c) Intensification du travail1
La prolongation démesurée du travail quotidien produite par la machine entre des mains capitalistes finit par amener une réaction de la société qui, se sentant menacée jusque dans la racine de sa vie, décrète des limites légales à la journée : dès lors l’intensification du travail, phénomène que nous avons déjà rencontré, devient prépondérante.
L’analyse de la plus-value absolue avait trait à la durée du travail, tandis qu’un degré moyen de son intensité était sous-entendu. Nous allons maintenant examiner la conversion d’un genre de grandeur dans l’autre, de l’extension en intensité.
Il est évident qu’avec le progrès mécanique et l’expérience accumulée d’une classe spéciale d’ouvriers consacrée à la machine, la rapidité et par cela même l’intensité du travail s’augmentent naturellement. C’est ainsi que dans les fabriques anglaises la prolongation de la journée et l’accroissement dans l’intensité du travail marchent de front pendant un demi-siècle.
On comprend cependant que là où il ne s’agit pas d’une activité spasmodique, mais uniforme, régulière et quotidienne, on arrive fatalement à un point où l’extension et l’intensité du travail s’excluent l’une l’autre, si bien qu’une prolongation de la journée n’est plus compatible qu’avec un degré d’intensité moindre, et inversement un degré d’intensité supérieure qu’avec une journée raccourcie.
Dès que la révolte grandissante de la classe ouvrière força l’État à imposer une journée normale, en premier lieu à la fabrique proprement dite, c’est-à-dire à partir du moment où il interdit la méthode d’accroître la production de plus-value par la multiplication progressive des heures de travail, le capital se jeta avec toute son énergie et en pleine conscience sur la production de la plus-value relative au moyen du développement accéléré du système mécanique.
En même temps ce genre de plus-value subit un changement de caractère. En général la plus-value relative est gagnée par une augmentation de la fertilité du travail qui permet à l’ouvrier de produire davantage dans le même temps avec la même dépense de force. Le même temps de travail continue alors à rendre la même valeur d’échange, bien que celle-ci se réalise en plus de produits dont chacun, pris séparément, est par conséquent d’un prix moindre.
Mais cela change avec le raccourcissement légal de la journée. L’énorme impulsion qu’il donne au développement du système mécanique et à l’économie des frais contraint l’ouvrier aussi à dépenser, au moyen d’une tension supérieure, plus d’activité dans le même temps, à resserrer les pores de sa journée, et à condenser ainsi le travail à un degré qu’il ne saurait atteindre sans ce raccourcissement.
Dès lors on commence à évaluer la grandeur du travail doublement, d’après sa durée ou son extension, et d’après son degré d’intensité, c’est-à-dire la masse qui en est comprimée dans un espace de temps donné, une heure par exemple2. L’heure plus dense de la journée de dix heures contient autant ou plus de travail, plus de dépense en force vitale, que l’heure plus poreuse de la journée de douze heures. Une heure de celle-là produit par conséquent autant ou plus de valeur qu’une heure et un cinquième de celle-ci. Trois heures et un tiers de surtravail sur six heures et deux tiers de travail nécessaire fournissent donc au capitaliste au moins la même masse de plus-value relative qu’auparavant quatre heures de surtravail sur huit heures de travail nécessaire.
Comment le travail est-il rendu plus intense ?
Le premier effet du raccourcissement de la journée procède de cette loi évidente que la capacité d’action de toute force animale est en raison inverse du temps pendant lequel elle agit. Dans certaines limites, on gagne en efficacité ce qu’on perd en durée.
Dans les manufactures, telles que la poterie par exemple, où le machinisme ne joue aucun rôle ou un rôle insignifiant, l’introduction des lois de fabrique a démontré d’une manière frappante qu’il suffit de raccourcir la journée pour augmenter merveilleusement la régularité, l’uniformité, l’ordre, la continuité et l’énergie du travail3. Ce résultat paraissait cependant douteux dans la fabrique proprement dite, parce que la subordination de l’ouvrier au mouvement continu et uniforme de la machine y avait créé depuis longtemps la discipline la plus sévère. Lors donc qu’il fut question en 1844 de réduire la journée au-dessous de douze heures, les fabricants déclarèrent presque unanimement « que leurs contremaîtres veillaient dans les diverses salles à ce que leurs bras ne perdissent pas de temps », « que le degré de vigilance et d’assiduité déjà obtenu était à peine susceptible d’élévation », et que toutes les autres circonstances, telles que marche des machines, etc., restant les mêmes, « c’était une absurdité d’attendre dans des fabriques bien dirigées le moindre résultat d’une augmentation de la vigilance, etc., des ouvriers4 ». Cette assertion réfutée par les faits. M. R. Gardner fit travailler dans ses deux grandes fabriques à Preston, à partir du 20 avril 1844, onze heures au lieu de douze par jour. L’expérience d’un an environ, démontra que « le même quantum de produit était obtenu aux mêmes frais et qu’en onze heures les ouvriers ne gagnaient pas un salaire moindre qu’auparavant en douze heures5 ». Je ne mentionne pas les expériences faites dans les salles de filage et de cardage, attendu que la vitesse des machines y avait été augmentée de deux pour cent. Dans le département du tissage au contraire, où l’on fabriquait diverses sortes d’articles de fantaisie et à ramage, les conditions matérielles de la production n’avaient subi aucun changement. Le résultat fut celui-ci : « Du 6 janvier au 20 avril 1844, la journée de travail étant de douze heures, chaque ouvrier reçut par semaine un salaire moyen 10 sh. 1/2, et du 20 avril au 29 juin, la journée de travail étant de onze heures, un salaire moyen 10 sh. 3 1/2 d. par semaine6. » En onze heures il fut donc produit plus qu’auparavant en douze, et cela était dû exclusivement à l’activité plus soutenue et plus uniforme des ouvriers ainsi qu’à l’économie de leur temps. Tandis qu’ils obtenaient le même salaire et gagnaient une heure de liberté, le capitaliste de son côté obtenait la même masse de produits et une économie d’une heure sur sa consommation de gaz, de charbon, etc. Des expériences semblables furent faites avec le même succès dans les fabriques de MM. Horrocks et Jacson7.
Dès que la loi abrège la journée de travail, la machine se transforme aussitôt entre les mains du capitaliste en moyen systématique d’extorquer à chaque moment plus de labeur. Mais pour que le machinisme exerce cette pression supérieure sur ses servants humains, il faut le perfectionner, sans compter que le raccourcissement de la journée force le capitaliste à tendre tous les ressorts de la production et à en économiser les frais.
En perfectionnant l’engin à vapeur on réussit à augmenter le nombre de ses coups de piston par minute et, grâce à une savante économie de force, à chasser par un moteur du même volume un mécanisme plus considérable sans augmenter cependant la consommation du charbon. En diminuant le frottement des organes de transmission, en réduisant le diamètre et le poids des grands et petits arbres moteurs, des roues, des tambours, etc., à un minimum toujours décroissant, on arrive à faire transmettre avec plus de rapidité la force d’impulsion accrue du moteur à toutes les branches du mécanisme d’opération. Ce mécanisme lui-même est amélioré. Les dimensions des machines-outils sont réduites tandis que leur mobilité et leur efficacité sont augmentées, comme dans le métier à tisser moderne ; ou bien leurs charpentes sont agrandies avec la dimension et le nombre des outils qu’elles mènent, comme dans la machine à filer. Enfin ces outils subissent d’incessantes modifications de détail comme celles qui, il y a environ quinze ans, accrurent d’un cinquième la vélocité des broches de la mule automatique.
La réduction de la journée de travail à douze heures date en Angleterre de 1833. Or, un fabricant anglais déclarait déjà en 1836 : « Comparé à celui d’autrefois le travail à exécuter dans les fabriques est aujourd’hui considérablement accru, par suite de l’attention et de l’activité supérieures que la vitesse très augmentée des machines exige du travailleur8. » En 1844 Lord Ashley, aujourd’hui comte Shaftesbury, dans son discours sur le bill de dix heures, communiqua a la Chambre des communes les faits suivants :
« Le travail des ouvriers employés dans les opérations de fabrique est aujourd’hui trois fois aussi grand qu’il l’était au moment où ce genre d’opérations a été établi. Le système mécanique a sans aucun doute accompli une œuvre qui demanderait les tendons et les muscles de plusieurs millions d’hommes ; mais il a aussi prodigieusement (prodigiously) augmenté le travail de ceux qui sont soumis à son mouvement terrible. Le travail qui consiste à suivre une paire de mules, aller et retour, pendant douze heures, pour filer des filés n[o 40, exigeait en 1815 un parcours de 8 milles ; en 1832 la distance à parcourir était de 20 milles et souvent plus considérable9. En 1825 le fileur avait à faire dans l’espace de douze heures 820 stretches pour chaque mule ce qui pour la paire donnait une somme de 1640. En 1832 il en faisait 2, 200 pour chaque mule ou 4, 400 par jour ; en 1844, 2, 400 pour chaque mule, ensemble 4, 800 ; et dans quelques cas la somme de travail (amount of labour) exigé est encore plus considérable. En estimant les fatigues d’une journée de travail il faut encore prendre en considération la nécessité de retourner quatre ou cinq mille fois le corps dans une direction opposée10 aussi bien que les efforts continuels d’inclinaison et d’érection… J’ai ici dans les mains un autre document daté de 1842, qui prouve que le travail augmente progressivement, non seulement parce que la distance à parcourir est plus grande, mais parce que la quantité des marchandises produites s’accroît tandis qu’on diminue en proportion le nombre des bras, et que le coton filé est de qualité inférieure, ce qui rend le travail plus pénible… Dans le cardage le travail a subi également un grand surcroît. Une personne fait aujourd’hui la besogne que deux se partageaient… Dans le tissage où un grand nombre de personnes, pour la plupart du sexe féminin, sont occupées, le travail s’est accru de 10% pendant les dernières années par suite de la vitesse accélérée des machines. En 1838 le nombre des écheveaux filés par semaine était de 18,000 ; en 1843 il atteignit le chiffre de 21,000. Le nombre des picks au métier à tisser était en 1819 de 60 par minute, il s’élevait à 140 en 1842, ce qui indique un grand surcroît de travail11. »
Cette intensité remarquable que le travail avait déjà atteinte en 1844 sous le régime de la loi de douze heures, parut justifier les fabricants anglais déclarant que toute diminution ultérieure de la journée entraînerait nécessairement une diminution proportionnelle dans la production. La justesse apparente de leur point vue est prouvée par le témoignage de leur impitoyable censeur, l’inspecteur Leonhard Horner qui à la même époque s’exprima ainsi sur ce sujet :
« La quantité des produits étant réglée par la vitesse de la machine, l’intérêt des fabricants doit être d’activer cette vitesse jusqu’au degré extrême qui peut s’allier avec les conditions suivantes : préservation des machines d’une détérioration trop rapide, maintien de la qualité des articles fabriqués et possibilité pour l’ouvrier de suivre le mouvement sans plus de fatigue qu’il n’en peut supporter d’une manière continue. Il arrive souvent que le fabricant exagère le mouvement. La vitesse est alors plus que balancée par les pertes que causent la casse et la mauvaise besogne et il est bien vite forcé de modérer la marche des machines. Or, comme un fabricant actif et intelligent sait trouver le maximum normal, j’en ai conclu qu’il est impossible de produire autant en onze heures qu’en douze. De plus, j’ai reconnu que l’ouvrier payé à la pièce s’astreint aux plus pénibles efforts pour endurer d’une manière continue le même degré de travail12. » Horner conclut donc malgré les expériences de Gardner, etc., qu’une réduction de la journée de travail au-dessous de 12 heures diminuerait nécessairement la quantité du produit13. Dix ans après il cite lui-même ses scrupules de 1845 pour démontrer combien il soupçonnait peu encore à cette époque l’élasticité du système mécanique et de la force humaine susceptibles d’être tous deux tendus à l’extrême par la réduction forcée de la journée de travail.
Arrivons maintenant à la période qui suit 1847, depuis l’établissement de la loi des 10 heures dans les fabriques anglaises de laine, de lin, de soie et de coton.
« Les broches des métiers continus (Throstles) font 500, celles des mules 1000 révolutions de plus par minute, c’est-à-dire que la vélocité des premières étant de 4500 révolutions par minute en 1839 est maintenant (1862) de 5000, et celle des secondes qui était de 5000 révolutions est maintenant de 6000 ; dans le premier cas c’est un surcroît de vitesse de 1/10 et dans le second de 1/514. » J. Nasmyth, le célèbre ingénieur civil de Patricroft près de Manchester détailla dans une lettre adressée en 1862 à Leonhard Horner les perfectionnements apportés à la machine à vapeur. Après avoir fait remarquer que dans la statistique officielle des fabriques la force de cheval-vapeur est toujours estimée d’après son ancien effet de l’an 182815, qu’elle n’est plus que nominale et sert tout simplement d’indice de la force réelle, il ajoute entre autres : « Il est hors de doute qu’une machine à vapeur du même poids qu’autrefois et souvent même des engins identiques auxquels on s’est contenté d’adapter les améliorations modernes, exécutent en moyenne 50% plus d’ouvrage qu’auparavant et que, dans beaucoup de cas, les mêmes engins à vapeur qui, lorsque leur vitesse se bornait à 220 pieds par minute, fournissaient 50 chevaux-vapeur, en fournissent aujourd’hui plus de 100 avec une moindre consommation de charbon… L’engin à vapeur moderne de même force nominale qu’autrefois reçoit une impulsion bien supérieure grâce aux perfectionnements apportés à sa construction, aux dimensions amoindries et à la construction améliorée de sa chaudière, etc. C’est pourquoi, bien que l’on occupe le même nombre de bras qu’autrefois proportionnellement à la force nominale, il y a cependant moins de bras employés proportionnellement aux machines-outils16. »
En 1850 les fabriques du Royaume-uni employèrent une force nominale de 134 217 chevaux pour mettre en mouvement 25 638 716 broches et 301 495 métiers à tisser. En 1856 le nombre des broches atteignait 33 503 580 et celui des métiers 369 205. Il aurait donc fallu une force de 175 000 chevaux en calculant d’après la base de 1850 ; mais les documents officiels n’en accusent que 161 435, c’est-à-dire plus de 10 000 de moins17. « Il résulte des faits établis par le dernier return (statistique officielle) de 1856, que le système de fabrique s’étendit rapidement, que le nombre des bras a diminué proportionnellement aux machines, que l’engin à vapeur par suite d’économie de force et d’autres moyens meut un poids mécanique supérieur et que l’on obtient un quantum de produit plus considérable grâce au perfectionnement des machines-outils, au changement de méthodes de fabrication, à l’augmentation de vitesse et à bien d’autres causes18. » « Les grandes améliorations introduites dans les machines de toute espèce ont augmenté de beaucoup leur force productive. Il est hors de doute que c’est le raccourcissement de la journée de travail qui a stimulé ces améliorations. Unies aux efforts plus intenses de l’ouvrier, elles ont amené ce résultat que dans une journée réduite de deux heures ou d’un sixième, il se fait pour le moins autant de besogne qu’autrefois19. »
Un seul fait suffit pour démontrer combien les fabricants se sont enrichis à mesure que l’exploitation de la force de travail est devenue plus intense : c’est que le nombre des fabriques anglaises de coton s’est accru en moyenne de 32% de 1838 à 1850, et de 86% de 1850 à 1856.
Si grand qu’ait été le progrès de l’industrie anglaise dans les huit années comprises entre 1848 et 1856, sous le règne des 10 heures, il a été de beaucoup dépassé dans la période des six années suivantes de 1856 à 1862. Dans la fabrique de soie par exemple on comptait en 1856, 1 093 799 broches et 9 260 métiers ; en 1862, 1 388 544 broches et 10 709 métiers. Mais en 1862 on n’y comptait que 52,429 ouvriers au lieu de 56, 131 et un occupés en 1856. Le nombre broches s’est donc accru de 26.9% et celui des métiers de 15.6% ; tandis que le nombre des travailleurs a décru de 7% dans le même temps. En 1858 ; il fut employé dans les fabriques de worsted (longue laine) 875 830 broches, en 1856, 1 324 549 (augmentation de 51,2%) et en 1862, 1 289 172 (diminution de 2,7%.). Mais si l’on compte les broches à tordre qui dans le dernier chiffre ne figurent pas comme dans le premier, le nombre des broches est resté à peu près stationnaire depuis 1856. Par contre leur vitesse ainsi que celle des métiers a en beaucoup de cas doublé depuis 1850. Le nombre des métiers à vapeur dans la fabrique de worsted était en 1850 de : 32 617, en 1856 de : 38 956 et en 1862 de : 43 048. Ils occupaient en 1850, 79 737 personnes ; en 1856, 87 794 et en 1862, 86 063, sur lesquelles il y avait en 1850, 9 956, en 1856, 11 228 et 1862, 13 718 enfants au‑dessous de 14 ans. Malgré la grande augmentation du nombre des métiers, on voit en comparant 1862 à 1856, que le nombre total des ouvriers a diminué considérablement quoique celui des enfants exploités se soit accru20.
Le 27 avril 1863 un membre du Parlement, M. Ferrand, fit la déclaration suivante dans la Chambre des communes : « Une délégation d’ouvriers de seize districts de Lancashire et Cheshire, au nom de laquelle je parle, m’a certifié que le travail augmente constamment dans les fabriques, par suite du perfectionnement des machines. Tandis qu’autrefois une seule personne avec deux aides faisait marcher deux métiers, elle en fait marcher trois maintenant sans aucun aide, et il n’est pas rare qu’une seule personne suffise pour quatre, etc. Il résulte des faits qui me sont communiqués que douze heures de travail sont maintenant condensées en moins de dix heures. Il est donc facile de comprendre dans quelle énorme proportion le labeur des ouvriers de fabrique s’est accru depuis les dernières années21. » Bien que les inspecteurs de fabrique ne se lassent pas, et avec grande raison, de faire ressortir les résultats favorables de la législation de 1844 et de 1850, ils sont néanmoins forcés d’avouer que le raccourcissement de la journée a déjà provoqué une condensation de travail qui attaque la santé de l’ouvrier et par conséquent sa force productive elle-même. « Dans la plupart des fabriques de coton, de soie, etc., l’état de surexcitation qu’exige le travail aux machines, dont le mouvement a été extraordinairement accéléré dans les dernières années, parait être une des causes de la mortalité excessive par suite d’affection, pulmonaires que le docteur Greenhow a signalée dans son dernier et admirable rapport22. » Il n’y a pas le moindre doute que la tendance du capital à se rattraper sur l’intensification systématique du travail (dès que la prolongation de la journée lui est définitivement interdite par la loi), et à transformer chaque perfectionnement du système mécanique en un nouveau moyen d’exploitation, doit conduire à un point où une nouvelle diminution des heures de travail deviendra inévitable23. D’un autre côté, la période de 10 heures de travail qui date de 1848, dépasse, par le mouvement ascendant de l’industrie anglaise, bien plus la période de 12 heures, qui commence en 1833 et finit en 1847, que celle-ci ne dépasse le demi‑siècle écoulé depuis l’établissement du système de fabrique, c’est‑à‑dire la période de la journée illimitée24.
Par le mot intensification nous désignons les procédés qui rendent le travail plus intense.
Différents genres de travail réclament souvent par leur nature même différents degrés d’intensité et il se peut, ainsi que l’a déjà démontré Adam Smith, que ces différences se compensent par d’autres qualités particulières à chaque besogne. Mais comme mesure de la valeur, le temps de travail n’est affecté que dans les cas où la grandeur extensive du travail et son degré d’intensité constituent deux expressions de la même quantité qui s’excluent mutuellement.
Voy : « Reports of Insp. of Fact. for 31 st. Oct. 1865. »
« Reports of Insp. of Fact. for 1844 and the quarter ending 30 th. april 1845 » p. 20, 21.
L. c., p. 19. Comme chaque mètre fourni était payé aux ouvriers au même taux qu’auparavant, le montant de leur salaire hebdomadaire dépendait du nombre de mètres tissés.
L. c. p. 20.
L’élément moral joua un grand rôle dans ces expériences. « Nous travaillons avec plus d’entrain », dirent les ouvriers à l’inspecteur de la fabrique, « nous avons devant nous la perspective de partir de meilleure heure et une joyeuse ardeur au travail anime la fabrique depuis le plus jeune jusqu’au plus vieux, de sorte que nous pouvons nous aider considérablement les uns les autres. » l. c.
John Fielden, l. c., p. 32.
Les mules que l’ouvrier doit suivre avancent et reculent alternativement ; quand elles avancent, les écheveaux sont étirés en fils allongés. Le rattacheur doit saisir le moment où le chariot est proche du porte-système pour rattacher des filés cassés ou casser des filés mal venus. Les calculs cités par Lord Ashley étaient faits par un mathématicien qu’il avait envoyé à Manchester dans ce but.
Il s’agit d’un fileur qui travaille à la fois à deux mules se faisant vis-à-vis.
Lord Ashley, l. c. passim.
« Reports of Insp. of Fact. for 1845 », p. 20.
L. c. p. 22.
Rep. of Insp. of Fact. for 31 st. Oct. 1862, p. 62.
Il n’en est plus de même à partir du « Parliamentary Return » de 1862. Ici la force-cheval réelle des machines et des roues hydrauliques modernes remplace la force nominale. Les broches pour le tordage ne sont plus confondues avec les broches proprement dites (comme dans les Returns de 1839, 1850 et 1856) ; en outre, on donne pour les fabriques de laine le nombre des « gigs » ; une séparation est introduite entre les fabriques de jute et de chanvre d’une part et celles de lin de l’autre, enfin la bonneterie est pour la première fois mentionnée dans le rapport.
« Reports of Insp. of Fact. for 31 st. Oct 1856 », p. 11.
L. c. p. 14, 15.
L. c. p. 20.
Reports, etc., for 31 st. Oct. 1858, p. 9, 10. Comp. Reports, etc., for 30 th. April 1860, p. 30 et suiv.
Reports of Insp. of Fact. for 31 st. Oct. 1862, p. 100 et 130.
Avec le métier à vapeur moderne un tisserand fabrique aujourd’hui, en travaillant sur deux métiers soixante heures par semaine, vingt-six pièces d’une espèce particulière de longueur et largeur données, tandis que sur l’ancien métier à vapeur il n’en pouvait fabriquer que quatre. Les frais d’une pièce semblable étaient déjà tombés au commencement de 1850 de trois francs quarante à cinquante-deux centimes. « Il y a 30 ans (1841) on faisait surveiller par un fileur et deux aides dans les fabriques de coton une paire de mules avec trois cents à trois cent vingt-quatre broches. Aujourd’hui le fileur avec cinq aides doit surveiller des mules dont le nombre de broches est de deux mille deux cents et qui produisent pour le moins sept fois autant de filés qu’en 1841. » (Alexandre Redgrave, inspecteur de fabrique, dans le « Journal of the Society of Arts », January 5, 1872.)
Rep. etc. 31 st. Oct. 1861, p. 25, 26.
L’agitation des huit heures commença en 1867 dans le Lancashire parmi les ouvriers de fabrique.
Les quelques chiffres suivants mettent sous les yeux le progrès des fabriques proprement dites dans le Royaume-Uni depuis 1848 :
| désignation | quantité exportée 1848 | quantité exportée 1851 | ||
|---|---|---|---|---|
| fabrique de coton. | ||||
| Coton filé | liv. | 135,831,162 | liv. | 143,966,106 |
| Fil à coudre | yard (=0,914mét.) | l. | 4,392,176 | |
| Tissus de coton | y. | 1,091,373,930 | y. | 1,543,161,789 |
| fabrique de lin et de chanvre. | ||||
| Filé | l. | 11,722,182 | l. | 18,841,326 |
| Tissus | y. | 88,901,519 | y. | 129,106,753 |
| fabrique de soie. | ||||
| Filé de différentes sortes | l. | 466,825 | l. | 462,513 |
| Tissus | y. | y. | 1,181,455 | |
| fabrique de laine. | ||||
| Laine filée | q. (quintal.) | l. | 14,670,880 | |
| Tissus | y. | y. | 241,120,973 | |
| désignation | valeur exportée 1848 | valeur exportée 1851 | ||
| liv. st. | liv. st. | |||
| fabrique de coton. | ||||
| Coton filé | 15,927,831 | 6,634,026 | ||
| Tissus | 16,753,369 | 23,454,810 | ||
| fabrique de lin et de chanvre. | ||||
| Filé | 493,449 | 951,426 | ||
| Tissus | 2,802,789 | 4,107,396 | ||
| fabrique de soie. | ||||
| Filés divers | 77,789 | 195,380 | ||
| Tissus | 1,130,398 | |||
| fabrique de laine. | ||||
| Laine filée | 776,975 | 1,484,544 | ||
| Tissus | 5,733,828 | 8,377,183 | ||
| désignation | quantité exportée 1860 | quantité exportée 1865 | ||
| fabrique de coton. | ||||
| Coton filé | l. | 197,343,655 | l. | 103,751,455 |
| Fil à coudre | l. | 6,297,554 | l. | 4,648,611 |
| Tissus de coton | y. | 2,776,218,427 | y. | 2,015,237,851 |
| fabrique de lin et de chanvre. | ||||
| Filé | l. | 31,210,612 | l. | 36,777,334 |
| Tissus | y. | 143,996,773 | y. | 247,012,529 |
| fabrique de soie. | ||||
| Filé de différentes sortes | l. | 897,402 | l. | 812,589 |
| Tissus | y. | 1,307,293 | y. | 2,869,837 |
| fabrique de laine. | ||||
| Laine filée | q. (quintal.) | 27,533,968 | l. | 31,669,267 |
| Tissus | y. | 190,381,537 | y. | 278,837,438 |
| désignation | valeur exportée 1860 | valeur exportée 1865 | ||
| liv. st. | liv. st. | |||
| fabrique de coton. | ||||
| Coton filé | 9,870,875 | 10,351,049 | ||
| Tissus | 42,141,505 | 46,903,795 | ||
| fabrique de lin et de chanvre. | ||||
| Filé | 1,801,272 | 2,505,497 | ||
| Tissus | 4,804,803 | 9,155,318 | ||
| fabrique de soie. | ||||
| Filés divers | 918,342 | 768,067 | ||
| Tissus | 1,587,303 | 1,409,221 | ||
| fabrique de laine. | ||||
| Laine filée | 3,843,450 | 5,424,017 | ||
| Tissus | 12,156,998 | 20,102,259 | ||
Titre original : Das Kapital. Kritik der politischen Ökonomie, livre premier · Parution : Hambourg, 1867 · Traduction : Joseph Roy († 1916), entièrement révisée par Karl Marx († 1883) · Année de la traduction : 1872-1875, parue en livraisons · Édition reproduite : Maurice Lachâtre et Cie, Paris, 1872 · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition Lachâtre · Licence : domaine public.

