M. Proudhon a le malheur d’être singulièrement méconnu en Europe. En France, il a le droit d’être mauvais économiste, parce qu’il passe pour être bon philosophe allemand. En Allemagne, il a le droit d’être mauvais philosophe, parce qu’il passe pour être économiste français des plus forts. Nous, en notre qualité d’Allemand et d’économiste à la fois, nous avons voulu protester contre cette double erreur.
Le lecteur comprendra, que dans ce travail ingrat, il nous a fallu souvent abandonner la critique de M. Proudhon, pour faire celle de la philosophie allemande, et donner en même temps des aperçus sur l’économie politique.
L’ouvrage de M. Proudhon n’est pas tout simplement un traité d’économie politique, un livre ordinaire, c’est une Bible : « Mystères, » « Secrets arrachés au sein de Dieu, » « Révélations, » rien n’y manque. Mais comme, de nos jours, les prophètes sont discutés plus consciencieusement que les auteurs profanes, il faut bien que le lecteur se résigne à passer avec nous par l’érudition aride et ténébreuse de la « Genèse », pour s’élever plus tard avec M. Proudhon dans les régions éthérées et fécondes du supra-socialisme (Voy. Proudhon, Phil. de la Misère, Prologue, p. iii, ligne 20).
Titre original : Misère de la philosophie. Réponse à la Philosophie de la misère de M. Proudhon · Parution : Paris et Bruxelles, 1847 · Traduction : aucune, texte écrit en français par Karl Marx († 1883) · Édition reproduite : V. Giard & E. Brière, Paris, 1896 · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1896 · Licence : domaine public.

