Chapitre XI — De la rente de la terre ou du fermage
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Des motifs qui ont fait soupçonner que la valeur de l’argent continuait toujours à baisser.

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La Richesse des nations, d’Adam Smith.
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Adam Smith, La Richesse des nations (1776) — livre I, chapitre xi — Des motifs qui ont fait soupçonner que la valeur de l’argent continuait toujours à baisser.

Des motifs qui ont fait soupçonner que la valeur de l’argent continuait toujours à baisser1.

Ce qui porte beaucoup de gens à croire que la valeur des métaux précieux continue toujours à baisser dans le marché de l’Europe, c’est l’accroissement d’opulence de l’Europe, joint à cette notion vulgaire, que la quantité de ces métaux augmentant naturellement à mesure que l’opulence augmente, ils doivent diminuer en valeur en augmentant en quantité ; et ce qui les confirme encore davantage dans cette opinion, c’est le prix toujours croissant de plusieurs parties du produit brut de la terre2

J’ai déjà tâché de démontrer précédemment que l’augmentation de . quantité des métaux précieux dans un pays, quand elle avait sa source dans l’augmentation de richesse, ne tendait nullement à diminuer leur valeur. L’or et l’argent vont se rendre naturellement dans un pays riche, par la même raison que s’y vont rendre tous les objets de luxe et de curiosité ; ce n’est pas parce qu’ils y sont à meilleur marché que dans des pays plus pauvres, mais parce qu’ils y sont plus chers,

. ou parce qu’on donne un meilleur prix pour les obtenir. C’est cette supériorité de prix qui les y attire, et ils cessent nécessairement d’y aller aussitôt que cette supériorité vient à cesser.

J’ai déjà cherché à faire voir qu’à l’exception du blé et des autres végétaux qui sont entièrement le fruit de l’industrie des hommes, toutes les autres espèces de produit brut, le bétail, la volaille, le gibier de tout genre, les fossiles et les minéraux utiles, etc., devenaient naturellement plus chers à mesure que la société s’enrichit et gagne en industrie. Ainsi, quoique ces sortes de denrées viennent à s’échanger contre une plus grande quantité d’argent qu’auparavant, il ne s’ensuit nullement de là que l’argent soit devenu naturellement moins cher ou qu’il achètera moins de travail qu’auparavant, mais seulement que ces denrées sont elles-mêmes devenues réellement plus chères, ou qu’elles achèteront plus de travail qu’auparavant. Ce n’est pas seulement leur prix nominal, c’est encore leur prix réel, qui s’élève en proportion des progrès de l’amélioration du pays. La hausse de leur prix nominal n’est pas l’effet d’une dégradation dans la valeur de l’argent, mais l’effet d’une hausse dans leur prix réel.

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Il est incontestable que depuis l’année 1773 la valeur de l’or et de l’argent a fortement baissé ; et l’énorme accroissement de la circulation en papier, abstraction faite de sa dépréciation, nous présente une explication suffisante de ce fait. C’est principalement pour les besoins des échanges commerciaux que les métaux précieux sont si fortement recherchés. Mais si dans cette fonction ils sont surpassés par le papier, ils seront moins demandes, et naturellement auront moins de valeur. L’invention de la circulation de papier donne lieu aux mêmes effets que la découverte d’une mine nouvelle et très-productive, puisque la circulation ainsi alimentée à peu de frais et dans une proportion indéfinie, laisse une plus grande masse de métaux précieux pour d’autres usages. Lord Liverpool a constaté qu’en 1774, lors d’une nouvelle émission de monnaies d’or dans ce pays, il avait été apporté à la Monnaie pour la refonte 21 millions de guinées, outre un excédant de 10 millions qui fut maintenu en circulation. Mais il n’est pas probable qu’il existe maintenant dans la circulation plus de 4 à 5 millions : et l’équilibre s’étant étendu sur tout le marché du monde, a dû tendre généralement à réduire la valeur des métaux précieux*. Dans la circulation de la Grande-Bretagne, les monnaies d’or dominent ; mais dans la plupart des autres pays, l’argent est la monnaie principale. Si toutefois la circulation en papier prenait dans les autres parties du monde le développement qu’elle a acquis en Angleterre, une énorme quantité d’argent se trouverait sans emploi, et sa valeur éprouverait naturellement une baisse proportionnée. Le contingent des métaux précieux fourni par les mines de l’Amérique s’est aussi fortement accru dans ces quatre-vingts dernières années. L’Amérique espagnole principalement a vu, dès l’année 1770, son commerce et sa population faire de rapides progrès : et les travaux de mines y ont été *. M. Jacob estime, dans son excellent ouvrage Recherches historiques sur la production a lu consommation des métaux précieux, (Londres 1831, 2 vol. in-8o, non traduit), que la masse de métaux précieux monnayés existant en Europe s’élevait à neuf milliards de francs environ en 1809, et seulement à 7 milliards 72 millions de francs a la fin de 1829, soit une diminution d’un sixième sur la masse totale. Cette diminution provient, selon l’auteur, pour un peu plus de trois cinquièmes, de l’emploi des métaux précieux dans les arts, et pour les deux cinquièmes restant, de l’exportation en Asie. A. B.
poussés avec une activité toujours croissante. La production a suivi cette proportion ascendante. D’après les rapports consignés dans le Mercurio Peruano, journal périodique publié à Lima, et contenant des vues très-curieuses et très-habiles sur la situation du pays, le monnayage annuel du Mexique, qui est à peu près égal au produit de ses mines en raison de la médiocrité de l’exportation des lingots, se montait, par une moyenne décennale de 1762 à 1773, à 12,503,735 dollars en argent, et 770,742 dollars en or, ensemble 15,074,495 dollars. D’après la moyenne décennale de 1782 à 1793, l’émission se monta à 19,491,509 dollars d’argent et 044,040 dollars d’or, ensemble 20,155,549 : en 1790 il fut en même temps remis à l’Espagne un demi-million de dollars en lingots. En 1795 on atteignit le chiffre de 24,512,942 dollars ; et d’après une moyenne de dix années, entre 1704 et 1805, l’émission annuelle s’éleva à 21,084,787 dollars. Le produit des mines brésiliennes a grandement fléchi depuis les soixante dernières années ; mais, en général, il est évident que toutes les fois que le papier a primé partiellement sur les métaux précieux, comme instrument d’échanges commerciaux, l’approvisionnement moyen a suivi une marche ascendante dans le monde : et ces faits expliquent surabondamment la baisse qui s’est manifestée dans leur valeur. Cet énorme accroissement des monnaies d’or et d’argent, et la baisse de leur valeur, inséparable du premier phénomène, en provoqueront dans un temps une plus grande consommation, destinée à arrêter graduellement le déclin de leur valeur. Buchanan.

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Il a été déjà observé qu’à mesure que l’industrie s’étend et se perfectionne, le produit total du travail de la société devient de plus en plus considérable ; et comme la production crée la plupart des objets plus vite que la consommation ne les détruit, il en résulte une abondance toujours croissante des choses propres aux besoins et commodités de la vie, en sorte que chaque individu, à proportion de la place qu’il occupe dans l’ordre social, reçoit une portion plus ample dans la distribution générale du dividende commun, et se trouve ainsi mieux et plus largement pourvu. Si nous comparons la somme des consommations faites actuellement dans le cours d’une année par un grand propriétaire, par un riche commerçant, par un bourgeois aisé, par un médecin, par un avocat, par un commis, et ainsi en descendant jusqu’au simple artisan des villes et au petit fermier des campagnes, avec ce qu’était cette consommation il y a cent ou cent cinquante ans, chez des hommes de condition absolument semblable, nous trouverons que la somme a tout au moins triplé ou quadruplé ; et comme c’est en argent que nous évaluons toutes choses, cette somme de consommations annuelles sera représentée aujourd’hui par une quantité d’argent trois ou quatre fois plus forte. Ce fait frappe tous les esprits, d’autant plus que les effets de ce progrès étant assez sensibles dans un espace de quarante ou cinquante ans, il est beaucoup de vieillards auxquels il suffit de se rappeler les faits de leur jeunesse pour se convaincre de la vérité de cette observation. Nous ne remonterons pas, pour le prouver, jusqu’à cette époque où un premier président du parlement de Paris stipulait, dans un bail avec son fermier, que celui-ci amènerait à la ville, à certains jours de l’année, une charrette bien garnie de paille fraîche pour voiturer madame la présidente et ses filles ; nous nous arrêterons à ce siècle à jamais célèbre par les chefs-d’œuvre qu’il a produits dans tous les genres de littérature et de beaux-arts, par la politesse et le bon goût dont il nous a laissé tant de modèles, et enfin par la grandeur et la magnificence qui se déployèrent à la cour du prince. Le comte d’Aubigné, frère de Mme de Maintenon, pouvait passer déjà, en 1678, pour un assez grand seigneur. Il fut depuis décoré du cordon bleu, et maria sa fille au fils aîné du maréchal de Noailles, avec une dot de 1500 mille francs de notre monnaie, tant en argent comptant qu’en pierreries. Sa maison, à l’époque où fut écrite la lettre que nous allons citer, sans être très-nombreuse, était composée de dix domestiques, et il y entretenait deux carrosses. Entrons maintenant dans l’intérieur du ménage, et voyons en quoi devait consister la dépense ordinaire, telle que la règle Mme de Maintenon, d’après l’expérience qu’elle en a et ce qu’elle en a appris dans le monde, enfin suivant ce qu’elle ferait pour elle-même, si elle ne vivait pas à la cour. Quinze livres de viande de boucherie suffisent par jour à la table des maîtres et à la nourriture des dix domestiques. C’est sur ces quinze livres de viande bouillie qu’on prend une entrée qui sera, dit-elle, tantôt de fraise de veau, tantôt de langues de mouton, etc. Le rôti sera épargné lorsque monsieur dînera en ville ou lorsque madame ne soupera pas. Une bouteille de vin par jour est plus qu’il ne faut pour la table des maîtres. On ne doit consommer qu’une livre de sucre en quatre jours pour une compote qui formera tout le dessert avec la pyramide éternelle de poires et de pommes dont on renouvelle les feuilles. Il n’y a que deux feux, celui de la cuisine et un seul pour l’appartement. On ne brûle que deux bougies dans toute la maison, et la livre de six doit durer trois jours. Le compte de chandelle est encore plus curieux. « Je mets une livre de chandelle par jour, qui est de huit ; une dans l’antichambre, une pour les femmes, une pour les cuisines, une pour l’écurie ; je ne vois guère que ces quatre endroits où il en faille ; cependant, comme les jours sont courts, j’en mets huit, et si Aimée est ménagère et qu’elle sache serrer les bouts, cette épargne ira à une livre par semaine*. » Tel doit être l’état de la dépense de cette maison pour tout le cours du mois et de l’année. Or, si nous revenons au temps présent, il n’est pas un bourgeois un peu aisé qui, dans le seul jour de la semaine où il juge à propos de recevoir ses amis à dîner, ne consomme en provisions de bouche de toute espèce, en vin, en sucreries, en dessert, en bois et en lumières, beaucoup plus que n’en consommaient dans tout le cours de la semaine M. et Mme d’Aubigné, sans compter le café, les vins étrangers et plusieurs autres articles qui ne figurent pas dans leur dépense, et qui sont devenus des objets de consommation habituelle pour toute la classe aisée de la société. Nous n’avons pas de détails aussi circonstanciés sur l’économie des habits et de l’ameublement ; mais il est à présumer qu’elle était mesurée sur la même proportion que la dépense de table**. Cet accroissement général dans la quantité des consommations de chaque individu est ce qui a fait monter le taux pécuniaire des traitements et rétributions dans toutes les professions libérales, et dans tous les emplois et services qui s’élèvent au-dessus du simple travail, parce que ces traitements et rétributions sont la représentation d’une plus grande quantité d’objets consommables. Le simple travail même est, par cette raison seule, payé avec un peu plus d’argent qu’il ne l’était autrefois, parce que l’ouvrier est mieux nourri et mieux vêtu. Les progrès successifs de l’industrie et du commerce, en offrant les objets consommables en plus grande abondance et à moindre prix, ont invité les particuliers à grossir de plus en plus la somme de leur consommation personnelle ; et par une réaction naturelle, cet effet a continuellement agi comme cause des progrès ultérieurs de l’industrie, parce que les manufactures et le commerce ne peuvent avoir de plus puissant encouragement que le prompt débit de leurs productions et marchandises. Garnier. *. Lettres de Mme de Maintenon, tom. Ier, p. 95. **. Lettres de Mme de Maintenon


Titre original : An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations · Parution : Londres, 1776 · Traduction : Germain Garnier († 1821), revue et corrigée par Adolphe Blanqui († 1854) · Année de la traduction : 1802 ; édition revue de 1843 · Édition reproduite : Guillaumin, Paris, 1843, avec les notes des commentateurs (Buchanan, Garnier, Mac Culloch, Malthus, J. Mill, Ricardo, Sismondi, J.-B. Say, Blanqui) · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1843 · Licence : domaine public.