Chapitre XI — De la rente de la terre ou du fermage
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Première classe.

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La Richesse des nations, d’Adam Smith.
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Adam Smith, La Richesse des nations (1776) — livre I, chapitre xi — Première classe.

La première source de produit brut dont le prix s’élève dans les progrès que fait l’opulence nationale, c’est celle sur la multiplication de laquelle l’industrie humaine n’a presque aucune espèce de pouvoir ; elle consiste dans ces choses que la nature ne donne qu’en certaines quantités, et qui, étant très-périssables, ne peuvent s’accumuler pendant plusieurs saisons de suite. Telles sont la plupart des poissons et oiseaux rares et singuliers ; plusieurs différentes espèces de gibier ; presque tous les oiseaux sauvages, particulièrement ceux de passage, ainsi que beaucoup d’autres choses. À mesure que croissent la richesse et le luxe qui l’accompagne, la demande de ces sortes de choses doit vraisemblablement croître aussi en même temps, et il n’y a pas d’efforts de l’industrie humaine capables d’augmenter l’approvisionnement de ces choses fort au-delà de ce qu’il était avant l’accroissement de la demande. Ainsi, la quantité de ces marchandises restant la même ou à peu près la même, tandis que la concurrence des acheteurs va toujours croissant, leur prix peut monter à tous les degrés possibles d’excès, et il ne paraît pas y avoir de bornes pour l’arrêter. Quand même les bécasses deviendraient en vogue pour se vendre vingt guinées la pièce, il n’y a pas d’efforts de l’industrie humaine capables d’en faire venir au marché un plus grand nombre, à peu de chose près, que ce qui y vient aujourd’hui. C’est ainsi qu’on peut facilement expliquer le haut prix de quelques oiseaux et poissons rares, chez les Romains, au temps de leur plus grande opulence. Ces prix n’étaient point l’effet d’une baisse de la valeur de l’argent à cette époque, mais de la grande valeur de ces choses rares et curieuses que l’industrie humaine ne pouvait pas multiplier à son gré. À l’époque qui précéda la chute de la république romaine et dans les temps qui suivirent de près cet événement, la valeur de l’argent, à Rome, était plus élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui dans la plus grande partie de l’Europe. Le prix auquel la république payait le modius, ou quart de boisseau de blé de dîme de Sicile, était de 3 sesterces, valant environ 6 den. sterling. Ce prix était pourtant vraisemblablement plus bas que le prix moyen du marché, puisque l’obligation de livrer le blé à ce prix était regardée comme un tribut imposé sur les labours de la Sicile. Aussi, quand les Romains avaient besoin de requérir plus de blé que le montant des dîmes, ils devaient payer le surplus, ainsi qu’ils s’y étaient engagés par capitulation, sur le pied de 4 sesterces ou 8 deniers sterling le modius ; et ce prix avait été sans doute regardé comme le prix modéré et raisonnable, c’est-à-dire le prix de contrat moyen et ordinaire de ce temps-là ; il revient à environ 2 sch. le quarter. Or, le prix de contrat ordinaire du blé d’Angleterre, qui, en qualité, est inférieur au blé de Sicile, et se vend, en général, à un plus bas prix dans le marché de l’Europe, était de 28 sch. le quarter avant les dernières années de cherté. Ainsi, la valeur de l’argent, dans ces temps anciens, doit avoir été, à sa valeur actuelle, dans la valeur inverse de 3 à 4, c’est-à-dire que 3 onces d’argent auraient alors acheté la même quantité de travail et de choses consommables que 4 onces en achèteraient aujourd’hui. Lors donc que nous lisons dans Pline1 que Seius acheta un rossignol blanc pour en faire présent à l’impératrice Agrippine, au prix de 6,000 sesterces, valant environ 50 livres de notre monnaie, et qu’Asinius Celer2 acheta un surmulet 8,000 sesterces, valant environ 66 liv. 13 sch. 4 den. de notre monnaie, toute surprenante que nous paraisse l’élévation prodigieuse de ces prix, nous la voyons pourtant encore, au premier coup d’œil, d’un tiers au-dessous de ce qu’elle était réellement. Le prix réel de ces deux choses, la quantité de travail et de subsistances qu’on a cédée pour les avoir, était encore d’un tiers environ plus fort que ce que nous exprime aujourd’hui le prix nominal. Seius céda pour le rossignol le droit de disposer d’autant de travail et de subsistances qu’en pourraient acheter maintenant 66 liv. 13 sch. 4 den. ; et Asinius Celer, pour son surmulet, se dessaisit du pouvoir d’en commander autant qu’en achèteraient aujourd’hui 88 liv. 13 sch. 9 den. 1/3. L’élévation excessive de ces prix provenait bien moins d’une abondance d’argent que de l’abondance de travail et de subsistances que ces deux Romains avaient à leur disposition, au-delà de ce qu’exigeait leur consommation personnelle ; mais la quantité d’argent qu’ils avaient à leur disposition était beaucoup moindre que celle que leur procurerait aujourd’hui la faculté de commander une pareille quantité de travail et de subsistances.

1

Histoire naturelle, liv. X, chap. xxix.

2

Histoire naturelle, liv. IX, chap. xvii.


Titre original : An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations · Parution : Londres, 1776 · Traduction : Germain Garnier († 1821), revue et corrigée par Adolphe Blanqui († 1854) · Année de la traduction : 1802 ; édition revue de 1843 · Édition reproduite : Guillaumin, Paris, 1843, avec les notes des commentateurs (Buchanan, Garnier, Mac Culloch, Malthus, J. Mill, Ricardo, Sismondi, J.-B. Say, Blanqui) · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1843 · Licence : domaine public.