Le parlement de la Grande-Bretagne reçoit de fréquentes pétitions tendant à obtenir des Primes à l’exportation, et ces primes s’accordent quelquefois au produit de certaines branches de l’industrie nationale.
Par ce moyen, dit-on, nos marchands et nos manufacturiers seront en état de vendre leurs marchandises, sur les marchés étrangers, à aussi bon ou à meilleur marché que leurs rivaux. Dès lors, il y en aura une plus grande quantité d’exportée et, par conséquent, la balance du commerce en sera d’autant plus en faveur de notre pays. Nous ne pouvons pas accorder à nos ouvriers un monopole sur le marché étranger, comme nous l’avons fait pour le nôtre. Nous ne pouvons pas forcer les étrangers à leur acheter leurs marchandises, comme nous y avons forcé nos concitoyens. Par conséquent, a-t-on dit, le meilleur expédient qui nous reste à employer, c’est de payer les étrangers pour les décider à acheter de nous. Telle est la manière dont le système mercantile se propose d’enrichir tout le pays et de nous remplir à tous les poches d’argent par le moyen de sa merveilleuse balance.
On convient, à la vérité, que les primes ne doivent s’accorder qu’à ces branches d’industrie qui ne sauraient se soutenir sans elles. Mais toute branche de commerce dans laquelle le marchand peut vendre ses marchandises à un prix qui lui remplace, avec le profit ordinaire, tout le capital employé à les préparer et à les mettre au marché, sera en état de se soutenir sans le secours d’une prime. Une telle branche de commerce se trouve évidemment au niveau de toutes les autres qui se soutiennent sans prime et, par conséquent, elle n’en a pas plus besoin qu’elles. Les seules branches de commerce qui aient besoin de gratification, ce sont celles où le marchand est obligé de vendre ses marchandises à un prix qui ne lui remplace pas son capital avec le profit ordinaire, ou bien de les vendre pour moins qu’il ne lui en coûte réellement pour les mettre au marché. La prime se donne en vue de compenser ce déficit, en vue d’encourager le marchand à continuer ou peut-être même à entreprendre un commerce dans lequel la dépense est censée plus forte que les retours, dont chaque opération absorbe une partie du capital qu’on y emploie ; un commerce, enfin de telle nature que, si tous les autres lui ressemblaient, il ne resterait bientôt plus de capital dans le pays.
Il est à observer que les industries qui se soutiennent à l’aide de primes sont les seules qui puissent se maintenir pendant un certain temps entre deux nations, avec cette circonstance que l’une d’elles soit constamment et régulièrement en perte, ou bien vende constamment ses marchandises pour moins qu’il ne lui en coûte réellement à les envoyer à ce marché ; car si la prime ne remboursait pas au marchand ce qu’il perdait sans cela sur le prix de ses marchandises, son intérêt l’obligerait bientôt à employer son capital d’une autre manière, et à chercher quelque autre industrie dans laquelle le prix de ses marchandises pût lui remplacer, avec le profit ordinaire, le capital employé à les mettre au marché. L’effet des primes, comme celui de tous les autres expédients imaginés par le système mercantile, ne peut donc être que de pousser par force l’industrie du pays dans un canal beaucoup moins avantageux que celui dans lequel elle serait entrée naturellement de son plein gré.
Un auteur habile et bien instruit, celui des Traités sur le commerce des blés, a fait voir clairement que, depuis le premier établissement de la prime sur l’exportation des blés, le prix du blé exporté, évalué à un prix assez modéré, a excédé celui du blé importé, évalué au plus haut, d’une somme beaucoup plus forte que le montant total des primes qui ont été payées pendant la même période de temps1. Il trouve, en raisonnant d’après les propres principes du système mercantile, que c’est une preuve évidente que ce commerce forcé est avantageux à la nation, la valeur de l’exportation excédant celle de l’importation d’une somme beaucoup plus forte que toute la dépense extraordinaire faite par l’État pour occasionner cette exportation. Il ne fait pas attention que cette dépense extraordinaire, c’est-à-dire la prime, est la moindre partie de la dépense que l’exportation du blé coûte réellement à la société. Il faut bien mettre aussi en ligne de compte le capital employé par le fermier pour faire croître ce blé. À moins que le prix du blé, quand il est vendu sur les marchés étrangers, en remplace non-seulement la prime, mais encore ce capital, en y joignant le profit ordinaire des capitaux, la société se trouvera en perte de toute la différence, ou bien la masse du capital national en sera d’autant diminuée. Mais c’est précisément parce qu’on suppose que le prix est insuffisant pour remplir cet objet, qu’on a jugé nécessaire d’accorder une prime.
Le prix moyen du blé, a-t-on dit, a baissé considérablement depuis l’établissement de la prime. Que le prix moyen du blé ait commencé à baisser quelque peu vers la fin du dernier siècle et ait toujours été en baissant pendant le cours des soixante-quatre premières années de celui-ci, c’est un fait que j’ai tâché d’établir2. Mais cet événement, en le supposant aussi vrai que je crois qu’il l’est, aura eu lieu malgré la prime, et il n’est pas possible qu’il en soit une conséquence.
Cet événement a eu lieu en France aussi bien qu’en Angleterre, quoique en France non-seulement il n’y ait pas eu de prime, mais que, même jusqu’en 1764, l’exportation eût été absolument prohibée. Cette baisse successive dans le prix moyen du blé ne doit donc vraisemblablement être attribuée, en dernier résultat, ni à l’un ni à l’autre de ces deux règlements opposés, mais à cette hausse graduelle et insensible de la valeur réelle de l’argent, qui s’est manifestée, pendant le cours de ce siècle, sur le marché général de l’Europe, ainsi que j’ai tâché de le démontrer dans le premier livre de cet ouvrage. Il paraît absolument impossible que la prime puisse jamais contribuer à faire baisser le prix des grains3.
On a déjà observé que, dans les années d’abondance, la prime, en occasionnant une exportation extraordinaire, tient nécessairement le prix du blé, sur le marché intérieur, au-dessus du taux auquel il descendrait naturellement. C’était même là l’objet qu’on se proposait ouvertement par cette institution. Quoique la prime soit souvent suspendue pendant les années de cherté, cependant la grande exportation qu’elle occasionne dans les années d’abondance doit avoir souvent pour effet d’empêcher plus ou moins que l’abondance d’une année ne soulage la disette d’une autre.
Ainsi, dans les années de cherté, tout aussi bien que dans celles d’abondance, la prime tend de même nécessairement à faire monter le prix vénal du blé plus haut qu’il n’aurait été sans cela sur le marché intérieur.
Je pense bien qu’aucune personne raisonnable ne voudra contester que la prime doit nécessairement avoir cette tendance, l’état de la culture restant le même. Mais il y a beaucoup de gens qui pensent qu’elle tend à encourager la culture des grains, et cela de deux manières différentes : la première, en ouvrant au blé du fermier un marché plus étendu à l’étranger ; ce qui tend, selon eux, à augmenter la demande de blé et, par conséquent, la production de cette denrée ; et la seconde, en assurant au fermier un meilleur prix que celui qu’il pourrait espérer sans cela, dans l’état actuel de la culture ; ce qui tend, à ce qu’ils supposent, à encourager cette culture. Suivant eux, ce double encouragement doit occasionner, dans une longue période d’années, un tel accroissement dans la production du blé, que son prix sur le marché intérieur en doit baisser plus que la prime ne pourra le hausser, dans l’état où se trouvera être parvenue la culture à la fin de cette période.
Je réponds à cette objection que, quelque extension que la prime puisse occasionner sur le marché étranger, dans une année quelconque, cette extension se fait toujours entièrement aux dépens du marché intérieur, attendu que chaque boisseau de blé que la prime fait exporter et qui ne l’aurait pas été sans elle, serait resté sur le marché intérieur, où il aurait augmenté d’autant la consommation et fait baisser le prix de la denrée. Il faut observer que la prime sur le blé, comme toute autre prime pour l’exportation, établit sur le peuple deux impôts différents : le premier est l’impôt auquel il faut qu’il contribue pour payer la prime, et le second est l’impôt qui résulte du renchérissement de prix sur le marché intérieur, impôt qui, pour cette espèce particulière de marchandise, se paye par toute la masse du peuple, toute la masse étant nécessairement acheteur de blé. Par conséquent, à l’égard de cette marchandise en particulier, le second impôt est de beaucoup le plus lourd des deux. Supposons en effet que, une année dans l’autre, la prime de 5 schellings à l’exportation du quarter de blé froment élève le prix de cette denrée, sur le marché intérieur, de 6 deniers seulement par boisseau, ou de 4 schellings par quarter plus haut qu’il n’aurait été sans cela, vu l’état actuel de la récolte ; même dans cette supposition très-modérée, le corps entier du peuple, en outre de sa contribution à la dépense publique qu’entraîne le payement de 5 schellings de prime sur chaque quarter de froment exporté, doit encore payer un autre impôt de 4 schellings sur chaque quarter qu’il consomme lui-même. Or, selon l’auteur des Traités sur le commerce des blés, qui avait de bons renseignements, la proportion moyenne entre la quantité du blé exporté et celle du blé consommé au-dedans est seulement comme 1 est à 31. Par conséquent, par chaque 5 schellings que le peuple paye pour le premier de ces deux impôts, il faut qu’il contribue pour 6 livres 4 schellings au payement du second. Un impôt aussi lourd sur le premier besoin de la vie doit nécessairement, ou retrancher la subsistance même de l’ouvrier pauvre, ou occasionner quelque augmentation dans son salaire en argent, proportionnée à celle du prix en argent de sa subsistance4. En tant qu’il agit de la première manière, l’impôt doit diminuer, dans la classe des ouvriers pauvres, les moyens d’élever et de soigner leurs enfants, et il tend d’autant à réduire la population du pays. En tant qu’il agit de l’autre manière, il doit diminuer, dans la classe des maîtres qui font travailler les ouvriers pauvres, les moyens d’en employer un aussi grand nombre qu’ils l’auraient pu faire sans cela, et il tend à réduire d’autant l’industrie du pays. Par conséquent, l’exportation extraordinaire de blé occasionnée par la prime, non-seulement, dans chaque année en particulier, resserre le marché et la consommation intérieure de tout ce dont elle étend le marché et la consommation chez l’étranger, mais encore, par les entraves qu’elle oppose à la population et à l’industrie du pays, sa tendance, en dernier résultat, est de gêner et de comprimer l’extension graduelle du marché intérieur et, par ce moyen, de diminuer à la longue, bien loin de l’augmenter, la consommation totale et le débit de la denrée.
Cependant, on a encore imaginé que le renchérissement du prix du blé en argent, en rendant cette denrée d’un meilleur rapport pour le fermier, devait nécessairement en encourager la production.
Je réponds que cela pourrait arriver si l’effet de la gratification était de faire monter le prix réel du blé, ou de mettre le fermier en état d’entretenir, avec la même quantité de blé, un plus grand nombre d’ouvriers de la même manière que sont communément entretenus les autres ouvriers du voisinage, largement, médiocrement ou petitement. Mais il est évident que ni la prime, ni aucune autre institution humaine ne peut produire un pareil effet. Ce n’est pas sur le prix réel du blé, c’est seulement sur son prix nominal que porte tout l’effet de la prime ; et quoique l’impôt dont cette institution grève toute la masse du peuple soit très-onéreux pour ceux qui le payent, il n’est que d’un très-petit avantage pour ceux qui le reçoivent.
Le véritable effet de la prime est bien moins d’élever la valeur réelle du blé que de dégrader la valeur réelle de l’argent, et de faire en sorte qu’une même somme d’argent s’échange contre de moindres quantités, non-seulement de blé, mais encore de toute autre marchandise que le pays produit ; car le prix pécuniaire du blé règle celui de toutes les autres marchandises produites dans le pays5.
Il détermine le prix en argent du travail, qui doit toujours nécessairement être tel qu’il mette l’ouvrier en état d’acheter une quantité de blé suffisante pour l’entretien de sa personne et de sa famille, selon que le maître qui le met en œuvre se trouve obligé, par l’état progressif, stationnaire ou décroissant de la société, de lui fournir cet entretien abondant, médiocre ou chétif6.
Il détermine le prix en argent de toutes les autres parties du produit brut de la terre, lequel doit nécessairement, dans toutes les périodes d’avancement de la société, se proportionner avec le prix en argent du blé, quoique la proportion soit différente dans des périodes différentes. Il détermine, par exemple, le prix en argent du foin et du fourrage, de la viande de boucherie, des chevaux et de leur entretien, par conséquent, des charrois ou de la majeure partie des frais du commerce intérieur par terre7.
En déterminant le prix en argent de toutes les autres parties du produit brut de la terre, il détermine celui des matières de toutes les manufactures. En déterminant le prix en argent du travail, il détermine celui de la main-d’œuvre et de toutes les applications de l’industrie ; et en déterminant l’un et l’autre de ces prix, il détermine le prix total de l’ouvrage manufacturé8. Il faut donc nécessairement que le prix en argent du travail et de toute autre chose qui est le produit de la terre ou du travail, monte ou baisse en proportion du prix en argent du blé.
Par conséquent, encore que la prime puisse avoir l’effet de mettre le fermier à même de vendre son blé 4 sch. le boisseau au lieu de 3 sch. 6 d., et de payer à son propriétaire une rente en argent proportionnée à cette hausse du prix en argent de sa récolte, néanmoins, si, par une suite de cette hausse du prix du blé, 4 sch. ne peuvent acheter plus de marchandises de toute autre espèce du produit du pays que n’en auraient acheté auparavant 3 sch. 6 d., un pareil changement n’aura pas le moins du monde amélioré le sort du fermier ni celui du propriétaire. Le fermier n’en sera pas pour cela en état de cultiver mieux, ni le propriétaire de vivre plus honorablement. Sur les marchandises qu’ils achèteront de l’étranger, ce renchérissement du prix du blé pourra leur donner quelque petit avantage ; sur celles achetées dans le pays, il ne leur en donnera absolument aucun. Or, c’est en marchandises du pays que se fait presque toute la dépense du fermier, et la très-majeure partie même de celle du propriétaire.
Une dégradation dans la valeur de l’argent, qui est l’effet de la fécondité des mines et qui se fait sentir également ou presque également dans la totalité, ou peu s’en faut, du monde commerçant, est de très-peu d’importance pour un pays en particulier. La hausse qui en résulte dans tous les prix en argent, ne rend pas plus riches ceux qui les reçoivent, mais du moins elle ne les rend pas plus pauvres. Un service en argenterie devient réellement à meilleur marché, mais toutes les autres choses restent exactement comme elles étaient auparavant, quant à leur valeur réelle.
Mais cette dégradation dans la valeur de l’argent, qui, étant le résultat ou de la situation particulière d’un pays, ou de ses institutions politiques, n’a lieu que pour ce pays seulement, entraîne des conséquences tout autres, et, bien loin qu’elle tende à rendre personne réellement plus riche, elle tend à rendre chacun réellement plus pauvre. La hausse du prix en argent de toutes les denrées et marchandises, qui, dans ce cas, est une circonstance particulière à ce pays, tend à y décourager plus ou moins toute espèce d’industrie au-dedans, et à mettre les nations étrangères à portée de fournir presque toutes les diverses sortes de marchandises pour moins d’argent que ne le pourraient faire les ouvriers du pays, et par là de les supplanter non-seulement sur les marchés étrangers, mais même sur leur propre marché intérieur.
Une circonstance qui est particulière à l’Espagne ou au Portugal, c’est d’être, comme propriétaires des mines, les distributeurs de l’or et de l’argent à toute l’Europe et, par conséquent, d’avoir ces métaux chez eux à un peu meilleur marché qu’en tout autre pays d’Europe. La différence cependant ne devrait être que du prix du fret et de l’assurance ; et, vu la haute valeur de ces métaux sous un petit volume, le fret n’est presque rien, et l’assurance pas plus chère que pour toute autre valeur égale. Ainsi, l’Espagne et le Portugal n’auraient que très-peu à souffrir de cette circonstance, si leurs institutions n’en aggravaient encore le désavantage.
L’Espagne, par ses taxes sur ces métaux, et le Portugal, par ses prohibitions sur leur exportation, ont surchargé cette exportation de tous les frais de la contrebande, et ont fait monter la valeur de l’or et de l’argent, dans les autres pays, au-dessus de ce qu’elle est chez eux, de toute la valeur de ces frais. Fermez un courant d’eau par une écluse ; celle-ci une fois remplie, il s’écoulera tout autant d’eau par-dessus les portes que s’il n’y avait point d’écluse. La prohibition d’exporter ne peut pas retenir en Espagne et en Portugal plus d’or et d’argent que ces deux pays ne sont en état d’en absorber, plus que ce que le produit de leurs terres et de leur travail leur permet d’en tenir employé en monnaie, en vaisselle, en dorures et en autres ornements d’or et d’argent. Quand ils ont atteint cette quantité, l’écluse est remplie, et tout ce que le courant apporte de plus par la suite doit s’écouler. Aussi, en dépit de toutes les entraves, l’exportation annuelle d’or et d’argent de l’Espagne et du Portugal est, d’après tous les rapports, à peu près équivalente à la totalité de ce qui s’y importe annuellement. Cependant, comme l’eau doit nécessairement avoir plus d’élévation en deçà qu’au-delà de l’écluse, de même la quantité d’or et d’argent que ces entraves retiennent en Espagne et en Portugal doit être plus grande, en proportion du produit annuel de leurs terres et de leur travail, qu’elle ne l’est dans les autres pays. Plus la digue sera forte et élevée, plus aussi il y aura de différence dans la hauteur de l’eau en deçà de la digue et au-delà. Plus les taxes seront fortes, plus les peines portées pour assurer la prohibition seront graves, plus la police qui veille à l’exécution de cette loi sera vigilante et rigoureuse, et plus aussi sera grande la différence entre la quantité relative d’or et d’argent par rapport au produit des terres et du travail en Espagne et en Portugal, et la quantité relative qu’en ont les autres pays. Aussi, dit-on que cette quantité relative y est extrêmement considérable, et qu’on y voit fréquemment de la vaisselle d’argent en profusion dans des maisons qui n’offrent d’ailleurs rien qui réponde ou qui soit assorti, suivant les usages de tous les autres pays, à ce genre de magnificence. Le bon marché de l’or et de l’argent, ou, ce qui est la même chose, la cherté de toutes les marchandises, qui est une suite nécessaire de cette surabondance des métaux précieux, décourage à la fois l’agriculture et les manufactures en Espagne et en Portugal, et met les nations étrangères à portée de fournir à ces pays beaucoup d’espèces de produits bruts et presque toutes les espèces de produits manufacturés, pour une quantité d’or et d’argent moindre que celle qu’ils dépenseraient pour les faire croître ou les fabriquer chez eux9. La taxe et la prohibition opèrent cet effet de deux manières : non-seulement elles abaissent extrêmement la valeur des métaux précieux en Espagne et en Portugal ; mais encore, en y retenant de force une certaine quantité de ces métaux, qui refluerait sans cela dans les autres pays, elles tiennent leur valeur, dans ces autres pays, à un taux un peu plus élevé qu’elle n’y serait sans cela, et leur donnent par là un double avantage dans leur commerce avec l’Espagne et le Portugal. Ouvrez les portes de l’écluse, et tout aussitôt il y aura moins d’eau au-dessus de ces portes ; il y en aura plus au-dessous, et le niveau s’établira bien vite entre ces deux parties du courant. Supprimez la taxe et la prohibition, alors la quantité d’or et d’argent diminuera considérablement en Espagne et en Portugal ; elle augmentera en même temps dans les autres pays, et alors la valeur de ces métaux, leur proportion avec le produit annuel des terres et du travail, prendront partout l’équilibre, ou à peu près. La perte que l’Espagne et le Portugal auraient à essuyer de cette exportation de leur or et de leur argent serait totalement nominale et purement imaginaire. La valeur nominale de leurs marchandises et du produit annuel de leurs terres et de leur travail viendrait à baisser ; elle serait exprimée et représentée par une moindre quantité d’argent qu’auparavant, mais leur valeur réelle serait toujours la même qu’auparavant ; elle suffirait pour entretenir, commander ou employer tout autant de travail qu’elle en employait. La valeur nominale de leurs marchandises venant à tomber, la valeur réelle de ce qui leur resterait de leur or et de leur argent s’en élèverait d’autant, et une moindre quantité de ces métaux remplirait, à l’égard du commerce et de la circulation, tous les services qui en exigeaient auparavant une plus grande quantité. L’or et l’argent qui iraient au-dehors n’iraient pas pour rien, mais rapporteraient, en retour, une valeur égale de marchandises d’une espèce ou d’une autre. Ces marchandises ne seraient pas non plus toutes en objets de luxe ou de pure dépense, destinés à être consommés par ces gens oisifs qui ne produisent rien en retour de leur consommation. Comme cette exportation extraordinaire d’or et d’argent ne saurait augmenter la richesse réelle ni le revenu réel de ces gens oisifs, elle ne saurait non plus apporter une grande augmentation dans leur consommation. Vraisemblablement la plus grande partie de ces marchandises, et pour sûr, au moins une partie, consisterait en matières, outils et vivres pour employer et faire subsister des gens laborieux qui reproduiraient avec profit la valeur entière de leur consommation. Une partie du capital improductif de la société se trouverait ainsi convertie en un capital actif, et on mettrait en activité une plus grande quantité d’industries qu’on n’en entretenait auparavant. Le produit annuel des terres et du travail de ces pays augmenterait sur-le-champ de quelque chose et, au bout de peu d’années, éprouverait vraisemblablement une grande augmentation, leur industrie se trouvant ainsi soulagée d’un des fardeaux les plus accablants sous lesquels elle ait à gémir actuellement10.
La prime accordée à l’exportation du blé produit nécessairement un effet semblable à celui de cette politique absurde de l’Espagne et du Portugal. Quel que soit l’état actuel de la culture, la prime rend notre blé un peu plus cher sur le marché intérieur qu’il ne devrait l’être eu égard à cet état de culture, et elle le rend un peu meilleur marché sur les marchés étrangers ; et comme le prix moyen du blé en argent règle plus ou moins celui de toutes les autres marchandises, elle rabaisse considérablement la valeur de l’argent dans le premier de ces marchés, et tend à la faire monter un peu dans les autres. Elle met les étrangers, en particulier les Hollandais, à même non-seulement de consommer notre blé à meilleur marché qu’ils ne pourraient le faire sans elle, mais encore de le consommer quelquefois à meilleur marché que nous ne le consommons nous-mêmes dans les mêmes circonstances, comme nous en avons pour garant une excellente autorité, celle de sir Matthieu Decker. Elle empêche nos ouvriers de pouvoir livrer leurs produits pour une aussi petite quantité d’argent qu’ils eussent pu le faire sans cela, et elle met les Hollandais à même de livrer les leurs pour moins d’argent qu’ils n’eussent été en état de le faire. Elle tend à rendre les ouvrages de nos manufactures un peu plus chers sur l’un et l’autre marché, et à rendre les leurs moins chers qu’ils ne l’eussent été sans elle, et par conséquent elle tend doublement à donner à leur industrie de l’avantage sur la nôtre11.
Comme la prime fait monter sur le marché intérieur, non pas le prix réel, mais simplement le prix nominal de notre blé ; comme elle augmente, non pas la quantité de travail qu’une certaine quantité de blé peut entretenir et mettre en activité, mais simplement la quantité d’argent que cette quantité de blé pourra obtenir en échange, elle décourage nos manufactures, sans rendre le moindre service réel à nos fermiers ni à nos propriétaires ruraux. Elle met bien, à la vérité, un peu plus d’argent dans la poche des uns et des autres, et ce ne serait peut-être pas chose facile à faire entendre à la majeure partie d’entre eux, que ce n’est pas là leur rendre un service très-réel. Mais cependant, si cet argent baisse dans sa valeur, s’il perd du côté de la quantité de travail, de vivres et d’autres marchandises nationales de toute espèce qu’il a la faculté d’acheter, autant qu’il augmente lui-même en quantité, alors le service ne sera guère que nominal et imaginaire.
Il n’y a peut-être dans l’État qu’une seule classe de gens pour qui la prime est ou serait réellement profitable. C’est celle des marchands de blé, de ceux qui exportent et importent les blés. Dans les années d’abondance, la prime a nécessairement occasionné une plus forte exportation que celle qui aurait eu lieu sans cela ; et en empêchant que l’abondance d’une année ne servît à soulager la disette de l’autre, elle a occasionné, dans les mauvaises années, une importation plus forte que celle qui eût été nécessaire sans cette institution. Dans les deux cas, la prime a donné plus d’occupation aux marchands de blé, et dans les années de cherté, non-seulement elle les a mis dans le cas d’importer une plus grande quantité, mais encore de vendre à un meilleur prix et, par conséquent, avec de plus gros profits qu’ils n’eussent pu le faire si le produit surabondant d’une année n’eût pas été plus ou moins détourné de venir suppléer au déficit d’une autre. Aussi est-ce dans cette classe de gens que j’ai remarqué la plus grande chaleur pour le renouvellement ou la continuation de la prime12.
Il semble que nos propriétaires ruraux, en imposant à l’importation des blés étrangers de gros droits qui, dans les temps d’une abondance moyenne, équivalent à une prohibition, et en établissant la prime à l’exportation, aient pris exemple sur la conduite de nos manufacturiers. Par l’une de ces mesures, ils se sont assuré le monopole du marché intérieur, et par l’autre ils ont essayé d’empêcher que ce marché ne fût en aucun temps surchargé de la marchandise dont ils sont les vendeurs. Par l’une et par l’autre, ils ont cherché à faire hausser la valeur réelle de cette marchandise, de la même manière que nos manufacturiers, à l’aide de pareils moyens, avaient fait hausser la valeur réelle de plusieurs différentes sortes de marchandises manufacturées. Peut-être ils n’ont pas fait attention à la grande et essentielle différence établie par la nature entre le blé et presque toutes les autres sortes de marchandises. Lorsqu’au moyen d’un monopole sur le marché intérieur, ou d’une prime donnée à l’exportation, on met nos fabricants de toiles ou de laines à même de vendre leurs marchandises à un prix un peu meilleur que celui auquel ils les auraient données sans cela, on élève non-seulement le prix nominal, mais le prix réel de leurs marchandises. On les rend équivalentes à plus de travail et à plus de subsistances ; on augmente non-seulement le profit nominal de ces fabricants, mais leur profit réel, leur richesse et leur revenu réel ; on les met à même, ou de vivre plus à l’aise, ou d’employer plus de monde dans leur fabrique13. On encourage réellement ces manufactures, et on y pousse une plus grande quantité de l’industrie du pays que celle qui vraisemblablement s’y serait portée d’elle-même. Mais quand, à l’aide de mesures semblables, vous faites hausser le prix nominal du blé ou son prix en argent, vous n’élevez pas sa valeur réelle. Vous n’augmentez pas la richesse réelle, le revenu réel de nos fermiers et de nos propriétaires ruraux. Vous n’encouragez pas la production du blé, parce que vous ne les mettez pas à même de faire subsister plus de monde ou d’employer plus d’ouvriers à cette production. La nature des choses a imprimé au blé une valeur réelle, à laquelle ne peuvent rien changer les révolutions quelconques de son prix en argent. Il n’y a pas de monopole pour la vente au-dedans, pas de prime pour l’exportation, qui aient la puissance de faire hausser cette valeur. La concurrence la plus libre ne saurait non plus la faire baisser. Par tout le monde, en général, cette valeur est égale à la quantité de travail qu’elle peut faire subsister, et dans chaque lieu du monde en particulier elle est égale à la quantité de travail auquel elle peut fournir une subsistance aussi abondante, ou aussi médiocre, ou aussi chétive qu’il est d’usage de la fournir au travail dans cette localité particulière. La toile ni les lainages ne sont pas, parmi les marchandises, le régulateur universel qui mesure et qui détermine, en dernier résultat, la valeur réelle de toute autre marchandise ; c’est le blé qui est ce régulateur14. La valeur réelle de toute autre marchandise se règle et se mesure définitivement sur la proportion qui se trouve exister entre son prix moyen en argent et le prix moyen du blé en argent. Au milieu de ces variations, qui arrivent quelquefois d’un siècle à l’autre, dans le prix moyen du blé en argent, la valeur réelle du blé reste immuable ; c’est la valeur réelle de l’argent qui suit le cours de ces variations15.
Les primes à l’exportation pour toute marchandise fabriquée chez nous peuvent être combattues, premièrement, par cette objection générale qu’on peut appliquer à tous les divers expédients du système mercantile, savoir, qu’elles poussent par force quelque partie de l’industrie nationale dans un canal moins avantageux que celui dans lequel elle se serait portée d’elle-même ; et secondement, par cette objection, particulière à la prime, qu’elle pousse par force cette portion d’industrie, non-seulement dans un canal qui est moins avantageux, mais même désavantageux pour le moment, puisqu’un commerce qui ne peut marcher qu’à l’aide d’une prime est nécessairement un commerce à perte. Mais la prime pour l’exportation du blé est susceptible encore d’une autre objection, c’est qu’elle ne peut augmenter en rien la production de la denrée dont elle s’est proposé d’encourager la culture. Ainsi, quand nos propriétaires ruraux demandèrent l’établissement de la prime, s’ils agirent à l’imitation de nos marchands et de nos manufacturiers, ils n’agirent pas cependant avec cette parfaite intelligence de leur propre intérêt qui dirige ordinairement la conduite de ces deux autres classes16 ; ils grevèrent le revenu public d’une dépense énorme ; ils établirent un impôt très-onéreux sur la masse du peuple, mais ils ne parvinrent pas pour cela à augmenter, d’une manière tant soit peu sensible, la valeur réelle de leur marchandise : en rabaissant de quelque chose la valeur réelle de l’argent, ils découragèrent à un certain point l’industrie générale du pays et, au lieu d’avancer l’amélioration de leurs terres, qui dépend toujours nécessairement de l’état où se trouve l’industrie générale du pays, ils la retardèrent plus ou moins17.
On pourrait penser que, pour encourager la production d’une marchandise quelconque, une prime accordée à la production aurait un effet plus direct qu’une prime accordée à l’exportation ; celle-là d’ailleurs n’établirait d’autre impôt sur le peuple que celui qu’il faudrait payer pour acquitter la dépense publique de la prime. Au lieu de faire monter le prix de la marchandise sur le marché intérieur, elle tendrait à le faire baisser et, par là, au lieu de grever le peuple d’un second impôt, elle pourrait au moins, en partie, offrir une sorte de dédommagement pour ce que lui aurait coûté le premier18. Cependant, ce genre de prime n’a été que très-rarement accordé ; les préjugés établis par la doctrine du système mercantile nous ont accoutumés à croire que la richesse nationale procède plus immédiatement de l’exportation que de la production ; celle-là, en conséquence a été bien plus favorisée, comme étant la source la plus immédiate de l’affluence de l’argent dans le pays. On a dit aussi que, d’après l’expérience, les primes sur la production avaient été reconnues plus sujettes à la fraude que celles à l’exportation. Je ne sais pas jusqu’à quel point cela peut être vrai ; ce qu’il y a de bien avéré, c’est que les primes à l’exportation ont donné lieu à une infinité de fraudes différentes. Mais les marchands et les manufacturiers, les grands inventeurs de tous ces expédients, ne trouveraient pas leur compte à ce que le marché intérieur vînt à être surchargé de l’espèce de marchandise dont ils font commerce, événement qui pourrait quelquefois être la suite d’une prime sur la production. Une prime à l’exportation, en les mettant à même de vendre au-dehors le superflu et de maintenir le prix du reste sur le marché intérieur, est un moyen efficace d’empêcher que cela n’arrive ; aussi, de tous les expédients du système mercantile, est-ce un de ceux qu’ils vantent le plus. J’ai vu les entrepreneurs de certaines manufactures convenir entre eux de donner de leur poche une prime à l’exportation d’une portion déterminée de la marchandise dont ils faisaient commerce ; l’expédient leur réussit si bien, qu’il fit plus que doubler le prix de leurs produits sur le marché intérieur, malgré une augmentation considérable dans la quantité fabriquée. Il faut que la prime à l’exportation du blé ait agi d’une manière prodigieusement différente, si elle a fait baisser le prix en argent de cette denrée19.
Cependant, dans certaines occasions, on a accordé à la production quelque chose qui ressemblait à une prime. Les primes par tonneau20, données à la pêche du hareng blanc21 et à celle de la baleine, pourraient peut-être passer pour des primes de ce genre. On peut croire qu’elles tendent directement à rendre la marchandise moins chère sur le marché intérieur, qu’elle ne l’aurait été sans elles ; mais il faut convenir qu’à d’autres égards elles ont les mêmes effets que les primes à l’exportation ; elles font qu’une partie du capital du pays est employée à mettre au marché des marchandises dont le prix ne suffirait pas pour rendre ce qu’elles auraient coûté, plus les profits ordinaires des capitaux22.
Mais si les primes par tonneau, accordées à ces pêches, ne contribuent pas à enrichir la nation, on pourrait penser peut-être qu’elles tendent à multiplier ses moyens de défense, en augmentant le nombre de ses vaisseaux et de ses matelots. On alléguera que ces sortes de primes atteignent ce but à beaucoup moins de frais que ne le ferait l’entretien, en temps de paix, d’une grande marine militaire toujours sur pied, si je puis me permettre cette expression, comme on fait à l’égard des troupes réglées de terre.
Néanmoins, malgré la faveur que méritent ces allégations, les considérations suivantes me disposent à croire qu’en accordant ces sortes de primes, il y en a une au moins sur laquelle la législature a été grandement induite en erreur.
Premièrement, la prime sur la pêche du hareng, faite par des buyses23, paraît trop forte.
Depuis le commencement de la pêche de l’hiver de 1771 jusqu’à la fin de l’hiver de 1781, la prime sur la pêche du hareng, par buyses, s’est élevée à 30 sch. par tonneau ; pendant ces onze années, le nombre total des barils de harengs pêchés par les buyses écossaises faisant cette pêche a été à 378,347. Les harengs, tels qu’ils sont quand on les a pêchés et préparés24 à la mer, se nomment bâtons de mer25. Pour en faire ce qu’on nomme des harengs marchands, il faut les regarnir avec une quantité additionnelle de sel en les encaquant une seconde fois, et dans ce cas on compte que trois barils de bâtons de mer font d’ordinaire deux barils de harengs marchands ; ainsi, d’après ce compte, le nombre de barils de harengs marchands pris pendant ces onze années, ne sera plus que de 252,231 1/2. À Pendant ces onze années, les primes par tonneau qui ont été payées pour cette pêche, se sont montées à 155,463 livres 11 sch., ou bien à 8 sch. 2 d. 1/2, par chaque baril de bâtons de mer, et à 12 sch. 3 d. 3/4 par chaque baril de harengs marchands.
Le sel avec lequel on prépare ces harengs est quelquefois du sel d’Écosse et quelquefois du sel étranger ; l’un et l’autre sont livrés aux saleurs du hareng, franc de tout droit d’accise ; ce droit sur le sel d’Écosse est à présent de 1 schelling 6 den. par boisseau, et celui sur le sel étranger de 10 schellings. On suppose qu’un baril de harengs emploie environ un boisseau et un quart de sel étranger, et qu’en sel d’Écosse, il en emploie environ deux boisseaux. Si les harengs sont entrés pour l’exportation, on ne paye aucune partie du droit ; s’ils sont entrés pour la consommation intérieure, qu’on ait employé du sel étranger ou du sel d’Écosse, on ne paye que 1 schelling par baril de harengs ; c’était l’ancien droit d’Écosse sur le boisseau de sel, quantité qu’on avait évaluée au plus bas comme la quantité du sel nécessaire pour la préparation d’un baril de harengs. En Écosse, on ne fait guère usage du sel étranger que pour les salaisons du poisson ; or, du 5 avril 1771 au 5 avril 1782, la quantité de sel étranger importée s’est élevée à 936,974 boisseaux, du poids de quatre-vingt-quatre livres chacun ; la quantité de sel d’Écosse livrée aux saleurs de poissons ne s’est pas élevée à plus de 168,226 boisseaux, du poids de cinquante-six livres seulement ; il semblerait donc que, dans les pêcheries, on fait principalement usage du sel étranger. Il y a, en outre, sur chaque baril de harengs exportés, une prime de 2 schellings 8 deniers ; et plus des deux tiers de harengs pris par les buyses sont pour l’exportation. Additionnez tout cela, et vous trouverez que, pendant ces onze années, chaque baril de harengs pêchés par les buyses et salés en sel d’Écosse, quand il a été exporté, a coûté au gouvernement 17 schellings Il deniers 3/4, et quand il est entré pour la consommation intérieure, lui a coûté 14 schellings 3 deniers 3/4 ; que, pour chaque baril salé avec du sel étranger, le gouvernement a payé, si le baril a été exporté, 1 livre 7 schellings 5 deniers 3/4, et s’il est entré pour la consommation intérieure, 1 livre 3 schellings 9 deniers 3/4 : or, le prix d’un baril de bons harengs marchands varie de 17 et 18 schellings à 24 et 25, environ une guinée le prix moyen26.
Secondement, la prime pour la pêche du hareng étant une prime par tonneau, elle est proportionnée à la charge du bâtiment, et non pas à la promptitude ou au succès de la pêche ; et j’ai peur qu’il ne soit aussi arrivé souvent que des bâtiments aient mis en mer pour courir, non après le poisson, mais après la prime. En 1759, lorsque la prime était de 50 schellings par tonneau, toute la pêche des buyses d’Écosse n’a rapporté que quatre barils seulement de bâtons de mer ; cette année-là, chaque baril de bâtons de mer coûta au gouvernement, en primes seulement, 113 livres 15 schellings ; ce qui fit, pour chaque baril de harengs marchands, 159 livres 7 schellings 6 deniers.
Troisièmement, la méthode de pêcher, pour laquelle la prime par tonneau a été accordée à la pêche du hareng, c’est à-dire de pêcher par buyses (ou bâtiments pontés, de vingt à vingt-huit tonneaux de port), ne paraît pas aussi bien convenir à la situation de l’Écosse qu’elle convient à celle de la Hollande, dont on a emprunté, à ce qu’il paraît, cette pratique. La Hollande est située à une grande distance des mers où l’on sait que se trouve principalement le hareng et, par conséquent, elle ne peut établir cette pêche qu’à l’aide de bâtiments pontés qui puissent porter assez d’eau et de vivres pour un trajet à des parages assez éloignés. Mais les Hébrides ou îles de l’ouest, les îles de Shetland et les côtes du nord et nord-ouest de l’Écosse, pays dans le voisinage desquels se fait principalement la pêche du hareng, sont partout entrecoupées par des bras de mer qui s’enfoncent considérablement dans les terres, et que, dans le langage du pays, on nomme lacs de mer27. C’est dans ces lacs de mer que se rend principalement le hareng dans les temps de son passage dans ces mers ; car je crois que le passage de ce poisson, ainsi que de plusieurs autres espèces, n’est pas tout à fait constant et régulier. Ainsi, la pêche par bateau paraît être la manière de pêcher la plus convenable à la situation particulière de l’Écosse, les pêcheurs portant alors les harengs sur le rivage aussitôt qu’ils sont pris, pour y être salés ou consommés frais. Mais le grand encouragement qu’une prime de 30 schellings par tonneau donne à la pêche par buyses, décourage nécessairement la pêche par bateau, qui, ne jouissant pas d’une pareille faveur, ne peut pas mettre au marché son poisson salé au même compte que le fait la pêche par les buyses. Aussi la pêche par bateau, qui, avant l’établissement de la prime sur la pêche par buyses, était très-considérable, et employait alors, dit-on, un nombre de gens de mer qui n’était pas inférieur à celui que la pêche par buyses emploie aujourd’hui, est à présent presque entièrement tombée. Je dois convenir cependant que je ne prétends pas pouvoir parler avec précision de l’ancienne étendue de cette pêche, aujourd’hui tombée et abandonnée ; comme on ne payait pas de prime sur les bateaux expédiés pour cette pêche, les officiers des douanes ou des droits sur le sel n’en ont tenu aucun état.
Quatrièmement, dans beaucoup d’endroits d’Écosse, pendant un certain temps de l’année, les harengs font une partie assez considérable de la nourriture des gens du peuple. Une prime qui tendrait à faire baisser leur prix sur le marché intérieur pourrait contribuer de beaucoup au soulagement d’un grand nombre de nos concitoyens les moins aisés. Mais la prime sur la pêche par les buyses ne tend pas à atteindre un but aussi utile ; elle a ruiné la pêche par bateau, qui est, sans comparaison, plus propre à fournir le marché intérieur ; et la prime additionnelle de 2 schellings 8 deniers par baril, lors de l’exportation, fait sortir la plus grande partie, plus des deux tiers, du produit de la pêche faite par les buyses. Il y a trente ou quarante ans, avant l’établissement de la prime donnée aux buyses, le prix ordinaire du baril de harengs, à ce qu’on m’a dit, était de 16 schellings. Il y a dix à quinze ans, avant que la pêche par bateau fût entièrement tombée, le prix était, dit-on, de 17 à 20 schellings le baril. Ces cinq dernières années, il a été, au prix moyen, à 25 schellings le baril ; cependant ce haut prix peut bien avoir été l’effet de la rareté qui s’est fait sentir dans le hareng, sur la côte d’Écosse. Je dois faire observer de plus que la caque ou baril qui se vend d’ordinaire avec les harengs, et dont le prix est compris dans tous les prix ci-dessus, est monté environ au double de son ancien prix, c’est-à-dire de 3 schellings à environ 6, depuis le commencement de la guerre d’Amérique. Je ferai observer aussi que les rapports que j’ai reçus des prix des anciens temps ne sont pas du tout uniformes ni d’accord entre eux, et un vieillard fort expérimenté et de la plus grande exactitude m’a assuré qu’il y a plus de cinquante ans, le prix ordinaire d’un baril de bons harengs marchands était d’une guinée, prix, qui, selon mon opinion, peut encore aujourd’hui être regardé comme le prix moyen. D’ailleurs, tous les rapports s’accordent, je crois, pour prouver que la prime donnée à la pêche du hareng par les buyses n’a pas fait baisser sur le marché intérieur le prix de cette denrée.
Quand on voit les entrepreneurs de pêcheries, après tant de primes qui leur ont été si libéralement accordées, continuer à vendre leur marchandise au même prix et même à un plus haut prix qu’ils n’avaient coutume de le faire auparavant, on devrait penser que leurs profits doivent être énormes, et il n’est pas sans vraisemblance que quelques particuliers n’en aient fait de tels. Cependant, en général, j’ai tout lieu de croire qu’il en a été tout autrement. L’effet ordinaire de pareilles gratifications est d’encourager des gens hasardeux et téméraires à s’aventurer dans des affaires auxquelles ils n’entendent rien, et ce qu’ils perdent par ignorance ou négligence fait plus que compenser ce que l’extrême libéralité du gouvernement peut leur faire gagner. En 1750, le même acte qui accorda le premier la prime de 30 schellings par tonneau pour l’encouragement de la pêche du hareng (celui de la vingt-troisième année de Georges II, ch. xxiv), érigea une compagnie par actions, avec un capital de 500,000 livres ; on accorda aux souscripteurs, outre tous les encouragements ci-dessus, c’est-à-dire la prime par tonneau dont nous parlons ici, celle de 2 schellings 8 deniers par baril à l’exportation, les livraisons de sel national et étranger franc de tous droits et, de plus encore, une prime de 3 livres par année, pendant un espace de quatorze ans, par chaque 100 livres de souscription versées dans les fonds de la société, laquelle annuité leur serait payée par moitié, de six en six mois, par le receveur général des douanes. Outre cette grande compagnie, dont le gouverneur et les directeurs devaient résider à Londres, il fut permis d’établir différentes chambres ou compagnies pour la pêche dans tous les différents ports de départ du royaume, pourvu que leurs souscriptions ne formassent pas au-dessous d’un capital de 10,000 livres pour chacune, qui serait régi à leurs risques et à leurs profits et pertes. La même annuité et les mêmes encouragements de toute espèce furent accordés au commerce de ces compagnies inférieures, comme à celui de la grande compagnie. La souscription de la grande compagnie fut bientôt remplie, et plusieurs différentes autres compagnies inférieures s’établirent dans les différents ports de départ du royaume. Malgré tous ces encouragements, presque toutes ces différentes compagnies, grandes ou petites, perdirent ou la totalité, ou la majeure partie de leurs capitaux ; à peine reste-t-il aujourd’hui quelque trace d’une seule d’entre elles, et maintenant la pêche du hareng est entièrement ou presque entièrement faite par des spéculateurs particuliers28.
À la vérité, si quelque fabrique particulière était nécessaire à la défense nationale, il pourrait bien n’être pas très-sage de rester en tout temps dans la dépendance de ses voisins pour l’approvisionnement ; et si une fabrique de ce genre ne pouvait pas se soutenir chez nous sans protection, il serait assez raisonnable que toutes les autres branches d’industrie fussent imposées pour l’encourager. Peut-être pourrait-on justifier, d’après ce principe, les primes à l’exportation des voiles de marine et de la poudre de fabrique anglaise.
Mais quoiqu’il y ait très-peu de cas où il soit raisonnable de grever l’industrie générale pour encourager celle de quelque classe particulière de manufacturiers, cependant, dans l’ivresse d’une grande prospérité, quand l’État jouit d’un revenu si grand qu’il ne sait trop qu’en faire, de pareilles primes accordées à des genres de manufactures qui sont en faveur, sont des dépenses aussi excusables que toute autre dépense inutile à laquelle on pourrait se livrer. Dans les dépenses publiques, comme dans celles des particuliers, de grandes richesses peuvent quelquefois légitimer de grandes profusions. Mais assurément c’est quelque chose de plus qu’une folie ordinaire, que de continuer de pareilles dépenses dans des moments de détresse et d’embarras général.
Quelquefois ce qu’on nomme Prime n’est autre chose qu’une Restitution des droits et, par conséquent, n’est pas susceptible des mêmes objections que la prime proprement dite. Par exemple, la prime sur l’exportation du sucre raffiné peut être regardée comme une restitution des droits payés sur les sucres bruns ou moscouades avec lesquels il est fait. La prime à l’exportation des soieries est une sorte de restitution des droits payés à l’importation de la soie écrue, ou simplement filée ; celle sur l’exportation de la poudre, une restitution des droits payés à l’importation du soufre ou du salpêtre. Dans la langue des douanes, on n’appelle Restitution (drawback) que ce qui s’accorde à l’exportation des marchandises étant encore sous la même forme où elles ont été importées. On l’appelle Prime dès que la marchandise exportée a subi par la main-d’œuvre une modification qui lui a fait changer de dénomination.
Les prix que donne l’État à des artistes ou à des fabricants qui excellent dans leur profession ne sont pas susceptibles des mêmes objections que les primes.
En encourageant un talent ou une dextérité extraordinaire, ils servent à entretenir l’émulation des ouvriers alors employés dans ces mêmes genres d’occupation, et ils ne sont pas assez considérables pour détourner vers un de ces emplois une plus grande portion du capital du pays que celle qui y aurait été d’elle-même. Ils ne tendent pas à renverser l’équilibre naturel entre les divers emplois, mais à rendre aussi fini et aussi parfait que possible le travail qui se fait dans chacun d’eux. D’ailleurs, la dépense des Prix n’est qu’une bagatelle, celle des primes est énorme ; la seule Prime sur le blé a coûté quelquefois à l’État plus de 300,000 livres dans une seule année.
Quelquefois les Primes sont appelées Prix, tout comme les Drawbacks sont quelquefois appelés Primes. Mais il faut toujours s’attacher à la nature de la chose en elle-même, sans s’embarrasser des termes.
La seconde édition des Discours sur le commerce du blé (Tracts on the corn trade) fut publié en 1766. Depuis cette époque de grands changements ont eu lieu dans le commerce des céréales en Angleterre. Au lieu d’exporter régulièrement comme nous faisions autrefois, nous importons régulièrement depuis cinquante ans. Mais cette importation a beaucoup diminué.
Mac Culloch.
Liv. I, chap. xi, sect. iii, Digression sur les variations de la valeur de l’argent, 3e période.
Ses défenseurs prétendent que non-seulement elle fait baisser le prix des céréales, mais qu’en augmentant le bénéfice du fermier, elle donne en outre de grands encouragements à l’agriculture. Il est vrai qu’ils n’expliquent pas comment ces deux buts opposés peuvent être atteints. Buchanan.
Et pourquoi une augmentation des salaires proportionnée à l’augmentation des prix des denrées de première nécessité ? Si la quantité de ces denrées est diminuée par l’exportation, une augmentation quelconque dans les salaires mettra-t-elle le laboureur en état de consommer la même quantité qu’auparavant ? Et si non, à quoi servira cette augmentation ? Buchanan.
Ceci est une erreur, dit Mac Culloch ; le prix du blé en argent ne règle pas le prix en argent des autres choses.
Mais la quantité de blé étant diminuée dans le pays par suite de l’exportation favorisée par la prime, le prix du travail évalué en argent ne peut certainement pas mettre le laboureur à même de consommer la même quantité qu’auparavant ; il devra se borner évidemment à une portion moins grande ; ceux qui prétendent au contraire que le prix du travail s’élève avec le prix du blé, admettent qu’en dépit de la diminution de la denrée la consommation doive rester la même. Buchanan.
En augmentant le prix de tous les produits du sol, la prime augmente encore davantage les bénéfices du fermier et du cultivateur. Buchanan.
Le prix des céréales ne modifie pas le prix des autres produits bruts du sol. Ainsi il n’a aucun rapport avec le prix des métaux et autres matières, telles que charbon, bois et pierres, et comme il ne détermine pas le prix du travail, il ne peut par conséquent régler le prix des manufactures ; de sorte que la prime, en contribuant à la hausse des céréales, n’est en définitive qu’un bénéfice très-réel pour le fermier. On ne voudra certainement pas insister sur cet argument, pour prouver l’excellence de la mesure. Il est incontestable qu’on encourage l’agriculture en produisant une hausse dans le prix des céréales, mais la question sera toujours de savoir si c’est là une bonne manière d’encourager.Buchanan.
Mac Culloch fait observer que l’effet de ces restrictions n’a pu être aussi grand que le suppose Adam Smith : « Le véritable désavantage et l plus grand, dit-il, des restrictions à l’exportation des métaux précieux consiste à en augmenter la quantité d’une manière factice, et à priver le pays de la valeur des objets qu’il obtiendrait en échange de ce surplus de métal. »
Le docteur Smith exagère certainement ici les inconvénients qui résultent des lois par lesquelles, en Portugal et en Espagne, l’exportation de l’or et de l’argent est interdite. Ces inconvénients, d’ailleurs, ont maintenant disparu, et les métaux précieux arrivent en Europe par une voie différente. On lit dans le Rapport du comité de la Chambre des Communes, sur le haut prix des lingots : « Si dans le courant de l’année dernière de fortes exportations d’or pour le continent ont eu lieu, d’un autre côté des importations très-considérables de ce métal sont arrivées dans ce pays (l’Angleterre). Ces importations sont venues de l’Amérique du Sud et principalement des Indes Occidentales. Les changements survenus en Espagne et en Portugal, ainsi que les avantages maritimes et commerciaux que nous avons remportés, paraissent avoir fait de cette partie de l’Amérique la voie par laquelle les produits des mines de la Nouvelle-Espagne et du Brésil parviennent aux autres pays. Dans une pareille situation, les importations de lingots et d’argent monnayé nous mettent à même de nous pourvoir de la quantité suffisante, et la rareté de cet article pourrait en conséquence être moins sensible chez nous que sur tout autre marché. Un fait remarquable vient à l’appui de ce que nous avançons. L’argent monnayé du Portugal est maintenant envoyé régulièrement de ce pays-ci aux établissements à coton du Brésil, de Fernambouc et de Maranham ; tandis que des dollars nous arrivent en très-grande quantité de Rio-Janeiro. » Buchanan.
La prime ne tend qu’à abaisser les profits, mais non à élever le prix d’aucune autre denrée excepté le blé. Mac Culloch.
Le marchand de grains peut profiler de cette prime d’une manière indirecte, mais le bénéfice du propriétaire des terres est direct et clair ; et si le docteur Smith avait mieux observé, il aurait vu que ce sont principalement les propriétaires des campagnes qui sont les véritables soutiens de tout genre de prime et de monopole pour favoriser la vente de leurs produits. Buchanan.
L’influence d’une prime d’exportation accordée à des produits manufactures, sur leur prix ou sur le produit du manufacturier, cesse bientôt. L’élévation de prix que la prime occasionne, dans le premier moment, doit attirer infailliblement dans l’industrie favorisée autant de capital de plus qu’il en faut pour répondre à la demande croissante des produits, et en même temps pour réduire les profits du manufacturier et du commerçant au taux commun. Mac Culloch.
Le blé n’est pas une valeur invariable, parce que cette valeur est égale à la quantité de travail qu’elle peut entretenir. La valeur d’une denrée ou la faculté qu’elle a de s’échanger pour acheter du travail ou d’autres marchandises, est une qualité tout à fait différente de son utilité, c’est-à-dire de la propriété qu’elle a de satisfaire nos besoins et nos désirs. L’utilité, quoique élément essentiel de la valeur, n’est pas le principe qui la détermine ; elle dépend uniquement de la facilité ou de la difficulté de la production. Mac Culloch.
Le prix des céréales varie, c’est-à-dire on donne pour la même quantité de blé plus ou moins d’argent, par suite de variations survenues dans la valeur de l’argent qui sert au payement du prix, ou par suite d’un changement dans la valeur des céréales mêmes. Une augmentation dans le prix des céréales n’implique pas nécessairement une baisse dans la valeur de l’argent ; bien que le docteur Smith regarde un changement dans la valeur réelle des céréales comme absolument impossible. Mais en réfléchissant sur le cas même auquel se rapporte l’argumentation du docteur Smith, c’est-à-dire en admettant que, par suite d’une exportation volontaire ou forcée, le prix îles céréales éprouve une hausse, ne paraît-il pas évident que la hausse dans le prix de cette quantité de céréales, qui reste dans le pays, provient tout simplement d’une augmentation de valeur, par suite de la diminution de la provision ? En affirmant qu’aucune exportation ne pourrait augmenter la valeur des céréales, le docteur Smith prétend-il établir que la prime accordée à l’exportation, tout en diminuant la provision, ne saurait contribuer en même temps à produire une hausse dans la valeur réelle des céréales ? Peut-il nier que la valeur réelle des céréales, ainsi que celle de toutes les marchandises, ne soit augmentée par une diminution de quantité ? L’assertion que la nature donne aux céréales une valeur inaltérable repose évidemment sur une erreur. Le docteur Smith confond ici l’utilité avec l’échange. Il est vrai qu’un boisseau de froment ne nourrit pas plus de personnes dans nos temps de disette que dans un temps d’abondance ; mais un boisseau de froment pourra être échangé contre une plus grande quantité d’objets de luxe ou de toute autre nature en temps de disette qu’en temps d’abondance ; et le propriétaire de terre qui aura de grandes provisions de grains, sera en définitive plus riche à une époque de disette qu’à une époque d’abondance. Il est donc impossible de soutenir que la prime, en favorisant l’exportation, ne produise pas en même temps une véritable hausse dans les prix. Buchanan.
Ils paraissent au contraire avoir parfaitement compris leurs intérêts. Ils virent qu’en envoyant au dehors une partie de l’approvisionnement, ils obtiendraient de meilleurs prix pour la portion restante, et ils ne s’embarrassèrent guère des considérations raffinées dont M. Smith a embrouillé la question. Maintenant que la production intérieure n’est pas suffisante, et que, par conséquent, le pays est devenu dépendant des envois étrangers, aucune prime ne pourrait effectuer une exportation et produire une hausse dans les prix. Les propriétaires de terre, changeant de vues, ont donc imaginé d’interdire l’importation, comme ils avaient autrefois favorisé l’exportation. Dans tout ceci, ils ont prouvé qu’ils avaient assez l’intelligence de leurs propres affaires ; et on peut seulement regretter que, comme législateurs, ils ne se soient pas montrés assez soucieux du bien-être de la communauté, et qu’ayant été témoins de la misère des pauvres par suite du haut prix des céréales, ils aient persisté dans des mesures dont les effets devaient encore augmenter cette misère. On peut regretter que le désir d’augmenter leurs revenus ait prévalu sur toutes les considérations de justice et d’humanité. Buchanan.
Mac Culloch admet l’inverse de ce paragraphe : • Une prime à l’exportation du blé, dit-il, en élève le prix, et, en forçant de cultiver des terres inférieures, elle élève la rente. (C’est la théorie de Ricardo, qui est l’article de foi fondamental de l’école du commentateur.) Elle produit donc un avantage réel et durable aux propriétaires ; tandis qu’une prime à l’exportation sur des marchandises manufacturées ne donne aux producteurs de ces denrées que des avantages insignifiants et temporaires. »
Une prime accordée à la production ne réduirait pas le prix des céréales ; elle augmenterait seulement les revenus des propriétaires des terres.
Buchanan.
Pour plus de détails sur les effets des primes accordées à la production, voir le chapitre de Ricardo sur ce sujet dans l’ouvrage intitulé : Principles of political economy and taxation. A. B.
Ainsi nommées, parce qu’elles se payent à raison de tant par tonneau du port des bâtiments expédiés pour la pêche.
Pour le distinguer du hareng soret, que les Anglais nomment hareng rouge. Le hareng blanc est notre hareng salé commun. C’est de celui-ci qu’il est question dans tout cet article.
Le produit de la pêche de la baleine rapporte certainement les frais, ainsi que les revenus des capitaux engagés dans ce commerce ; et quand même il n’y aurait pas de prime, ce commerce n’en continuerait pas moins. Buchanan.
Espèce de barque ou bâtiment ponté dont les Hollandais ont les premiers fait usage pour la pêche du hareng ; les buyses hollandaises sont du port de quarante-cinq à soixante tonneaux ; les écossaises, de vingt à vingt-huit.
Cette première opération se fait dans le jour même de la pêche ; elle consiste à fendre le hareng, le vider de ses intestins, le laver dans l’eau fraîche, le saler et l’encaquer. Le baril ne contient alors que six à sept cents harengs ; le baril marchand en contient environ un millier.
Sea-sticks
Voyez les états annexés à la fin du volume.
Sea-loches, du mot écossais lock, qui signifie lac. Voyez Dictionnaire de Johnson.
D’importants changements ont été faits dans les règlements de la pêche du hareng, depuis la publication de la Richesse des Nations. Mac Culloch.
Titre original : An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations · Parution : Londres, 1776 · Traduction : Germain Garnier († 1821), revue et corrigée par Adolphe Blanqui († 1854) · Année de la traduction : 1802 ; édition revue de 1843 · Édition reproduite : Guillaumin, Paris, 1843, avec les notes des commentateurs (Buchanan, Garnier, Mac Culloch, Malthus, J. Mill, Ricardo, Sismondi, J.-B. Say, Blanqui) · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1843 · Licence : domaine public.

