Chapitre premier — De la valeur
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Section VI. D’une mesure invariable des valeurs.

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Des principes de l’économie politique et de l’impôt, de David Ricardo.
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David Ricardo, Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817) — chapitre premier — Section VI. D’une mesure invariable des valeurs.

Les marchandises variant dans leur valeur relative, il est à désirer que l’on trouve les moyens de déterminer quelles sont celles dont la valeur réelle s’élève ou s’abaisse. Pour cela, il faudrait les comparer, séparément, avec un étalon invariable, un criterium qui serait inaccessible a toutes les fluctuations qu’éprouvent les autres marchandises. Or, il est impossible de se procurer cette mesure type, par la raison qu’il n’est pas de marchandise qui ne soit elle-même exposée aux variations qui atteignent les objets dont il s’agirait de calculer la valeur : en d’autres termes, il n’en est aucune qui ne nécessite pour sa création des quantités variables de travail. Mais, si même il était possible d’annuler pour un étalon déterminé toutes les oscillations de valeur ; s’il était possible de consacrer toujours, par exemple, la même somme de travail à la fabrication de notre monnaie, on ne serait pas encore parvenu à obtenir un type parfait, une mesure invariable. Comme je l’ai déjà indiqué, en effet, il faudrait encore tenir compte de l’influence produite par les mouvements des salaires, par les différentes proportions de capital fixe nécessaire pour créer cette mesure et les autres marchandises dont on voudrait déterminer les variations de valeur, enfin, par la durée plus ou moins grande du capital fixe, et le temps nécessaire pour amener les marchandises sur le marché ; — toutes circonstances qui enlèvent un objet quelconque la faculté de servir comme type exact et invariable.

Ainsi, on ne saurait prendre l’or comme étalon, car l’or, comme toute autre marchandise, est produit par une certaine quantité de travail unie à un certain capital fixe. Des améliorations peuvent être introduites dans les procédés qui servent à le produire, et ces améliorations peuvent déterminer une baisse dans sa valeur relative avec les autres objets.

En supposant même que l’or fit disparaître cette cause de variation, et que la même quantité de travail fût toujours nécessaire pour obtenir la même quantité d’or, il resterait encore comme obstacle les différences entre les proportions de capital fixe et le capital circulant qui concourent à la production des autres marchandises : — à quoi il faudrait ajouter encore la durée plus ou moins grande des capitaux, le temps, plus ou moins long, nécessaire pour livrer l’or sur le marché. L’or pourrait donc être une mesure parfaite des valeurs pour toutes les choses produites dans des circonstances exactement semblables, mais pour celles-là seules. Si, par exemple, il était créé dans les mêmes conditions que celles nécessaires pour produire du drap ou des cotonnades, il déterminerait fort exactement la valeur de ces objets ; mais pour le blé, le charbon, mille autres produits où ont été enfouies des portions plus ou moins grandes de capital fixe, il serait inhabile à les mesurer. Nous avons démontré, en effet, que toute altération dans le taux des profits influe sur la valeur relative des marchandises, indépendamment même de la somme de travail consacrée à les produire. Il en résulte donc que ni l’or, ni aucun autre objet ne peuvent servir à mesurer exactement la valeur des marchandises ; mais je me hâte de répéter ici que les variations qui surviennent dans le taux des profits, agissent faiblement sur le prix relatif des choses. L’influence la plus manifeste appartient aux différentes quantités de travail nécessaires à la production : aussi, si nous admettons que l’on soit affranchi de cette influence, aurons-nous acquis un criterium aussi approximatif qu’on puisse le désirer en théorie. Ne peut-on considérer l’or, en effet, comme le résultat d’une combinaison de capitaux circulants et de capitaux fixes, équivalente à celle qui sert à produire les autres marchandises ? Et ne peut-on supposer en même temps cette combinaison également éloignée des deux extrêmes, c’est-à-dire, du cas où l’on emploie peu de capital fixe, et de celui, au contraire, où il faut une faible quantité de travail ?

Si, à tous ces titres, je puis me considérer comme possédant un étalon des valeurs qui se rapproche beaucoup d’un criterium invariable, j’aurai cet énorme avantage de pouvoir indiquer les variations des autres objets, sans m’inquiéter sans cesse des variations survenues ou à survenir dans la valeur de l’agent qui sert à mesurer tous les prix.

Pour faciliter nos recherches je supposerai l’or invariable, tout en reconnaissant, d’ailleurs, que la monnaie faite avec ce métal est soumise aux mêmes variations que les autres objets. Toutes les altérations de prix, je les considérerai donc comme provenant des variations survenues dans la valeur de la marchandise dont je m’occuperai.

Avant de quitter ce sujet, je crois devoir faire observer qu’Adam Smith et tous les écrivains qui l’ont suivi, sans exception aucune, ont soutenu que toute hausse dans le prix du travail a pour effet nécessaire d’élever le prix des marchandises. J’espère avoir démontré que cette opinion ne s’appuie sur rien et que les seules choses susceptibles de hausse seraient celles qui auraient exigé moins de capital fixe que l’étalon par lequel s’évaluent les prix. Quant à celles qui en exigeraient davantage, leur prix baisserait parallèlement à la hausse des salaires. Le contraire aurait lieu dans le cas où les salaires diminueraient.

Je n’ai pas dit, et il est essentiel de se le rappeler, que par cela seul que le travail consacré à une marchandise s’élève à 1000 l. st. et celui consacré à une autre marchandise à 2000 l. st., la valeur de ces deux objets doive être nécessairement de 1000 l. st. et de 2000 l. st. : j’ai dit simplement que cette valeur serait dans le rapport de 1 à 2, et que ces marchandises s’échangeraient d’après ce rapport. Il importe fort peu à la vérité de notre théorie, que l’un de ces produits se vende a raison de 1100 l. st. ou de 1500 l. st., l’autre à raison de 2200 l. st. ou de 3000 l. st. Je n’examinerai même pas cette question en ce moment ; ce que j’affirme seulement, c’est que leur valeur relative se règle sur les quantités relatives de travail consacré à leur production.


Titre original : On the Principles of Political Economy and Taxation · Parution : Londres, 1817 ; troisième édition, 1821 · Traduction : Francisco Solano Constancio († 1846) et Alcide Fonteyraud († 1849) · Année de la traduction : 1819 (Constancio) ; édition revue de 1847 · Édition reproduite : Œuvres complètes de David Ricardo, Guillaumin, Paris, 1847, avec les notes de l’édition · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1847 · Licence : domaine public.