Chapitre premier — De la valeur
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Section VII.

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Des principes de l’économie politique et de l’impôt, de David Ricardo.
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David Ricardo, Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817) — chapitre premier — Section VII.

Des différentes conséquences produites par les oscillations dans la valeur de la monnaie ou dans celle des marchandises que la monnaie, — ce symbole des prix, — sert à acheter.

Quoique je me sois décidé à reconnaître, en général, à la monnaie une valeur invariable, afin de pouvoir déterminer d’une manière plus nette les variations que subissent les autres marchandises, je crois devoir indiquer ici les conséquences très-diverses qu’entraînent les altérations de valeur produites par les différentes quantités de travail nécessaires pour créer les marchandises et les variations produites par des changements dans la valeur de la monnaie elle-même.

La monnaie étant une marchandise variable, la hausse des salaires en argent devra résulter souvent d’une baisse dans la valeur de la monnaie. Toute augmentation de salaire, produite par cette cause, sera nécessairement accompagnée d’une hausse correspondante dans le prix des marchandises ; mais il sera facile de voir alors que le travail et les autres marchandises n’ont pas varié et que les changements se rapportent uniquement à l’argent.

Par cela seul que la monnaie nous vient du dehors, qu’elle forme l’agent intermédiaire des échanges entre tous les pays civilisés, qu’elle se distribue parmi ces pays, dans des proportions qui varient constamment avec les progrès de l’industrie et du commerce, et avec les difficultés toujours croissantes que l’on éprouve pour entretenir une population ascendante ; par cela seul, dis-je, la monnaie est soumise à d’incessantes variations. En déterminant les principes qui règlent la valeur échangeable et les prix, il nous faudra donc faire une profonde distinction entre les variations qui viennent de la marchandise elle-même, et celles qui naissent des perturbations que subit l’étalon des valeurs et des prix.

Une hausse dans les salaires, qui provient d’une altération dans la valeur de la monnaie, produit un effet général sur les prix, mais n’agit pas sur les profits. Au contraire, une hausse des salaires, qui indiquerait qu’une rémunération plus large a été accordée à l’ouvrier ou que les objets de première nécessité sont devenus plus rares, plus coûteux, aurait, en général, pour effet d’abaisser les profits ; dans ce cas, en effet, le pays consacrerait à l’entretien des ouvriers une plus grande somme de travail annuel, ce qui n’arriverait pas dans l’autre.

C’est d’après la répartition du produit total d’une exploitation agricole entre le propriétaire, le capitaliste, l’ouvrier, que l’on juge de l’accroissement ou de la diminution de la rente, des profits et des salaires : ce n’est pas, ce ne saurait être d’après la valeur qu’aurait ce produit si on le comparait a une mesure type, reconnue variable, mobile, inconstante.

C’est par la quantité de travail nécessaire pour créer un produit, et non par la portion attribuée aux différentes classes de la société, que l’on peut juger exactement du taux des profits, de la rente et des salaires. Des améliorations introduites en agriculture ou en industrie pourront doubler l’importance des produits ; mais si les salaires, la rente, les profits ont doublé en même temps, ils conserveront entre eux les mêmes rapports, et paraîtront n’avoir subi aucune variation. Mais s’il arrivait que les salaires ne grandissent pas dans la même proportion ; si au lieu de doubler ils augmentaient seulement de 50%, et si la rente s’accroissait seulement de 75%, laissant aux profits le reste de l’excédant obtenu, il me paraîtrait fort correct de dire que la rente et les salaires ont baissé tandis que s’élevaient les profits. En effet, si nous avions une mesure type qui nous permît de mesurer la valeur de ce produit, nous verrions que la part échue aux ouvriers et aux propriétaires est moins grande, et celle attribuée aux capitalistes plus forte qu’auparavant. Ainsi nous verrions, par exemple, que tout en doublant, la quantité absolue des marchandises se trouve être précisément le produit de la même somme de travail. Si chaque centaine de chapeaux, d’habits et de quarters de blé se distribuait avant dans les proportions suivantes :

Aux ouvriers25
Aux propriétaires25
Aux capitalistes50
100

et si, la quantité de marchandises venant à doubler, cette distribution s’effectuait de la manière suivante :

Aux ouvriers22
Aux propriétaires22
Aux capitalistes56

j’en conclurais que les salaires et la rente ont haussé tandis que les profits ont au contraire diminué : et cela, alors même que, par suite de l’abondance des marchandises, la quantité attribuée à l’ouvrier et au propriétaire aurait grandi dans la proportion de 625 à 44. Les salaires doivent s’estimer d’après leur valeur réelle, c’est-à-dire d’après la quantité de travail et de capital consacrés à les produire, et non d’après leur valeur nominale, soit en habits, soit en chapeaux, en monnaie ou en blé. Dans les circonstances que j’ai supposées, les marchandises auraient perdu la moitié de leur valeur, et aussi la moitié de leur prix, si la monnaie n’avait pas varié. Si donc il était bien constaté que les salaires en argent ont baissé, cette baisse n’en serait pas moins réelle, alors même que l’ouvrier pourrait se procurer une plus grande somme de marchandises qu’auparavant.

Quelque grande que soit cependant une variation dans la valeur de la monnaie, elle n’influe en rien sur le taux des profits : car supposons que les produits du manufacturier haussent de 1000 l. st. à 2000 l. st. ou de 100% ; si son capital, que les variations monétaires modifient aussi puissamment que la valeur de ces produits, si ses bâtiments, ses machines haussent aussi de 100%, le taux de ses profits restera le même, et il pourra acheter la même somme de travail, ni plus, ni moins.

Si, avec un capital d’une certaine valeur, il peut par de l’économie dans la main-d’œuvre, doubler la masse des produits et abaisser les prix de moitié, les mêmes rapports subsisteront entre le capital et le produit, et, conséquemment, le taux des profits ne variera pas.

Si au moment où il multiplie les produits en accroissant la puissance du même capital, la valeur de la monnaie fléchit de moitié sous l’influence de tel ou tel événement, le prix de ces objets doublera ; mais le capital, consacré à leur création, prendra aussi une valeur monétaire double. C’est pourquoi, le rapport entre la valeur du produit et celle du capital restera le même : et alors même que le produit doublerait la rente, les salaires et les profits suivraient uniquement, dans leurs variations, les diverses portions attribuées a chacune des classes qui se les partagent.


Titre original : On the Principles of Political Economy and Taxation · Parution : Londres, 1817 ; troisième édition, 1821 · Traduction : Francisco Solano Constancio († 1846) et Alcide Fonteyraud († 1849) · Année de la traduction : 1819 (Constancio) ; édition revue de 1847 · Édition reproduite : Œuvres complètes de David Ricardo, Guillaumin, Paris, 1847, avec les notes de l’édition · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1847 · Licence : domaine public.