le fréquenter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un jour, le Christ traverse la ville, et la foule se presse pour le voir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zachée est petit ; il ne voit rien.&lt;/strong&gt; Alors cet homme riche, méprisé, qui a une position et une dignité à tenir, &lt;strong&gt;court devant tout le monde et grimpe dans un arbre comme un gamin&lt;/strong&gt; — parce qu’il veut voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retenez ce détail : il a couru avant qu’on lui parle.&lt;/strong&gt; Personne ne l’y avait invité. Il cherchait déjà quelque chose, et depuis longtemps sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le Christ s’arrête sous l’arbre, lève les yeux, et l’appelle par son nom.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne lui fait pas de reproche. Il ne lui demande rien. &lt;strong&gt;Il lui dit qu’il vient dîner chez lui ce soir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La foule murmure&lt;/strong&gt; — il est entré chez un pécheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est alors que Zachée, debout, sans qu’on lui ait rien demandé, déclare : je donne la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends quatre fois plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne tirons de cette histoire aucune démonstration. Il n’y en a pas à tirer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous remarquons seulement ceci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Personne n’a menacé Zachée. Personne ne lui a démontré qu’il avait tort — il le savait déjà.&lt;/strong&gt; On l’avait jugé, montré du doigt et méprisé pendant des années, et cela n’avait jamais rien changé : &lt;strong&gt;il avait continué à voler, parce que le mépris ne convertit personne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce n’est pas non plus un dîner qui a fait de lui un autre homme.&lt;/strong&gt; Un dîner ne renverse pas une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est qu’il cherchait, et qu’il a été trouvé.&lt;/strong&gt; Il courait déjà. Il était monté dans l’arbre avant qu’on lui adresse la parole. &lt;strong&gt;On ne l’a pas retourné : on est venu à la rencontre de ce qui bougeait déjà en lui, et on l’a appelé par son nom devant ceux qui ne le nommaient plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà ce que ni les lois ni les doctrines ne feront jamais, y compris les nôtres. Nous pouvons reprendre les usines ; nous ne pouvons pas appeler un homme par son nom à sa place. Le jour où nous croirons qu’un décret suffit à rendre les hommes justes, nous serons devenus ce que nous combattons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne prétendons pas savoir faire ce que le Christ a fait sous cet arbre.&lt;/strong&gt; Nous prétendons seulement ne pas l’oublier, et ne pas confondre les deux ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre programme prendra le pouvoir aux possédants. Il ne changera pas les cœurs, et ce n’est pas son office — mais il retirera à celui qui veut le bien les obstacles qu’on avait mis devant lui, et à celui qui veut le mal les moyens qu’on lui avait donnés. C’est beaucoup, et ce n’est pas tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;alors&quot;&gt;Alors&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte n’est pas une consultation. C’est une convocation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez lu ce que nous pensons du passé, des deux camps, du monde tel qu’il est, et de ce que nous voulons faire. &lt;strong&gt;Vous n’avez plus besoin qu’on vous explique : vous savez.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne reste que la question qui a toujours tout décidé : combien serons-nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes rien aujourd’hui. &lt;strong&gt;Toutes les organisations qui ont changé quelque chose ont commencé exactement là&lt;/strong&gt; — quelques hommes, un texte, et l’entêtement de ne pas se taire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-ce-que-nous-ferons-avant-d-avoir-quoi-que-ce-soit&quot;&gt;Et ce que nous ferons avant d’avoir quoi que ce soit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement qui attend le pouvoir pour être utile ne le sera jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n’avons ni caisse, ni élus, ni bureaux. &lt;strong&gt;Nous n’en avons pas besoin pour ce qui suit, et nous commençons maintenant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aller voir les vieux qui ne voient personne.&lt;/strong&gt; Il y en a dans chaque rue, et cela ne coûte qu’une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Être là quand on expulse une famille.&lt;/strong&gt; Non pour faire du bruit : pour porter des cartons et trouver une chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donner à manger.&lt;/strong&gt; Ce qu’on peut, régulièrement, sans photographies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aider un homme à remplir ses papiers&lt;/strong&gt;, parce que l’administration écrase d’abord ceux qui lisent mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Réparer ce qui est cassé&lt;/strong&gt; chez ceux qui ne peuvent pas payer un artisan.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune de ces choses ne renversera le capitalisme. Toutes disent, mieux que cent pages, ce que nous ferions si nous avions les moyens de faire davantage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est ainsi qu’on nous reconnaîtra&lt;/strong&gt;, ou qu’on ne nous reconnaîtra pas.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne suit pas un mouvement parce qu’il a raison — nous avons connu des gens qui avaient raison et que personne n’a suivis. On le suit parce qu’il était là.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Festum finitum est.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fête est finie pour ceux qui la faisaient payer par d’autres. Elle commence pour ceux qui n’y ont jamais été invités.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
</content>
        
    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Lex Universalis</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
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          <name>Unknown</name>
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/lex-universalis/">&lt;h1 id=&quot;preambule&quot;&gt;PRÉAMBULE&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements fondés sur les travailleurs n’ont presque jamais été détruits par leurs ennemis. &lt;strong&gt;Ils ont été perdus de l’intérieur&lt;/strong&gt; — par des directions qui, sans jamais renier un seul texte, ont conduit en trente ans leur organisation à défendre le contraire de ce pour quoi elle avait été fondée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela s’est fait sans vote de rupture, sans congrès de reniement, sans qu’aucun homme ait eu à signer la trahison.&lt;/strong&gt; Par des alliances, des concessions, des silences et des glissements dont personne ne fut jamais comptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La présente charte existe pour que cela ne puisse pas nous arriver.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne dit pas ce que le Mouvement doit faire : cela relève de sa doctrine, qui vit et se corrige. &lt;strong&gt;Elle dit ce qu’il ne peut jamais cesser d’être.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;titre-i-fondation&quot;&gt;TITRE I — FONDATION&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement Christiano-Communiste Français a pour but l’installation en France d’un régime socialiste, et à terme du communisme, sur fondement chrétien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune doctrine, décision, alliance, publication ou pratique du Mouvement ne peut contredire les articles de la présente charte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute disposition contraire est &lt;strong&gt;nulle de plein droit&lt;/strong&gt;, sans qu’aucune instance ait à le déclarer.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;titre-ii-principes-economiques-intangibles&quot;&gt;TITRE II — PRINCIPES ÉCONOMIQUES INTANGIBLES&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mouvement exige que les grands moyens de production et les secteurs stratégiques reviennent à la nation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut renoncer à cette exigence, ni la différer indéfiniment, ni la réduire à une participation symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 4&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mouvement exige que le métier soit administré par les corporations&lt;/strong&gt;, composées des travailleurs eux-mêmes : qualifications, formation, conditions de travail, normes de branche, discipline professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il tient que la direction de l’économie appartient à la nation.&lt;/strong&gt; Les corporations n’arbitrent pas entre les branches, ne fixent pas les prix et ne disposent pas de la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement ne peut ni vider les corporations de leur pouvoir sur le métier, ni leur transférer la direction de l’économie, ni les placer sous la tutelle d’un parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mouvement refuse l’usure.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il exige que le crédit relève d’une banque publique et ne se vende pas contre intérêt. &lt;strong&gt;Il ne peut soutenir aucune mesure qui rétablisse le prêt à intérêt sous quelque forme que ce soit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 6&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsque l’intérêt de ceux qui travaillent et celui de ceux qui possèdent s’opposent, le Mouvement tient le premier pour supérieur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il admet qu’une entreprise qui ne couvre pas ses coûts cesse son activité : &lt;strong&gt;c’est un fait économique, et nul n’est tenu de produire à perte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;strong&gt;il ne peut soutenir la fermeture, la délocalisation ou le démantèlement d’une entreprise qui couvre ses coûts, au seul motif qu’un capital rapporterait davantage ailleurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune urgence, aucune crise, aucune nécessité ne peut être invoquée pour inverser cet ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 7&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune doctrine du Mouvement ne peut aller à l’encontre de la propriété personnelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seuls les moyens de production et les terrains peuvent être socialisés.&lt;/strong&gt; Le logement, l’épargne, les biens d’usage et ce qu’un homme tient de son travail n’entrent dans aucun cas dans ce périmètre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hors des grandes entreprises et de ce qui touche à la sécurité de l’État, la socialisation n’est jamais obligatoire.&lt;/strong&gt; Elle procède du consentement, et &lt;strong&gt;celui qui la refuse ne subit aucune conséquence pour ce refus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;titre-iii-fondation-morale-et-nationale&quot;&gt;TITRE III — FONDATION MORALE ET NATIONALE&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 8&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mouvement tient que la morale commune de la France est chrétienne dans son fondement, et il la défend comme telle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne peut imposer aucune contrainte de foi à quiconque&lt;/strong&gt;, ni exiger qu’une telle contrainte soit imposée dans la nation. Le Christ ne convertit pas par la force, et nous ne le ferons pas davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 9&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mouvement ne peut consentir à ce que la souveraineté de la France soit déléguée à une puissance extérieure&lt;/strong&gt;, quelle qu’elle soit et sous quelque forme que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;titre-iv-interdictions&quot;&gt;TITRE IV — INTERDICTIONS&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 10&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’analyse du Mouvement est une analyse de classe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement peut constater tout fait, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne et quel qu’en soit l’inconfort : &lt;strong&gt;constater n’est pas expliquer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;strong&gt;il ne peut adopter ni la race, ni l’origine, ni la génération, ni aucune appartenance identitaire comme principe explicatif&lt;/strong&gt; de la situation d’un homme ou d’un peuple. La cause qu’il assigne est économique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 11&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucun combat culturel ne peut prendre la place de la question de la propriété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement peut mener des combats moraux et culturels ; il ne peut jamais les substituer à la lutte pour la propriété des moyens de production, ni les invoquer pour la différer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 12&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune orientation sexuelle ne fonde une politique publique, une revendication collective ni une catégorie d’analyse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle relève de la vie privée, et l’État n’a rien à y voir. &lt;strong&gt;Nul ne peut s’en prévaloir pour obtenir quoi que ce soit, ni en être inquiété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 13&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mouvement ne reconnaît pas la distinction entre le sexe et le genre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tient qu’il existe &lt;strong&gt;deux sexes — l’homme et la femme — et que le genre n’en est qu’un autre nom.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne reconnaît pas la théorie du genre : &lt;strong&gt;ni comme science, ni comme fondement d’une politique publique, ni comme contenu d’enseignement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anomalies du développement sont des malformations. &lt;strong&gt;Elles ne constituent pas un troisième sexe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 14&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mouvement ne conclut aucun front permanent ni programme commun avec une organisation plus grande que lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les alliances sont ponctuelles. Chacune a &lt;strong&gt;un objet défini et une date de fin écrite&lt;/strong&gt;. Le Mouvement y conserve son nom, sa doctrine, sa caisse et sa liberté de parole.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;titre-v-garanties&quot;&gt;TITRE V — GARANTIES&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 15 — Intangibilité&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La présente charte n’est pas révisable.&lt;/strong&gt; Il n’existe aucune procédure de révision, de suspension ou de dérogation, en aucune circonstance et par aucune instance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 16 — Des fonctions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune fonction dans le Mouvement ne procure d’avantage matériel.&lt;/strong&gt; Ni rémunération supérieure, ni logement, ni véhicule, ni préséance, ni privilège d’aucune sorte. &lt;strong&gt;Une charge ne donne que du travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui rend sa charge au terme est honoré à l’égal de celui qui l’a exercée.&lt;/strong&gt; Quitter une fonction n’est pas une chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout est public.&lt;/strong&gt; Les délibérations, les votes nominatifs, les nominations, les comptes. &lt;strong&gt;Aucune décision du Mouvement ne peut être soustraite à la connaissance de ses membres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quiconque exerce une charge en rend compte de vive voix, à intervalle fixe, devant ceux qui l’ont élu&lt;/strong&gt; — de ce qu’il a fait et de ce qu’il a manqué.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne rend pas les hommes bons. On leur ôte l’obscurité, et l’on retire tout profit à la convoitise. Le reste relève de leur conscience, et nous n’y pouvons rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 17 — Sanction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quiconque soumet officiellement au vote d’une instance du Mouvement une mesure contraire à la présente charte est démis de plein droit de toutes ses fonctions&lt;/strong&gt;, et devient inéligible à toute responsabilité pour une durée fixée par le règlement intérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sanction s’attache à l’acte de proposer, non à l’opinion exprimée. &lt;strong&gt;On peut tout discuter dans le Mouvement. On ne peut pas tout mettre aux voix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 18 — Constatation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Colonne de Lys constate la violation&lt;/strong&gt; et convoque le Conseil national, qui statue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 19 — Défaillance du Conseil national&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Conseil national avalise une mesure contraire à la présente charte, &lt;strong&gt;la Colonne de Lys dissout le Comité central et l’ensemble des instances élues.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le processus démocratique reprend intégralement&lt;/strong&gt; : nouvelles élections à tous les échelons, des conseils cellulaires au Conseil national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 20 — Le nom&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nom, le sigle et les emblèmes du Mouvement sont détenus au nom de la présente charte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute instance qui la viole &lt;strong&gt;perd le droit de s’en réclamer&lt;/strong&gt;, quelle que soit sa position dans le Mouvement et quel que soit le nombre de ceux qui la suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article 21 — Recours ultime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Conseil national et la Colonne de Lys sont défaillants ensemble, &lt;strong&gt;un tiers des membres convoque lui-même un congrès extraordinaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette convocation ne requiert l’accord d’aucune instance et aucune ne peut s’y opposer.&lt;/strong&gt; Elle est valable du seul fait des signatures. &lt;strong&gt;Toute instance qui tente de l’empêcher, de la retarder ou d’en écarter des membres est démise de plein droit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les membres qui l’ont convoqué élisent parmi eux ceux qui portent l’accusation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le congrès est à charge.&lt;/strong&gt; Les instances mises en cause y comparaissent, répondent des faits qui leur sont reprochés, et &lt;strong&gt;ne le président pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le congrès ne vote pas. Il établit.&lt;/strong&gt; Il expose les manquements, entend les réponses et arrête les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mesures contraires à la présente charte qu’il constate sont nulles de plein droit, du seul fait du congrès.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vote appartient au Mouvement entier.&lt;/strong&gt; Dans la &lt;strong&gt;semaine&lt;/strong&gt; qui suit le congrès, tous les membres sont appelés à se prononcer, où qu’ils se trouvent, sur une seule question :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le processus démocratique doit-il reprendre intégralement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si le Mouvement le décide, toutes les instances tombent&lt;/strong&gt; et de nouvelles élections ont lieu à tous les échelons, des conseils cellulaires au Conseil national. &lt;strong&gt;Ceux qui sont restés fidèles conservent la charte, le nom et les emblèmes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S’il ne le décide pas&lt;/strong&gt;, ceux qui l’ont invoqué n’ont aucun droit sur le nom.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le congrès instruit. Le Mouvement tranche. Un tiers des membres peut forcer la question — il ne peut pas y répondre à la place de tous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;article-final&quot;&gt;ARTICLE FINAL&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Cette charte ne protège pas le Mouvement de ses ennemis. &lt;strong&gt;Elle le protège de lui-même.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n’empêchera pas un homme de vouloir la trahir. &lt;strong&gt;Elle l’oblige seulement à le faire en son nom, publiquement, et à en répondre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement se perd toujours de la même façon : quand personne n’a plus à signer ce qu’il abandonne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
</content>
        
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        <title>Programme abrégé</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/programme-abrege/">&lt;blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;festum-finitum-est&quot;&gt;&lt;strong&gt;FESTUM FINITUM EST&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;La fête est finie.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;i-ce-qu-ils-ont-fait&quot;&gt;I. CE QU’ILS ONT FAIT&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Ils ont libéré les mœurs pour mieux enchaîner le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cinquante ans, on vous a donné toutes les libertés sauf celles qui coûtent de l’argent à quelqu’un. Vous pouvez tout dire, tout consommer, tout choisir — sauf votre salaire, sauf votre horaire, sauf ce que devient votre usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu’on vous occupait avec le reste, quelques centaines de personnes ont pris le pays. &lt;strong&gt;Elles ne sont pas élues, elles ne sont pas responsables, et elles décident.&lt;/strong&gt; Quand un fonds vend une entreprise, aucun bulletin de vote ne peut l’en empêcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est là qu’est passée la démocratie : &lt;strong&gt;le peuple vote, l’argent décide.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les deux camps qui se partagent la scène vous mentent de façon complémentaire. &lt;strong&gt;La gauche a renoncé à la propriété&lt;/strong&gt; — elle vous parle de tout sauf de qui possède la France. &lt;strong&gt;La droite a renoncé à la morale&lt;/strong&gt; — elle défend la famille le dimanche et le libre-échange qui la détruit le reste de la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous refusons ce partage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;ii-ce-que-nous-sommes&quot;&gt;II. CE QUE NOUS SOMMES&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes chrétiens, et nous sommes communistes. &lt;strong&gt;Ce n’est pas une contradiction : c’est la même exigence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’Église a condamné l’usure pendant sept siècles, avant d’abandonner le terrain quand le capital a gagné. Elle a condamné le libéralisme économique en 1891, bien avant de condamner le socialisme. Le Christ a été explicite : &lt;strong&gt;on ne peut pas servir Dieu et l’argent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous prenons de Marx sa méthode, qui explique comment les sociétés sont faites. Nous refusons le matérialisme athée qu’on y a collé et qui n’en découle pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous voulons tient en une phrase :&lt;/strong&gt; que ceux qui produisent la richesse cessent d’être gouvernés par ceux qui la détiennent — et qu’un pays retrouve le droit de dire non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’exigeons la foi de personne.&lt;/strong&gt; Juifs, musulmans, athées sont chez eux parmi nous. La morale sur laquelle repose ce pays est chrétienne d’origine, que l’on croie ou non : c’est un fait d’histoire, pas une profession de foi.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;iii-ce-que-nous-ferons&quot;&gt;III. CE QUE NOUS FERONS&lt;/h1&gt;
&lt;h2 id=&quot;reprendre-le-pays-a-ceux-qui-l-ont-achete&quot;&gt;Reprendre le pays à ceux qui l’ont acheté&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les 287 plus grandes entreprises de France entrent au patrimoine de la nation.&lt;/strong&gt; Deux options offertes au propriétaire : nous rachetons, ou bien il garde 51 % et reste maître à bord pendant que la nation prend 49 % des bénéfices. &lt;strong&gt;Le prix est fixé par une formule inscrite dans la loi, connue d’avance, identique pour tous.&lt;/strong&gt; Aucune négociation, aucun passe-droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ces 51 % ne se transmettent pas. À sa mort, la part revient à la nation.&lt;/strong&gt; Sa famille hérite de tout le reste — la maison, l’épargne, les biens — sans un centime de droits. &lt;strong&gt;Mais pas de la direction d’une des plus grandes entreprises du pays.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une gestion ne s’hérite pas. C’est ce qui sépare une vraie démocratie d’une dynastie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il n’est pas obligé de mourir en poste.&lt;/strong&gt; Il peut passer la main à quelqu’un qui connaît le métier — &lt;strong&gt;la nation prélève alors deux points, et devient majoritaire.&lt;/strong&gt; Le repreneur dirige toujours, &lt;strong&gt;mais parce qu’il sait, plus parce qu’il possède&lt;/strong&gt; — et s’il est incompétent, il s’en va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous ne prenons donc rien à personne de son vivant, et aucune lignée ne s’installe. Le pays redevient propriétaire de son industrie au rythme des générations.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Énergie, eau, rail, banque, santé, armement, télécoms reviennent à la nation.&lt;/strong&gt; La concurrence y est une fiction et la dépendance y est mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rien au-dessous.&lt;/strong&gt; Les PME, les artisans, les commerçants, les paysans gardent tout. &lt;strong&gt;Ce ne sont pas nos adversaires : ce sont des otages.&lt;/strong&gt; Le petit patron est propriétaire sur le papier et débiteur dans les faits — sa banque peut le tuer en coupant son découvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui détourne l’argent public trahit la nation.&lt;/strong&gt; Vingt ans, interdiction définitive de toute fonction publique, restitution intégrale. &lt;strong&gt;Mais sa famille n’est pas punie avec lui&lt;/strong&gt; : ses biens vont à ses héritiers, et sa dette meurt avec lui. Nous frappons l’homme, pas les siens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;cesser-de-taxer-le-travail&quot;&gt;Cesser de taxer le travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus d’impôt sur les sociétés&lt;/strong&gt; là où nous sommes propriétaires : on ne taxe pas ce qu’on possède, on en touche sa part.
&lt;strong&gt;Plus de cotisations patronales&lt;/strong&gt; pour les petites entreprises.
&lt;strong&gt;Plus de droits de succession&lt;/strong&gt; — nous avons plafonné l’accumulation en amont, il n’y a plus rien à reprendre à la mort. &lt;em&gt;Une famille garde tout ce qu’un homme a bâti pour elle. Ce qu’elle n’hérite pas, c’est une fonction : les 51 % d’une grande entreprise reviennent à la nation.&lt;/em&gt;
&lt;strong&gt;On ne taxe pas le pain. On taxe le yacht.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne créons aucun impôt nouveau. &lt;strong&gt;La France verse chaque année des dizaines de milliards d’aides sans contrepartie à des entreprises qui n’en ont pas besoin, et 74 milliards d’intérêts à ses créanciers — plus que son budget de la Défense.&lt;/strong&gt; Nous arrêtons simplement de payer deux fois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;une-banque-et-plus-d-usure&quot;&gt;Une banque, et plus d’usure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une seule banque publique. Aucun prêt à intérêt.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n’est pas créancière : elle est &lt;strong&gt;associée.&lt;/strong&gt; Elle entre au capital, elle gagne si l’affaire réussit, &lt;strong&gt;puis sa part s’éteint et vous restez seul maître de votre outil.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l’affaire échoue, vous perdez votre outil, et ce que la vente n’a pas couvert, vous le devez encore.&lt;/strong&gt; Nous ne l’effaçons pas, et il faut dire pourquoi : &lt;strong&gt;celui dont on a effacé la dette est celui à qui plus personne ne prête.&lt;/strong&gt; Celui qui rembourse, même après avoir échoué, est celui à qui la société peut refaire confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cette dette-là n’a plus rien de commun avec celle d’aujourd’hui :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Aujourd’hui&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Chez nous&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Les intérêts courent sur ce que vous ne pouvez plus payer&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Aucun intérêt. Jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Les échéances tombent quelle que soit votre situation&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Proportionnée au revenu, suspendue s’il est nul&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;On vous poursuit sans terme&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Elle s’éteint après un délai fixé, ou à votre mort&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Les cautions retombent sur vos proches&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Jamais transmise aux héritiers&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous supprimons, ce n’est pas la dette : c’est la rente.&lt;/strong&gt; Aujourd’hui l’entrepreneur qui échoue est ruiné et poursuivi sans fin pendant que sa banque est payée dans tous les cas. &lt;strong&gt;Cela s’arrête.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les bourses ferment.&lt;/strong&gt; L’économie n’est pas un terrain de jeu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;rendre-du-temps&quot;&gt;Rendre du temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retraite à soixante ans&lt;/strong&gt;, et l’âge est modulé selon la pénibilité &lt;strong&gt;par ceux du métier&lt;/strong&gt; — un homme du bâtiment ne s’use pas comme un homme de bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers trente-deux heures&lt;/strong&gt;, une fois l’industrie rebâtie. &lt;strong&gt;Nous ne baisserons pas le temps de travail pendant qu’il faut reconstruire le pays&lt;/strong&gt;, et nous le disons franchement : l’effort vient avant le repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois ans de congé parental&lt;/strong&gt;, avec garantie de retour au poste, statut et allocation pour le parent au foyer, retraite comptée pendant le congé.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;redevenir-un-pays&quot;&gt;Redevenir un pays&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sortons de l’Union européenne, de l’OTAN et de l’euro.&lt;/strong&gt; Une structure qui décide à la place de la France et qui la mène à la ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous payez votre électricité au prix du gaz allemand alors qu’elle est produite chez vous, par du nucléaire amorti, avec l’électricité la plus propre d’Europe.&lt;/strong&gt; Nous la vendrons aux Français à son coût réel de production. C’est ce que rapporte la souveraineté, en une facture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous relançons la filière nucléaire à neutrons rapides&lt;/strong&gt;, abandonnée par lâcheté politique. Elle utilise soixante fois mieux l’uranium et consomme nos stocks existants : &lt;strong&gt;des siècles d’électricité sans importer un gramme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin de la Françafrique.&lt;/strong&gt; Des traités de coopération à intérêts mutuels, et aucune intervention militaire sans demande explicite d’un État souverain. &lt;strong&gt;Et aucune vassalité, dans aucune direction&lt;/strong&gt; — nous ne remplaçons pas un maître par un autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;une-ecole-qui-fabrique-des-hommes&quot;&gt;Une école qui fabrique des hommes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle ne doit pas bâtir des travailleurs. Elle doit bâtir des hommes capables de raison, de libre arbitre — et de résister si le régime trahit le peuple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’enseigne pas des conclusions, on enseigne comment on sait.&lt;/strong&gt; Le doute n’est pas un droit, c’est un devoir : doutez, cherchez, trouvez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Douze à quinze élèves par classe en maternelle, au CP et au CE1&lt;/strong&gt; — c’est là, et seulement là, que la recherche prouve un effet.
&lt;strong&gt;Méthode syllabique pour lire.&lt;/strong&gt; On a imposé trente ans durant aux enfants d’ouvriers une méthode dont on savait qu’elle les frapperait le plus.
&lt;strong&gt;Logique et rhétorique dès le collège&lt;/strong&gt; — reconnaître un sophisme, lire un sondage, construire un argument. Personne ne l’enseigne, et c’est précisément ce qui manque à un peuple qu’on veut capable de juger.
&lt;strong&gt;Une allocation d’études permettant de vivre sans travailler.&lt;/strong&gt; La gratuité de l’université ne vaut rien quand un étudiant travaille vingt heures par semaine pour payer sa chambre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-sante-du-peuple&quot;&gt;La santé du peuple&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne parlons pas de climat. Nous parlons de ce que vos enfants mangent et respirent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin des pesticides qui stérilisent les sols. Fin du plastique alimentaire et des microplastiques. Fin des additifs nocifs. Protection des pollinisateurs. Fermes hydroponiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aucune culpabilisation individuelle.&lt;/strong&gt; On ne demandera pas aux Français de trier leurs déchets pendant qu’on importe des marchandises produites au charbon à quinze mille kilomètres. &lt;strong&gt;La responsabilité est systémique, la réponse est industrielle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;des-francais&quot;&gt;Des Français&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Réduction massive de l’immigration&lt;/strong&gt; — on n’assimile pas des flux qu’on n’a pas les moyens d’assimiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le retour du modèle qui a fonctionné.&lt;/strong&gt; La République a su faire des Français avec des Bretons, des Polonais, des Italiens et des Portugais, par l’école, la langue et l’armée. Elle a cessé de le vouloir dans les années 1980. &lt;strong&gt;Nous voulons le refaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne reproche pas à un homme d’être venu. On reproche à l’État de l’avoir laissé sans école, sans langue et sans travail — parce que ça arrangeait quelqu’un.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sur la délinquance, nous tenons les deux bouts que les autres lâchent : &lt;strong&gt;la condition explique, elle n’excuse pas.&lt;/strong&gt; La gauche abandonne la responsabilité. La droite abandonne la cause. Nous refusons les deux abandons.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;iv-ce-que-nous-ne-ferons-pas&quot;&gt;IV. CE QUE NOUS NE FERONS PAS&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne promettrons pas la fin de l’impôt.&lt;/strong&gt; Personne ne le croirait, et ce serait faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne promettrons pas que sortir de l’euro sera indolore.&lt;/strong&gt; Ce sera coûteux. Rester l’est davantage, et se paie déjà.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’avancerons aucun chiffre que nous n’avons pas vérifié.&lt;/strong&gt; Un chiffre faux coûte plus cher que dix arguments justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne désignerons jamais un ennemi par ce qu’il est, mais par ce qu’il fait.&lt;/strong&gt; Notre adversaire est une mécanique — la concentration du capital qui capture le politique. Pas une race, pas une religion, pas une liste de noms. &lt;strong&gt;Un mouvement qui définit son ennemi par sa nature finit en chasse aux sorcières, jamais en réforme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne collaborerons avec aucun parti de gouvernement.&lt;/strong&gt; Nous siégerons dans les institutions pour les renverser, jamais pour les gérer.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;v-ce-que-nous-demandons&quot;&gt;V. CE QUE NOUS DEMANDONS&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas encore nombreux. Nous ne le cachons pas — tous les mouvements ont commencé ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne cherchons pas des adhérents. Nous cherchons des cadres.&lt;/strong&gt; Des gens qui liront, qui apprendront, qui sauront tenir la ligne seuls devant une salle hostile, et qui en formeront d’autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous êtes ouvrier et que la gauche ne vous parle plus de votre salaire.
Si vous êtes croyant et que personne ne défend ce que vous croyez sans vendre votre travail au passage.
Si vous êtes petit patron et que vous savez que votre vrai propriétaire est votre banquier.
Si vous êtes jeune et qu’on vous a appris à tout douter sauf l’ordre des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors nous vous attendons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont libéré les mœurs pour mieux enchaîner le travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous rendrons le travail, et nous garderons les mœurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MCCF — Mouvement Christiano-Communiste Français&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;[contact · site · date de fondation]&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
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    <entry xml:lang="fr">
        <title>Programme économique</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/doctrine/programme-economique/">&lt;h1 id=&quot;i-le-constat&quot;&gt;I. LE CONSTAT&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n’est pas réformable, et il n’est pas moralisable. Non par accident, mais &lt;strong&gt;par son principe même&lt;/strong&gt; : la recherche du profit maximum immédiat. Le moraliser reviendrait à s’opposer en permanence à ce qui le définit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas une thèse marxiste seulement. C’est aussi la position constante de l’Église, depuis &lt;em&gt;Rerum Novarum&lt;/em&gt; (1891) jusqu’à &lt;em&gt;Quadragesimo Anno&lt;/em&gt; (1931), et bien avant : le IIIᵉ concile du Latran (1179) excommuniait les usuriers, et &lt;em&gt;Vix Pervenit&lt;/em&gt; (Benoît XIV, 1745) condamnait formellement le prêt à intérêt. &lt;strong&gt;L’Église a condamné le libéralisme économique avant de condamner le socialisme.&lt;/strong&gt; On l’a oublié le jour où le capital a gagné.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, la concentration du capital a produit des empires économiques plus puissants que les nations. Là où une puissance privée dépasse la puissance publique, &lt;strong&gt;la démocratie n’est plus qu’une forme&lt;/strong&gt;. Le peuple vote, l’argent décide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne voulons pas revenir au « capitalisme de papa » des Trente Glorieuses.&lt;/strong&gt; Ce capitalisme-là était le père de celui d’aujourd’hui : sa financiarisation était inscrite dans ses gènes. Les mêmes causes reproduiraient les mêmes effets, et plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut sortir du capitalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;ii-la-propriete-les-trois-cercles&quot;&gt;II. LA PROPRIÉTÉ — LES TROIS CERCLES&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Nous restons fidèles à la définition marxiste du socialisme : &lt;strong&gt;la propriété collective des grands moyens de production et d’échange.&lt;/strong&gt; Chaque mot compte, et l’adjectif « grands » plus que tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;premier-cercle-la-propriete-privee-protegee&quot;&gt;Premier cercle — la propriété privée, protégée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PME, artisans, commerçants, agriculteurs : propriété pleine et entière. Rien ne change, sinon en mieux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont pas nos adversaires. Le petit patron d’aujourd’hui est &lt;strong&gt;propriétaire sur le papier et débiteur dans les faits&lt;/strong&gt; : sa marge est captée par le crédit bancaire, les délais de paiement et sa dépendance aux donneurs d’ordre. La banque peut le détruire en coupant son découvert ; le grand groupe peut le tuer en délocalisant. Il n’est pas maître à bord, il est otage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui : allègement massif des charges, crédit sans intérêt, protection contre l’abus de dépendance économique. &lt;strong&gt;Créer et faire vivre une entreprise doit redevenir possible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les biens de consommation, le logement, l’épargne personnelle ne sont concernés en rien.&lt;/strong&gt; Ils ne l’ont d’ailleurs jamais été dans les pays socialistes — c’était un mensonge de propagande. Nous socialisons des moyens de production, pas des brosses à dents.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;deuxieme-cercle-les-grandes-entreprises&quot;&gt;Deuxième cercle — les grandes entreprises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seuil : le statut légal de grande entreprise&lt;/strong&gt; (décret n° 2008-1354) — 5 000 salariés, ou 1,5 Md€ de chiffre d’affaires avec 2 Md€ de bilan. &lt;strong&gt;Environ 287 entreprises en France.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au franchissement du seuil, deux options sont offertes au propriétaire :&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;A — Cession&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;B — Association&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Propriété&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Rachat intégral par l’État&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Le patron garde 51 %, l’État prend 49 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Direction&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Rattachement à la corporation de branche&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Le patron reste maître à bord&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Revenus&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Indemnisation à la valeur réelle&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Il continue de percevoir sa part&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Affectation&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Bénéfices à la nation&lt;/td&gt;&lt;td&gt;49 % à la nation&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;À sa mort&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;sans objet&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Les 51 % reviennent à la nation. L’entreprise devient publique&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une punition. C’est une nécessité de logique économique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec 51 %, le patron reste actionnaire majoritaire : il décide de ses horaires, de ses investissements, de ses équipes. &lt;strong&gt;L’État n’est pas un tuteur, c’est un associé.&lt;/strong&gt; Il prend sa part à la source, comme n’importe quel actionnaire, et il la rend à la nation — services publics, sécurité sociale, aide sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le prix est fixé par une formule inscrite dans la loi&lt;/strong&gt;, publiée à l’avance et identique pour tous. Le patron sait ce qu’il touchera avant même d’approcher le seuil. Aucune négociation, donc aucune spoliation et aucune corruption possible dans l’évaluation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-decote-d-evasion-le-prix-se-deduit-de-ce-qui-a-ete-pris&quot;&gt;La décote d’évasion — le prix se déduit de ce qui a été pris&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’appliquons aucun rabais forfaitaire.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Un « moins trente pour cent » serait arbitraire, et l’arbitraire se retourne : c’est le mot « spoliation » servi le lendemain dans tous les journaux.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le prix payé à une entreprise est le prix de son outil, diminué de ce qu’elle a soustrait à la France.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;L’entreprise qui a payé son dû&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Indemnisée intégralement, à la valeur réelle.&lt;/strong&gt; Sans discussion et sans reproche&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;L’entreprise qui a organisé son évasion&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Décote égale au montant soustrait&lt;/strong&gt;, calculée par la formule, année par année&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la donnée existe déjà.&lt;/strong&gt; Depuis 2016, &lt;strong&gt;tout groupe dont le chiffre d’affaires mondial consolidé atteint 750 millions d’euros dépose une déclaration pays par pays&lt;/strong&gt; auprès de l’administration fiscale française &lt;em&gt;(art. 223 quinquies C du CGI)&lt;/em&gt; : bénéfices et activité réelle, localisés pays par pays. &lt;strong&gt;Les 287 entreprises concernées sont toutes très au-dessus de ce seuil. Elles déclarent donc déjà, chaque année, ce qui servira à calculer leur décote.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’avons pas à enquêter sur elles : nous n’avons qu’à lire ce qu’elles ont écrit elles-mêmes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-la-formule-mesure-et-l-erreur-a-ne-pas-commettre&quot;&gt;Ce que la formule mesure — et l’erreur à ne pas commettre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle ne mesure pas la fraude condamnée.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Ce serait l’inverse exact de ce qu’on veut : l’essentiel de l’évasion des grands groupes est légale au regard du droit actuel. Indexer sur les condamnations, c’est payer le plus cher à celui qui a eu les meilleurs avocats.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle mesure l’écart&lt;/strong&gt; : la différence entre &lt;strong&gt;les bénéfices déclarés en France&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;l’activité réellement exercée en France&lt;/strong&gt; — chiffre d’affaires, effectifs, actifs, salaires versés.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;mais-c-etait-legal&quot;&gt;« Mais c’était légal »&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Légal selon quoi ?&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Selon un droit qu’ils ont contribué à écrire, dans un système bâti pour que le montage soit possible.&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;La légalité d’une chose sous le capitalisme n’est pas un certificat de bonne conduite : c’est une description du capitalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un ouvrier de Valenciennes n’a pas de filiale à Amsterdam. Une infirmière ne facture pas de redevance de marque au Luxembourg. Un artisan ne loge pas sa dette aux Pays-Bas pour effacer son bénéfice ici.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eux paient leur impôt en France, parce qu’ils n’ont pas le choix. Les autres ont eu le choix, et ils ont choisi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est là qu’est la trahison, et le mot est pesé :&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;non pas avoir enfreint une règle, mais avoir organisé son échappée d’un devoir auquel le peuple qui les a enrichis reste, lui, tenu sans discussion.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est donc pas une sanction pénale que nous appliquons — nous ne punissons pas un délit. Nous reprenons un dû.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;C’est une formule, donc elle se discute publiquement avant d’être votée, et elle s’applique ensuite sans que personne n’ait à décider.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-plancher-un-franc&quot;&gt;Le plancher : un franc&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La décote n’est bornée par rien — sauf par le bas.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Elle mange le prix entier si le compte l’exige, mais le total ne devient jamais négatif.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la décote dépasse la valeur de l’outil, la nation rachète l’entreprise pour un franc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’affaire s’arrête là.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Aucune dette résiduelle, aucune poursuite des dirigeants, aucun contentieux qui traîne quinze ans. Le compte est soldé au moment de la signature.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois raisons de s’arrêter au franc plutôt que de poursuivre :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Nous reprenons un dû, nous ne punissons pas un homme.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Poursuivre les dirigeants transformerait une opération de propriété en procès pénal, avec tout ce que cela suppose d’instruction, d’appel et de lenteur.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Un contentieux ouvert est un outil immobilisé.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Nous voulons l’usine qui tourne lundi, pas un dossier qui s’instruit jusqu’en 2040.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le franc dit exactement ce qu’il faut dire, et il le dit mieux qu’un jugement.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’avons pas confisqué votre entreprise. Nous vous l’avons achetée — au prix que vos propres déclarations ont fixé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous acceptons en échange, et il faut le savoir :&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;au-delà d’un certain montant soustrait, la formule cesse de distinguer. Celui qui a pris deux fois la valeur de son outil et celui qui en a pris dix fois finissent au même franc.&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;C’est le prix de la simplicité, et nous le payons volontiers : un dispositif qui se solde en un jour vaut mieux qu’un dispositif exact qui dure quinze ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;sur-combien-d-annees-depuis-le-debut&quot;&gt;Sur combien d’années — depuis le début&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis le début de la pratique.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Nous ne fixons pas de borne de confort : une soustraction organisée pendant trente ans ne s’efface pas parce que trente ans ont passé.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la charge de la preuve leur revient.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Ce sont eux qui détiennent les comptes, les montages, les conventions intragroupe et les rulings. L’État n’a pas à reconstituer ce qu’ils ont soigneusement archivé.&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;Ce qui n’est pas justifié est réputé soustrait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont construit la traçabilité pour leurs actionnaires. Elle servira à la nation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;À savoir, et à ne pas découvrir en direct :&lt;/strong&gt; le renversement de la charge de la preuve et la remontée au-delà de la prescription ordinaire &lt;strong&gt;seront la deuxième attaque après celle sur l’Église.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;La réponse est que nous ne poursuivons pas un délit — nous recouvrons un dû, et un dû ne se prescrit pas parce que le débiteur a été patient.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-refus-et-ce-qu-il-devient-apres-la-transition&quot;&gt;Le refus, et ce qu’il devient après la transition&lt;/h3&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Pendant la transition&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Le propriétaire choisit A ou B. &lt;strong&gt;Celui qui refuse les deux et bloque l’intérêt national voit son outil saisi&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Après la transition&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Il n’y a plus de refus possible, parce qu’il n’y a plus rien à refuser :&lt;/strong&gt; A, c’est vendre ; B, c’est garder 51 %. &lt;em&gt;Ne pas vendre, c’est déjà être en voie B&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La saisie est donc un instrument de transition, et rien d’autre.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;En régime établi, le franchissement du seuil ne demande aucune contrainte : il ouvre un choix dont les deux branches sont vivables.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La compétition demeure, et elle est voulue.&lt;/strong&gt; Les grandes entreprises socialisées se font concurrence — que le meilleur gagne. La corporation les appuie (formation, recherche partagée, normes, débouchés) sans les protéger les unes des autres. Une entreprise publique sans concurrent n’a aucune raison de bien faire : c’est la leçon des économies socialistes du XXᵉ siècle, et nous ne la répéterons pas.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;mais-il-y-a-deux-concurrences-et-nous-n-en-autorisons-qu-une&quot;&gt;Mais il y a deux concurrences, et nous n’en autorisons qu’une&lt;/h3&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Interdite&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Voulue&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Baisser les salaires&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Mieux organiser le travail&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Accélérer les cadences&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Inventer, améliorer le produit&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Rogner sur la sécurité et la qualité&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Augmenter la productivité par la technique&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Délocaliser&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Former mieux, donc produire mieux&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La concurrence par le coût du travail est formellement interdite.&lt;/strong&gt; La grille des salaires est fixée à trois — corporation, syndicats, État — et &lt;strong&gt;aucune entreprise n’en sort.&lt;/strong&gt; Elle ne dispose donc d’aucun moyen de gagner sur le dos de celui qui produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La concurrence par l’ouvrage est encouragée sans réserve.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui, une entreprise qui veut gagner comprime. Chez nous, elle n’aura plus que le droit de mieux faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-il-n-y-a-plus-de-bourse-ce-qui-change-la-nature-de-la-chose&quot;&gt;Et il n’y a plus de bourse — ce qui change la nature de la chose&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le marché des actions est supprimé. Le propriétaire qui conserve ses 51 % ne peut donc plus rien en faire d’autre que les tenir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut ni les céder à un fonds, ni les fractionner, ni les diversifier sur trente sociétés, ni transformer son entreprise en ligne de portefeuille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son bénéfice n’a que trois issues, et aucune ne lui donne de pouvoir :&lt;/strong&gt; le réinvestir dans son outil · le consommer · &lt;strong&gt;ou souscrire à la Bourse Populaire Contrôlée dans la limite des plafonds&lt;/strong&gt; — participation non cessible, sans prix de marché, sans plus-value, sans levier, plafonnée par personne et par entreprise. &lt;em&gt;Il devient épargnant comme n’importe quel Français, il ne devient pas actionnaire.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est la différence exacte entre un patron et un actionnaire. L’un est attaché à une chose et à des hommes ; l’autre est attaché à un rendement et ira le chercher là où il est plus élevé. En supprimant la bourse, nous ne supprimons pas la propriété : nous supprimons la possibilité de la rendre nomade. Un capital qui ne peut plus partir cesse d’être un pouvoir sur ceux qui restent — et c’est ce qui sépare notre système d’un capitalisme d’État.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le seuil s’apprécie sur l’ensemble des capitaux détenus par une personne&lt;/strong&gt;, non entreprise par entreprise. La scission en filiales pour passer sous le radar ne fonctionne pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-voie-b-est-un-regime-pas-une-etape&quot;&gt;La voie B est un régime, pas une étape&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux voies restent ouvertes après la transition. C’est le principe même du
dispositif : on ne force personne, on propose deux régimes et le patron choisit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne peut pas y avoir de terme écrit&lt;/strong&gt;, et pour une raison simple : &lt;em&gt;personne n’est
devin sur la production.&lt;/em&gt; Fixer d’avance la date à laquelle une entreprise passera à la
nation, c’est décider en 2030 de ce que sera son outil en 2050.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;les-51-ne-se-transmettent-pas&quot;&gt;Les 51 % ne se transmettent pas&lt;/h3&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;À la mort du détenteur, sa part revient à la nation. L’entreprise devient publique à
cent pour cent. Rien n’est versé pour cette part, et rien n’est pris à la famille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas un impôt sur la succession, et il faut le dire exactement :&lt;/strong&gt; les héritiers
reçoivent &lt;strong&gt;tout le patrimoine&lt;/strong&gt; — la maison, l’épargne, les biens, sans un centime de
droits. &lt;strong&gt;Ce qu’ils ne reçoivent pas, c’est la direction d’un grand moyen de production,
parce que ce n’a jamais été un bien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Ce qui se transmet&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Ce qui ne se transmet pas&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Quoi&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Maison, épargne, biens, entreprise sous le seuil&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Les 51 % d’une grande entreprise&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;C’est ce qu’un homme a bâti pour les siens&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;C’est une charge exercée, pas une chose possédée&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Coût pour la famille&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Zéro. Aucun droit de succession&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Zéro également — on ne lui prend rien, on ne lui donne pas une fonction&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La raison tient en une phrase, et c’est la même que celle qui fonde tout le dispositif :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le détenteur des 51 % n’est pas propriétaire au sens ancien — il ne peut ni vendre, ni
sortir, ni diversifier, ni fixer les salaires, ni les qualifications, ni les normes. Il
gère. Or une gestion ne s’hérite pas : c’est ce qui sépare une république d’une
dynastie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est ainsi que la Lex est tenue.&lt;/strong&gt; L’article 3 exige que les grands moyens de
production reviennent à la nation et interdit de différer indéfiniment cette exigence.
&lt;strong&gt;Ils y reviennent — non par expropriation, mais par extinction.&lt;/strong&gt; On ne force aucun homme
de son vivant ; on ne laisse aucune lignée s’installer. &lt;em&gt;La centralisation se fait d’
elle-même, au rythme des générations.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;passer-la-main-de-son-vivant&quot;&gt;Passer la main de son vivant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un homme fatigué ne doit pas être obligé de mourir en poste.&lt;/strong&gt; Il peut donc céder sa
place, et à deux conditions seulement :&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le repreneur doit avoir l’expérience du métier.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Pas une fortune : une compétence.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La nation prélève deux points au passage.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Après la cession, l’État détient 51 % et le repreneur 49 %. La majorité a changé de
camp.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le repreneur reste le gestionnaire principal&lt;/strong&gt; — il dirige, il embauche, il affecte, il
promeut, comme le faisait son prédécesseur. &lt;strong&gt;Mais il ne dirige plus parce qu’il possède :
il dirige parce qu’il sait.&lt;/strong&gt; Et &lt;strong&gt;sur motif valable, il peut être démis&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;(procédure et
recours : voir &lt;code&gt;MCCF-13&lt;/code&gt;)&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque cession déplace deux points de plus.&lt;/strong&gt; La part privée décroît de transmission en
transmission, et &lt;strong&gt;s’éteint entièrement à la mort de celui qui la détient.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Deux cliquets,
tous deux à sens unique.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-lendemain-de-la-mort&quot;&gt;Le lendemain de la mort&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La corporation de branche place un directeur.&lt;/strong&gt; C’est son métier — c’est déjà elle qui
dirige les entreprises passées par la voie A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &lt;strong&gt;rémunéré, et sa rémunération est indexée sur les résultats de l’entreprise&lt;/strong&gt; —
&lt;strong&gt;moins que ne l’était le patron d’origine, parce qu’il n’a pris aucun risque de fondateur.
Et il ne possède rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne remplace pas un propriétaire par un autre propriétaire. On remplace un
propriétaire par un homme payé pour bien faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;les-entreprises-nees-apres-la-transition&quot;&gt;Les entreprises nées après la transition&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Même régime, sans exception.&lt;/strong&gt; Une entreprise fondée dans dix ans qui franchit le seuil
reçoit le même choix A ou B. Son fondateur peut garder 51 % toute sa vie — &lt;strong&gt;et à sa mort
l’entreprise devient publique, comme les autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Il n’y a donc ni régime réservé aux anciens, ni génération privilégiée. On peut bâtir un
groupe et le diriger jusqu’au bout ; on ne peut pas fonder une maison.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qu-il-faut-assumer-entre-temps&quot;&gt;Ce qu’il faut assumer entre-temps&lt;/h3&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;51 % du surplus reste appropriés privément&lt;/strong&gt; dans les entreprises en voie B, &lt;strong&gt;du
vivant du détenteur.&lt;/strong&gt; C’est un fait, quelle que soit la façon de le nommer&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La section patronale des corporations est donc permanente&lt;/strong&gt; tant qu’il existe des
entreprises en voie B — &lt;em&gt;elle se vide à mesure, sans date fixée&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L’objection de Lénine — « vous avez laissé vivre l’adversaire et vous lui donnez une
chaise » — porte du vivant de cet adversaire, pas au-delà&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les garde-fous :&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;pas de bourse&lt;/strong&gt;, donc le détenteur des 51 % ne peut ni sortir, ni
multiplier — &lt;strong&gt;son bénéfice se réinvestit, se consomme, ou dort à la BPC sous plafond&lt;/strong&gt; ·
&lt;strong&gt;plafond de propriété&lt;/strong&gt; · &lt;strong&gt;la section des travailleurs est majoritaire et l’emporte
toujours dans la corporation&lt;/strong&gt; · &lt;strong&gt;et la part s’éteint à sa mort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-vrai-canal-et-ce-n-est-pas-celui-qu-on-croit&quot;&gt;Le vrai canal, et ce n’est pas celui qu’on croit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le détenteur des 51 % n’a aucun moyen de pression sur le gouvernement. Le canal, c’est
l’atelier :&lt;/strong&gt; il reste maître à bord, il embauche, il affecte, il promeut. Sa voix dans la
corporation est égale à celle de son ouvrier — &lt;strong&gt;mais leur relation est quotidienne et
inégale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un homme ne vote pas librement contre celui qui décide de son poste demain matin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui le tient déjà :&lt;/strong&gt; scrutin secret à tous les échelons · &lt;strong&gt;il ne siège pas sur les
conditions de travail de sa propre entreprise&lt;/strong&gt; · la corporation fixe les qualifications
et la grille des salaires, donc les gros leviers sont hors de ses mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reste à traiter :&lt;/strong&gt; embauche, affectation et promotion — &lt;strong&gt;les rendre motivées et
attaquables aux prud’hommes&lt;/strong&gt; · le cas des très petites entreprises où l’anonymat du vote
est impossible · et ce qui se passe à la mort du détenteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;troisieme-cercle-les-secteurs-strategiques&quot;&gt;Troisième cercle — les secteurs stratégiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socialisation intégrale, quel que soit le seuil :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Énergie · Eau · Rail · Banque · Santé · Armement · Télécoms&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’agriculture est exclue. La terre reste aux paysans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des monopoles naturels où la concurrence est une fiction et où la dépendance nationale est vitale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-trahison&quot;&gt;La trahison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ont bénéficié de passe-droits ou détourné de l’argent public ne sont pas rachetés : &lt;strong&gt;ils sont confisqués.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le détournement de fonds publics n’est pas un délit financier, &lt;strong&gt;c’est une trahison envers la nation.&lt;/strong&gt; Peine de principe : vingt ans, interdiction définitive de toute fonction politique, restitution intégrale des sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la famille n’est pas punie avec le coupable.&lt;/strong&gt; Ses biens sont transmis à ses héritiers selon le droit commun. La dette de restitution, si elle subsiste, est &lt;strong&gt;personnelle et non transmissible&lt;/strong&gt; : il la rembourse par son travail, en détention puis à sa sortie, jusqu’à extinction. Nous frappons l’homme, pas les siens. C’est la différence entre la justice et la vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quiconque tente de fuir avec l’outil de travail est exproprié sans indemnité.&lt;/strong&gt; Un homme est libre de partir avec son argent. Il n’est pas libre de partir avec les emplois des autres. &lt;strong&gt;Les délocalisations sont interdites&lt;/strong&gt; ; toute tentative entraîne la confiscation des actifs, les dettes restant à la charge du fuyard.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;iii-les-corporations&quot;&gt;III. LES CORPORATIONS&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;L’économie s’organise par corps de métier. Les corporations gèrent techniquement leurs secteurs à l’intérieur du plan national : normes de branche, formation, conditions de travail, qualifications, grille des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce ne sont pas des corporations d’Ancien Régime, et encore moins celles de Vichy.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Les corporations ont été abolies en 1791 par la &lt;strong&gt;loi Le Chapelier&lt;/strong&gt; — un texte libéral, voté pour interdire aux ouvriers toute coalition professionnelle, et qui a servi un siècle durant à réprimer les grèves. &lt;strong&gt;Ce sont les libéraux qui les ont détruites, contre les travailleurs. Nous les rétablissons pour les travailleurs.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Les corporations fascistes et vichystes étaient &lt;strong&gt;subordonnées à l’État-parti&lt;/strong&gt;. Les nôtres sont un &lt;strong&gt;contre-pouvoir autonome&lt;/strong&gt;, doté d’une compétence propre et opposable. C’est l’opposé structurel.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Notre filiation est catholique et sociale : &lt;em&gt;Quadragesimo Anno&lt;/em&gt; (1931) et &lt;strong&gt;René de La Tour du Pin&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Vers un ordre social chrétien&lt;/em&gt; (1907), qui écrivait sur la condition ouvrière quand la droite s’en désintéressait.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La corporation, ce sont les travailleurs du métier eux-mêmes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni administration au-dessus d’eux, ni office d’État, ni organisme de tutelle : &lt;strong&gt;une technocratie démocratique.&lt;/strong&gt; Ceux qui savent le métier décident du métier, élus par ceux qui l’exercent, avec rotation obligatoire des mandats.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand nous disons « la corporation décide », nous disons : les travailleurs décident.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Elles ne sont pas un État dans l’État : leurs ressources reviennent à la nation, qui les redistribue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les syndicats demeurent indépendants.&lt;/strong&gt; Ils ne sont ni absorbés ni remplacés. La grille des salaires est établie par &lt;strong&gt;la corporation et les syndicats, avec validation de l’État&lt;/strong&gt; — trois parties, aucune ne décide seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand deux corporations s’opposent, l’État tranche.&lt;/strong&gt; C’est sa fonction d’arbitre : l’intérêt général prime sur l’intérêt sectoriel.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;iv-la-banque-unique-et-la-fin-de-l-usure&quot;&gt;IV. LA BANQUE UNIQUE ET LA FIN DE L’USURE&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une seule banque, publique. Aucun prêt à intérêt.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’intérêt est un revenu tiré du seul écoulement du temps, sans participation au risque. C’est ce que l’Église a condamné pendant sept siècles, et c’est ce qui transforme l’entrepreneur en débiteur perpétuel de son banquier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le crédit n’est pas vendu. Il est attribué.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Bénéficiaire&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Mécanisme&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Secteurs stratégiques et plan&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Allocation directe selon les priorités du plan&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Participation dégressive&lt;/strong&gt; — la banque entre au capital, l’entrepreneur rachète sa part selon un échéancier convenu, la participation s’éteint&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Ménages&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Prêt à taux zéro, frais fixes couvrant le coût administratif réel&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La participation, et non le prêt, pour les entreprises.&lt;/strong&gt; La banque ne devient pas créancière : elle devient associée. Si l’affaire réussit, elle partage les bénéfices pendant la durée convenue, puis &lt;strong&gt;sa participation s’éteint&lt;/strong&gt; — l’entrepreneur reste seul maître de son outil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si elle échoue, il perd son outil et ses parts.&lt;/strong&gt; L’atelier est vendu au mieux-disant, sur un marché normal ; le repreneur est un autre homme avec un projet neuf, financé comme n’importe quel projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce que la vente n’a pas couvert, il le doit encore.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne l’effaçons pas, et il faut dire pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effacer paraît clément et condamne à vie.&lt;/strong&gt; Celui dont on a effacé la dette est celui à qui plus personne ne prêtera. &lt;strong&gt;Celui qui rembourse, même après avoir échoué, est celui à qui la société peut refaire confiance.&lt;/strong&gt; Et sans cette règle, il n’y a plus de frontière entre l’échec et la fraude organisée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la dette qui subsiste n’a plus rien de commun avec celle d’aujourd’hui :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Aujourd’hui&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Chez nous&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Les intérêts courent sur ce qu’il ne peut plus payer&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Aucun intérêt. Jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Échéances fixes, quelle que soit sa situation&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Proportionnée au revenu, et suspendue s’il est nul&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Poursuite sans terme&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;S’éteint après un délai fixé, ou à sa mort&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Cautions et engagements qui retombent sur les proches&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Jamais transmise aux héritiers&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous supprimons, ce n’est pas la dette : c’est la rente.&lt;/strong&gt; Aujourd’hui, l’entrepreneur qui échoue est ruiné et poursuivi sans fin, tandis que la banque est payée dans tous les cas. Chez nous, il doit ce qu’il doit — sans qu’un centime de ce qu’il rembourse n’aille à personne d’autre qu’à la reconstitution de ce qui avait été créé.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le crédit n’est pas gratuit au sens de facile.&lt;/strong&gt; Dossiers, exigences, réévaluation annuelle. Un projet mal fondé n’est pas financé.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-la-banque-recupere-et-pourquoi-ce-n-est-pas-de-l-usure&quot;&gt;Ce que la banque récupère, et pourquoi ce n’est pas de l’usure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La banque récupère le capital créé, ses frais de fonctionnement et une provision
résiduelle. Rien de plus.&lt;/strong&gt; La décomposition le prouve :&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Composante&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Nature&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Licite ?&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Retour du capital créé&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Destruction monétaire&lt;/strong&gt; — on rend ce qui avait été inscrit&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Neutre, ce n’est rien&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Frais de fonctionnement&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Paiement d’un travail réel&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Oui&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Provision résiduelle&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Faible&lt;/strong&gt; — la dette survit à l’échec, la banque recouvre au lieu de perdre&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Oui&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Profit&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Transfert pur&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Non — et c’est le seul point supprimé&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Distinction fondatrice : le remboursement du capital détruit de la monnaie et n’est
donc rien. L’intérêt, lui, ne détruit rien — c’est un transfert du producteur vers
celui qui n’a pas produit. Toute la question de l’usure tient dans cette différence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-chiffres-verifies&quot;&gt;Les chiffres, vérifiés&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Sources : ACPR, Banque de France, exercice 2024.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Donnée&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Valeur&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Coût du risque des banques françaises&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;0,20 à 0,33 % par an&lt;/strong&gt; de l’encours — 12,1 Md€&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Défaillances d’entreprises&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;65 764 en 2024&lt;/strong&gt;, +17,7 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Charges d’exploitation du secteur&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;108 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Besoin réel d’une banque d’allocation seule&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 0,5 à 1 % par an&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;Taux pratiqué aujourd’hui sur crédit d’entreprise&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;4 à 5 %&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les trois quarts de ce que paie un entrepreneur français ne sont ni du risque ni du
service : c’est de la rente. Et le chiffre vient de l’autorité de contrôle prudentielle
française.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les 108 Md€ couvrent salles de marché, gestion d’actifs, publicité et réseaux d’agences
qui se concurrencent dans la même rue — soit l’essentiel du coût de la concurrence entre
banques, que les Français paient pour rien.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-mecanisme-exemple-complet&quot;&gt;Le mécanisme, exemple complet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul, atelier de mécanique, 2 M€.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Étape&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;1&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Dossier. &lt;strong&gt;La corporation donne l’avis technique&lt;/strong&gt;, la banque évalue la faisabilité &lt;strong&gt;en ressources réelles&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;2&lt;/td&gt;&lt;td&gt;La banque crée 2 M€ et &lt;strong&gt;entre au capital pour une part minoritaire&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;3&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Rachat progressif&lt;/strong&gt; des parts par Paul selon la formule légale&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;4&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Partage du bénéfice &lt;strong&gt;selon les parts du moment&lt;/strong&gt;, décroissant&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Calibrage :&lt;/strong&gt; part de la banque &lt;strong&gt;~15 %&lt;/strong&gt;, retour total &lt;strong&gt;~240 000 € sur dix ans&lt;/strong&gt;
contre &lt;strong&gt;550 000 € d’intérêts&lt;/strong&gt; dans le système actuel. &lt;strong&gt;Paul économise plus de
300 000 € et n’a fourni aucun apport.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucun apport n’est exigé.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Exiger un apport revient à décréter qu’il faut déjà
posséder pour entreprendre — c’est le verrou social le plus efficace qui existe, et
personne ne le nomme jamais.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recours contre un refus :&lt;/strong&gt; la corporation avale → la banque réévalue → en cas de
refus, saisine de la corporation pour réexamen. &lt;strong&gt;Refus confirmé, refus définitif.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corruption au guichet :&lt;/strong&gt; régime des colonnes — &lt;strong&gt;amende, prison, inéligibilité à toute
fonction de responsabilité, y compris politique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-credit-au-logement&quot;&gt;Le crédit au logement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier marché du crédit en France, et le plus délicat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un acheteur ne raisonne pas en prix mais en mensualité.&lt;/strong&gt; Pour 1 000 € par mois sur
vingt ans :&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Taux&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Capacité d’emprunt&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;5 %&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~152 000 €&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;2 %&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~198 000 €&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;0 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;240 000 €&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Même effort, +58 % de capacité.&lt;/strong&gt; Or s’il y a plus d’acheteurs que de logements, &lt;strong&gt;le
vendeur va au plus offrant — et les dix acheteurs ont gagné 58 % en même temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vendeur empoche exactement l’économie d’intérêt destinée à l’acheteur.
Vérification : entre 2015 et 2021, les taux tombent de ~4 % à ~1 %, les prix bondissent
de 30 à 40 % dans les villes françaises. Les acheteurs n’ont rien gagné.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sélection bancaire contrôle &lt;em&gt;qui&lt;/em&gt; emprunte. Elle ne contrôle pas &lt;em&gt;combien&lt;/em&gt; chacun
peut emprunter&lt;/strong&gt; — un emprunteur parfaitement solvable à qui l’on prête 240 000 € au lieu
de 152 000 € fait monter le prix tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux verrous :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Plafond de trois logements par personne&lt;/strong&gt; — tue la demande spéculative&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Barème de financement — la banque prête en fonction de ce que le bien vaut, non de
ce que l’acheteur peut payer.&lt;/strong&gt; Valeur de référence par commune et par mètre carré,
fondée sur le coût de construction plus le terrain. &lt;strong&gt;Financement refusé au-delà&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune banque privée ne peut le faire — elle perdrait ses clients. Une banque unique
le peut : c’est le seul avantage décisif du monopole bancaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Restent à trancher :&lt;/strong&gt; le plafonnement du retour sur les très grandes réussites, et le
taux — unique national, modulé par secteur, ou modulé par priorité du plan.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;d-ou-vient-la-monnaie-et-ou-elle-va&quot;&gt;D’où vient la monnaie, et où elle va&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut le dire simplement, car presque personne ne le sait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd’hui, neuf euros sur dix en circulation sont nés d’un crédit bancaire.&lt;/strong&gt; La banque n’a pas prêté une épargne : elle a inscrit deux lignes. &lt;strong&gt;Et quand le crédit est remboursé, cette monnaie est détruite.&lt;/strong&gt; La masse monétaire française est donc, à peu de chose près, l’encours de crédit non encore remboursé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’État, lui, ne crée rien.&lt;/strong&gt; Il dépense de la monnaie qu’il a prélevée ou empruntée — de la monnaie qui existait déjà, prise à quelqu’un d’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans notre système, il y a deux sources et deux retours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Source&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Nature de la monnaie&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Crédit de la banque publique&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Temporaire&lt;/strong&gt; — détruite au rachat des parts&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Dépense directe de l’État&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Permanente&lt;/strong&gt; — personne ne rembourse une route&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Retour&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Effet&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Rachat des participations&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Détruit la monnaie de crédit&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;L’impôt&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Détruit la monnaie d’État&lt;/strong&gt; — elle retourne à l’émetteur et s’annule&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’impôt ne finance pas l’État : un État qui émet sa monnaie n’a pas besoin de la ramasser d’abord. L’impôt retire l’excédent pour que les prix tiennent, et il oriente les comportements. Ce n’est pas une recette, c’est un régulateur — et le comprendre change toute la politique budgétaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est aussi la réponse à la question que personne ne pose : que se passe-t-il si les gens cessent d’emprunter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le système actuel, la monnaie se contracte, les prix chutent, les dettes existantes s’alourdissent en valeur réelle, et le pays s’enfonce — &lt;strong&gt;sans que personne puisse prendre le relais, puisque l’État a interdiction de créer.&lt;/strong&gt; C’est la mécanique de 1929 et de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chez nous, l’État prend le relais le jour même.&lt;/strong&gt; C’est la raison profonde de sortir de l’article 123 : non l’idéologie, &lt;strong&gt;l’absence de pompe de secours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-limite-et-c-est-notre-unique-garde-fou&quot;&gt;LA LIMITE — et c’est notre unique garde-fou&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contrainte de la banque n’est pas sa solvabilité : elle crée la monnaie. Sa seule contrainte est l’inflation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous refusons donc les ratios financiers, et nous les remplaçons par une limite physique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui est publié chaque année, secteur par secteur :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Ressource&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Ce qu’on mesure&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Main-d’œuvre qualifiée&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Combien d’hommes formés sont réellement disponibles par métier&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Matériaux&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Acier, ciment, bois, terres et métaux critiques — production et stocks&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Énergie&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Capacité de production réellement mobilisable&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Capacité industrielle&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Machines, sites, chaînes existantes et taux d’utilisation&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le volume total de création monétaire d’une année ne peut jamais dépasser ce que ces quatre colonnes permettent d’exécuter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Financer plus de projets que le pays ne peut en réaliser ne produit pas des faillites : cela produit de l’inflation et des chantiers à l’arrêt. On ne construit pas un pont avec de la monnaie — on le construit avec du béton, de l’acier et des hommes. La monnaie ne fait que les mobiliser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois règles pour que cette limite tienne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle est publiée intégralement, chaque année, avant le vote du budget.&lt;/strong&gt; Les quatre tableaux, avec la méthode de calcul et les données brutes. &lt;strong&gt;Quiconque veut la contester le peut.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle est constatée par un organe distinct de celui qui dépense.&lt;/strong&gt; Celui qui mesure la capacité ne peut pas être celui qui décide des projets — sinon la mesure s’adapte à l’envie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et tout dépassement est constaté publiquement et engage la responsabilité de ceux qui l’ont voté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vieux système avait un chiffre magique — trois pour cent — qui ne mesurait rien de réel et que personne n’a jamais respecté. Nous le remplaçons par la seule limite qui existe vraiment : ce que ce pays est capable de faire avec ses bras, ses machines et son énergie. Elle est plus dure qu’un ratio, parce qu’on ne peut pas la contourner par une écriture.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un taux d’actualisation social&lt;/strong&gt;, fixé par le plan et non par le marché, permet d’arbitrer entre investissements de durées différentes.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;v-la-bourse-populaire-controlee-bpc&quot;&gt;V. LA BOURSE POPULAIRE CONTRÔLÉE (BPC)&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les bourses sont fermées. Les sociétés anonymes et par actions sont supprimées, immédiatement et définitivement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourse n’évalue pas la valeur réelle d’une entreprise : elle évalue ce que les gens croient qu’elle vaut. Elle est mauvaise là où on la dit indispensable — sur le long terme et l’innovation de rupture. Bulle internet, subprimes : elle s’est trompée collectivement et massivement. Et les technologies qui ont changé le monde — internet, GPS, écran tactile, reconnaissance vocale, recherche fondamentale sur l’ARN messager — &lt;strong&gt;ont été financées sur fonds publics&lt;/strong&gt;, le marché n’arrivant qu’ensuite pour capter la rente. C’est documenté (Mariana Mazzucato, &lt;em&gt;The Entrepreneurial State&lt;/em&gt;, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le peuple a droit à une épargne qui rapporte le fruit du travail réel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La BPC n’est pas une bourse régulée. &lt;strong&gt;C’est un instrument qui n’a structurellement pas de marché :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Personnes physiques résidentes uniquement.&lt;/strong&gt; Ni sociétés, ni fonds, ni étrangers&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Participation non cessible.&lt;/strong&gt; Aucune revente à un tiers ; le remboursement se fait auprès de l’entreprise, &lt;strong&gt;au prix calculé par la formule légale&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Donc aucun prix de marché, donc aucune plus-value, donc aucune spéculation possible par construction&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Actions ordinaires seulement — &lt;strong&gt;aucun produit dérivé, aucune option, aucun contrat à terme&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Vente à découvert interdite&lt;/strong&gt; : parier sur la chute est le contraire de l’association&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Aucun effet de levier&lt;/strong&gt;, aucun achat à crédit&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Durée de détention minimale&lt;/strong&gt;, plafond par personne et par entreprise&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Entreprises éligibles : sous le seuil de socialisation — PME, coopératives&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rendement vient du travail réellement produit, et de rien d’autre.&lt;/strong&gt; Ce n’est pas de l’usure, c’est de l’association — le partage du risque, qui a toujours été licite là où l’intérêt ne l’était pas.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;vi-la-monnaie&quot;&gt;VI. LA MONNAIE&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortie de l’euro. Retour à une monnaie nationale, gérée par la Banque de France.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Architecture complète dans &lt;code&gt;MCCF-24 — La monnaie et le change&lt;/code&gt;.&lt;/strong&gt; Ce chapitre n’en
donne que le principe.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&quot;deux-francs-et-deux-monnaies-a-part-entiere&quot;&gt;Deux francs, et deux monnaies à part entière&lt;/h2&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le franc national&lt;/strong&gt; — fiduciaire et scriptural, &lt;strong&gt;inconvertible&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;indexé sur la
production réelle en France&lt;/strong&gt;, il n’existe sur aucun marché&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le franc international&lt;/strong&gt; — &lt;strong&gt;numérique à 100 %&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;détenu librement par les
Français&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;convertible au guichet de la banque publique à parité fixe, un pour un&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le franc international n’est pas un sas administratif : c’est un droit de tirage sur la
réserve de change du pays.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La raison n’est pas idéologique, elle est défensive.&lt;/strong&gt; Une France socialiste aura tous
les États capitalistes contre elle, et la monnaie sera la première arme employée.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une monnaie qui ne se négocie sur aucun marché ne peut pas être attaquée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C’est mécanique. La livre est tombée en 1992 parce qu’elle était échangeable. Les monnaies asiatiques sont tombées en 1997 pour la même raison. La Malaisie a arrêté net l’attaque de 1998 en instaurant le contrôle des changes. &lt;strong&gt;Le franc national est immunisé par construction : il n’existe aucun marché où en prendre position.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le franc international ne peut pas être accaparé à la hausse :&lt;/strong&gt; la Banque de France
en fournit une quantité illimitée à parité fixe, et &lt;strong&gt;il est garanti en biens français,
non en dollars.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-precedent&quot;&gt;Le précédent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La &lt;strong&gt;Belgique&lt;/strong&gt; a fait fonctionner un double marché des changes pendant plus de trente ans — un marché réglementé pour les transactions courantes, un marché libre pour les capitaux — supprimé seulement en mars 1990. Pays occidental, capitaliste, membre fondateur de la CEE. &lt;strong&gt;Le système n’a rien d’exotique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-le-fait-tenir&quot;&gt;Ce qui le fait tenir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les systèmes à double monnaie n’ont jamais échoué à cause de la double monnaie. &lt;strong&gt;Ils ont échoué à cause de la pénurie et de la file d’attente&lt;/strong&gt; : quand la devise était officiellement trop bon marché, il fallait rationner, et le prix réel reprenait ses droits ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Aucun bien réservé à une monnaie.&lt;/strong&gt; Tout ce qui se vend en France s’achète en franc
national. Aucune boutique en devises, aucune exception. &lt;em&gt;C’est la règle décisive&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Aucun quota, aucune file.&lt;/strong&gt; La conversion est de droit, à parité fixe. &lt;strong&gt;Ce qui
rationne les devises n’est pas un guichet : c’est une surtaxe publiée&lt;/strong&gt; — par tranche
de prix pour les particuliers, par secteur et produit pour les entreprises&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La surtaxe n’est pas une recette : elle est détruite.&lt;/strong&gt; Personne ne la reçoit, donc
personne ne la convoite&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Un thermostat, pas un décideur.&lt;/strong&gt; La réserve doit couvrir un plancher d’importations
essentielles ; au-dessus la surtaxe baisse, en dessous elle monte&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le circuit national doit être approvisionné.&lt;/strong&gt; La réindustrialisation n’est pas un
complément du système monétaire : elle en est la condition de survie&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-dette-publique&quot;&gt;La dette publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;3 536 Md€, 117,5 % du PIB, dont environ la moitié détenue par des non-résidents. La quasi-totalité est émise &lt;strong&gt;sous droit français&lt;/strong&gt; : en vertu du principe de &lt;em&gt;lex monetae&lt;/em&gt;, elle peut être redénominée en francs par une loi française. &lt;strong&gt;Redénomination et portage par la Banque de France.&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;(Volet à approfondir.)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;vii-la-planification&quot;&gt;VII. LA PLANIFICATION&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’économie est centralisée. L’État est décentralisé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas la nature publique d’une entreprise qui crée la lourdeur, c’est la taille de la structure. Sur des projets à quinze ou vingt-cinq ans, la rationalisation qu’apporte le plan l’emporte toujours sur cet inconvénient. À l’inverse, le tissu de TPE et PME non soumises au plan apporte la réactivité que les grandes structures n’ont pas. &lt;strong&gt;Les deux sont nécessaires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les plans sont élaborés avec ceux qui les exécuteront.&lt;/strong&gt; La vision des planificateurs doit être corrigée par ceux qui affrontent le réel. C’est ainsi qu’on évite de produire des véhicules sans prévoir les pièces de rechange.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-veille-permanente&quot;&gt;La veille permanente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une économie dirigée ne vaut que par la qualité et la fraîcheur de son information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le modèle existe : le projet Cybersyn&lt;/strong&gt;, conçu par le cybernéticien Stafford Beer pour le Chili en 1971 — un réseau reliant les usines à une salle d’opérations, transmettant les données de production quotidiennement au lieu d’attendre les statistiques trimestrielles. Détection des anomalies en jours plutôt qu’en mois. Il a été interrompu par le coup d’État de 1973, avec la puissance de calcul de 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous disposons de cinquante ans de matériel supplémentaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-intelligence-artificielle&quot;&gt;L’intelligence artificielle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’IA est un programme. Ce n’est pas une intelligence, elle n’est pas omnisciente, et elle n’est jamais une personne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’homme a une âme ; un arrangement de matière n’en a pas. Aucun statut juridique de personne ne sera reconnu à une machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est un &lt;strong&gt;outil&lt;/strong&gt;, et un outil considérable : automatisation, optimisation des systèmes productifs, traitement de l’information du plan. Elle est au service de la réduction du temps de travail. Elle ne décide pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-cybersecurite-et-le-materiel-souverain&quot;&gt;La cybersécurité et le matériel souverain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une économie centralisée et informatisée est une cible. La cybersécurité sera une priorité absolue — &lt;strong&gt;et elle est vaine sans matériel souverain.&lt;/strong&gt; Des processeurs, systèmes d’exploitation et équipements réseau étrangers laissent la porte ouverte au niveau du silicium. &lt;strong&gt;Filière matérielle nationale : condition de la souveraineté, pas option.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-contrainte-dure-sur-les-dirigeants&quot;&gt;La contrainte dure sur les dirigeants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le défaut mortel des économies socialistes a été identifié par un communiste hongrois, &lt;strong&gt;János Kornai&lt;/strong&gt; : la &lt;strong&gt;contrainte budgétaire lâche&lt;/strong&gt;. Une entreprise publique déficitaire n’est jamais fermée, elle est renflouée ; elle devient insensible aux prix ; la pénurie devient chronique. Non par incompétence — par absence de mécanisme de sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre réponse : l’entreprise est protégée, les carrières ne le sont pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Grandes entreprises hors secteurs stratégiques&lt;/strong&gt; : faillite possible, cession des actifs, reprise par une autre entreprise&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Secteurs stratégiques&lt;/strong&gt; : l’effondrement est exclu — la continuité du service est vitale. Mais &lt;strong&gt;les dirigeants sautent.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et l’escalade est &lt;strong&gt;automatique et publiée&lt;/strong&gt;, sur indicateurs objectifs, sans attendre l’effondrement :&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Seuil&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Déclenchement&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Alerte 1&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Audit de la corporation, plan de redressement exigé&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Alerte 2&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Mise sous tutelle, direction en sursis&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Alerte 3&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Remplacement d’office de l’équipe dirigeante&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne garde pas un gestionnaire qui échoue parce qu’il est fonctionnaire.&lt;/strong&gt; Nous prenons cette méthode au capitalisme et nous la mettons au service de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-prix&quot;&gt;Les prix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le contrôle des prix est une arme, adossée à une allocation garantie — pas un régime permanent destiné à masquer un excès de demande, qui produirait la file d’attente puis le marché noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais notre supériorité est ailleurs, et elle est décisive :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une économie de marché, la pénurie est rationnée par le prix : ce sont les pauvres qui en sortent. Dans une économie planifiée, elle est rationnée par décision : nous choisissons qui la supporte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aucun système ne crée de marchandises par décret. Mais l’un choisit, l’autre subit.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;viii-le-travail&quot;&gt;VIII. LE TRAVAIL&lt;/h1&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-temps-de-travail-et-la-retraite&quot;&gt;Le temps de travail et la retraite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le temps de travail est un &lt;strong&gt;enjeu moral&lt;/strong&gt;, non une variable d’ajustement technique. L’État ne peut pas brûler les hommes pour la productivité. &lt;em&gt;À chaque jour suffit sa peine.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais on ne réduit pas le travail pendant qu’on rebâtit le pays.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;phase-1-reconstruction&quot;&gt;Phase 1 — Reconstruction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aucune réduction du temps de travail. L’appareil industriel doit être reconstruit, modernisé, porté à la pointe. Cette phase demande plus d’effort, pas moins, et nous le disons franchement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;phase-2-restitution&quot;&gt;Phase 2 — Restitution&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Priorité à la retraite :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Étape&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Retraite&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Semaine&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Premier palier&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;60 ans&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;35 → &lt;strong&gt;32 h&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;À terme&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;55 ans&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;32 h&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous choisissons de rendre des années de vie plutôt que des heures de semaine.&lt;/strong&gt; C’est un arbitrage, et il est assumé : on ne peut pas faire les deux à la fois.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-age-de-depart-depend-du-metier&quot;&gt;L’âge de départ dépend du métier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un homme du bâtiment ne s’use pas comme un homme de bureau.&lt;/strong&gt; L’âge de départ est modulé par la &lt;strong&gt;corporation de branche&lt;/strong&gt;, sur critères objectifs : port de charges, travail de nuit, températures extrêmes, postures pénibles, exposition chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux du métier décident de ce qui use dans leur métier&lt;/strong&gt; — pas un décret parisien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-arithmetique-ecrite-noir-sur-blanc&quot;&gt;L’arithmétique, écrite noir sur blanc&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous ne promettons pas ce que nous ne pouvons pas tenir. Réduire la semaine &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt; abaisser la retraite &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt; garantir trois ans de congé parental retirerait plus de la moitié du volume d’heures travaillées du pays. Il faudrait plus que doubler la productivité horaire — la France en gagne 1 % par an aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre trajectoire suppose environ +50 % de productivité horaire sur vingt ans, soit 2 % par an.&lt;/strong&gt; C’est ambitieux, la France l’a fait pendant les Trente Glorieuses, et cela repose sur l’automatisation, la modernisation intégrale de l’appareil productif et le plein emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque palier est conditionné à l’atteinte effective de ces gains.&lt;/strong&gt; Nous annonçons une méthode, pas une promesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour référence, le passage de 39 à 35 heures a créé de l’ordre de &lt;strong&gt;350 000 emplois&lt;/strong&gt; (DARES). L’effet est réel et mesuré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le but est l’éradication du chômage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-contrainte-que-nous-ne-cachons-pas&quot;&gt;La contrainte que nous ne cachons pas&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les gains de productivité viennent de l’industrie — qui emploie un travailleur sur dix. Le soin, la santé, l’éducation, la petite enfance ne s’automatisent pas, et représentent une part croissante de l’emploi. &lt;strong&gt;C’est là qu’est la difficulté réelle, et elle fixe le rythme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congé parental de trois ans coûte des heures aujourd’hui et en rapporte dans vingt ans : c’est un &lt;strong&gt;investissement démographique&lt;/strong&gt;, pas une dépense.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-travail-le-merite-et-le-renvoi&quot;&gt;Le travail, le mérite et le renvoi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une précision que nous ne laisserons à personne le soin de déformer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le licenciement pour insuffisance existe, et il existera.&lt;/strong&gt; Celui qui ne fait pas ce pour quoi il est payé, qui bâcle, qui laisse les autres porter sa part, &lt;strong&gt;sera renvoyé.&lt;/strong&gt; Il retrouvera du travail — il y en aura pour tous — &lt;strong&gt;mais il ne gardera pas celui-là.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommes du côté des travailleurs. Nous ne sommes pas du côté du travailleur qui a tort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est l’inverse exact de ce qu’on nous prêtera.&lt;/strong&gt; Dans un pays où l’on ne peut plus se distinguer par la naissance, par l’héritage, par la bourse ou par le carnet d’adresses, &lt;strong&gt;il ne reste qu’une seule façon de monter : faire bien son travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a détruit le mérite en France par les deux bouts — en laissant se transmettre les places par le haut, et en cessant d’exiger quoi que ce soit par le bas. Nous rétablissons les deux en même temps. La vraie méritocratie n’est pas celle où les meilleurs sont récompensés : c’est celle où le travail bien fait est la seule monnaie qui reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-ceux-qui-ne-peuvent-pas-travailler&quot;&gt;Et ceux qui ne peuvent pas travailler&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le malade, l’infirme, celui que l’esprit a quitté, le très vieux : ils sont couverts intégralement, sans avoir à le demander comme une faveur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La honte est pour celui qui peut et ne veut pas. À celui qui voudrait et ne peut pas vont l’amour et la compassion — et nous n’aurons pas la prétention de faire le tri entre les deux, car nul ne sait ce qui se passe dans un homme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un homme ne vaut pas parce qu’il sert. Il vaut parce qu’il est aimé.&lt;/strong&gt; Cette phrase ne vient pas de l’économie, et c’est pourquoi elle doit figurer dans un texte économique.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-salaires&quot;&gt;Les salaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le socialisme n’est pas le nivellement par le bas.&lt;/strong&gt; Le communisme est notre horizon ; le socialisme, lui, rémunère chacun selon son apport à la société. Les écarts fondés sur la quantité et la qualité du travail socialement utile subsistent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La « smicardisation » et le tassement des écarts au nom d’un égalitarisme mal compris n’ont profité qu’au grand patronat : jeter des miettes aux plus bas salaires tout en cessant de rémunérer la qualification. &lt;strong&gt;Un ingénieur payé à peine au-dessus d’un SMIC bas, voilà le résultat de la fausse gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grille nationale par branche, établie par les corporations et les syndicats, validée par l’État.&lt;/strong&gt; Aucun plafond autoritaire et universel : l’échelle résulte de la concertation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-emploi&quot;&gt;L’emploi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autorisation préalable de licenciement économique&lt;/strong&gt;, accordée sur preuve de la nécessité. Une entreprise non déficitaire ne peut pas licencier pour motif économique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’objectif est une société où l’on quitte un emploi et où l’on en retrouve un immédiatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec le plein emploi et un salaire minimum décent&lt;/strong&gt;, les dispositifs compensatoires — RSA, prime d’activité, aides d’urgence — perdent leur objet et disparaissent. Sont maintenues et relevées les prestations aux personnes que la santé, le handicap ou la formation empêchent de travailler.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;ix-reindustrialiser&quot;&gt;IX. RÉINDUSTRIALISER&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Protectionnisme intelligent&lt;/strong&gt;, et non autarcie — qui est une illusion dangereuse :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Droits d’entrée élevés&lt;/strong&gt; sur les produits étrangers dont l’équivalent existe en production française&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Aucun droit&lt;/strong&gt; sur ce que nous ne produisons pas en quantité ou en qualité suffisantes. Nos concitoyens ne doivent être privés de rien&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Accords à avantages mutuels&lt;/strong&gt; avec tous les pays qui le souhaitent, en privilégiant l’échange direct — matières premières contre produits finis ou transferts de technologie&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne pas reconstruire les usines que le capital a fermées.&lt;/strong&gt; Les délocalisations des années 1970 permettaient au patronat d’éviter les investissements de modernisation en exploitant une main-d’œuvre moins protégée. Nous ne rouvrons pas ces usines-là.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une productivité fondée sur la technologie, jamais sur l’exploitation des hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela exige davantage de travailleurs qualifiés et moins de postes non qualifiés, dont les fonctions reviennent aux machines. &lt;strong&gt;La formation est donc un investissement productif, pas une dépense sociale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ordre de priorité :&lt;/strong&gt; secteurs stratégiques d’abord, pour porter l’appareil productif à la pointe · puis les grandes entreprises, pour élever les revenus de la nation · puis appui massif au secteur privé et à l’agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-commerce-exterieur-la-regle-de-l-avantage-mutuel&quot;&gt;Le commerce extérieur — la règle de l’avantage mutuel&lt;/h2&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La priorité n’est pas le commerce. La priorité est notre développement et notre autosuffisance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le commerce n’est pas une fin. C’est un moyen, et il n’est légitime que lorsqu’il sert les deux parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La règle est unique et elle s’applique à tout accord, sans exception :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout accord commercial qui ne respecte pas le principe de l’avantage mutuel est renégocié ou refusé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Fini les traités signés par habitude, par alignement diplomatique ou par calcul de court terme. &lt;strong&gt;Chaque accord est examiné pour ce qu’il rapporte réellement à la France&lt;/strong&gt; — en emplois, en compétences, en indépendance, en capacité de production. Ce qui ne passe pas ce test ne se signe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le contre-exemple qui fonde cette règle est français, et il est daté.&lt;/strong&gt; Au Dillon Round de 1960-1961, l’Europe a ouvert son marché aux oléagineux américains en franchise totale de droits de douane, en échange de l’acceptation de la Politique agricole commune. &lt;strong&gt;Soixante ans plus tard, la France importe 90 % du tourteau de soja qui nourrit son bétail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a vendu l’autonomie alimentaire de nos éleveurs contre des subventions. Voilà exactement le genre d’accord que nous ne signerons plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois principes en découlent :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous pouvons produire, nous cessons de l’importer.&lt;/strong&gt; Ce que nous ne produisons pas, nous l’achetons — sans honte et sans dépendance exclusive&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Accords bilatéraux à avantages mutuels avec tous les pays qui le souhaitent&lt;/strong&gt;, en privilégiant l’échange direct : matières premières contre produits finis ou transferts de technologie&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Aucune dépendance exclusive envers un fournisseur, dans aucune direction.&lt;/strong&gt; La souveraineté n’est pas l’autarcie : c’est la maîtrise de ses dépendances et leur diversification&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corollaire industriel : on n’exporte pas de la matière première brute.&lt;/strong&gt; On exporte du travail français incorporé. &lt;em&gt;(Voir le cas du bois, chapitre Agriculture.)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;x-l-energie-la-condition-de-tout-le-reste&quot;&gt;X. L’ÉNERGIE — LA CONDITION DE TOUT LE RESTE&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif : autosuffisance énergétique complète.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-nucleaire-et-au-dela&quot;&gt;Le nucléaire, et au-delà&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le parc existant fait déjà de la France le pays le plus décarboné d’Europe après la Norvège — &lt;strong&gt;19,6 g CO₂/kWh, contre 330 g en Allemagne et environ 550 g en Chine.&lt;/strong&gt; C’est le fruit d’un choix étatique et planifié, pris contre le marché.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le nucléaire actuel ne nous rend pas autosuffisants : nous importons l’uranium.&lt;/strong&gt; L’autonomie réelle passe par une filière que la France a maîtrisée puis abandonnée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les surgénérateurs.&lt;/strong&gt; Un réacteur à neutrons rapides utilise l’uranium &lt;strong&gt;soixante fois mieux&lt;/strong&gt; et consomme l’uranium appauvri — dont la France détient plusieurs centaines de milliers de tonnes sur son sol. &lt;strong&gt;Ce stock représente des siècles d’électricité sans importer un gramme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Superphénix&lt;/strong&gt;, à Creys-Malville — arrêté en 1997 sous pression politique&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;ASTRID&lt;/strong&gt;, son successeur — abandonné en 2019&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Relance immédiate de la filière à neutrons rapides.&lt;/strong&gt; C’est une technologie française, éprouvée, sabordée par des décisions politiques. C’est la voie de l’énergie quasi illimitée, et elle ne demande aucun pari scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fusion&lt;/strong&gt; reste l’horizon. Le plus grand projet mondial, &lt;strong&gt;ITER, est en France, à Cadarache&lt;/strong&gt; — et la Chine et la Russie en sont membres. Effort national maintenu, coopération élargie. Un &lt;strong&gt;budget exploratoire&lt;/strong&gt; est également maintenu sur les voies non conventionnelles : une nation qui cesse de chercher cesse d’avancer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;sortir-du-petrole&quot;&gt;Sortir du pétrole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pétrole est une dépendance étrangère totale. La sortie n’est pas une contrainte écologique : c’est une &lt;strong&gt;nécessité de souveraineté&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Voie&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Fondement&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Hydrogène par électrolyse&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Exige une électricité abondante et décarbonée. &lt;strong&gt;La France est le seul grand pays où l’hydrogène propre est réellement viable&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Moteur thermique à hydrogène&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Conserve le parc automobile et l’industrie mécanique existants&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Carburants de synthèse&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Électricité nucléaire + carbone capté. &lt;strong&gt;Fonctionnent dans les moteurs actuels&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Ammoniac et engrais azotés&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Hydrogène nucléaire → engrais sans dépendance au gaz. &lt;strong&gt;C’est la souveraineté alimentaire&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nucléaire n’est pas seulement notre électricité : c’est notre pétrole de remplacement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous refusons le tout-batterie.&lt;/strong&gt; Non pour des raisons de carbone, mais de ressources et de souveraineté : le lithium, le cobalt et le nickel sont finis, leur recyclage demeure médiocre, et la Chine contrôle l’essentiel du raffinage mondial. Généraliser la batterie, c’est troquer la dépendance au pétrole du Golfe contre une dépendance à la chaîne chinoise. &lt;strong&gt;La recherche continue sur toutes les voies, sans en écarter aucune par principe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-informatique-souveraine&quot;&gt;L’informatique souveraine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne prétendons pas maîtriser seuls toute la chaîne des semi-conducteurs — aucun pays au monde ne le fait, et la lithographie de pointe est un monopole mondial d’une seule entreprise. &lt;strong&gt;Nous visons ce qui est atteignable et qui couvre l’essentiel des besoins réels :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Les nœuds matures&lt;/strong&gt; — automobile, industrie, défense, électronique de puissance, capteurs. C’est la grande majorité des puces réellement utilisées&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Les briques françaises existent&lt;/strong&gt; : STMicroelectronics à Crolles, Soitec à Bernin, le CEA-Leti à Grenoble&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L’architecture RISC-V&lt;/strong&gt;, ouverte, affranchit des licences américaines et britanniques&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la cybersécurité sans matériel souverain est du théâtre.&lt;/strong&gt; Des processeurs et des systèmes étrangers laissent la porte ouverte au niveau du silicium.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ressources-et-diplomatie&quot;&gt;Ressources et diplomatie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne produisons pas nos matières premières. La souveraineté n’est donc pas l’autarcie : &lt;strong&gt;c’est la maîtrise de nos dépendances.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Fin de la Françafrique.&lt;/strong&gt; La France n’a plus de colonies et n’en aura plus jamais. À la place : &lt;strong&gt;traités de coopération à intérêts mutuels&lt;/strong&gt; avec les États d’Afrique — ressources, formation, industrie, transferts de technologie.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Coopération militaire uniquement sur demande explicite de l’État souverain&lt;/strong&gt;, sous traité public et avec date de sortie inscrite. C’est ce qui sépare l’alliance de la tutelle.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Traités bilatéraux&lt;/strong&gt; avec la Russie, la Chine et les États émergents. Amitié et entraide dans la limite des intérêts mutuels.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Aucune vassalité, dans aucune direction.&lt;/strong&gt; Nous ne remplaçons pas un maître par un autre. Relations correctes avec l’Occident, sans compromission et sans confiance naïve.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;xi-la-sante-du-peuple&quot;&gt;XI. LA SANTÉ DU PEUPLE&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne discutons pas de climat. Nous parlons de ce que les Français mangent et respirent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l’effet de serre, le MCCF exige une &lt;strong&gt;enquête scientifique et méthodologique&lt;/strong&gt;, à financement non directionnel — l’argent public ne doit pas aller uniquement aux équipes qui confirment. Nous ne préjugeons d’aucune conclusion, et nous n’en tirons aucun prétexte pour produire plus de CO₂ : la France produit déjà l’électricité la plus propre d’Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui empoisonne réellement les Français est mesurable, documenté, et personne ne s’en occupe :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Fin des pesticides destructeurs de sols.&lt;/strong&gt; Recherche de substituts qui ne stérilisent pas la terre&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Investissement massif dans les fermes hydroponiques&lt;/strong&gt; — production nationale, sans intrants chimiques&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Protection des pollinisateurs&lt;/strong&gt; : ruches, corridors, lutte contre l’effondrement des abeilles&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Fin du plastique alimentaire.&lt;/strong&gt; Les microplastiques sont un risque sanitaire documenté&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Suppression de tous les produits nocifs pour l’organisme&lt;/strong&gt; dans l’alimentation&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Recherche sur les conservateurs sains.&lt;/strong&gt; Si aucun ne convient, on renonce au conservateur&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous refusons la culpabilisation individuelle.&lt;/strong&gt; On ne demande pas aux Français de trier leurs déchets pendant qu’on importe des marchandises produites au charbon à quinze mille kilomètres. &lt;strong&gt;La responsabilité est systémique, la réponse est industrielle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-natalite&quot;&gt;La natalité&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le manque d’enfants est notre problème le plus grave&lt;/strong&gt;, et aucune politique économique n’a de sens si le peuple ne se renouvelle pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout doit y concourir : congé parental de trois ans avec garantie de poste, statut et allocation du parent au foyer, télétravail de droit, retraite comptée pendant le congé, logement familial, aides indexées sur le rang de l’enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la baisse du stress vital&lt;/strong&gt;, qui est la condition la moins visible et la plus décisive : on ne fait pas d’enfants quand on ne sait pas de quoi demain sera fait. Plein emploi, salaire décent, logement accessible, sécurité alimentaire, et &lt;strong&gt;fin du discours catastrophiste&lt;/strong&gt; dont l’effet sur les intentions de fécondité est documenté.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;xii-la-fiscalite&quot;&gt;XII. LA FISCALITÉ&lt;/h1&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-principe&quot;&gt;Le principe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un État qui bat sa propre monnaie ne peut pas faire faillite dans cette monnaie.&lt;/strong&gt; L’excédent budgétaire n’est pas un objectif — c’est une importation idéologique. &lt;strong&gt;La contrainte réelle est l’inflation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c’est précisément pour cela que l’impôt reste nécessaire. Dans notre système, il ne sert pas à « payer » : il sert à &lt;strong&gt;détruire de la monnaie&lt;/strong&gt; — c’est notre frein anti-inflation — et à &lt;strong&gt;soutenir la demande de franc national&lt;/strong&gt;, qui n’a aucun marché de change et dont la valeur repose sur le fait qu’on en a besoin pour payer l’impôt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin de l’asphyxie fiscale ne signifie pas fin de l’impôt. Cela signifie que l’on cesse de frapper le travail et la production.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;suppression-de-l-impot-sur-les-societes-pour-les-entreprises-socialisees&quot;&gt;Suppression de l’impôt sur les sociétés pour les entreprises socialisées&lt;/h2&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne taxe pas l’entreprise. On en est propriétaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’État touche 49 % des bénéfices &lt;strong&gt;à la source, en tant qu’associé&lt;/strong&gt;. Plus une déclaration, plus un contrôle fiscal, plus une optimisation possible — on n’optimise pas une part d’actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;PME et artisans&lt;/th&gt;&lt;th&gt;ETI&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;strong&gt;Grandes entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Secteurs stratégiques&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Propriété&lt;/td&gt;&lt;td&gt;100 % privée&lt;/td&gt;&lt;td&gt;100 % privée&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Patron 51 % / État 49 %&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Publique&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Fiscalité&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;IS allégé&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;IS&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Plus d’IS&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Sans objet&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bande de transition progressive&lt;/strong&gt;, pour qu’aucune entreprise n’ait intérêt à cesser de grandir :&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Effectif&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Part de l’État&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&amp;lt; 1 000&lt;/td&gt;&lt;td&gt;0 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;1 000 → 5 000&lt;/td&gt;&lt;td&gt;10 %, 20 %, 30 %, 40 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;≥ 5 000&lt;/td&gt;&lt;td&gt;49 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne perd jamais à croître.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-budget-de-transformation&quot;&gt;Le budget de transformation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne créons pas d’impôt nouveau. &lt;strong&gt;Nous cessons de payer deux fois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;une-correction-que-nous-faisons-nous-memes&quot;&gt;Une correction que nous faisons nous-mêmes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On cite souvent le chiffre de 211 milliards d’aides publiques aux entreprises, établi par une commission d’enquête du Sénat. Il est exact — et il serait malhonnête de le porter entièrement en recette.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Environ 75 milliards de ce total sont des exonérations de cotisations que nous conservons&lt;/strong&gt;, puisque nous voulons précisément alléger le travail.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre chiffre de travail est donc d’environ cent milliards, et non deux cent onze. Nous le corrigeons nous-mêmes, avant qu’un adversaire ne le fasse — c’est ainsi qu’on garde le droit d’exiger la rigueur des autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qui-disparait&quot;&gt;Ce qui disparaît&lt;/h3&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Poste&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Montant&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Aides publiques aux entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 100 Md€&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;(sur les 211 du rapport sénatorial, hors exonérations conservées)&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Charge de la dette&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;74 Md€ en 2026 — premier poste du budget de l’État, devant la Défense&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Indemnisation du chômage&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Fortement réduite&lt;/strong&gt; — de l’ordre de 25 à 30 Md€ économisés sur 40. &lt;em&gt;Le droit au chômage subsiste pour les périodes courtes : nous ne supprimons pas la protection, nous supprimons sa cause&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;RSA, prime d’activité, aides d’urgence&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~30 Md€&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Total libéré&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 230 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;On ne subventionne pas une entreprise dont on est propriétaire. On ne paie pas d’intérêts quand on maîtrise sa banque centrale. Et &lt;strong&gt;la prime d’activité est une subvention aux employeurs qui sous-paient&lt;/strong&gt; — quand le salaire suffit, elle n’a plus d’objet.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qui-apparait&quot;&gt;Ce qui apparaît&lt;/h3&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Poste&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Coût&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Fiabilité&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Retraite à 60 ans&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;+40 à 60 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;Établi&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Congé parental 3 ans&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;~25 à 30 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;Établi&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Classes à quinze en maternelle, CP, CE1&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~5 Md€ — &lt;strong&gt;environ 58 000 enseignants supplémentaires&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;Estimation à confirmer&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Doublement des magistrats, triplement du parquet&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~3 à 5 Md€&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;Estimation à confirmer&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Police — formation longue, effectifs, conditions&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~5 Md€&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;Estimation à confirmer&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Défense — programme sans dépendance étrangère, stocks&lt;/td&gt;&lt;td&gt;+15 à 20 Md€&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;Estimation à confirmer&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Total identifié&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 90 à 120 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;À 60 ans, le système dégage une marge.&lt;/strong&gt; À 55 ans, il exige que les gains de productivité soient déjà acquis — c’est pourquoi ce palier est conditionné.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-addition-faite-honnetement&quot;&gt;L’addition, faite honnêtement&lt;/h3&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Libéré&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 230 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Nouvelles dépenses identifiées&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 90 à 120 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Marge&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 110 à 140 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Plus le prélèvement de propriétaire&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 63 Md€ pour le seul CAC 40&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;(49 % de 129 Md€ de bénéfice net 2024)&lt;/em&gt;, davantage sur les ~287 entreprises concernées&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La transformation est finançable, et elle l’est sans créer un seul impôt. Mais nous n’avons pas encore chiffré la santé, les transports ni la culture : la marge existe, elle n’est pas infinie, et nous le dirons quand nous l’aurons épuisée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« La France verse cent milliards d’aides aux entreprises sans contrepartie, et soixante-quatorze milliards d’intérêts à ses créanciers — plus que sa Défense. Nous ne créons pas d’impôt : nous arrêtons de payer deux fois. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;mais-le-vrai-budget-n-est-pas-en-euros&quot;&gt;Mais le vrai budget n’est pas en euros&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout ce qui précède est une traduction. Elle est utile pour parler aux gens habitués à ce langage. Elle n’est pas la contrainte réelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un État qui maîtrise sa monnaie ne manque jamais d’argent. Il manque d’hommes, de machines, de matériaux et d’énergie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne vous a jamais dit « il n’y a plus d’ouvriers disponibles » ni « il n’y a plus d’acier ». On vous a dit « il n’y a pas d’argent » — devant des chômeurs, des usines vides et des terres en friche. C’est le mensonge central du système, et notre budget est bâti pour ne plus jamais pouvoir le dire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-meme-programme-traduit-dans-la-seule-monnaie-qui-compte&quot;&gt;Le même programme, traduit dans la seule monnaie qui compte&lt;/h3&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Mesure&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Ce qu’elle exige réellement&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Où est le goulot&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Classes à quinze&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;~58 000 enseignants&lt;/strong&gt; à recruter et former&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;La formation.&lt;/strong&gt; On ne fabrique pas 58 000 professeurs en un an — il faut ouvrir les capacités de formation d’abord&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Doubler les magistrats&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;~9 000 magistrats&lt;/strong&gt;, plus les greffiers&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;L’École de la magistrature.&lt;/strong&gt; Sa capacité annuelle est de quelques centaines. &lt;strong&gt;C’est une décennie, pas un mandat&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Retraite à 60 ans&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Des millions d’heures de travail retirées&lt;/strong&gt; de l’appareil productif&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;La productivité.&lt;/strong&gt; Elle seule permet de produire autant avec moins d’heures&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Congé parental 3 ans&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Heures retirées, &lt;strong&gt;compensées dans vingt ans&lt;/strong&gt; par la génération élevée&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Investissement démographique&lt;/strong&gt;, pas dépense&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Réindustrialisation&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Acier, énergie, machines-outils, &lt;strong&gt;et ouvriers qualifiés&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Les qualifications, et les dépendances techniques étrangères&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regardez la colonne de droite. Aucun de ces obstacles ne se lève avec de l’argent. Le goulot d’étranglement de notre programme n’est jamais financier : c’est toujours un nombre d’hommes formés, une capacité de production ou une dépendance à briser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-cela-impose-a-notre-calendrier&quot;&gt;Ce que cela impose à notre calendrier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines mesures peuvent être prises le premier jour&lt;/strong&gt; — la charge de la dette disparaît par décision monétaire, les aides s’arrêtent par décision politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D’autres exigent d’ouvrir d’abord le robinet de la formation&lt;/strong&gt;, et ne produiront leur effet qu’au bout de cinq à dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne les présenterons donc jamais ensemble.&lt;/strong&gt; Un programme qui promet tout pour la première année ment sur la seule chose qui ne se négocie pas : &lt;strong&gt;le temps qu’il faut pour former un homme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;notre-regle-de-presentation&quot;&gt;Notre règle de présentation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous cesserons de chiffrer comme un ministre des Finances. Nous chiffrerons comme un ingénieur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non pas :&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;cette mesure coûte tant, financée par tant.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais :&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;cette mesure exige tant d’hommes-années, tant de tonnes, tant de mégawatts. Voici où nous les prenons. Voici ce que nous ne ferons pas la même année.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Personne ne peut vous répondre « il n’y a pas d’argent » quand vous avez répondu d’avance en tonnes d’acier et en hommes formés. Et c’est le seul terrain sur lequel nos adversaires n’ont rien préparé — parce qu’ils n’ont jamais eu à y penser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-electricite-au-cout-de-production&quot;&gt;L’électricité au coût de production&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tarif national fixé au coût réel de production française.&lt;/strong&gt; Fin de l’indexation sur le prix marginal du gaz européen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France est le &lt;strong&gt;premier exportateur net d’électricité d’Europe — 92,3 TWh nets en 2025&lt;/strong&gt;, vers l’Italie, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Suisse. Elle produit à 19,6 g de CO₂ avec un parc amorti, et fait payer ses citoyens au prix du gaz allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est la démonstration la plus simple de ce que rapporte la sortie de l’UE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-architecture-fiscale&quot;&gt;L’architecture fiscale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prélèvements obligatoires en France : 43,6 % du PIB, environ 1 250 Md€.&lt;/strong&gt; Le premier poste n’est pas l’impôt — ce sont &lt;strong&gt;les cotisations sociales, 443 Md€, soit un tiers du total, assises sur le salaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pays qui dit vouloir l’emploi taxe le travail plus que tout le reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-nous-supprimons&quot;&gt;Ce que nous supprimons&lt;/h3&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Prélèvement&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Traitement&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Impôt sur les sociétés&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Supprimé&lt;/strong&gt; pour les entreprises socialisées — l’État prend 49 % à la source, en associé. Allégé pour les autres&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Cotisations patronales des TPE et PME&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Supprimées&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Droits de succession&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Supprimés&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;(21,2 Md€)&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;RSA, prime d’activité&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Sans objet en plein emploi&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les successions, notre argument est celui-ci :&lt;/strong&gt; la France est le pays de l’OCDE où cet impôt pèse le plus lourd rapporté au PIB. Et nous le supprimons &lt;strong&gt;parce que nous avons plafonné l’accumulation en amont&lt;/strong&gt; — trois logements, seuil d’entreprise, plafond par personne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne prenons pas à la mort ce que nous avons déjà empêché d’accumuler.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;comment-la-protection-sociale-est-financee&quot;&gt;Comment la protection sociale est financée&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par l’impôt général, non par le salaire.&lt;/strong&gt; C’est le modèle danois — cotisations patronales quasi nulles, protection sociale parmi les plus généreuses du monde. Il sert d’un coup trois de nos objectifs : &lt;strong&gt;fin de la taxation du travail, plein emploi, soulagement des petites entreprises.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous écartons explicitement la cotisation assise sur la valeur ajoutée&lt;/strong&gt;, souvent proposée : elle frapperait l’entreprise automatisée, c’est-à-dire exactement la productivité dont dépend toute notre trajectoire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-nous-conservons&quot;&gt;Ce que nous conservons&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un impôt sur la consommation, refondu et progressif par produit&lt;/strong&gt; — nul sur l’alimentaire et le nécessaire, moyen sur le courant, élevé sur le luxe et l’importé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous le gardons non pour financer, mais parce qu’il remplit deux fonctions vitales que rien d’autre ne peut remplir :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Détruire de la monnaie.&lt;/strong&gt; C’est notre frein anti-inflation, au moment même où nous créons massivement du crédit pour reconstruire l’industrie&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Soutenir la demande de franc national.&lt;/strong&gt; Notre monnaie n’a aucun marché de change — rien ne soutient sa valeur sinon le fait qu’il faut des francs pour payer l’impôt&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et son taux devient notre levier contracyclique&lt;/strong&gt;, ajustable par le plan : on le monte quand l’économie chauffe, on le baisse quand elle ralentit. Plus rapide et plus fin que l’impôt sur le revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Impôt sur le revenu : fortement progressif, avec un seuil d’entrée défini par le niveau de vie&lt;/strong&gt; — le plan établit chaque année un revenu décent, et l’impôt ne commence qu’au-dessus. Indexé sur la réalité, jamais sur un chiffre qui vieillit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Impôt foncier : maintenu, allégé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne taxe pas le pain. On taxe le yacht. Et on ne taxe plus le travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;trois-leviers-qu-aucun-etat-capitaliste-ne-possede&quot;&gt;Trois leviers qu’aucun État capitaliste ne possède&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Notre système a structurellement besoin de moins d’impôt, parce qu’il agit &lt;strong&gt;en amont&lt;/strong&gt; au lieu de réparer en aval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Ne pas émettre.&lt;/strong&gt; La banque unique contrôle la création monétaire à la source. Un État qui maîtrise l’émission n’a pas besoin de reprendre après coup ce qu’il a laissé sortir de trop.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un robinet vaut mieux qu’une éponge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le prélèvement de propriétaire.&lt;/strong&gt; Les 49 % des grandes entreprises et l’intégralité des secteurs stratégiques retirent de l’argent du circuit &lt;strong&gt;sans être un impôt&lt;/strong&gt; — sans déclaration, sans contrôle, sans évasion possible. On n’optimise pas une part d’actionnaire, et on ne la loge pas aux Bahamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le prix administré&lt;/strong&gt;, qui réduit la monnaie nécessaire pour un même panier sans rien prélever à personne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-que-nous-ne-promettons-pas&quot;&gt;Ce que nous ne promettons pas&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne promettons pas la fin de l’impôt.&lt;/strong&gt; Le modèle danois ne baisse pas le total : il change qui paie et sur quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos marges réelles — de l’ordre de &lt;strong&gt;200 Md€&lt;/strong&gt; entre les aides aux grandes entreprises que nous cessons de verser, la charge de la dette et les dispositifs devenus sans objet — permettent de descendre de 43,6 % vers &lt;strong&gt;38 à 40 %&lt;/strong&gt;, et de transformer entièrement la répartition. &lt;strong&gt;C’est la plus grande réforme fiscale française depuis un siècle. Ce n’est pas la suppression de l’impôt, et nous ne le prétendrons pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas le montant de l’impôt qui étouffe les Français : c’est qu’il frappe le travail, et qu’il ne revient jamais. Nous cessons de taxer le travail, et nous rendons ce que nous prenons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;une-note-de-methode&quot;&gt;Une note de méthode&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le chiffre de &lt;strong&gt;211 Md€ d’aides publiques aux entreprises&lt;/strong&gt; (commission d’enquête du Sénat, exercice 2023) inclut environ 75 Md€ d’exonérations de cotisations — que nous conservons et étendons. &lt;strong&gt;Le montant réellement récupérable est de l’ordre de 80 à 120 Md€&lt;/strong&gt; : celui qui va aux grandes entreprises, dont nous sommes désormais propriétaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En interne, le chiffre de travail est 100 Md€, pas 211.&lt;/strong&gt; On ne compte pas deux fois la même somme.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;xiii-logement-et-patrimoine&quot;&gt;XIII. LOGEMENT ET PATRIMOINE&lt;/h1&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-principe-1&quot;&gt;Le principe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune taxe sur la succession.&lt;/strong&gt; On ne prend pas à une famille ce qu’un homme a bâti pour les siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une seule chose ne se transmet pas, et ce n’est pas un impôt : les 51 % d’une grande entreprise en voie B.&lt;/strong&gt; Ils reviennent à la nation à la mort du détenteur. &lt;em&gt;On ne prélève rien sur le patrimoine de la famille — on ne lui lègue pas une fonction. Une gestion ne s’hérite pas.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En contrepartie, on plafonne au lieu de taxer.&lt;/strong&gt; Comme pour l’entreprise, il existe un seuil au-delà duquel l’accumulation cesse d’être une propriété et devient un pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne vous empêche pas d’avoir. On vous empêche de dominer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-regles&quot;&gt;Les règles&lt;/h2&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Trois logements maximum par personne.&lt;/strong&gt; Au-delà de trois logements loués, l’activité bascule en entreprise et suit le régime des seuils&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le bien excédentaire non vendu sous deux ans est racheté d’office par l’État&lt;/strong&gt;, à la formule légale&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Avantage substantiel au mariage&lt;/strong&gt;, suffisant pour que l’union reste préférable — l’incitation plutôt que le contrôle des ménages&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Protection contre le squat garantie par la loi&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Registre public de propriété&lt;/strong&gt; — le cadastre existe, il devient consultable&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prête-noms : les deux parties sont sanctionnées.&lt;/strong&gt; Confiscation et expropriation du bien visé, amende et cinq mois de prison pour le donneur d’ordre &lt;strong&gt;comme pour celui qui prête son nom&lt;/strong&gt;. Le montage ne tient que sur la confiance : on brise la confiance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;que-chacun-puisse-acheter&quot;&gt;Que chacun puisse acheter&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le prêt à taux zéro fait monter les prix si rien ne le retient.&lt;/strong&gt; Ce qui fixe le prix d’un logement, ce n’est pas son coût de construction, c’est la capacité d’emprunt des acheteurs. Supprimer l’intérêt sans encadrer les prix, c’est offrir la hausse aux vendeurs — c’est ce qui s’est produit avec les taux bas de 2010-2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois verrous :&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Verrou&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Mécanisme&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Prix de vente encadré au m²&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Fixé par la corporation du bâtiment, par zone, sur le coût réel plus marge&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Construction massive&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Le seul remède structurel. Politique foncière publique&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Emprunt plafonné au revenu&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;La banque unique ne prête pas au-delà d’un multiple du revenu&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif : que chaque Français achète son logement, et ne le loue pas toute sa vie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La maison est privilégiée sur l’appartement&lt;/strong&gt;, hors contraintes propres aux grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-retour-du-beau&quot;&gt;Le retour du beau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La corporation du bâtiment fixe les normes de sécurité, d’ergonomie &lt;strong&gt;et de qualité architecturale&lt;/strong&gt;. L’architecture contemporaine est massivement rejetée par ceux qui l’habitent, et personne ne s’en occupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bâtir laid est une faute envers ceux qui vivront là.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;xiv-ce-qui-reste-a-etablir&quot;&gt;XIV. CE QUI RESTE À ÉTABLIR&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Nous préférons dire ce que nous n’avons pas encore chiffré plutôt que d’avancer des nombres que nous n’aurions pas vérifiés.&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Chantier&lt;/th&gt;&lt;th&gt;État&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Assiette fiscale principale&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;TVA maintenue ou remplacée · cotisations sociales · impôt sur le revenu&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Éducation et formation&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Entier — et c’est la condition matérielle de toute la trajectoire de productivité&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Financement de la transition&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Échéancier des rachats, montants, sources&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Dette publique&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Modalités de redénomination et de portage&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Fonctionnement détaillé des prêts&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Critères, barèmes, révision annuelle&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Agriculture&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Politique de soutien à préciser&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Santé et hôpital&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Organisation du système de soins&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Transports et infrastructures&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Entier&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Commerce extérieur&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Monopole d’État ou régulation&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Entreprises à capitaux étrangers&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Régime à définir&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Filière chimique de substitution au pétrole&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;Plastiques, lubrifiants, bitume&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Coût de la relance de la filière à neutrons rapides&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;À chiffrer&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un chiffre faux coûte plus cher que dix arguments justes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;references&quot;&gt;RÉFÉRENCES&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, &lt;em&gt;Le Capital&lt;/em&gt; · V. I. Lénine · Michel Clouscard, &lt;em&gt;Le Capitalisme de la séduction&lt;/em&gt; (1981) · René de La Tour du Pin, &lt;em&gt;Vers un ordre social chrétien&lt;/em&gt; (1907) · &lt;em&gt;Rerum Novarum&lt;/em&gt; (1891), &lt;em&gt;Quadragesimo Anno&lt;/em&gt; (1931), &lt;em&gt;Vix Pervenit&lt;/em&gt; (1745) · János Kornai, &lt;em&gt;Economics of Shortage&lt;/em&gt; (1980) · Paul Cockshott &amp;amp; Allin Cottrell, &lt;em&gt;Towards a New Socialism&lt;/em&gt; (1993) · Mariana Mazzucato, &lt;em&gt;The Entrepreneurial State&lt;/em&gt; (2013) · Stafford Beer, projet Cybersyn (1971-1973) · Cercle Duclos, &lt;em&gt;Notre projet économique de passage du Capitalisme au Socialisme&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
</content>
        
    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Anatomie du capital</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
        <author>
          <name>Unknown</name>
        </author>
        
        <link rel="alternate" type="text/html" href="https://mccfr.fr/dossiers/anatomie-du-capital/"/>
        <id>https://mccfr.fr/dossiers/anatomie-du-capital/</id>
        
        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/dossiers/anatomie-du-capital/">&lt;h1 id=&quot;i-qui-possede-la-france&quot;&gt;I. QUI POSSÈDE LA FRANCE&lt;/h1&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-moitie-du-cac-40-n-est-plus-francaise&quot;&gt;La moitié du CAC 40 n’est plus française&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au 31 décembre 2024 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Capitalisation totale du CAC 40&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;2 165 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Détenue par des non-résidents&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;1 083 Md€ — soit 50 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Évolution sur un an&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;+0,5 point&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce n’est pas une moyenne trompeuse. Société par société :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dix-neuf des trente-cinq sociétés résidentes du CAC 40 sont détenues à plus de 50 % par des non-résidents. La majorité de nos plus grandes entreprises appartient majoritairement à l’étranger.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&quot;d-ou-viennent-ces-proprietaires&quot;&gt;D’où viennent ces propriétaires&lt;/h2&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Origine&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Part de la détention étrangère&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Zone euro&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;39,5 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;États-Unis&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;36,6 %&lt;/strong&gt; — &lt;em&gt;et cette part croît depuis 2020&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Reste du monde&lt;/td&gt;&lt;td&gt;~24 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soit environ 396 Md€ du capital du CAC 40 détenus depuis les États-Unis.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;et-ce-ne-sont-pas-des-industriels&quot;&gt;Et ce ne sont pas des industriels&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;92,9 % de ces détentions sont des placements de portefeuille&lt;/strong&gt;, non des investissements directs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce ne sont pas des entrepreneurs qui viennent construire quelque chose en France. Ce sont des gestionnaires d’actifs qui détiennent une ligne dans un portefeuille, et qui la vendront le jour où une autre rapportera davantage. Ils ne connaissent ni les usines, ni les hommes, ni le pays.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;ii-ou-va-le-profit&quot;&gt;II. OÙ VA LE PROFIT&lt;/h1&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-chiffres-bruts&quot;&gt;Les chiffres bruts&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exercice 2024, sociétés du CAC 40 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Montant&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Bénéfice net cumulé&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;129 à 131 Md€&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;(−12,4 % sur un an)&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Reversé aux actionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;98,2 Md€ — record absolu&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;dont dividendes&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;72,8 Md€&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;dont rachats d’actions&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;em&gt;25,5 Md€&lt;/em&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-ratio-qui-resume-tout&quot;&gt;Le ratio qui résume tout&lt;/h2&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;98,2 milliards distribués sur 129 milliards de bénéfice net : environ 76 % du profit part aux actionnaires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois euros sur quatre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;et-la-tendance&quot;&gt;Et la tendance&lt;/h2&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Année&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Reversé aux actionnaires&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;2021&lt;/td&gt;&lt;td&gt;69,4 Md€&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;2023&lt;/td&gt;&lt;td&gt;97,2 Md€&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;2024&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;98,2 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;+40 % en trois ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les trois premiers redistributeurs en 2024 : TotalEnergies &lt;strong&gt;14,5 Md€&lt;/strong&gt;, LVMH &lt;strong&gt;6,8 Md€&lt;/strong&gt;, Stellantis &lt;strong&gt;6,7 Md€&lt;/strong&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-sort-du-pays&quot;&gt;Ce qui sort du pays&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La moitié du capital étant détenue par des non-résidents, il faut en tirer la conséquence arithmétique :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les 98,2 milliards versés aux actionnaires du CAC 40 en 2024, de l’ordre de 49 milliards quittent la France. Chaque année. Sans contrepartie productive, puisque ce sont des placements de portefeuille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur dix ans, à ce rythme : environ un demi-billion d’euros.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce chiffre est un ordre de grandeur, calculé en appliquant le taux de détention étrangère aux distributions. Il ne tient pas compte des conventions fiscales ni des flux de retour. &lt;strong&gt;À affiner, mais l’ordre de grandeur est solide.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;iii-la-contradiction-centrale&quot;&gt;III. LA CONTRADICTION CENTRALE&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le cœur du dossier, et il tient en trois lignes mises côte à côte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-taux-de-marge-est-eleve&quot;&gt;Le taux de marge est élevé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;32,2 % en 2024&lt;/strong&gt; pour les sociétés non financières — &lt;strong&gt;au-dessus de la moyenne d’avant-crise, qui était de 30,7 % entre 2009 et 2019.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les entreprises françaises ne sont donc pas pauvres. Elles dégagent plus de marge qu’avant la crise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-redistribution-bat-des-records&quot;&gt;La redistribution bat des records&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;98,2 Md€, jamais atteint.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;et-l-investissement-s-effondre&quot;&gt;Et l’investissement s’effondre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La même année 2024 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Poste&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Évolution&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Investissement des entreprises non financières&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;−2,2 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Investissement en biens d’équipement&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;−10,4 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Investissement en construction&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;−5,8 %&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Taux d’autofinancement&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;87 %, au plus bas depuis 2012&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-cela-signifie&quot;&gt;Ce que cela signifie&lt;/h2&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La même année, les mêmes entreprises ont dégagé une marge supérieure à celle d’avant la crise, versé un record absolu à leurs actionnaires, et réduit de plus de dix pour cent leurs achats de machines.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une crise de rentabilité. C’est un arbitrage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’argent existait. Il n’est pas allé dans l’outil : il est allé dans la poche du détenteur — dont la moitié n’habite pas ce pays.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà l’anatomie du capital français en une phrase : une machine qui produit encore beaucoup, qui distribue les trois quarts de ce qu’elle produit, qui en envoie la moitié à l’étranger, et qui cesse de se renouveler.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c’est exactement la baisse tendancielle décrite au chapitre I du manifeste, dans sa forme moderne : quand le rendement financier bat le rendement industriel, on cesse d’investir dans l’industrie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h1 id=&quot;iv-ce-que-cela-change-pour-le-programme&quot;&gt;IV. CE QUE CELA CHANGE POUR LE PROGRAMME&lt;/h1&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-rapporterait-la-socialisation&quot;&gt;Ce que rapporterait la socialisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le seul CAC 40 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;th&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;Bénéfice net 2024&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;129 Md€&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;49 % revenant à la nation&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;≈ 63 Md€ par an&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le seuil du programme retient environ 287 entreprises, non quarante.&lt;/strong&gt; Le montant réel sera donc &lt;strong&gt;sensiblement supérieur&lt;/strong&gt; — il reste à établir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Comparaison utile : l’impôt sur les sociétés rapporte aujourd’hui de l’ordre de 60 Md€ pour l’ensemble des entreprises françaises. &lt;strong&gt;Les 49 % sur le seul CAC 40 font déjà mieux, sans déclaration, sans contrôle et sans optimisation possible.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-la-socialisation-arrete&quot;&gt;Ce que la socialisation arrête&lt;/h2&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle n’arrête pas le profit — elle arrête sa fuite. Les 49 milliards qui quittent le pays chaque année cessent de partir, et redeviennent de l’investissement, des salaires et des services.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-argument-de-terrain&quot;&gt;L’argument de terrain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est prêt et il tient en trois chiffres :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La moitié de nos plus grandes entreprises appartient à l’étranger. Elles ont versé quatre-vingt-dix-huit milliards à leurs actionnaires en 2024, un record. Et la même année, elles ont acheté dix pour cent de machines en moins.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous dit qu’il n’y a pas d’argent pour les hôpitaux. Il y en avait pour cela.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
</content>
        
    </entry>
    <entry xml:lang="fr">
        <title>Dossier États-Unis</title>
        <published>2026-09-10T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-09-10T00:00:00+00:00</updated>
        
        <author>
          <name>Unknown</name>
        </author>
        
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        <id>https://mccfr.fr/dossiers/etats-unis/</id>
        
        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/dossiers/etats-unis/">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et disons-le tout de suite, puisqu’on nous le reprochera : oui, les hommes complotent.&lt;/strong&gt; Ils l’ont toujours fait, ils le font encore, et prétendre le contraire n’est pas de la rigueur — &lt;strong&gt;c’est de la naïveté enseignée.&lt;/strong&gt; Des gouvernements ont menti pour faire des guerres, des services ont renversé des États, des fortunes se sont concertées. &lt;strong&gt;Ce ne sont pas des soupçons : ce sont des affaires jugées, déclassifiées et parfois avouées par leurs auteurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’inventerons donc rien. Nous n’en aurons pas besoin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui suit est public. La plupart de ces faits ont été reconnus par ceux-là mêmes qui les ont commis — dans un rapport parlementaire, une déclassification, un jugement ou une interview. &lt;strong&gt;Chacun peut les vérifier, et c’est précisément ce qui les rend accablants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-amerique-depuis-les-annees-2000&quot;&gt;L’Amérique depuis les années 2000&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne commençons pas ici parce que tout aurait commencé ici.&lt;/strong&gt; Cette puissance a menti sur presque toutes ses guerres depuis un siècle. &lt;strong&gt;Nous commençons ici parce que c’est le monde dans lequel vous vivez&lt;/strong&gt;, et que ceux qui l’ont fait sont encore en fonction.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;d-abord-le-procede-et-il-est-plus-ancien&quot;&gt;D’abord, le procédé — et il est plus ancien&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant l’Irak de 2003, il y a eu l’Irak de 1990. Et il faut connaître cette histoire, parce qu’elle est le modèle de toutes les autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 10 octobre 1990&lt;/strong&gt;, devant une commission du Congrès américain, une jeune Koweïtienne de quinze ans, présentée sous le seul prénom de &lt;strong&gt;Nayirah&lt;/strong&gt;, témoigne en larmes. Elle raconte avoir vu des soldats irakiens &lt;strong&gt;sortir des bébés des couveuses&lt;/strong&gt; d’une maternité et les laisser mourir sur le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le témoignage fait le tour du monde.&lt;/strong&gt; Le président Bush le cite à plusieurs reprises. Des sénateurs l’invoquent au moment du vote. &lt;strong&gt;L’opinion américaine bascule.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux ans plus tard, on apprend ce qu’elle était.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nayirah al-Sabah, fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis.&lt;/strong&gt; Son témoignage avait été préparé et organisé par &lt;strong&gt;une agence de relations publiques américaine, Hill &amp;amp; Knowlton, payée par le gouvernement koweïtien en exil.&lt;/strong&gt; L’histoire des couveuses n’a jamais été établie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre a été vendue à un peuple avec la mise en scène d’une adolescente, écrite par une agence de communication, payée par ceux qui voulaient la guerre. Retenez la méthode : elle ne changera plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;l-irak-2003&quot;&gt;L’Irak, 2003&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 5 février 2003, devant le Conseil de sécurité des Nations unies&lt;/strong&gt;, le secrétaire d’État américain expose les preuves. Il brandit une fiole. Il montre des schémas de laboratoires biologiques mobiles, des tubes d’aluminium, un programme nucléaire relancé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout était faux, et une partie l’était sciemment.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La source principale sur les laboratoires mobiles était un transfuge irakien&lt;/strong&gt;, surnommé &lt;em&gt;Curveball&lt;/em&gt; par les services allemands qui l’avaient recueilli — &lt;strong&gt;et qui avaient prévenu que son témoignage n’était pas fiable.&lt;/strong&gt; Des années plus tard, l’homme a reconnu publiquement qu’il avait tout inventé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune arme de destruction massive n’a jamais été trouvée.&lt;/strong&gt; La commission d’enquête américaine l’a établi dès 2004. &lt;strong&gt;L’enquête publique britannique a conclu en 2016 que le dossier avait été présenté avec une certitude qui n’était pas justifiée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le bilan.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les décomptes varient selon les méthodes : &lt;strong&gt;de deux cent mille morts civils documentés un par un, à plusieurs centaines de milliers selon les études épidémiologiques.&lt;/strong&gt; Un État détruit. Une armée dissoute d’un trait de plume, jetant à la rue des centaines de milliers d’hommes entraînés et armés — &lt;strong&gt;c’est de là que sortira l’État islamique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mensonge présenté au Conseil de sécurité a coûté des centaines de milliers de vies et déstabilisé une région entière pour vingt ans. Personne n’a été jugé. Personne n’a démissionné. Et les mêmes commentent aujourd’hui l’actualité sur les plateaux de télévision.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qu-on-a-construit-pour-la-mener&quot;&gt;Ce qu’on a construit pour la mener&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette guerre a exigé un droit d’exception, et il a été bâti sur mesure. Trois pièces.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un lieu.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Guantánamo&lt;/strong&gt;, ouvert en janvier 2002 sur une base militaire à Cuba. &lt;strong&gt;Le choix du territoire n’est pas un hasard : hors des États-Unis, la Constitution américaine ne s’applique pas.&lt;/strong&gt; Des hommes y ont été détenus vingt ans sans procès, dont beaucoup ont fini par être relâchés sans qu’aucune charge n’ait jamais été retenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une méthode.&lt;/strong&gt; En &lt;strong&gt;2014&lt;/strong&gt;, une commission du Sénat des États-Unis publie son rapport sur le programme de détention de la CIA. &lt;strong&gt;Noyade simulée, privation de sommeil pendant des jours, sévices, cellules de la taille d’un cercueil, prisons secrètes dans des pays complaisants.&lt;/strong&gt; Le rapport du Sénat conclut que &lt;strong&gt;ces méthodes n’ont produit aucun renseignement décisif qu’on n’aurait pas obtenu autrement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et un circuit.&lt;/strong&gt; Les « restitutions extraordinaires » : &lt;strong&gt;des hommes enlevés sur le sol européen et transférés vers des pays où l’on torture.&lt;/strong&gt; La Cour européenne des droits de l’homme a condamné &lt;strong&gt;plusieurs États européens&lt;/strong&gt; pour avoir prêté leurs aéroports, leurs bases et leur silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abou Ghraib, 2004&lt;/strong&gt;, n’a été que la partie photographiée. &lt;strong&gt;Des soldats subalternes ont été condamnés. Personne au-dessus d’eux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’a pas violé le droit : on a construit des lieux où il ne s’applique pas, des méthodes qu’on a rebaptisées, et des trajets qui passent par des pays qui ne posent pas de questions. Et l’Europe a fourni les aéroports.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-libye-2011&quot;&gt;La Libye, 2011&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une résolution des Nations unies autorise la protection des populations civiles et une zone d’exclusion aérienne. En quelques semaines, l’opération devient un renversement de régime&lt;/strong&gt; — ce que la résolution ne permettait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France y a joué le premier rôle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le résultat est là.&lt;/strong&gt; Un État effondré, deux gouvernements rivaux, des milices, un arsenal entier dispersé dans tout le Sahel — &lt;strong&gt;où il arme aujourd’hui les groupes qui tuent au Mali et au Niger.&lt;/strong&gt; Une route migratoire ouverte vers l’Europe. Et &lt;strong&gt;des marchés aux esclaves filmés en 2017&lt;/strong&gt; dans le pays qui avait le plus haut niveau de vie d’Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’a pas seulement détruit un régime : on a détruit un État, et l’on a ensuite reproché à l’Europe de subir les conséquences de ce qu’elle avait aidé à faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;la-syrie&quot;&gt;La Syrie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ici, il faut prendre le temps, parce que c’est l’affaire la plus révélatrice — et la moins connue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2011, un soulèvement éclate, et il est réprimé.&lt;/strong&gt; Nous ne défendrons pas cette répression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais regardez ce qui s’est passé ensuite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;À partir de 2013, la CIA conduit un programme secret d’armement et d’entraînement des insurgés&lt;/strong&gt;, dont l’existence a été révélée par la presse américaine et n’a jamais été démentie. Selon les estimations rapportées, &lt;strong&gt;il aura coûté près d’un milliard de dollars par an&lt;/strong&gt; — l’un des programmes les plus coûteux de l’agence — et &lt;strong&gt;entraîné une dizaine de milliers de combattants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les armes transitaient par des pays voisins. Une partie considérable a fini entre les mains de groupes djihadistes&lt;/strong&gt;, dont la branche syrienne d’Al-Qaïda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici le point.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2014, l’État islamique s’empare d’un tiers de la Syrie et de l’Irak. Et les mêmes États-Unis se mettent à bombarder la région qu’ils venaient d’armer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le programme a été arrêté en 2017.&lt;/strong&gt; Des forces américaines sont restées dans le nord-est du pays, sur les champs pétroliers. &lt;strong&gt;Un président américain l’a dit publiquement, sans détour : nous gardons le pétrole.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bilan syrien dépasse le demi-million de morts et treize millions de déplacés&lt;/strong&gt; — dont une partie de ceux que l’Europe a vus arriver en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On arme une guerre, on bombarde ceux qu’on a armés, on reste sur le pétrole, et l’on demande ensuite à l’Europe d’accueillir les gens qui fuient. À aucun moment quelqu’un a-t-il eu à s’en expliquer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-politique-invisible&quot;&gt;La politique invisible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici l’autre moitié — celle qui ne passe pas devant le Conseil de sécurité, et qui explique la première.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;iran-1953-le-petrole&quot;&gt;Iran, 1953 : le pétrole&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1901, un homme d’affaires britannique obtient du chah une concession sur le pétrole de tout le pays.&lt;/strong&gt; De cette concession naîtra l’Anglo-Iranian Oil Company. &lt;strong&gt;Pendant cinquante ans, l’Iran assiste à l’exploitation de son sous-sol en touchant une part dérisoire des bénéfices&lt;/strong&gt;, sans même avoir le droit de vérifier les comptes de la compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1951, Mohammad Mossadegh devient premier ministre, et le Parlement iranien vote la nationalisation du pétrole.&lt;/strong&gt; Un vote légal, dans un pays souverain, sur une ressource nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La réponse ne se fait pas attendre.&lt;/strong&gt; Le Royaume-Uni organise le blocus des exportations iraniennes, gèle les avoirs du pays, porte l’affaire devant la Cour internationale de justice — &lt;strong&gt;et la perd.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors on change de méthode.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En août 1953, une opération conjointe des services britanniques et américains renverse Mossadegh.&lt;/strong&gt; Foules payées pour manifester, officiers achetés, journaux financés, manifestations montées de toutes pièces pour faire croire au désordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une thèse : la CIA l’a officiellement reconnu en 2013&lt;/strong&gt;, en déclassifiant sa propre histoire interne de l’opération.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici la partie qu’on omet toujours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’année suivante, un consortium international reprend le pétrole iranien — et les compagnies américaines y obtiennent quarante pour cent des parts.&lt;/strong&gt; Elles n’en avaient aucune avant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’a pas renversé Mossadegh parce qu’il était dangereux. On l’a renversé parce qu’il avait signé un texte de propriété. Et le partage qui a suivi est écrit noir sur blanc dans les contrats.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Suivront vingt-cinq ans de dictature du chah, une police politique formée avec l’aide occidentale, puis la révolution de 1979 et quarante-cinq ans d’hostilité.&lt;/strong&gt; Nous en payons encore le prix.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;guatemala-1954-la-terre&quot;&gt;Guatemala, 1954 : la terre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pays où une seule société étrangère — une compagnie fruitière américaine — possédait près de la moitié des terres arables&lt;/strong&gt;, dont l’écrasante majorité restait non cultivée, et contrôlait en outre le chemin de fer, le port et le télégraphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1952, le gouvernement élu vote une réforme agraire.&lt;/strong&gt; Elle exproprie &lt;strong&gt;les terres non cultivées&lt;/strong&gt;, avec indemnisation — &lt;strong&gt;calculée sur la valeur que la compagnie avait elle-même déclarée à l’administration fiscale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Or elle avait massivement sous-évalué ses terres pour payer moins d’impôts. Elle a donc exigé bien davantage que ce qu’elle avait déclaré.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux ans plus tard, le gouvernement est renversé par une opération de la CIA.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Et l’on notera ceci, qui n’est pas une insinuation mais un fait de biographie : le directeur de la CIA et le secrétaire d’État de l’époque étaient deux frères, tous deux liés professionnellement au cabinet d’avocats de cette compagnie.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui suit : trente-six ans de guerre civile, environ deux cent mille morts, et une commission de vérité soutenue par les Nations unies qui attribuera à l’État plus de neuf violations sur dix, et qualifiera de génocide les actes commis contre les populations mayas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour des terres qu’elle ne cultivait même pas, et une indemnité fondée sur ses propres déclarations d’impôts.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;chili-1973-le-cuivre&quot;&gt;Chili, 1973 : le cuivre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1970, un gouvernement socialiste est élu. En 1971, il nationalise le cuivre — par un vote unanime du Congrès chilien.&lt;/strong&gt; Unanime : la droite a voté pour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les compagnies américaines qui l’exploitaient s’y opposent. L’une d’elles a proposé de l’argent à la CIA pour empêcher l’arrivée du président élu&lt;/strong&gt; — la commission d’enquête du Sénat américain l’a établi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’instruction présidentielle est connue mot pour mot&lt;/strong&gt;, parce que le directeur de la CIA l’avait notée de sa main :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Faire crier l’économie. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce fut fait.&lt;/strong&gt; Financement de l’opposition et de la presse, soutien aux grèves patronales, asphyxie du crédit international. &lt;strong&gt;Une tentative d’enlèvement du chef d’état-major, resté fidèle à la Constitution, dans laquelle il fut tué — et à laquelle la CIA avait fourni des armes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 11 septembre 1973, le coup d’État. Environ trois mille morts et disparus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et maintenant, la suite — car c’est ici que ce chapitre rejoint le précédent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Chili de Pinochet est devenu le premier laboratoire de la doctrine économique dont nous avons parlé au chapitre III.&lt;/strong&gt; Des économistes formés à Chicago y ont appliqué, sans opposition possible, un programme que nulle démocratie n’aurait accepté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Hayek lui-même, interrogé au Chili en 1981, déclara préférer un dictateur libéral à un gouvernement démocratique dépourvu de libéralisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà la vérité sur cette doctrine : sa première application intégrale a exigé un coup d’État, et son maître à penser l’a assumée. Une théorie qui ne peut être appliquée qu’après avoir supprimé les élections dit assez ce qu’elle pense des peuples.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;le-point-commun&quot;&gt;Le point commun&lt;/h3&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iran : le pétrole. Guatemala : la terre. Chili : le cuivre. Trois pays, trois continents, trois gouvernements parfaitement légitimes. À chaque fois, ils avaient touché à un titre de propriété. À chaque fois, ils sont tombés dans les trois ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’a jamais renversé un régime pour ses idées. On l’a renversé pour ses actes de propriété.&lt;/strong&gt; Et c’est pourquoi nous savons exactement ce qui nous attend.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-le-reste&quot;&gt;Et le reste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout cela n’a pas été découvert par des militants : cela a été exposé en 1975 par une commission d’enquête du Sénat des États-Unis&lt;/strong&gt; — projets d’assassinat de chefs d’État étrangers, expériences illégales sur des êtres humains, surveillance de citoyens américains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Europe, des réseaux clandestins ont existé pendant la guerre froide&lt;/strong&gt; : le chef du gouvernement italien l’a reconnu devant son Parlement en 1990, et le Parlement européen a voté une résolution la même année.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-revolutions-fabriquees&quot;&gt;Les révolutions fabriquées&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le procédé a changé de nom, pas de nature. On ne finance plus un colonel : on finance une place.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l’aveu vient du fondateur lui-même.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, le fondateur du &lt;strong&gt;National Endowment for Democracy&lt;/strong&gt; — un organisme américain créé en 1983, financé par le Congrès, pour « soutenir la démocratie » à l’étranger — déclare à la presse américaine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Beaucoup de ce que nous faisons aujourd’hui était fait secrètement, il y a vingt-cinq ans, par la CIA. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n’a donc pas arrêté : on a légalisé, et on a changé de guichet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le manuel existe aussi.&lt;/strong&gt; Un ouvrage américain de 1993 sur les méthodes de renversement non violent des gouvernements — occupation symbolique, logo unique, mobilisation de la jeunesse, retournement de la police — &lt;strong&gt;a été traduit, diffusé et enseigné dans des stages financés par ces fondations.&lt;/strong&gt; On en retrouve la trace dans chaque cas qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serbie, 2000.&lt;/strong&gt; Un mouvement de jeunesse au poing serré, formé et financé par des organismes américains, joue un rôle central dans la chute du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Géorgie, 2003. Ukraine, 2004.&lt;/strong&gt; Les mêmes méthodes, les mêmes financements, jusqu’aux logos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ukraine, 2014 — et là, nous avons les enregistrements.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En décembre 2013&lt;/strong&gt;, quelques semaines avant la chute du gouvernement ukrainien, la secrétaire d’État adjointe américaine &lt;strong&gt;déclare publiquement, devant un parterre d’hommes d’affaires, que les États-Unis ont investi plus de cinq milliards de dollars en Ukraine depuis 1991.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En février 2014&lt;/strong&gt;, une conversation téléphonique entre cette même responsable et l’ambassadeur américain à Kiev est rendue publique. &lt;strong&gt;Ils y discutent de la composition du futur gouvernement ukrainien — avant que l’ancien ne soit tombé.&lt;/strong&gt; Elle y désigne l’homme qu’elle veut voir premier ministre : &lt;strong&gt;« Yats est notre homme. »&lt;/strong&gt; Il le deviendra. &lt;strong&gt;Et elle y règle son compte à l’Europe en deux mots que la décence nous empêche de traduire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’authenticité n’a jamais été contestée. Washington a protesté contre la fuite, pas contre le contenu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Biélorussie, 2020.&lt;/strong&gt; Les mêmes réseaux, les mêmes soutiens. &lt;strong&gt;Cette fois, l’opération échoue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne disons pas que ces peuples n’avaient aucune raison de se soulever : ils en avaient, et souvent de très bonnes. Nous disons qu’il y avait des raisons réelles, et une main qui les a organisées — et que celui qui paie l’organisation choisit toujours le gouvernement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;et-sur-nous&quot;&gt;Et sur nous&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce qu’il ne s’agit pas seulement de pays lointains. Nous sommes dans le dossier, et nous y sommes du mauvais côté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;on-nous-ecoute&quot;&gt;On nous écoute&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2013, les révélations d’un ancien contractant des services américains établissent l’ampleur de la surveillance de masse&lt;/strong&gt; — des communications de centaines de millions de personnes, alliés compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2015, on apprend que trois présidents français successifs ont été écoutés&lt;/strong&gt;, ainsi que des ministres et des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ce n’est pas nouveau, et c’est là que cela devient grave.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2001, le Parlement européen adopte le rapport de sa commission d’enquête sur le réseau d’interception dit Echelon&lt;/strong&gt; — un système anglo-saxon de captation mondiale des communications. &lt;strong&gt;Le rapport en confirme l’existence, et pose explicitement la question de son usage à des fins économiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il cite des cas.&lt;/strong&gt; Un contrat aéronautique de plusieurs milliards perdu par &lt;strong&gt;Airbus&lt;/strong&gt; au profit d’un concurrent américain. Un contrat de surveillance de l’Amazonie perdu par &lt;strong&gt;Thomson-CSF&lt;/strong&gt; au profit d’un concurrent américain. &lt;strong&gt;Dans les deux cas, après interception des communications.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne nous espionne pas pour notre sécurité. On nous espionne pour nos appels d’offres. Et l’Europe le sait depuis 2001, puisqu’elle a écrit le rapport elle-même.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;on-nous-met-a-l-amende&quot;&gt;On nous met à l’amende&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le droit américain s’applique chez nous, et il coûte cher.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table&gt;&lt;thead&gt;&lt;tr&gt;&lt;th&gt;Entreprise&lt;/th&gt;&lt;th&gt;Amende versée à la justice américaine&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;&lt;tbody&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;BNP Paribas&lt;/strong&gt; (2014)&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;environ 9 milliards de dollars&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Alstom&lt;/strong&gt; (2014)&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;772 millions de dollars&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Société Générale&lt;/strong&gt; (2018)&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;plus d’un milliard de dollars&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Technip, Total, Alcatel-Lucent&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;des centaines de millions chacun&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et regardez Alstom de plus près, car c’est un cas d’école.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2013, un cadre dirigeant français est arrêté à son arrivée sur le sol américain&lt;/strong&gt; et détenu plusieurs mois. &lt;strong&gt;L’entreprise est poursuivie. Elle finit par payer, et par vendre sa branche énergie à un concurrent américain&lt;/strong&gt; — c’est-à-dire nos turbines, y compris celles de nos centrales nucléaires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une procédure judiciaire étrangère a abouti au transfert d’un fleuron industriel français à un concurrent de ce même pays. Nul n’a eu à envahir quoi que ce soit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;on-nous-interdit-de-commercer&quot;&gt;On nous interdit de commercer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2018, les États-Unis se retirent de l’accord nucléaire iranien et rétablissent leurs sanctions.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Total, engagé sur un contrat gazier de plusieurs milliards en Iran, se retire.&lt;/strong&gt; Non parce que la France l’a demandé — &lt;strong&gt;elle ne l’a pas demandé&lt;/strong&gt; — mais parce qu’une entreprise qui utilise le dollar ne peut pas désobéir à Washington.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une loi américaine a interdit à une entreprise française de commercer avec un pays tiers, en dehors de tout traité et contre la volonté de son propre gouvernement. Voilà ce que vaut notre souveraineté quand elle passe par une monnaie qui ne nous appartient pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-l-on-nous-congedie&quot;&gt;Et l’on nous congédie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2021, l’Australie annule sans préavis un contrat de sous-marins de plusieurs dizaines de milliards conclu avec la France, au profit des États-Unis et du Royaume-Uni.&lt;/strong&gt; La France l’apprend par la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle rappelle ses ambassadeurs à Washington et à Canberra — pour la première fois de son histoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis il ne s’est rien passé.&lt;/strong&gt; Aucune conséquence, aucune révision d’alliance, aucun changement de politique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommes restés dans le commandement intégré, nous avons continué d’acheter, et nous avons repris les conférences comme avant. On peut humilier la France sans risque : elle proteste une semaine, puis elle revient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-russie&quot;&gt;La Russie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sujet est piégé, et nous allons donc être précis.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne présentons la Russie ni comme un modèle, ni comme un ennemi.&lt;/strong&gt; Elle a une histoire, des intérêts et des fautes qui lui appartiennent, et &lt;strong&gt;la décision de faire la guerre est la sienne.&lt;/strong&gt; Nous ne la prenons pas à notre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous refusons, c’est le récit qui fait de ce conflit l’affaire d’un seul homme et d’une seule volonté&lt;/strong&gt; — comme si trente années ne l’avaient pas précédé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici ce qui est établi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lors des négociations sur la réunification allemande, en 1990, des assurances furent données aux Soviétiques sur la non-extension de l’Alliance atlantique vers l’est.&lt;/strong&gt; Elles étaient verbales, et l’on discutera éternellement de leur portée juridique — &lt;strong&gt;mais les documents ont été publiés par les archives américaines elles-mêmes, et ces assurances ont bien été données.&lt;/strong&gt; L’Alliance s’est ensuite étendue jusqu’aux frontières russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2008, le sommet de Bucarest déclare publiquement que l’Ukraine et la Géorgie « deviendront membres ».&lt;/strong&gt; Sans date, sans calendrier, sans garantie de sécurité. &lt;strong&gt;La pire situation possible pour ces pays : désignés comme futurs adversaires, et protégés par rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici l’aveu — il ne vient pas de Moscou, mais des deux dirigeants européens qui ont garanti les accords de paix de 2015.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En décembre 2022, l’ancienne chancelière allemande déclare que les accords de Minsk avaient servi à donner du temps à l’Ukraine.&lt;/strong&gt; Interrogé, &lt;strong&gt;l’ancien président français confirme : « Angela Merkel a raison sur ce point. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux garants d’un accord de paix ont expliqué eux-mêmes, sept ans plus tard, que cet accord servait à gagner du temps. Nous ne l’interprétons pas : nous les citons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qu-elle-a-garde-et-que-nous-avons-perdu&quot;&gt;Ce qu’elle a gardé et que nous avons perdu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut dire une chose qui déplaira, mais qui est honnête.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans en faire un modèle économique — ce n’en est pas un — force est de constater que ce pays a conservé des choses que nous avons laissé détruire chez nous.&lt;/strong&gt; Une souveraineté monétaire et alimentaire. Une industrie de défense qui ne demande la permission de personne. Une armée. Une capacité à décider seul. &lt;strong&gt;Et une société qui n’a pas fait de la déconstruction de ses propres repères une politique d’État.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’avons pas à l’imiter. Nous avons à nous demander pourquoi nous n’avons plus rien de tout cela.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;qui-paie&quot;&gt;Qui paie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’énergie devenue chère, l’industrie qui ferme faute de pouvoir la payer, l’inflation, les milliards versés. &lt;strong&gt;Un continent qui a perdu son fournisseur bon marché et achète désormais la même énergie beaucoup plus cher — souvent à celui qui l’a poussé dans cette guerre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un continent entier s’est appauvri dans un conflit qui ne le concernait pas, au bénéfice de la puissance qui le lui demandait. Ce n’est pas une alliance. C’est une clientèle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-montagne&quot;&gt;La montagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reste la dernière pièce, et c’est la plus étrange — parce qu’elle ne se cache pas du tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque hiver, dans une station de sports d’hiver des Alpes suisses, à mille cinq cents mètres d’altitude, se réunit une organisation privée fondée en 1971.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lieu n’a rien d’anodin, et l’ironie est parfaite.&lt;/strong&gt; Davos est la ville du grand roman de Thomas Mann : &lt;strong&gt;un sanatorium perché sur une montagne, où une élite européenne malade discute pendant sept ans dans un air raréfié, coupée du monde d’en bas — et le livre s’achève sur la guerre de 1914, qu’aucun de ces beaux esprits n’avait vue venir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un siècle plus tard, la même Europe se réunit sur la même montagne, dans le même air, avec la même certitude d’avoir compris le monde. Il n’est pas nécessaire d’inventer un symbole : il suffit de regarder l’adresse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et tout y est mis en scène.&lt;/strong&gt; Le décor alpin, les cérémonies, les prix décernés, les grands mots d’ordre annoncés chaque année comme des révélations. &lt;strong&gt;On y vient chercher autre chose qu’une réunion de travail — on y vient chercher une onction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui s’y rend ?&lt;/strong&gt; Des chefs d’État, des ministres, des banquiers centraux. &lt;strong&gt;Et surtout les dirigeants des plus grandes entreprises du monde, qui en sont les membres cotisants.&lt;/strong&gt; Ce sont eux qui paient, et donc eux qui invitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On y définit l’ordre du jour économique de la planète. Personne n’y a été élu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;ce-qu-ils-disent-eux-memes&quot;&gt;Ce qu’ils disent eux-mêmes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n’avons pas à imaginer ce qui s’y trame. Le fondateur l’a expliqué en public.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2017, dans une grande université américaine, il décrit avec fierté le programme de formation des « jeunes dirigeants mondiaux » de son organisation, et déclare :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Ce dont nous sommes très fiers, c’est que nous pénétrons les cabinets gouvernementaux. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il cite alors un premier ministre en exercice et affirme qu’une grande part de son gouvernement est passée par ce programme. &lt;em&gt;La proportion qu’il annonce était exagérée. Le reste ne l’est pas — et l’important n’est pas le chiffre : c’est qu’un homme que personne n’a élu se félicite publiquement de placer les siens dans les gouvernements, et que cela ne scandalise personne.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il faut citer leur prédiction pour 2030, publiée par eux, sur leurs comptes officiels, en novembre 2016 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Vous ne posséderez rien, et vous serez heureux. »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ils diront que c’était une prédiction et non un objectif. Soit. &lt;strong&gt;Mais on n’annonce pas la disparition de la propriété avec le sourire si on la déplore&lt;/strong&gt; — et l’on remarquera que ceux qui l’annoncent aux autres n’ont jamais envisagé de commencer par eux-mêmes.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;leur-doctrine&quot;&gt;Leur doctrine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle porte un nom : le capitalisme des parties prenantes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’idée est simple : les États ne suffiraient plus à gouverner le monde. &lt;strong&gt;Il faudrait les associer aux entreprises, aux fondations et aux organisations non gouvernementales&lt;/strong&gt;, autour de la même table, pour décider ensemble des grandes affaires humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est un programme politique, il est écrit, et il est explicite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On propose que les décisions engageant des peuples soient prises dans des assemblées où siègent des entreprises. Or une entreprise n’a pas d’électeurs, ne rend de comptes à personne et n’a jamais reçu mandat de quiconque. Ce n’est pas un complot : c’est une doctrine publiée. Elle consiste à retirer la souveraineté aux nations pour la remettre aux propriétaires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2019, cette organisation a signé un accord de partenariat stratégique avec les Nations unies.&lt;/strong&gt; Des centaines d’organisations de la société civile ont protesté publiquement. &lt;strong&gt;Cela n’a rien changé.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qu-il-faut-en-conclure&quot;&gt;Ce qu’il faut en conclure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ici, nous serons nets, parce que c’est le cœur de notre analyse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, les possédants sont organisés.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se connaissent, ils se réunissent, ils se cooptent, ils placent les leurs, ils financent les mêmes think tanks et se retrouvent dans les mêmes conseils d’administration. &lt;strong&gt;Ils forment une classe, et une classe qui a conscience d’elle-même&lt;/strong&gt; — bien davantage, aujourd’hui, que ceux qui travaillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette montagne suisse n’en est qu’une vitrine, et sûrement pas la seule.&lt;/strong&gt; Il existe d’autres cercles, d’autres clubs, d’autres réunions dont on ne publie pas les comptes rendus. &lt;strong&gt;Nous ne prétendons pas savoir ce qui s’y dit. Nous constatons ce qui en sort — et ce qui en sort se ressemble étrangement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais retenez la distinction, car c’est elle qui nous sépare des amateurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n’est pas une société secrète : ce serait rassurant.&lt;/strong&gt; Une société secrète, on la démasque, on l’arrête, et l’affaire est close.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce à quoi nous avons affaire est plus solide : une classe qui n’a pas besoin de se cacher, parce qu’elle est spontanément d’accord avec elle-même. Elle publie ses doctrines, tient ses assemblées au grand jour, et n’a rien à craindre — puisqu’elle possède ce dont tout le monde vit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne renversera pas cela en démasquant quelqu’un.&lt;/strong&gt; Il n’y a pas de secret à révéler : &lt;strong&gt;tout est déjà publié, et cela ne change rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne le renversera qu’en leur retirant ce sur quoi repose leur pouvoir — c’est-à-dire la propriété.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilà notre monde.&lt;/strong&gt; Une puissance qui commande et qui ment pour faire ses guerres. Une police invisible qui punit les gouvernements touchant à la propriété. Des révoltes réelles financées par ceux qui en désigneront les vainqueurs. Une guerre en Europe payée par les Européens. Une industrie française démantelée par des tribunaux étrangers. &lt;strong&gt;Et une assemblée d’actionnaires qui écrit l’ordre du jour des gouvernements depuis une station de ski.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et une France qui, dans tout cela, n’a pas dit un mot.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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        <title>Ce que l&#39;intérêt prend, et à qui</title>
        <published>2026-08-20T00:00:00+00:00</published>
        <updated>2026-08-20T00:00:00+00:00</updated>
        
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          <name>Unknown</name>
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        <content type="html" xml:base="https://mccfr.fr/theorie/ce-que-l-interet-prend/">&lt;p&gt;Quand une banque accorde un prêt, elle ne prête pas l’argent d’un épargnant. Elle inscrit une somme
au crédit de l’emprunteur et la crée à cet instant. La Banque d’Angleterre l’a écrit noir sur blanc
en 2014, la Bundesbank en 2017. Ce n’est pas une thèse militante, c’est la description que les
banques centrales donnent d’elles-mêmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en tirer les conséquences, et elles sont arithmétiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-remboursement-du-capital-ne-prend-rien-a-personne&quot;&gt;Le remboursement du capital ne prend rien à personne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’argent créé à l’ouverture du prêt est détruit à mesure qu’il est remboursé. Rien ne passe d’une
poche à une autre : une écriture s’efface. &lt;strong&gt;Le remboursement du capital n’est un transfert vers
personne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;l-interet-lui-ne-detruit-rien&quot;&gt;L’intérêt, lui, ne détruit rien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’intérêt ne s’efface pas. Il change de main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va du producteur vers celui qui n’a pas produit, et cette somme-là existait avant le prêt et
existera après. &lt;strong&gt;Toute la question de l’usure tient dans cette seule différence&lt;/strong&gt; — non dans le
taux, non dans l’intention du prêteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;combien-coute-reellement-une-banque&quot;&gt;Combien coûte réellement une banque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prêter suppose un travail réel : instruire un dossier, tenir des comptes, absorber des défaillances.
Ce travail se paie. Reste à savoir combien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’après l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, le coût du risque des banques françaises
s’établit entre &lt;strong&gt;0,20 % et 0,33 %&lt;/strong&gt; de l’encours par an. Les frais de fonctionnement d’un
établissement qui se contenterait d’allouer du crédit portent le total autour de &lt;strong&gt;0,5 à 1 % par an&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entrepreneur français emprunte aujourd’hui à &lt;strong&gt;4 ou 5 %&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-conclusion-se-lit-dans-le-chiffre&quot;&gt;La conclusion se lit dans le chiffre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les trois quarts de ce que paie un entrepreneur français ne sont ni du risque, ni du service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est de la rente. Et le chiffre ne vient pas de nous : il vient de l’autorité française de contrôle
des banques.&lt;/p&gt;
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