VIII. — Révolution opérée dans la manufacture, le métier et le travail à domicile par la grande industrie.
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B. Réaction de la fabrique sur la manufacture et le travail à domicile

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Le Capital, de Karl Marx.
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Karl Marx, Le Capital, livre I (1867) — quatrième section, chapitre xv — VIII. — Révolution opérée dans la manufacture, le métier et le travail à domicile par la grande industrie — B. Réaction de la fabrique sur la manufacture et le travail à domicile.

À mesure que la grande industrie se développe et amène dans l’agriculture une révolution correspondante, on voit non seulement l’échelle de la production s’étendre dans toutes les autres branches d’industrie, mais encore leur caractère se transformer. Le principe du système mécanique qui consiste à analyser le procès de production dans ses phases constituantes et à résoudre les problèmes ainsi éclos au moyen de la mécanique, de la chimie, etc., en un mot, des sciences naturelles, finit par s’imposer partout. Le machinisme s’empare donc tantôt de tel procédé, tantôt de tel autre dans les anciennes manufactures où son intrusion entraîne des changements continuels et agit comme un dissolvant de leur organisation due à une division de travail presque cristallisée. La composition du travailleur collectif ou du personnel de travail combiné est aussi bouleversée de fond en comble. En contraste avec la période manufacturière, le plan de la division de travail se base dès lors sur l’emploi du travail des femmes, des enfants de tout âge, des ouvriers inhabiles, bref, du cheap labour ou du travail à bon marché, comme disent les Anglais. Et ceci ne s’applique pas seulement à la production combinée sur une grande échelle, qu’elle emploie ou non des machines, mais encore à la soi‑disant industrie à domicile, qu’elle se pratique dans la demeure privée des ouvriers ou dans de petits ateliers. Cette prétendue industrie domestique n’a rien de commun que le nom avec l’ancienne industrie domestique qui suppose le métier indépendant dans les villes, la petite agriculture indépendante dans les campagnes, et, par‑dessus tout, un foyer appartenant à la famille ouvrière. Elle s’est convertie maintenant en département externe de la fabrique, de la manufacture ou du magasin de marchandises. Outre les ouvriers de fabrique, les ouvriers manufacturiers et les artisans qu’il concentre par grandes masses dans de vastes ateliers, où il les commande directement, le capital possède une autre armée industrielle, disséminée dans les grandes villes et dans les campagnes, qu’il dirige au moyen de fils invisibles ; exemple : la fabrique de chemises de MM. Tillie, à Londonderry, en Irlande, laquelle occupe mille ouvriers de fabrique proprement dits et neuf mille ouvriers à domicile disséminés dans la campagne1.

L’exploitation de travailleurs non parvenus à maturité, ou simplement à bon marché, se pratique avec plus de cynisme dans la manufacture moderne que dans la fabrique proprement dite, parce que la base technique de celle-ci, le remplacement de la force musculaire par des machines, fait en grande partie défaut dans celle-là. Ajoutons que les organes de la femme ou de l’enfant y sont exposés sans le moindre scrupule à l’action pernicieuse de substances délétères, etc. Dans l’industrie à domicile, cette exploitation devient plus scandaleuse encore que dans la manufacture, parce que la faculté de résistance des travailleurs diminue en raison de leur dispersion, et que toute une bande de ces parasites se faufile entre l’entrepreneur et l’ouvrier. Ce n’est pas tout : le travail à domicile lutte partout dans sa propre branche d’industrie avec les machines ou du moins avec la manufacture ; l’ouvrier trop pauvre ne peut s’y procurer les conditions les plus nécessaires de son travail, telles que l’espace, l’air, la lumière, etc., et, enfin, c’est là, dans ce dernier refuge des victimes de la grande industrie et de la grande agriculture que la concurrence entre travailleurs atteint nécessairement son maximum.

On a vu que l’industrie mécanique développe et organise pour la première fois d’une manière systématique l’économie des moyens de production, mais dans le régime capitaliste cette économie revêt un caractère double et antagonique. Pour atteindre un effet utile avec le minimum de dépense, on a recours au machinisme et aux combinaisons sociales de travail qu’il fait éclore. De l’autre côté dès l’origine des fabriques, l’économie des frais se fait simultanément par la dilapidation la plus effrénée de la force de travail, et la lésinerie la plus éhontée sur les conditions normales de son fonctionnement. Aujourd’hui, moins est développée la base technique de la grande industrie dans une sphère d’exploitation capitaliste, plus y est développé ce côté négatif et homicide de l’économie des frais.

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« Child. Empl. Comm. ii. Rep. 1864 », p. lxviii n. 415.


Titre original : Das Kapital. Kritik der politischen Ökonomie, livre premier · Parution : Hambourg, 1867 · Traduction : Joseph Roy († 1916), entièrement révisée par Karl Marx († 1883) · Année de la traduction : 1872-1875, parue en livraisons · Édition reproduite : Maurice Lachâtre et Cie, Paris, 1872 · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition Lachâtre · Licence : domaine public.