En rendant superflue la force musculaire, la machine permet d’employer des ouvriers sans grande force musculaire, mais dont les membres sont d’autant plus souples qu’ils sont moins développés. Quand le capital s’empara de la machine, son cri fut : du travail de femmes, du travail d’enfants ! Ce moyen puissant de diminuer les labeurs de l’homme, se changea aussitôt en moyen d’augmenter le nombre des salariés ; il courba tous les membres de la famille, sans distinction d’âge et de sexe, sous le bâton du capital. Le travail forcé pour le capital usurpa la place des jeux de l’enfance et du travail libre pour l’entretien de la famille ; et le support économique des mœurs de famille était ce travail domestique1.
La valeur de la force de travail était déterminée par les frais d’entretien de l’ouvrier et de sa famille. En jetant la famille sur le marché, en distribuant ainsi sur plusieurs forces la valeur d’une seule, la machine la déprécie. Il se peut que les quatre forces, par exemple, qu’une famille ouvrière vend maintenant, lui rapportent plus que jadis la seule force de son chef ; mais aussi quatre journées de travail en ont remplacé une seule, et leur prix a baissé en proportion de l’excès du surtravail de quatre sur le surtravail d’un seul. Il faut maintenant que quatre personnes fournissent non seulement du travail, mais encore du travail extra au capital, afin qu’une seule famille vive. C’est ainsi que la machine, en augmentant la matière humaine exploitable, élève en même temps le degré d’exploitation2.
L’emploi capitaliste du machinisme altère foncièrement le contrat, dont la première condition était que capitaliste et ouvrier devaient se présenter en face l’un de l’autre comme personnes libres, marchands tous deux, l’un possesseur d’argent ou de moyens de production, l’autre possesseur de force de travail. Tout cela est renversé dès que le capital achète des mineurs. Jadis, l’ouvrier vendait sa propre force de travail dont il pouvait librement disposer, maintenant il vend femme et enfants ; il devient marchand d’esclaves3. Et en fait, la demande du travail des enfants ressemble souvent, même pour la forme, à la demande d’esclaves nègres telle qu’on la rencontra dans les journaux américains. « Mon attention, dit un inspecteur de fabrique anglais, fut attirée par une annonce de la feuille locale d’une des plus importantes villes manufacturières de mon district, annonce dont voici le texte : « On demande de 12 à 20 jeunes garçons, pas plus jeunes que ce qui peut passer pour 13 ans. Salaire, quatre shillings par semaine. S’adresser, etc.4 » Le passage souligné se rapporte à un article du Factory Act, déclarant que les enfants au‑dessous de treize ans ne doivent travailler que six heures. Un médecin ad hoc (certifying surgeon) est chargé de vérifier l’âge. Le fabricant demande donc des jeunes garçons qui aient l’air d’avoir déjà treize ans. La statistique anglaise des vingt dernières années a témoigné parfois d’une diminution subite dans le nombre des enfants au‑dessous de cet âge employés dans les fabriques. D’après les dépositions des inspecteurs, cette diminution était en grande partie l’œuvre du trafic sordide des parents protégés par les médecins vérificateurs (certifying surgeons) qui exagéraient l’âge des enfants pour satisfaire l’avidité d’exploitation des capitalistes. Dans le district de Bethnal Green, le plus malfamé de Londres, se tient tous les lundis et mardis matin un marché public où des enfants des deux sexes, à partir de neuf ans, se vendent eux-mêmes aux fabricants de soie. « Les conditions ordinaires sont de 1 sh. 8 d. par semaine (qui appartiennent aux parents), plus 2 d. pour moi, avec le thé », dit un enfant dans sa déposition. Les contrats ne sont valables que pour la semaine. Pendant toute la durée du marché, on assiste à des scènes et on entend un langage qui révolte5. Il arrive encore en Angleterre que des grippe‑sous femelles prennent des enfants dans les workhouses et les louent à n’importe quel acheteur pour 2 sh. 6 d. par semaine6. Malgré la législation, le nombre des petits garçons vendus par leurs propres parents pour servir de machines à ramoner les cheminées (bien qu’il existe des machines pour les remplacer) atteint le chiffre d’au moins 20007.
Le machinisme bouleversa tellement le rapport juridique entre l’acheteur et le vendeur de la force de travail, que la transaction entière perdit même l’apparence d’un contrat entre personnes libres. C’est ce qui fournit plus tard au Parlement anglais le prétexte juridique pour l’intervention de l’État dans le régime des fabriques. Toutes les fois que la loi impose la limite de dix heures pour le travail des enfants dans les branches d’industrie non réglementées, on entend retentir de nouveau les plaintes des fabricants. Nombre de parents, disent‑ils, retirent leurs enfants des industries dès qu’elles sont soumises à la loi, pour les vendre à celles où règne encore « la Liberté du travail », c’est‑à‑dire où les enfants au‑dessous de 13 ans sont forcés de travailler comme des adultes et se vendent plus cher. Mais comme le capital est de sa nature niveleur, il exige, au nom de son Droit inné, que dans toutes les sphères de production les conditions de l’exploitation du travail soient égales pour tous. La limitation légale du travail des enfants dans une branche d’industrie entraîne donc sa limitation dans une autre.
Nous avons déjà signalé la détérioration physique des enfants et des jeunes personnes, ainsi que des femmes d’ouvriers que la machine soumet d’abord directement à l’exploitation du capital dans les fabriques dont elle est la base, et ensuite indirectement dans toutes les autres branches d’industrie. Nous nous contenterons ici d’insister sur un seul point, l’énorme mortalité des enfants des travailleurs dans les premières années de leur vie. Il y a en Angleterre 16 districts d’enregistrement ou sur 100 000 enfants vivants, il n’y a en moyenne que 9000 cas de mort par année (dans un district 7047 seulement) ; dans vingt-quatre districts on constate 10 à 11 000 cas de mort, dans 39 districts 11 à 12 000, dans 48 districts 12 à 13 000, dans 22 districts plus de 20 000, dans 25 districts plus de 21 000, dans 17 plus de 22 000, dans 11 plus de 23 000, dans ceux de Hoo, Wolverhampton, Ashton‑under‑Lyne et Preston plus de 24 000, dans ceux de Nottingham, Stockport et Bradford plus de 25 000, dans celui de Wisbeach vingt-six mille, et à Manchester 26 2158. Une enquête médicale officielle de 1861 a démontré qu’abstraction faite de circonstances locales, les chiffres les plus élevés de mortalité sont dus principalement à l’occupation des mères hors de chez elles. Il en résulte, en effet, que les enfants sont négligés, maltraités, mal nourris ou insuffisamment, parfois alimentés avec des opiats, délaissés par leurs mères qui en arrivent à éprouver pour eux une aversion contre nature. Trop souvent ils sont les victimes de la faim ou du poison9. Dans les districts agricoles, « où le nombre des femmes ainsi occupées est à son minimum, le chiffre de la mortalité est aussi le plus bas10. » La commission d’enquête de 1861 fournit cependant ce résultat inattendu que dans quelques districts purement agricoles des bords de la mer du Nord le chiffre de mortalité des enfants au‑dessous d’un an, atteint presque celui des districts de fabrique les plus malfamés. Le docteur Julian Hunter fut chargé d’étudier ce phénomène sur les lieux. Ses conclusions sont enregistrées dans le VIe Rapport sur la Santé publique11. On avait supposé jusqu’alors que la malaria et d’autres fièvres particulières à ces contrées basses et marécageuses décimaient les enfants. L’enquête démontra le contraire, à savoir « que la même cause qui avait chassé la malaria, c’est‑à‑dire la transformation de ce sol, marais en hiver et lande stérile en été, en féconde terre à froment, était précisément la cause de cette mortalité extraordinaire12. » Les soixante‑dix médecins de ces districts, dont le docteur Hunter recueillit les dépositions, furent « merveilleusement d’accord sur ce point. » La révolution dans la culture du sol y avait en effet introduit le système industriel. « Des femmes mariées travaillant par bandes avec des jeunes filles et des jeunes garçons sont mises à la disposition d’un fermier pour une certaine somme par un homme qui porte le nom chef de bande (gangmaster) et qui ne vend les bandes qu’entières. Le champ de travail de ces bandes ambulantes est souvent situé à plusieurs lieues de leurs villages. On les trouve matin et soir sur les routes publiques, les femmes vêtues de cotillons courts et de jupes à l’avenant, avec des bottes et parfois des pantalons, fortes et saines, mais corrompues par leur libertinage habituel, et n’ayant nul souci des suites funestes que leur goût pour ce genre de vie actif et nomade entraîne pour leur progéniture qui reste seule à la maison et y dépérit13. » Tous les phénomènes observés dans les districts de fabrique, entre autres l’infanticide dissimulé et le traitement des enfants avec des opiats, se reproduisent ici à un degré bien supérieur14. « Ce que je sais là-dessus, dit le docteur Simon, fonctionnaire du Privy Council et rédacteur en chef des rapports sur la Santé publique, doit excuser l’horreur profonde que j’éprouve toutes les fois qu’il est question d’occupation industrielle, dans le sens emphatique du mot, des femmes adultes15. » — « Ce sera, s’écrie l’inspecteur R. Baker dans un rapport officiel, ce sera un grand bonheur pour les districts manufacturiers de l’Angleterre, quand il sera interdit à toute femme mariée et chargée de famille de travailler dans n’importe quelle fabrique16. »
Fr. Engels, dans son ouvrage sur la Situation des classes ouvrières en Angleterre, et d’autres écrivains ont dépeint si complètement la détérioration morale qu’amène l’exploitation capitaliste du travail des femmes et des enfants, qu’il me suffit ici d’en faire mention. Mais le vide intellectuel produit artificiellement par la métamorphose d’adolescents en voie de formation en simples machines à fabriquer de la plus-value, et qu’il faut bien distinguer de cette ignorance naïve qui laisse l’esprit en friche sans attaquer sa faculté de développement, sa fertilité naturelle, ce vide fatal, le Parlement anglais se crut enfin forcé d’y remédier en faisant de l’instruction élémentaire la condition légale de la consommation productive des enfants au-dessous de quatorze ans dans toutes les industries soumises aux lois de fabrique. L’esprit de la production capitaliste éclate dans la rédaction frivole des articles de ces lois concernant cette soi-disant instruction, dans le défaut de toute inspection administrative qui rend illusoire en grande partie l’enseignement forcé, l’opposition des fabricants à cette loi, et dans leurs subterfuges et faux-fuyants pour l’éluder dans la pratique. « La législation seule est à blâmer, parce qu’elle a promulgué une loi menteuse qui, sous l’apparence de prendre soin de l’éducation des enfants, ne contient en réalité aucun article de nature à assurer la réalisation de ce prétendu but. Elle ne détermine rien, sinon que les enfants devront être renfermés un certain nombre d’heures (3 heures) par jour entre les quatre murs d’un local appelé école, et que ceux qui les emploient auront à en obtenir le certificat chaque semaine d’une personne qui le signera à titre de maître ou de maîtresse d’école17. » Avant la promulgation de la loi de fabrique révisée de 1844, une foule de ces certificats d’école signés d’une croix prouvaient que les instituteurs ou institutrices ne savaient pas écrire. « Dans une visite que je fis à une école semblable, je fus tellement choqué de l’ignorance du maître que je lui dis : « Pardon, Monsieur, mais savez-vous lire ? — Ih jeh summat. » telle fut sa réponse ; mais pour se justifier, il ajouta : « Dans tous les cas, je surveille les écoliers. » Pendant la préparation de la loi de 1844, les inspecteurs de fabrique dénoncèrent l’état piteux des prétendues écoles dont ils devaient déclarer les certificats irréprochables au point de vue légal. Tout ce qu’ils obtinrent, c’est qu’à partir de 1844, les chiffres inscrits sur les certificats, ainsi que les noms et prénoms des instituteurs, devaient être écrits de la propre main de ces derniers18. Sir John Kincaid, inspecteur de fabrique de l’Écosse, cite maints faits du même genre. « La première école que nous visitâmes était tenue par une certaine Mrs. Ann Killin. Invitée par moi à épeler son nom, elle commit tout d’abord une bévue en commençant par la lettre C ; mais elle se corrigea aussitôt, et dit que son nom commençait par un K. En examinant sa signature dans les livres de certificats, je remarquai cependant qu’elle l’épelait de diverses manières et que son écriture ne laissait aucun doute sur son incapacité. Elle avoua elle-même qu’elle ne savait pas tenir son registre… Dans une seconde école je trouvai une salle longue de 15 pieds et large de 10, où je comptai 75 écoliers qui piaillaient un baragouin inintelligible19. » Et ce n’est pas seulement dans ces taudis piteux que les enfants obtiennent des certificats mais non de l’instruction ; il y a beaucoup d’écoles où le maître est compétent ; mais ses efforts échouent presque complètement contre le fouillis inextricable d’enfants de tout âge au-dessus de trois ans. « Ses appointements, dans le meilleur cas, misérables, dépendent du nombre de pence qu’il reçoit, de la quantité d’enfants qu’il lui est possible de fourrer dans une chambre. Et pour comble, un misérable ameublement, un manque de livres et de tout autre matériel d’enseignement, et l’influence pernicieuse d’un air humide et vicié sur les pauvres enfants. Je me suis trouvé dans beaucoup d’écoles semblables où je voyais des rangées d’enfants qui ne faisaient absolument rien ; et c’est là ce qu’on appelle fréquenter l’école, et ce sont de tels enfants qui figurent comme éduqués (educated) dans la statistique officielle20. » En Écosse, les fabricants cherchent à se passer le plus possible des enfants qui sont obligés de fréquenter l’école. « Cela suffit pour démontrer la grande aversion que leur inspirent les articles de la loi à ce sujet21. » Tout cela devient d’un grotesque effroyable dans les imprimeries sur coton, laine, etc., qui sont réglées par une loi spéciale. D’après les arrêtés de la loi, chaque enfant avant d’entrer dans une fabrique de ce genre doit avoir fréquenté l’école au moins trente jours et pas moins de cent cinquante heures pendant les six mois qui précèdent le premier jour de son emploi. Une fois au travail, il doit également fréquenter l’école trente jours et cent cinquante heures dans le courant d’un des deux semestres de l’année.
Son séjour à l’école doit avoir lieu entre 8 heures du matin et 6 heures du soir. Aucune leçon de moins de 2 heures 1/2 ou de plus de 5 heures dans le même jour ne doit être comptée comme faisant partie des 150 heures. « Dans les circonstances ordinaires les enfants vont à l’école avant et après midi pendant 30 jours, 5 heures par jour, et après ces 30 jours quand la somme des 150 heures est atteinte, quand, pour parler leur propre langue, ils ont fini leur livre, ils retournent à la fabrique où ils restent 6 mois jusqu’à l’échéance d’un nouveau terme, et alors ils retournent à l’école jusqu’à ce que leur livre soit de nouveau fini, et ainsi de suite… Beaucoup de garçons qui ont fréquenté l’école pendant les 150 heures prescrites ne sont pas plus avancés au bout des 6 mois de leur séjour dans la fabrique qu’auparavant ; ils ont naturellement oublié tout ce qu’ils avaient appris. Dans d’autres imprimeries sur coton, la fréquentation de l’école dépend absolument des exigences du travail dans la fabrique. Le nombre d’heures de rigueur y est acquitté dans chaque période de 6 mois par des acomptes de 3 à 4 heures à la fois disséminées sur tout le semestre. L’enfant par exemple se rend à l’école un jour de 8 à 11 heures du matin, un autre jour de 1 à 4 heures de l’après-midi, puis il s’en absente pendant toute une série de jours pour y revenir ensuite de 3 à 6 heures de l’après-midi pendant 3 ou 4 jours de suite ou pendant une semaine. Il disparaît de nouveau trois semaines ou un mois, puis revient pour quelques heures, dans certains jours de chômage, quand par hasard ceux qui l’emploient n’ont pas besoin de lui. L’enfant est ainsi ballotté (buffeted) de l’école à la fabrique et de la fabrique à l’école, jusqu’à ce que la somme des 150 heures soit acquittée22. »
Par l’annexion au personnel de travail combiné d’une masse prépondérante d’enfants et de femmes, la machine réussit enfin à briser la résistance que le travailleur mâle opposait encore dans la manufacture au despotisme du capital23.
Le docteur Edward Smith, pendant la crise cotonnière qui accompagna la guerre civile américaine, fut envoyé par le gouvernement anglais dans le Lancashire, le Cheshire, etc., pour faire un rapport sur l’état de santé des travailleurs. On lit dans ce rapport : « Au point de vue hygiénique, et abstraction faite de la délivrance de l’ouvrier de l’atmosphère de la fabrique, la crise présente divers avantages. Les femmes des ouvriers ont maintenant assez de loisir pour pouvoir offrir le sein à leurs nourrissons au lieu de les empoisonner avec le cordial de Godfrey. Elles ont aussi trouvé le temps d’apprendre à faire la cuisine. » Malheureusement elles acquirent ce talent culinaire au moment où elles n’avaient rien à manger, mais on voit comment le capital en vue de son propre accroissement avait usurpé le travail que nécessite la consommation de la famille. La crise a été aussi utilisée dans quelques écoles pour enseigner la couture aux ouvrières. Il a donc fallu une révolution américaine et une crise universelle pour que des ouvrières qui filent pour le monde entier apprissent à coudre.
« L’accroissement numérique des travailleurs a été considérable par suite de la substitution croissante des femmes aux hommes et surtout des enfants aux adultes. Un homme d’âge mûr dont le salaire variait de 18 à 45 shillings par semaine, est maintenant remplacé par 3 petites filles de 13 ans payées de 6 à 8 shillings. » (Th. de Quincey : The Logic of Politic Econ. Lond. 1845. Note de la p.147.) Comme certaines fonctions de la famille, telles que le soin et l’allaitement des enfants, ne peuvent être tout à fait supprimées, les mères de famille confisquées par le capital sont plus ou moins forcées de louer des remplaçantes. Les travaux domestiques, tels que la couture, le raccommodage, etc., doivent être remplacés par des marchandises toutes faites. À la dépense amoindrie en travail domestique correspond une augmentation de dépense en argent. Les frais de la famille du travailleur croissent par conséquent et balancent le surplus de la recette. Ajoutons à cela qu’il y devient impossible de préparer et de consommer les subsistances avec économie et discernement. — Sur tout ces faits passés sous silence par l’économie politique officielle on trouve de riches renseignements dans les rapports des inspecteurs de fabrique, de la « Children’s Employment Commission » de même que dans les « Reports on Public Health ».
En contraste avec ce grand fait que ce sont les ouvriers mâles qui ont forcé le capital à diminuer le travail des femmes et des enfants dans les fabriques anglaises, les rapports les plus récents de la « Children’s Employment Commission » contiennent des traits réellement révoltants sur les procédés esclavagistes de certains parents dans le trafic sordide de leurs enfants. Mais comme on peut le voir par ces rapports, le pharisien capitaliste dénonce lui-même la bestialité qu’il a créée, qu’il éternise et exploite et qu’il a baptisée du nom de Liberté du travail. « Le travail des enfants a été appelé en aide… même pour payer leur pain quotidien ; sans force pour supporter un labeur si disproportionné, sans instruction pour diriger leur vie dans l’avenir, ils ont été jetés dans une situation physiquement et moralement souillée. L’historien juif, à propos de la destruction de Jérusalem par Titus a donné à entendre qu’il n’était pas étonnant qu’elle eût subi une destruction si terrible, puisqu’une mère inhumaine avait sacrifie son propre fils pour apaiser les tourments d’une faim irrésistible. » (Public Economy concentrated. Carlisle, 1833, p. 56). Dans le « Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse » (31 mai 1837), le docteur Perrot dit : « La misère engendre quelquefois chez les pères de famille un odieux esprit de spéculation sur leurs enfants, et des chefs d’établissement sont souvent sollicités pour recevoir dans leurs ateliers des enfants au-dessous de l’âge même où on les admet ordinairement. »
A. Redgrave dans « Reports of Insp. of Fact for 31 oct. 1858 », p. 40, 41.
« Children’s Employment Commission. » Voy. Report. Lond. 1866, p. 81, n. 31.
« Child. Employm. Comm. III Report. » Lond. 1864, p. 53, et 15.
L. c. V. Report., p. XXII, n. 137.
« Sixth Report on Public Health. Lond. 1864, p. 34. » Dans les villes ouvrières en France la mortalité des enfants d’ouvriers au-dessous d’un an est de 20 à 22% (chiffre de Roubaix). À Mulhouse elle a atteint 33% en 1863. Elle y dépasse toujours 30%. Dans un travail présenté à l’Académie de médecine, M. Devilliers, établit que la mortalité des enfants des familles aisées étant de 10%, celle des enfants d’ouvriers tisseurs est au minimum de 35%. (Discours de M. Boudet à l’Académie de médecine, séance du 27 novembre 1866.) Dans son 28e Bulletin, la Société industrielle de Mulhouse constate le « dépérissement t effrayant de la génération qui se développe. »
« Elle (l’enquête de 1861)… a démontré que d’une part, dans les circonstances que nous venons de décrire, les enfants périssent par suite de la négligence et du dérèglement qui résultent des occupations de leurs mères, et d’autre part que les mères elles-mêmes deviennent de plus en plus dénaturées ; à tel point qu’elles ne se troublent plus de la mort de leurs enfants, et quelquefois même prennent des mesures directes pour assurer cette mort. » (L. c.)
L. c., p. 454.
L. c., p. 454-463. « Report by Dr. Henry Julian Humer on the excessive mortality of infants in some rural districts of England. »
L. c., p. 35 et p. 455, 456.
L. c. p. 456.
« La consommation de l’opium se propage chaque jour parmi les travailleurs adultes et les ouvrières dans les districts agricoles comme dans les districts manufacturiers. Pousser la vente des opiats, tel est l’objet des efforts de plus d’un marchand en gros. Pour les droguistes c’est l’article principal. » (L. c. p. 459.) « Les nourrissons qui absorbaient des opiats devenaient rabougris comme de vieux petits hommes ou se ratatinaient à l’état de petits singes. » (L. c., p. 460.) Voilà la terrible vengeance que l’Inde et la Chine tirent de l’Angleterre.
L. c. p. 37.
« Reports of Insp. of Fact. for 31 st. Oct. 1862, p. 59. » Cet inspecteur de fabrique était médecin.
Leonhard Horner dans « Reports of Insp. of. Fact. for 10 th. June 1857 », p. 17.
Id. dans « Rep. of. Fact. for 31 st. Oct. 1855 », p. 18, 19.
Sir John Kincaid dans « Rep. of Insp. of Fact. for 31 st. Oct. 1858 », p. 31, 32.
Leonhard Horner dans « Reports, etc., for 31 st. October 1856, p. 17. ».
Id. l. c. p. 66.
A. Redgrave dans « Reports of Insp. of Fact. for 10 th. June 1857, p. 41, 42 ». Dans les branches de l’industrie anglaise où règne depuis assez longtemps la loi des fabriques proprement dite (qu’il ne faut pas confondre avec le Print Work’s Act), les obstacles que rencontraient les articles sur l’instruction ont été surmontés dans une certaine mesure. Quant aux industries non soumises à la loi, la manière de voir qui y prédomine est celle exprimée par le fabricant verrier J. Geddes devant le commissaire d’enquête M. White : « Autant que je puis en juger, le supplément d’instruction accordé à une partie de la classe ouvrière dans ces dernières années est un mal. Il est surtout dangereux, en ce qu’il la rend trop indépendante. » Children’s Empl. Commission. IV Report. London. 1865, p. 253.
« M. E… fabricant m’a fait savoir qu’il emploie exclusivement des femmes à ses métiers mécaniques ; il donne la préférence aux femmes mariées ; surtout à celles qui ont une famille nombreuse ; elles sont plus attentives et plus disciplinables que les femmes non mariées, et de plus sont forcées de travailler jusqu’à extinction pour se procurer les moyens de subsistance nécessaires. C’est ainsi que les vertus qui caractérisent le mieux la femme tournent à son préjudice. Ce qu’il y a de tendresse et de moralité dans sa nature devient l’instrument de son esclavage et de sa misère. » Ten Hours’Factory Bill. The speech of Lord Ashley. Lond. 1844 ; p. 20.
Titre original : Das Kapital. Kritik der politischen Ökonomie, livre premier · Parution : Hambourg, 1867 · Traduction : Joseph Roy († 1916), entièrement révisée par Karl Marx († 1883) · Année de la traduction : 1872-1875, parue en livraisons · Édition reproduite : Maurice Lachâtre et Cie, Paris, 1872 · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition Lachâtre · Licence : domaine public.

