Les rapports de production de toute société forment un tout. M. Proudhon considère les rapports économiques comme autant de phases sociales, s’engendrant l’une l’autre, résultant l’une de l’autre comme l’antithèse de la thèse, et réalisant dans leur succession logique la raison impersonnelle de l’humanité.
Le seul inconvénient qu’il ait dans cette méthode, c’est qu’en abordant l’examen d’une seule de ces phases, M. Proudhon ne puisse l’expliquer sans avoir recours à tous les autres rapports de la société, rapports que cependant il n’a pas encore fait engendrer par son mouvement dialectique. Lorsque ensuite M. Proudhon, au moyen de la raison pure, passe à l’enfantement des autres phases, il fait comme si c’étaient des enfants nouveau-nés, il oublie qu’elles sont du même âge que la première.
Ainsi, pour arriver à la constitution de la valeur qui pour lui est la base de toutes les évolutions économiques, il ne pouvait se passer de la division du travail, de la concurrence, etc. Cependant dans la série, dans l’entendement de M. Proudhon, dans la succession logique, ces rapports n’existaient point encore. En construisant avec les catégories de l’économie politique l’édifice d’un système idéologique, on disloque les membres du système social. On change les différents membres de la société en autant de sociétés à part, qui arrivent les unes après les autres. Comment, en effet, la seule formule logique du mouvement, de la succession, du temps, pourrait-elle expliquer le corps de la société, dans lequel tous les rapports coexistent simultanément et se supportent les uns les autres ?
Titre original : Misère de la philosophie. Réponse à la Philosophie de la misère de M. Proudhon · Parution : Paris et Bruxelles, 1847 · Traduction : aucune, texte écrit en français par Karl Marx († 1883) · Édition reproduite : V. Giard & E. Brière, Paris, 1896 · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1896 · Licence : domaine public.

