Chapitre XI — De la rente de la terre ou du fermage
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Section III. — Des variations dans la proportion entre les valeurs respectives de l’espèce de produit qui fournit toujours une Rente, et l’espèce de produit qui quelquefois en rapporte une et quelquefois n’en rapporte point.

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La Richesse des nations, d’Adam Smith.
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Adam Smith, La Richesse des nations (1776) — livre I, chapitre xi — Section III. — Des variations dans la proportion entre les valeurs respectives de l’espèce de produit qui fournit toujours une Rente, et l’espèce de produit qui quelquefois en rapporte une et quelquefois n’en rapporte point.

L’abondance de plus en plus grande de subsistances, en conséquence des améliorations successives de la culture, doit nécessairement faire augmenter sans cesse la demande de chaque partie du produit de la terre qui n’est pas la nourriture, et qu’on peut faire servir pour la commodité ou pour l’ornement. On pourrait donc s’attendre à ce que, pendant le cours des progrès, il ne pût y avoir qu’une seule espèce de variation dans les valeurs comparatives des deux différentes sortes de produits. Cette espèce de produit qui quelquefois rapporte une rente, et quelquefois n’en rapporte pas, devrait constamment augmenter de valeur, relativement à l’espèce de produit qui rapporte toujours une rente. À mesure que les arts et l’industrie vont en avançant, les matières propres à vêtir et à loger, les fossiles et les minéraux utiles, les métaux précieux et les pierres précieuses devraient successivement être de plus en plus demandés ; ils devraient successivement s’échanger contre une quantité de subsistances de plus en plus grande, ou, en d’autres termes, ils devraient toujours renchérir de plus en plus. C’est aussi ce qui est arrivé à l’égard de presque toutes ces choses, le plus souvent, et il en serait arrivé de même pour toutes, dans toutes les circonstances, si à certaines époques des événements particuliers n’avaient pas augmenté l’approvisionnement de quelques-unes de ces choses dans une proportion encore beaucoup plus forte que la demande.

La valeur d’une carrière de pierre de taille, par exemple, augmentera nécessairement à mesure qu’augmenteront l’industrie et la population du pays environnant, surtout si elle se trouve la seule dans le voisinage. Mais la valeur d’une mine d’argent, fût-elle la seule à cinq cents lieues à la ronde, n’augmentera pas nécessairement en conséquence des progrès du pays où elle est située. Le marché, pour le produit d’une carrière de pierre de taille, ne s’étend guère au-delà de quelques milles à l’entour, et la demande en sera généralement en proportion des progrès et de la population de ce petit arrondissement ; mais le marché, pour le produit d’une mine d’argent, peut s’étendre à tous les pays du monde connu. Ainsi, à moins que le monde entier n’augmente généralement en richesse et en population, les progrès survenus même dans une grande étendue de pays autour de la mine n’augmenteront pas la demande de l’argent ; et dans le cas même où le monde entier irait en s’enrichissant, lors même que, dans le cours de ces progrès, on découvrirait de nouvelles mines beaucoup plus fécondes qu’aucune de celles connues jusqu’alors, et bien que, dans ce cas, la demande d’argent allât toujours en augmentant, cependant il pourrait se faire que l’approvisionnement augmentât de son côté dans une proportion tellement supérieure, que le prix réel de ce métal tombât de plus en plus ; c’est-à-dire que, de plus en plus, une quantité donnée, une livre pesant, par exemple, de ce métal, ne pût acheter ou commander qu’une quantité de travail toujours moindre, ou s’échangeât contre une quantité toujours successivement plus petite de blé, la principale subsistance du travailleur.

Le grand marché pour l’argent, c’est la partie du monde civilisée et commerçante.

Si la demande de ce marché venait à s’accroître par le progrès de l’amélioration générale, et que l’approvisionnement n’augmentât pas en même temps dans la même proportion, alors la valeur de l’argent s’élèverait successivement, par rapport à celle du blé. Une quantité donnée d’argent s’échangerait contre une quantité de blé toujours de plus en plus grande, ou, en d’autres termes, le prix moyen du blé en argent deviendrait successivement de plus en plus bas.

Si, au contraire, l’approvisionnement venait à s’accroître, par suite de quelque événement, pendant plusieurs années de suite, dans une proportion beaucoup plus forte que la demande, ce métal deviendrait successivement de moins en moins cher, ou, en d’autres termes, le prix moyen du blé en argent, en dépit de toutes les améliorations possibles, deviendrait successivement de plus en plus cher.

Mais, d’un autre côté, si la quantité ou l’offre de ce métal venait à augmenter à peu près dans la même proportion que la demande, il continuerait alors à acheter ou à obtenir en échange la même ou à peu près la même quantité de blé, et le prix moyen du blé, en argent, resterait toujours à peu près le même, malgré tous les progrès.

Ces trois différents cas épuisent, à ce qu’il semble, toutes les combinaisons d’événements qui peuvent avoir lieu à cet égard dans le cours des progrès de l’amélioration générale ; et si nous pouvons en juger par ce qui s’est passé tant en France que dans la Grande-Bretagne, pendant le cours des quatre siècles qui ont précédé celui-ci, chacune de ces trois combinaisons différentes semble avoir eu lieu dans le marché de l’Europe, et à peu près suivant l’ordre dans lequel je viens de les exposer1.

1

La valeur des métaux précieux a été bien plus sérieusement altérée par une autre circonstance que le Dr Smith a négligé de signaler : je veux parler de la substitution du papier aux espèces comme intermédiaire des échanges.
Buchanan.


Titre original : An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations · Parution : Londres, 1776 · Traduction : Germain Garnier († 1821), revue et corrigée par Adolphe Blanqui († 1854) · Année de la traduction : 1802 ; édition revue de 1843 · Édition reproduite : Guillaumin, Paris, 1843, avec les notes des commentateurs (Buchanan, Garnier, Mac Culloch, Malthus, J. Mill, Ricardo, Sismondi, J.-B. Say, Blanqui) · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1843 · Licence : domaine public.