Les institutions pour l’instruction des personnes de tout âge sont principalement celles qui ont pour objet l’instruction religieuse.
C’est un genre d’instruction dont l’objet est bien moins de rendre les hommes bons citoyens dans ce monde, que de les préparer pour un monde meilleur dans une vie future. Les maîtres qui enseignent la doctrine où est contenue cette instruction, de même que les autres maîtres, peuvent dépendre entièrement, pour leur subsistance, des contributions volontaires de leurs auditeurs, ou bien ils peuvent la tirer de quelque autre fonds auquel la loi de leur pays leur donne droit, tels qu’une propriété foncière, une dîme ou redevance territoriale, des gages ou appointements fixes. Leur activité, les efforts de leur zèle et de leurs moyens seront vraisemblablement beaucoup plus grands dans le premier cas que dans l’autre. Sous ce rapport, les professeurs de religions nouvelles ont toujours eu un avantage considérable en attaquant les systèmes religieux anciens et légalement établis, parce que dans ceux-ci le clergé, se reposant sur ses bénéfices, avait insensiblement négligé de maintenir, dans la masse du peuple, la dévotion et la ferveur de la foi, et que, s’abandonnant à l’indolence et à l’oisiveté, il était devenu absolument incapable de tout effort de vigueur, même pour défendre sa propre existence. Le clergé d’une religion tout établie et bien dotée finit par se composer d’hommes instruits et agréables, qui possèdent toutes les qualités des gens du monde, et qui peuvent prétendre à l’estime des personnes bien nées ; mais ces hommes sont dans le cas de perdre insensiblement les qualités tant bonnes que mauvaises qui leur donnaient de l’autorité et de l’influence sur les classes inférieures du peuple, et qui avaient peut-être été la cause primitive de succès et de l’établissement de leur religion. Un pareil clergé, quand il vient à être attaqué par une secte d’enthousiastes ardents et populaires, tout stupides et ignorants qu’ils soient, se sent aussi complètement dénué de défense, que les peuples indolents, efféminés et bien nourris des parties méridionales de l’Asie, quand ils furent envahis par les actifs, hardis et affamés Tartares du Nord. Un pareil clergé, dans une semblable occurrence, n’a pour l’ordinaire d’autre ressource que de s’adresser au magistrat civil, et de réclamer sa force pour persécuter, détruire ou chasser ses adversaires comme des perturbateurs de la tranquillité publique. Ce fut ainsi que le clergé catholique romain mit en œuvre la puissance du magistrat civil contre les protestants, et l’Église d’Angleterre contre les dissidents ; c’est ainsi qu’en général toute secte religieuse, ayant une fois joui, pendant un siècle ou deux, de la sécurité d’un établissement légal, s’est trouvée incapable de faire aucune vigoureuse défense contre toute secte nouvelle qui a jugé à propos d’attaquer sa doctrine ou sa discipline. Dans ces occasions, l’avantage, en fait de savoir et de bons écrits, peut être quelquefois du côté de l’Église établie. Mais les finesses de la popularité, tous les talents propres à gagner des prosélytes, sont constamment du côté des adversaires. En Angleterre, ces ressources sont depuis longtemps négligées par le clergé richement doté de l’Église établie, et elles sont principalement cultivées par les dissidents et par les méthodistes. Cependant, les revenus indépendants qu’on a fondés en beaucoup d’endroits pour les professeurs de la doctrine des dissidents, au moyen de souscriptions volontaires, de fidéicommis et d’autres moyens d’éluder la loi, paraissent avoir extrêmement refroidi le zèle et l’activité de ces professeurs. Beaucoup d’entre eux sont devenus très-savants, gens d’esprit et pasteurs respectables ; mais ils ont, en général, cessé d’être des prêcheurs très-populaires. Les méthodistes, sans avoir la moitié du savoir des dissidents, ont beaucoup plus de crédit parmi le peuple.
Dans l’Église de Rome, le zèle et l’industrie du clergé inférieur sont bien plus soutenus par le puissant motif de l’intérêt personnel, que dans peut-être aucune église protestante légalement établie. Le clergé des paroisses, pour la plupart, tire une portion très-considérable de la subsistance des offrandes volontaires du peuple, source de revenu qu’il a mille moyens d’alimenter et de grossir à la faveur de la confession. Les ordres mendiants tirent toute leur subsistance de pareilles offrandes ; ils sont comme les hussards et l’infanterie légère de quelques armées : point de pillage, point de paie. Le clergé des paroisses ressemble à ces maîtres dont la récompense dépend en partie de leur traitement et en partie des honoraires ou rétributions qu’ils retirent de leurs élèves ; or, celles-ci dépendent toujours nécessairement, plus ou moins, de l’activité ou de la réputation du maître. Les ordres mendiants ressemblent aux maîtres dont la subsistance est tout entière fondée sur leur activité. Ils sont donc obligés de ne négliger aucun des moyens qui peuvent animer la dévotion du commun du peuple. Machiavel observe, que, dans les treizième et quatorzième siècles, la dévotion et la foi languissantes de l’Église romaine reprirent une nouvelle vie par l’établissement des deux grands ordres mendiants de Saint-Dominique et de Saint-François. Dans les pays catholiques romains, l’esprit de dévotion est entretenu en totalité par les moines et par le clergé le plus pauvre des paroisses. Les grands dignitaires de l’Église, ornés de tous les agréments qui conviennent aux gens du monde et aux personnes de qualité, et quelquefois distingués par leurs connaissances, ont bien assez soin de maintenir la discipline nécessaire sur leurs inférieurs, mais ne se donnent guère la moindre peine pour l’instruction du peuple.
« La plupart des arts et des professions dans un État », dit l’historien philosophe le plus illustre de ce siècle1, sont de telle nature, que, tout en servant l’intérêt général de la société, ils sont en même temps utiles et agréables à quelques particuliers ; et dans ce cas, la règle que doit se faire constamment le magistrat (excepté peut-être quand il s’agit d’introduire pour la première fois dans la société quelque art ou profession nouvelle), c’est de laisser la profession à elle-même, et de s’en reposer pour son encouragement sur les particuliers qui en recueillent l’agrément ou l’utilité. Les artisans, en voyant leurs profits grossir à mesure qu’ils contentent leurs pratiques, redoublent, autant qu’il est possible, de zèle et d’industrie ; et lorsque le cours naturel des choses n’est pas troublé par des mesures inconsidérées, on peut être assuré que la marchandise se trouvera, dans tous les temps, à très-peu de chose près, de niveau avec la demande.
Mais il y a aussi quelques métiers qui, quoique utiles et même nécessaires dans un État, ne rapportent cependant ni avantage ni agrément à aucun individu en particulier ; et le pouvoir souverain est obligé, à l’égard de ceux qui suivent ces sortes de professions, de s’écarter de sa règle générale de conduite. Il faut leur donner des encouragements publics, afin qu’ils trouvent les moyens de subsister ; et il faut encore s’occuper de prévenir la négligence à laquelle ils seront naturellement sujets à se laisser aller, et cela, soit en attachant des distinctions particulières à la profession, soit en établissant une subordination de rangs fort étendue et une stricte dépendance, soit enfin par quelque autre expédient. Les personnes employées dans les finances, dans la marine militaire et dans la magistrature, sont des exemples de cette classe de personnes.
On pourrait naturellement croire, au premier coup d’œil, que les ecclésiastiques appartiennent à la première classe, et que pour l’encouragement de cette profession, tout comme pour celle des jurisconsultes et des médecins, il faudrait s’en reposer, en toute sûreté, sur la libéralité de chaque particulier attaché à leur doctrine, et qui trouve de l’avantage ou de la consolation à user de leur ministère et de leur secours spirituel. Sans contredit, un surcroît d’encouragement de ce genre ne manquera pas d’aiguillonner leur activité et leur zèle ; sans contredit, leur habileté dans leur profession, aussi bien que leur adresse à gouverner l’esprit du peuple, ne feront qu’augmenter infailliblement, de jour en jour, par un redoublement continuel de leur part, de pratique, d’étude et d’attention.
Mais si nous examinons la chose plus attentivement, nous verrons que cette activité intéressée du clergé est ce que tout sage législateur doit s’attacher à prévenir, parce que, dans toute religion (excepté la véritable), elle est extrêmement dangereuse, et qu’elle a même une tendance naturelle à corrompre la vraie religion en y mêlant une forte dose de superstition, de sottises et de tromperies. Chacun de ces inspirés prédicants, pour se rendre plus cher et plus sacré aux yeux de ses fidèles, cherchera à exciter l’horreur la plus forte contre toutes les autres sectes, et mettra continuellement ses efforts à ranimer par quelque nouveauté la dévotion languissante de son auditoire. Dans la doctrine qu’on inculquera dans l’esprit du peuple, ni la vérité, ni la morale, ni la décence ne seront respectées. On prêchera de préférence toute maxime qui s’accordera mieux avec les affections désordonnées du cœur humain. Pour attirer la pratique à chaque conventicule particulier, on s’attachera à travailler, chaque jour avec plus d’adresse et d’activité, les passions et la crédulité de la populace. Au bout de tout, le magistrat civil finira par s’apercevoir qu’il a payé bien cher son économie prétendue d’épargner la dépense d’un établissement fixe pour les prêtres, et que dans la réalité la manière la plus avantageuse et la plus décente dont il puisse composer avec les guides spirituels, c’est d’acheter leur indolence en assignant des salaires fixes à leur profession, et leur rendant superflue toute autre activité que celle qui se bornera simplement à empêcher leur troupeau d’aller s’égarer loin de leur bercail, à la recherche d’une nouvelle pâture ; et sous ce rapport les établissements ecclésiastiques, qui d’abord ont été fondés dans des vues religieuses, finissent cependant par servir avantageusement les intérêts politiques de la société. »
Mais, quels que puissent avoir été les bons ou mauvais effets de revenus indépendants qu’on a fondés pour le clergé, il est peut-être bien rare que ces effets soient entrés pour la moindre chose dans les motifs de ces fondations. Les temps où les controverses religieuses ont éclaté avec violence ont été, en général, des temps où les factions politiques ne se sont pas fait sentir avec moins de force. Dans ces occasions, chaque parti politique a trouvé ou imaginé qu’il était dans son intérêt de se liguer avec l’une ou l’autre des sectes religieuses opposées. Mais ceci ne pouvait se faire qu’en adoptant, ou au moins en favorisant la doctrine de cette secte particulière. Celle qui avait eu le bonheur de se lier au parti triomphant partageait nécessairement dans les fruits de la victoire de son allié, dont la faveur et la protection la mettaient bientôt en état de dominer sur tous ses adversaires, et de les réduire au silence jusqu’à un certain point. Ces adversaires, en général, s’étaient ligués avec les ennemis de la faction victorieuse et, par conséquent, étaient eux-mêmes les ennemis de cette faction. Le clergé de cette secte particulière, devenu ainsi complètement maître du champ de bataille, et ayant porté au plus haut degré de force son influence et son autorité sur la masse du peuple, se vit assez puissant pour en imposer même aux chefs et aux principaux de sa faction amie, et pour obliger les magistrats civils à respecter ses opinions et ses volontés. Sa première demande fut, pour l’ordinaire, que ces magistrats abattraient et feraient taire toute autre secte ; et la seconde, qu’ils lui assureraient un revenu indépendant. Comme ce clergé, le plus souvent, ne laissait pas que d’avoir beaucoup contribué à la victoire, il paraissait assez juste qu’il eût aussi quelque part dans la dépouille ; et puis, il commençait à se lasser d’avoir à gagner le peuple, et de dépendre de ses caprices pour subsister. Ainsi, en faisant cette demande, il ne consulta que son bien être et sa commodité, sans beaucoup s’embarrasser de l’effet qui en pourrait résulter dans l’avenir, quant à l’influence et à l’autorité de son ordre. Le magistrat civil, qui ne pouvait satisfaire à la demande du clergé qu’en lui cédant quelque chose qu’il aurait beaucoup mieux aimé prendre ou garder pour lui-même, mit rarement un grand empressement à la lui accorder. Toutefois, la nécessité l’obligea à se soumettre à la fin, quoique ce ne fût souvent qu’après beaucoup de délais, de défaites ou d’excuses supposées.
Mais si la politique n’eût jamais appelé la religion à son aide, si la faction triomphante n’eût jamais été forcée d’adopter la doctrine d’une secte plutôt que celle d’une autre, alors quand elle aurait remporté la victoire, elle aurait vraisemblablement traité toutes les sectes diverses avec indifférence et impartialité, et elle aurait laissé tout individu libre de choisir son prêtre et sa religion comme il jugerait à propos. Sans doute il y aurait eu, dans ce cas, une grande multitude de sectes religieuses. Vraisemblablement, presque chaque congrégation différente aurait fait par elle-même une petite secte, ou se serait plu à établir de son chef quelques points particuliers de doctrine. Chaque maître en ce genre de profession se serait vu dans la nécessité de faire tous ses efforts et de mettre en œuvre toutes ses ressources, tant pour se conserver ses disciples que pour en augmenter le nombre. Mais, comme tout autre maître de la même profession se serait vu dans la même nécessité de son côté, le succès d’aucun de ces maîtres ou d’aucune de leurs sectes n’aurait pu être très-grand. Le zèle actif et intéressé des maîtres en fait de religion ne peut être dangereux et inquiétant que dans le cas où il n’y aurait qu’une seule secte tolérée dans la société, ou que la totalité d’une immense société serait divisée en deux ou trois grandes sectes, les maîtres dans chaque secte agissant alors de concert et sous l’influence d’une subordination et d’une discipline régulières. Mais ce zèle ne peut être de la moindre conséquence quand toute la société est partagée en deux ou trois centaines, ou peut-être en autant de milliers de petites sectes, dont aucune ne peut être assez considérable pour troubler la tranquillité publique. Les maîtres dans chaque secte, se voyant entourés de toutes parts de plus d’adversaires que d’amis, se trouveront bientôt obligés de prendre des manières franches et un esprit de modération, vertus si rares parmi les maîtres ou profès de ces grandes sectes dont la doctrine, étant soutenue par le magistrat civil, est un objet de vénération pour la presque totalité des habitants de grands et puissants empires, et qui ne voient autour d’eux, par conséquent, que des sectateurs, des disciples et d’humbles admirateurs. Les maîtres dans chaque petite secte, se trouvant presque isolés, seraient obligés de respecter ceux de presque toute autre secte, et ce qu’ils se verraient forcés de se céder mutuellement les uns aux autres, tant pour leur avantage que pour leur agrément réciproques, finirait vraisemblablement par réduire avec le temps la doctrine de la plupart d’entre eux à cette religion pure et raisonnable, purgée de tout mélange d’absurdités, d’impostures ou de fanatisme, telle que les hommes sages dans tous les âges du monde ont désiré la voir établie, mais telle que la loi positive ne l’a peut-être encore jamais établie et probablement ne l’établira jamais dans aucun pays, parce qu’en matière de religion la loi positive a toujours été, et vraisemblablement sera toujours, plus ou moins soumise à l’influence des superstitions ou de l’enthousiasme populaire.
Ce plan de gouvernement ecclésiastique, ou, pour mieux dire, de suppression de tout gouvernement ecclésiastique, était celui que se proposait d’établir en Angleterre, vers la fin des guerres civiles, la secte dite des Indépendants, une secte, sans aucun doute, d’enthousiastes effrénés. Si ce projet eût été réalisé, encore qu’il fût provenu d’une origine extrêmement peu philosophique, il aurait vraisemblablement, depuis ce temps jusqu’à nos jours, amené, à l’égard de toute espèce de principe religieux, cet esprit de modération et de calme que donne la philosophie. Ce régime a été établi dans la Pennsylvanie, où, quoique les quakers se trouvent former la secte la plus nombreuse, cependant la loi, dans la réalité, n’en favorise aucune plus que l’autre ; aussi dit-on qu’il y a fait naître partout cette modération et ce calme philosophiques.
Mais quand même, en traitant avec une parfaite égalité toutes les sectes religieuses, on ne parviendrait pas à amener parmi toutes celles d’un même pays, ni même dans la plupart d’entre elles, ce caractère de modération et cet esprit de tolérance, cependant, pourvu que ces sectes fussent suffisamment nombreuses, et chacune d’elles conséquemment trop faible pour pouvoir troubler la tranquillité publique, le zèle excessif de chaque secte pour sa doctrine particulière ne pourrait guère produire d’effets très-nuisibles ; au contraire, il pourrait même produire quelque bien, et si le gouvernement était parfaitement décidé à les abandonner toutes à elles-mêmes, en les obligeant pourtant à rester tranquilles les unes à l’égard des autres, il n’y a pas de doute qu’elles n’en vinssent bientôt d’elles-mêmes à se subdiviser assez promptement pour devenir en peu de temps aussi nombreuses qu’on pourrait le désirer.
Dans toute société civilisée, dans toute société où la distinction des rangs a été une fois généralement établie, il y a toujours eu deux différents plans ou systèmes de morale ayant cours en même temps : l’un, fondé sur des principes rigoureux, et qui peut s’appeler le système rigide ; l’autre, établi sur des principes libéraux, et que je nomme système relâché. Le premier est, en général, admiré et révéré par le commun du peuple ; l’autre est communément plus en honneur parmi ce qu’on appelle les gens comme il faut, et c’est celui qu’ils adoptent. Le degré de blâme que nous portons sur les vices de légèreté, ces vices qui naissent volontiers d’une grande aisance et des excès de gaieté et de bonne humeur, est ce qui semble constituer la véritable distinction entre ces deux plans ou systèmes opposés. Dans le système libéral ou de morale relâchée, le luxe, la gaieté folle et même la joie déréglée, l’amour du plaisir poussé jusqu’à un certain degré d’intempérance, les fautes contre la chasteté, au moins chez un des deux sexes, etc., pourvu que ces choses ne soient pas accompagnées d’indécences grossières et n’entraînent ni fausseté ni injustice, sont en général traitées avec une assez grande indulgence, et sont très-aisément excusées, même entièrement pardonnées. Dans le système rigide, au contraire, ces excès sont regardés comme une chose détestable dont il faut s’éloigner avec horreur. Les vices qu’engendre la légèreté sont toujours ruineux pour les gens du peuple, et il ne faut souvent qu’une semaine de dissipation et de débauche pour perdre à jamais un pauvre ouvrier, et pour le pousser par désespoir jusqu’aux derniers crimes. Aussi, ce qu’il y a de mieux et de plus rangé parmi les gens du peuple a-t-il toujours fui et détesté ces sortes d’excès, qu’il sait par expérience être si funestes aux gens de sa sorte. Au contraire, même plusieurs années passées dans les excès et le désordre peuvent ne pas entraîner la ruine de ce qu’on appelle un homme comme il faut, et les personnes de cette classe sont très-disposées à regarder comme un des avantages de leur fortune la faculté de pouvoir se permettre quelques excès, et comme un des privilèges de leur état la liberté d’en user ainsi sans encourir la censure et les reproches. Aussi, parmi les personnes de leur condition, regardent-elles de pareils excès avec assez peu de désapprobation, et ne les blâment-elles que très-légèrement ou point du tout.
Presque toutes les sectes religieuses ont pris naissance parmi les masses populaires, et c’est de cette classe qu’elles ont, en général, tiré leurs premiers et leurs plus nombreux prosélytes. Aussi le système de morale rigide a-t-il été adopté presque constamment par ces sectes, ou au moins à très-peu d’exceptions près, car il y en a bien quelques-unes à faire. Ce système était le plus propre à mettre la secte en honneur parmi cet ordre de peuple, auquel elle s’adressait toujours quand elle commençait à proposer son plan de réformes sur les choses précédemment établies. Plusieurs d’entre ces sectaires, peut-être la plus grande partie, ont même tâché de se donner du crédit en raffinant sur ce système d’austérité, et en le portant jusqu’à la folie et à l’extravagance, et très-souvent ce rigorisme outré a servi plus que toute autre chose à leur attirer les respects et la vénération du peuple.
Un homme ayant de la naissance et de la fortune est, par son état, un membre distingué d’une grande société, qui a les yeux ouverts sur toute sa conduite, et qui l’oblige par là à y veiller lui-même à chaque instant. Son autorité et sa considération dépendent en très-grande partie du respect que la société lui porte. Il n’oserait pas faire une chose qui pût le décrier ou l’avilir, et il est obligé à une observation très-exacte de cette espèce de morale aisée ou rigide que la société, par un accord général, prescrit aux personnes de son rang et de sa fortune. Un homme de basse condition, au contraire, est bien loin d’être un membre distingué d’une grande société. Tant qu’il demeurera à la campagne, dans un village, on peut avoir les yeux sur sa conduite, et il peut être obligé de s’observer. C’est dans cette situation, et dans celle-là seulement, qu’on peut dire qu’il a une réputation à ménager. Mais sitôt qu’il vient dans une grande ville, il est plongé dans l’obscurité la plus profonde ; personne ne le remarque ni ne s’occupe de sa conduite ; il y a dès lors beaucoup à parier qu’il n’y veillera pas du tout lui-même, et qu’il s’abandonnera à toutes sortes de vices et de débauche honteuse. Il ne sort jamais plus sûrement de cette obscurité, sa conduite n’excite jamais autant l’attention d’une société respectable, que lorsqu’il devient membre de quelque petite secte religieuse ; dès ce moment, il acquiert un degré de considération qu’il n’avait jamais eu auparavant. Tous les frères de sa secte sont intéressés, pour l’honneur de la secte, à veiller sur sa conduite ; et s’il cause quelque scandale, s’il vient à trop s’écarter de cette austérité de mœurs qu’ils exigent presque toujours les uns des autres, ils s’empressent de l’en punir par ce qui est toujours une punition très-sévère, même quand il n’en résulte aucun effet civil, l’expulsion ou l’excommunication de la secte. Aussi, dans les petites sectes religieuses, les mœurs des gens du peuple sont presque toujours d’une régularité remarquable et, en général, beaucoup plus que dans l’église établie. Souvent, à la vérité, les mœurs de ces petites sectes ont été plutôt dures que sévères, et même jusqu’à en être farouches et insociables.
Il y a néanmoins deux moyens très-faciles et très-efficaces qui, réunis, pourraient servir à l’État pour corriger sans violence ce qu’il y aurait de trop austère ou de vraiment insociable dans les mœurs de toutes les petites sectes entre lesquelles le pays serait divisé.
Le premier de ces deux moyens, c’est l’étude des sciences et de la philosophie, que l’État pourrait rendre presque universelle parmi tous les gens d’un rang et d’une fortune moyenne, ou plus que moyenne, non pas en donnant des gages à des professeurs pour en faire des paresseux et des négligents, mais en instituant même dans les sciences les plus élevées et les plus difficiles quelque espèce d’épreuve ou d’examen que serait tenue de subir toute personne qui voudrait avoir la permission d’exercer une profession libérale, ou qui se présenterait comme candidat pour une place honorable ou lucrative. Si l’État mettait cette classe de personnes dans la nécessité de s’instruire, il n’aurait besoin de se donner aucune peine pour les pourvoir de maîtres convenables. Elles sauraient bien trouver tout de suite elles-mêmes de meilleurs maîtres que tous ceux que l’État eût pu leur procurer. La science est le premier des antidotes contre le poison de l’enthousiasme et de la superstition ; et dès que les classes supérieures du peuple seraient une fois garanties de ce fléau, les classes inférieures n’y seraient jamais exposées.
Le second de ces moyens, c’est la multiplicité et la gaieté des divertissements publics. Si l’État encourageait, c’est-à-dire s’il laissait jouir d’une parfaite liberté tous ceux qui, pour leur propre intérêt, voudraient essayer d’amuser et de divertir le peuple, sans scandale et sans indécence, par des peintures, de la poésie, de la musique et de la danse, par toutes sortes de spectacles et de représentations dramatiques, il viendrait aisément à bout de dissiper dans la majeure partie du peuple cette humeur sombre et cette disposition à la mélancolie, qui sont presque toujours l’aliment de la superstition et de l’enthousiasme. Tous les fanatiques agitateurs de ces maladies populaires ont toujours vu les divertissements publics avec effroi et avec courroux. La gaieté et la bonne humeur qu’inspirent ces divertissements étaient trop incompatibles avec cette disposition d’âme qui est la plus analogue à leur but, et sur laquelle ils peuvent le mieux opérer. D’ailleurs, les représentations dramatiques, souvent en exposant leurs artifices au ridicule et quelquefois même à l’exécration publique, furent, pour cette raison, de tous les divertissements publics, l’objet le plus particulier de leur fureur et de leurs invectives.
Dans un pays où la loi ne favoriserait pas les maîtres ou profès d’une religion plus que ceux d’une autre, il ne serait pas nécessaire qu’aucun d’eux se trouvât sous une dépendance particulière ou immédiate du souverain ou du pouvoir exécutif, ni que celui-ci eût à se mêler de les nommer ou de les destituer de leurs emplois. Dans un pareil état de choses, il n’aurait pas besoin de s’embarrasser d’eux le moins du monde, si ce n’est pour maintenir la paix entre eux comme parmi le reste de ses sujets, c’est-à-dire de les empêcher de se persécuter, de se tromper ou de s’opprimer l’un l’autre. Mais il en est tout autrement dans les pays où il y a une religion établie ou dominante. Dans ce cas, le souverain ne peut jamais se regarder en sûreté, à moins qu’il n’ait les moyens de se donner une influence considérable sur la plupart de ceux qui enseignent cette religion.
Le clergé de toute église établie constitue une immense corporation ; les membres de cette corporation peuvent agir de concert et suivre leurs intérêts sur un même plan et avec un même esprit, autant que s’ils étaient sous la direction d’un seul homme, et très-souvent aussi y sont-ils. Leur intérêt, comme membres d’un corps, n’est jamais le même que celui du souverain, et lui est même quelquefois directement opposé. Leur grand intérêt est de maintenir leur autorité dans le peuple, et cette autorité dépend de l’importance et de l’infaillibilité prétendue de la totalité de la doctrine qu’ils lui inculquent ; elle dépend de la nécessité prétendue d’adopter chaque partie de cette doctrine avec la foi la plus implicite, pour éviter une éternité de peines. Que le souverain s’avise imprudemment de paraître s’écarter ou de douter lui-même du plus petit article de leur doctrine, ou qu’il essaie par humanité de protéger ceux auxquels il arrive de faire l’un ou l’autre, alors l’honneur jaloux et chatouilleux d’un clergé qui ne sera en aucune manière sous sa dépendance se trouve à l’instant provoqué à le proscrire comme un profane, et à s’armer de toutes les terreurs de la religion pour forcer le peuple à transporter son obéissance à quelque prince plus soumis et plus orthodoxe. Qu’il essaie de résister à quelques-unes de leurs prétentions ou de leurs usurpations, le danger ne sera pas moins grand. Les princes qui ont osé tenter ce genre d’opposition contre l’Église, outre le crime de rébellion, ont généralement encore été chargés pas surcroît du crime d’hérésie, en dépit de toutes les protestations les plus solennelles de leur foi et de leur humble soumission à tout article de croyance qu’elle jugerait à propos de leur prescrire. Mais l’autorité que donne la religion l’emporte sur toute autre autorité. Les craintes qu’elle inspire absorbent toutes les autres craintes. Quand des professeurs de religion légalement établis propagent parmi le peuple quelque doctrine subversive de l’autorité du souverain, celle-ci ne peut être maintenue que par la force seulement ou par le secours d’une puissante armée. Une armée même, dans ce cas, ne peut donner au souverain une sécurité durable, parce que, si les soldats ne sont pas étrangers (et il est fort rare qu’ils le soient), s’ils sont tirés de la masse du peuple, comme cela doit être presque toujours, il y a à présumer qu’ils seront bientôt corrompus eux-mêmes par cette doctrine populaire. Les révolutions continuelles que fit naître à Constantinople l’esprit turbulent du clergé grec, tant que subsista l’empire d’Orient ; les convulsions fréquentes qui éclatèrent dans toutes les parties de l’Europe par suite du caractère factieux et remuant du clergé romain pendant le cours de plusieurs siècles, démontrent assez combien sera toujours incertaine et précaire la situation d’un souverain qui n’a pas les moyens convenables d’exercer son influence sur le clergé de la religion établie et dominante de son pays.
Il est assez évident par soi-même que des articles de foi, ainsi que toutes les matières spirituelles, ne sont pas du département d’un souverain temporel, qui, à quelque point qu’il puisse posséder les qualités propres à protéger le peuple, est rarement censé posséder celles propres à l’instruire et à l’éclairer. Ainsi, pour tout ce qui concerne ces matières, son autorité ne peut guère contrebalancer l’autorité réunie du clergé de l’église établie. Cependant, sa sûreté personnelle et la tranquillité de l’État peuvent très-souvent dépendre de la doctrine que le clergé jugera à propos de répandre sur de pareilles matières. Comme le prince ne peut donc guère s’opposer directement à la décision des membres de ce corps avec assez de poids et d’autorité, il est nécessaire qu’il soit à portée d’influer sur cette décision ; et il ne saurait y influer qu’autant qu’il pourra s’attacher, par des craintes ou des espérances, la majorité des individus de cet ordre. La crainte d’une destitution ou autre punition pareille, et l’espérance d’une promotion à un meilleur bénéfice, sont propres à remplir cet objet.
Dans toutes les églises chrétiennes, les bénéfices ecclésiastiques sont des espèces de franches tenures dont le titulaire a la jouissance, non pas à simple volonté, mais pendant toute sa vie et tant qu’il se comporte bien. Si les bénéficiers tenaient ces biens à un titre plus précaire, et s’ils étaient sujets à en être expulsés au plus léger déplaisir qu’ils auraient causé au souverain ou à ses ministres, il leur serait peut-être impossible de conserver aucune autorité sur le peuple ; et celui-ci, ne les regardant plus alors que comme des mercenaires dépendant de la cour, ne croirait plus à la bonne foi de leurs exhortations. Mais si le souverain s’avisait d’employer la violence ou quelque voie irrégulière pour priver de leurs bénéfices un certain nombre de gens d’Église, par la raison peut-être qu’ils auraient propagé avec un zèle plus qu’ordinaire quelque doctrine séditieuse ou favorable à une faction, il ne ferait, par une telle persécution, que les rendre, eux et leurs doctrines, dix fois plus populaires et, par conséquent, dix fois plus dangereux et plus embarrassants qu’ils ne l’étaient auparavant. La crainte est presque toujours un mauvais ressort de gouvernement, et elle ne devrait surtout être jamais employée contre aucune classe d’hommes qui ait la moindre prétention à l’indépendance. En cherchant à les effrayer, on ne fait qu’aigrir leur mauvaise humeur et les fortifier dans une résistance, qu’avec des manières plus douces on aurait pu les amener peut-être aisément ou à modérer, ou à abandonner tout à fait. Il est bien rare que le gouvernement de France ait jamais réussi, par les moyens violents qu’il a ordinairement mis en œuvre pour obliger les parlements ou cours souveraines de justice à enregistrer quelque édit qui n’était pas populaire.
Cependant, le moyen qu’il employait communément, qui était l’emprisonnement de tous les membres réfractaires, était bien, à ce qu’on pourrait croire, assez énergique. Les princes de la maison de Stuart eurent quelquefois recours à de pareilles violences pour venir à bout de quelques-uns des membres du parlement d’Angleterre et, en général, ils ne les trouvèrent pas moins intraitables. On manie aujourd’hui le parlement d’Angleterre d’une autre manière ; et pour prouver qu’on aurait pu encore plus aisément manier, par les mêmes moyens, tous les parlements de France, il ne faut que la petite expérience que fit le duc de Choiseul sur le parlement de Paris, il y a environ douze ans. On n’a pas suivi cette expérience ; car, encore que les voies de persuasion et de ménagement soient toujours les ressorts les plus sûrs et les plus faciles pour gouverner, tout comme la force et la violence sont les plus mauvais et les plus dangereux, cependant tel est l’insolent orgueil naturel à l’homme, qu’il dédaigne presque toujours de faire usage du bon ressort, à moins qu’il ne puisse ou qu’il n’ose se servir du mauvais. Le gouvernement de France a pu et a osé employer la force et, par conséquent, il a dédaigné de se servir des voies de ménagement et de persuasion. Mais, à ce qu’il semble, je crois, par l’expérience de tous les siècles, il n’y a pas de classe d’hommes avec lesquels il soit si dangereux, ou plutôt si complètement funeste d’employer la contrainte et la violence, que le clergé d’une église établie, environné de la considération publique. Les droits, les privilèges, la liberté personnelle de tout individu ecclésiastique qui est bien avec son ordre, sont plus respectés, dans les gouvernements même les plus despotiques, que ceux de toute autre personne à peu près égale en rang et en fortune. Cela est ainsi dans tous les différents degrés du despotisme, depuis le gouvernement doux et modéré de Paris, jusqu’au gouvernement violent et terrible de Constantinople. Mais si cette classe d’hommes ne peut être menée par force, on peut se la concilier tout aussi aisément qu’une autre ; la sûreté du souverain, non moins que la tranquillité publique, semblent dépendre, en très-grande partie, des moyens qu’a le souverain de s’attacher ces hommes-là, et ces moyens semblent consister en entier dans les bénéfices qu’il a à répandre parmi eux.
Dans l’ancienne constitution de l’Église catholique romaine, l’évêque de chaque diocèse était élu par les suffrages réunis du clergé et du peuple de la ville épiscopale. Le peuple ne conserva pas longtemps son droit d’élection et pendant tout le temps qu’il le conserva, il agit presque toujours sous l’influence du clergé, qui dans ces matières spirituelles, semblait être son guide naturel. En outre, le clergé se lassa bientôt de prendre la peine de se concilier le peuple, et trouva plus commode d’élire lui-même ses évêques. L’abbé fut élu de même par les religieux du monastère, au moins dans la plus grande partie des abbayes. Tous les bénéfices ecclésiastiques inférieurs compris dans le diocèse étaient à la collation de l’évêque, qui les conférait à ceux des ecclésiastiques qu’il jugeait à propos d’en investir. De cette manière tous les bénéfices ecclésiastiques furent à la disposition du clergé. Quoique le souverain pût avoir quelque influence indirecte sur les élections, et qu’il fût quelquefois d’usage de lui demander son consentement pour élire, ainsi que son approbation de l’élection, cependant il n’avait aucun moyen direct et suffisant de se concilier le clergé. Chaque homme d’église était naturellement bien moins porté, par son ambition, à faire sa cour à son souverain qu’à son propre ordre, duquel seul il pouvait espérer quelque avancement.
Dans la plus grande partie de l’Europe, le pape attira insensiblement à lui, d’abord la collation de presque tous les évêchés et abbayes, ou de ce qu’on appelait bénéfices consistoriaux, et ensuite, sous divers prétextes et par diverses manœuvres, il s’attribua celle de la plus grande partie des bénéfices inférieurs compris dans chaque diocèse, n’en laissant à l’évêque guère plus que ce qui était purement nécessaire pour lui donner une autorité décente sur son clergé particulier. Par cet arrangement, la condition du souverain fut encore pire qu’elle n’avait été auparavant. Le clergé de tous les différents pays de l’Europe vint ainsi à se former en une espèce d’armée spirituelle, dispersée à la vérité dans différents quartiers, mais dont tous les mouvements et toutes les opérations purent alors être conduits par une seule tête et dirigés sur un plan uniforme. Le clergé de chaque pays particulier pouvait être regardé comme un détachement de cette année, duquel les opérations étaient au besoin soutenues et secondées par tous les autres détachements cantonnés dans les pays environnants. Non-seulement chacun de ces détachements fut indépendant du souverain du pays dans lequel il était cantonné et qui le faisait subsister, mais il était sous la dépendance d’un souverain étranger qui pouvait un jour tourner les armes de ce détachement contre le souverain de ce même pays, et soutenir celui-là avec les armes de tous ses autres détachements.
Ces armes étaient les plus formidables qu’on puisse imaginer. Dans l’ancien état de l’Europe, avant l’établissement des arts et des manufactures, les richesses du clergé lui donnaient sur la masse du peuple la même espèce d’influence que celle qu’avaient les grands barons sur leurs vassaux, tenanciers et gens de leur suite. Dans les grands domaines dont la piété trompée, tant des princes que des particuliers, avait gratifié l’Église, il y avait des juridictions établies de la même nature que celles des grands barons, et par la même cause. Dans ces grands domaines, le clergé ou ses baillis pouvaient aisément maintenir la paix sans le soutien ou l’assistance du roi ni d’aucune autre personne, et ni le roi ni aucune autre personne n’eussent pu y maintenir la paix sans le soutien et l’assistance du clergé. Ainsi, les juridictions du clergé dans ses baronies ou manoirs particuliers étaient tout aussi indépendantes et tout aussi exclusives de l’autorité des cours du roi, que les juridictions des grands seigneurs temporels. Les tenanciers du clergé étaient, comme ceux des grands barons, presque tous amovibles à volonté, entièrement dépendants de leurs seigneurs immédiats et, par conséquent, dans le cas d’être appelés à tout moment pour porter les armes dans toutes les querelles dans lesquelles le clergé jugeait à propos de les engager. En outre des revenus de ces domaines, le clergé possédait encore dans les dîmes une très-forte portion des revenus de tous les autres domaines, dans chaque royaume de l’Europe. Les revenus provenant de ces deux sources différentes se payaient, pour la plus grande partie, en nature : en grains, vin, bestiaux, volailles, etc. ; la quantité excédait considérablement ce que le clergé en pouvait consommer lui-même, et il n’y avait ni arts ni manufactures contre le produit desquels il pût échanger ce superflu. Le clergé ne pouvait tirer parti de cette énorme surabondance autrement qu’en l’employant comme les grands barons employaient le même superflu de leurs revenus, à entretenir l’hospitalité la plus libérale, à faire des charités sans bornes. Aussi dit-on que l’hospitalité et la charité de l’ancien clergé étaient immenses. Non-seulement il faisait subsister presque tous les pauvres dans chaque royaume, mais encore il y avait une quantité de chevaliers et de gentilshommes qui n’avaient pas d’autres moyens de vivre que d’aller voyageant de monastère en monastère sous prétexte de dévotion, mais dans la réalité pour profiter de l’hospitalité du clergé. Les gens de la suite de certains prélats étaient souvent aussi nombreux que ceux des plus grands seigneurs laïques ; et les gens à la suite du clergé, pris ensemble, étaient peut-être plus nombreux que ceux de tous les seigneurs laïques. Il régnait toujours beaucoup plus d’union entre les seigneurs ecclésiastiques qu’entre les autres ; les premiers étaient soumis à une discipline réglée et subordonnée à l’autorité du pape, les autres n’étaient soumis à aucune discipline ou subordination réglée ; au contraire, ils étaient presque tous également jaloux les uns des autres et du roi. Ainsi, quand même les tenanciers et gens de la suite du clergé eussent été tous ensemble moins nombreux que ceux des grands seigneurs laïques (et probablement les tenanciers de ceux-ci l’étaient beaucoup moins), cependant l’union qui régnait dans cet ordre l’aurait toujours rendu plus redoutable que l’autre. Et puis, l’hospitalité et la charité exercées par le clergé donnaient non-seulement une grande force temporelle à son commandement, mais augmentaient encore extrêmement le poids de ses armes spirituelles. Ces vertus lui assuraient les respects et la vénération la plus profonde dans toutes les classes inférieures du peuple, dont un grand nombre d’individus étaient constamment nourris par lui, et presque tous, au moins de temps en temps. Tout ce qui appartenait, tout ce qui avait quelque rapport avec un ordre aussi populaire, ses possessions, ses privilèges, sa doctrine, tout paraissait nécessairement sacré aux yeux du vulgaire, et toute violation réelle ou supposée de quelqu’une de ces choses était le comble de la profanation et du sacrilège. Si dans ces temps donc le souverain trouvait souvent de la difficulté à résister à une confédération de quelques grands seigneurs, il ne faut pas s’étonner qu’il en dût trouver encore bien davantage à résister à la force réunie du clergé de ses propres États, soutenue par celle du clergé de tous les États voisins. Dans de telles circonstances, ce qui doit étonner, ce n’est pas qu’il ait été quelquefois obligé de plier, mais c’est qu’il ait jamais pu se croire en état de se soutenir.
Les privilèges du clergé de ces anciens temps, qui nous semblent les plus absurdes, à nous qui vivons dans le temps actuel, par exemple son exemption totale de la juridiction séculière, ou ce qu’on appelle en Angleterre le bénéfice de clergie, étaient une suite naturelle ou plutôt nécessaire de cet état de choses. Combien n’eût-il pas été dangereux pour le souverain de vouloir punir un homme d’église pour un crime quelconque, si l’ordre dont celui-ci était membre avait été disposé à le protéger, et à représenter ou les preuves comme trop faibles pour convaincre un aussi saint personnage, ou le châtiment comme trop sévère pour être infligé à celui dont la religion avait rendu la personne sacrée ! Dans de pareilles circonstances, le souverain n’avait rien de mieux à faire que de le laisser juger par les tribunaux ecclésiastiques, qui, pour l’honneur même de leur ordre, étaient intéressés à prévenir, autant que possible, parmi leurs membres, les crimes d’éclat, ou même ces actions scandaleuses faites pour aliéner l’esprit du peuple.
Dans l’état des choses qui eut lieu presque par toute l’Europe pendant le cours des dixième, onzième, douzième et treizième siècles, et quelque temps encore tant avant qu’après cette période, la constitution de l’Église de Rome peut être regardée comme la combinaison la plus formidable qui ait été formée contre l’autorité et la sûreté du gouvernement civil, aussi bien que contre la liberté, la raison et le bonheur du genre humain, qui ne peuvent jamais régner et prospérer que sous la protection du gouvernement civil. Dans cette constitution, les impostures et les illusions les plus grossières de la superstition se trouvèrent si fortement liées aux intérêts privés d’une immense multitude de gens, qu’elles étaient hors de toute atteinte des traits de la raison humaine ; car, encore bien que la raison eût peut-être pu venir à bout de dévoiler, même aux yeux du commun du peuple, quelques-unes de ces erreurs superstitieuses, elle n’aurait néanmoins jamais pu détacher entièrement les liens de l’intérêt privé. Si cette constitution n’eût eu d’autres attaques à essuyer que les faibles efforts de la raison, elle aurait sans doute duré à jamais. Mais cet édifice immense et si habilement construit, que toute la sagesse et toute la vertu humaine n’eussent jamais pu ébranler, encore moins renverser, s’est vu par le cours naturel des choses, d’abord affaibli, ensuite en partie démoli, et peut-être ne lui faut-il plus aujourd’hui que quelques siècles encore pour qu’il s’écroule tout à fait.
Les progrès successifs des arts, des manufactures et du commerce, les mêmes causes qui détruisirent la puissance des seigneurs, ont détruit de la même manière, dans la majeure partie de l’Europe, toute la puissance temporelle du clergé. Le produit des arts, des manufactures et du commerce offrit au clergé, tout comme aux seigneurs, quelque chose à échanger contre le superflu du produit brut de ses terres, et lui fit voir ainsi tous les moyens de dépenser la totalité de ses revenus en jouissances personnelles, sans être obligé d’en faire une aussi grande part aux autres. Peu à peu, sa charité devint moins étendue, son hospitalité moins généreuse et moins prodigue. Sa suite devint, par conséquent, moins nombreuse, et par degrés elle finit par se réduire tout à fait à rien. Comme les seigneurs, le clergé désira aussi retirer de plus fortes rentes de ces domaines, afin de les dépenser de la même manière, en jouissances personnelles, en sottises et en faste puéril. Or, cette augmentation de rente ne put s’obtenir qu’en accordant aux tenanciers de plus longs baux, ce qui rendit ceux-ci en grande partie indépendants. Ce fut ainsi que se relâchèrent et tombèrent enfin peu à peu ces liens d’intérêt qui attachaient au clergé les classes inférieures du peuple. Ils se relâchèrent et tombèrent même plus tôt encore que ceux qui attachaient les mêmes classes du peuple aux seigneurs, parce que les bénéfices de l’Église étant, pour la plus grande partie, de bien moindres domaines que les terres des seigneurs, le possesseur de chaque bénéfice fut bien plus tôt mis à même de dépenser tout son revenu au profit de sa personne. La puissance des seigneurs était encore en pleine vigueur dans la plus grande partie de l’Europe, pendant la majeure partie des quatorzième et quinzième siècles ; mais le pouvoir temporel du clergé, cet empire absolu qu’il avait eu autrefois sur la masse du peuple, était dès lors extrêmement déchu. La puissance de l’Église, à cette époque, était à peu près réduite, presque par toute l’Europe, à celle que pouvait lui donner son autorité spirituelle, et encore cette autorité spirituelle fut-elle fort affaiblie quand elle eut cessé d’être soutenue par la charité et par l’hospitalité du clergé. Les classes inférieures du peuple cessèrent de voir dans cet ordre, comme elles avaient fait auparavant, leur asile dans la disgrâce, leur soutien dans l’indigence. Au contraire, elles ne virent qu’avec éloignement et indignation la vanité, le luxe et les folles dépenses du riche clergé, qui prodiguait ouvertement à ses plaisirs ce qui avait toujours été considéré jusque-là comme le patrimoine des pauvres.
Dans ce nouvel état de choses, les souverains de différents États de l’Europe tâchèrent de recouvrer l’influence qu’ils avaient eue autrefois dans la disposition des grands bénéfices de l’Église, en s’occupant de faire rendre aux doyen et chapitre de chaque diocèse l’ancien droit d’élire leur évêque, et aux moines de chaque abbaye celui d’élire leur abbé. Le rétablissement de cet ordre ancien fut l’objet de plusieurs statuts portés en Angleterre pendant le cours du quatorzième siècle, particulièrement de celui qui fut appelé le statut des proviseurs2, et de la pragmatique sanction établie en France dans le quinzième siècle. Il devint nécessaire, pour la validité des élections, que le souverain y eût préalablement donné son consentement, et en même temps qu’il agréât ensuite la personne élue ; et quoique l’élection fût toujours censée libre, il eut néanmoins tous les moyens indirects que lui fournissait nécessairement sa position, pour prendre de l’influence sur le clergé de ses États. D’autres règlements tendant au même but furent établis dans d’autres endroits de l’Europe ; mais nulle part avant la réformation, à ce qu’il semble, le pouvoir du pape sur la collation des grands bénéfices de l’Église ne fut aussi efficacement et aussi universellement restreint qu’en France et en Angleterre. Vint ensuite, dans le seizième siècle, le concordat, qui donna aux rois de France le droit absolu de présentation à tous les grands bénéfices et bénéfices consistoriaux de l’Église gallicane.
Depuis l’établissement de la pragmatique sanction et du concordat, le clergé de France a, en général, montré moins de respect pour les décrets de la cour papale, que le clergé de tout autre pays catholique. Dans toutes les querelles que son souverain a eues avec le pape, ce clergé a presque toujours pris le parti du premier. L’indépendance où est le clergé de France de la cour de Rome paraît être principalement fondée sur la pragmatique sanction et le concordat. Dans les temps plus reculés de la monarchie, on trouve le clergé de France tout aussi dévoué au pape que le clergé de tout autre pays. Quand Robert, le second roi de la troisième race, fut frappé par la cour de Rome de la plus injuste des excommunications, ses propres domestiques, dit-on, jetaient aux chiens les mets qui sortaient de sa table, et se gardaient bien de toucher à rien de ce qui avait été souillé par le contact d’une personne frappée d’un tel anathème. On peut bien présumer, sans crainte de se tromper, que c’était le clergé du royaume qui leur prescrivait cette conduite.
Ainsi, le droit de collation aux grands bénéfices de l’Église, ce droit pour le soutien duquel la cour de Rome avait souvent ébranlé et quelquefois renversé les trônes de quelques-uns des plus grands souverains du monde chrétien, se trouva restreint, modifié ou même tout à fait anéanti dans plusieurs endroits de l’Europe, même avant l’époque de la réformation. Comme le clergé eut alors moins d’influence sur le peuple, l’État eut plus d’influence sur le clergé. Ainsi, le clergé eut à la fois et moins de pouvoir pour troubler l’État, et moins de penchant à le faire. Tel était l’état de décadence où était tombée l’autorité de l’Église de Rome, quand les disputes qui donnèrent naissance à la réformation éclatèrent en Allemagne et se répandirent bientôt par toute l’Europe.
La doctrine nouvelle obtint partout une grande faveur populaire ; elle était propagée avec tout l’enthousiasme du zèle qui anime communément l’esprit de parti quand il attaque une autorité reconnue. Les maîtres de cette doctrine, quoique peut-être à d’autres égards aussi peu instruits que la plupart des théologiens qui défendaient les dogmes reçus, semblent, en général, avoir été mieux au fait de l’histoire ecclésiastique, ainsi que de l’origine et des progrès de ce système d’opinions sur lequel était fondée l’autorité de l’Église, et ils avaient par là de l’avantage dans toutes les disputes. L’austérité de leurs mœurs leur donnait du crédit sur le vulgaire, qui mettait en opposition la stricte régularité de leur conduite avec la vie déréglée de la plupart des membres de son clergé. Ils possédaient aussi, à un bien plus haut degré que leurs adversaires, tous les arts de la popularité et celui de se faire des prosélytes ; arts que les puissants et magnifiques enfants de l’Église avaient depuis longtemps négligés comme à peu près inutiles. Quelques-uns embrassèrent la nouvelle doctrine par raison ; beaucoup par amour pour la nouveauté ; un bien plus grand nombre encore par haine et par mépris pour le clergé dominant. Mais ce qui attira vers elle une foule sans comparaison plus nombreuse, ce fut cette éloquence ardente, passionnée et fanatique, quoique souvent rustique et grossière, avec laquelle elle fut presque partout prêchée3.
Le succès de cette nouvelle doctrine fut si grand et si général, qu’elle fournit aux princes qui se trouvaient alors être mal avec la cour de Rome le moyen de détruire aisément dans leurs États l’église dominante ; et celle-ci, qui avait perdu le respect et la vénération des classes inférieures du peuple, ne pouvait guère opposer de résistance. La cour de Rome avait désobligé quelques-uns des petits princes du nord de l’Allemagne, qu’elle avait probablement regardés comme trop peu importants pour valoir la peine d’être ménagés. En conséquence, ceux-ci établirent généralement la religion réformée dans leurs États. La tyrannie de Christiern II et de Troll, archevêque d’Upsal, mit Gustave Vasa à même de les chasser l’un et l’autre de Suède. Le pape prit le parti du tyran et de l’archevêque, et Gustave Vasa ne trouva aucune difficulté à établir la réforme en Suède. Christiern II fut ensuite déposé du trône de Danemark, où sa conduite l’avait rendu aussi odieux qu’en Suède. Le pape cependant se montra encore disposé à le favoriser, et Frédéric de Holstein, qui était monté sur le trône à sa place, se vengea du pape en suivant l’exemple de Gustave. Les magistrats de Berne et de Zurich, qui n’avaient pas de querelle particulière avec le pape, établirent avec grande facilité la réformation dans leurs cantons respectifs, où, par une imposture un peu plus grossière encore que leurs tromperies ordinaires, quelques gens du clergé venaient tout nouvellement de rendre leur ordre entier odieux et méprisable4.
Dans une situation aussi critique, la cour papale avait bien assez à faire de cultiver l’amitié des puissants monarques de France et d’Espagne, dont le dernier était à cette époque empereur d’Allemagne. Avec leur assistance elle put venir à bout, quoique non sans de grandes difficultés et beaucoup de sang répandu, ou d’empêcher totalement la réformation dans leurs États, ou d’en arrêter un moment les progrès. Elle était assez disposée aussi à traiter le roi d’Angleterre avec une grande complaisance ; mais les circonstances voulurent qu’elle n’eût pu agir ainsi sans offenser un monarque encore plus puissant, Charles V, roi d’Espagne et empereur d’Allemagne. Aussi, si Henri VIII lui-même ne reconnut pas les principaux articles de la doctrine de la réformation, au moins la faveur générale que cette doctrine avait acquise le mit-elle à même de supprimer tous les monastères dans ses États, et d’y abolir l’autorité de l’Église romaine. Quoiqu’il n’ait pas été plus loin, c’en était assez pour faire plaisir aux champions de la réformation qui, s’étant rendus maîtres du gouvernement sous son fils et successeur, achevèrent sans la moindre difficulté l’ouvrage commencé par le père.
Dans quelques pays, comme l’Écosse, où le gouvernement était anti-populaire et très-peu solidement établi, la réformation fut assez forte, non-seulement pour renverser l’Église, mais encore pour renverser l’État, qui voulut essayer de soutenir l’Église.
Entre les sectateurs de la réformation répandus dans tous les différents pays de l’Europe, il n’y avait pas de tribunal général qui pût, comme celui de la cour de Rome ou comme un concile œcuménique, régler entre eux tous les sujets de controverse, et prescrire à tous, avec une irréfragable autorité, les limites précises de l’orthodoxie. Quand donc ceux de la religion réformée dans un pays venaient à différer l’opinion avec leurs frères d’un autre pays, comme il n’y avait pas de juge commun auquel ils pussent appeler, la dispute ne pouvait jamais être décidée, et il s’éleva beaucoup de ces sortes de disputes parmi eux ; celles relatives au gouvernement de l’église et au droit de conférer les bénéfices ecclésiastiques étaient peut-être celles qui intéressaient le plus la paix et le bien-être de la société civile ; elles donnèrent, en conséquence, lieu aux deux parties ou sectes principales qui divisent les disciples de la réformation, les sectes calviniste et luthérienne, les seules parmi eux dont la doctrine et la discipline aient encore jamais été légalement établies en Europe.
Les partisans de Luther, ainsi que ce qu’on appelle l’Église anglicane, conservèrent plus ou moins le gouvernement épiscopal, maintinrent une subordination dans le clergé, donnèrent au souverain la disposition de tous les évêchés et autres bénéfices consistoriaux dans ses États, et le rendirent par là le véritable chef de l’église ; et sans ôter à l’évêque le droit de collation aux bénéfices inférieurs dans son diocèse, non-seulement ils admirent quant à ces bénéfices mêmes, mais encore ils favorisèrent le droit de présentation, tant chez le souverain que chez les autres patrons laïques. Ce système de gouvernement ecclésiastique fut dès le commencement favorable à la paix et au bon ordre, ainsi qu’à la soumission envers l’autorité civile. Ainsi n’a-t-il jamais été l’occasion d’aucun trouble ou commotion civile dans aucun des pays où il a été une fois établi. L’Église d’Angleterre, en particulier, s’est toujours glorifiée avec raison de la loyauté irréprochable de ses principes5. Sous un pareil régime, ceux qui composent le clergé cherchent naturellement à gagner l’estime du souverain, de la cour, de la noblesse et des personnes distinguées du pays, par l’influence desquelles ils espèrent principalement obtenir de l’avancement. Ils font la cour à ces patrons, quelquefois sans doute par de basses flatteries et de viles complaisances, mais bien souvent aussi par la culture de ces arts qui attirent le plus l’attention des gens riches et distingués et sont, par conséquent, la voie la plus sûre d’acquérir leur estime, par des connaissances dans toutes les diverses branches utiles et agréables des sciences, par la noblesse et la décence de leurs manières, par la sociabilité de leur humeur et le bon ton de leur conversation ; enfin, par le mépris dont ils font profession pour ces austérités absurdes et hypocrites que les fanatiques prêchent et se piquent de pratiquer afin d’attirer sur eux la vénération du petit peuple, et de lui rendre odieux la plupart de ceux des classes supérieures qui se dispensent ouvertement de pareilles momeries. Cependant un tel clergé, en se rendant aussi agréable aux personnes du premier ordre de la société, est très-disposé à négliger totalement les moyens de conserver de l’influence et du crédit sur les dernières classes ; il sera écouté, estimé et respecté de ses supérieurs, mais devant ses inférieurs il sera souvent hors d’état de défendre avec succès et d’une manière convaincante pour un tel auditoire ses principes sages et modérés, contre le plus ignorant des enthousiastes qui jugera à propos de les attaquer.
Les partisans de Zwingle, ou pour mieux dire ceux de Calvin, donnèrent, au contraire, au peuple de chaque paroisse, dans tous les cas de vacance, le droit d’élire son propre pasteur, et établirent en même temps la plus parfaite égalité dans le clergé. Tant que la première partie de cette institution resta en vigueur, il paraît qu’elle n’a produit autre chose que de la confusion et des désordres, et qu’elle tendit à corrompre également les mœurs du clergé et celles du peuple. L’autre partie paraît n’avoir jamais eu que des effets parfaitement conformes au but de l’institution.
Tant que le peuple de chaque paroisse conserva ce droit d’élection, il ne fit presque toujours que suivre l’influence du clergé et, en général, celle des plus fanatiques et des plus turbulents de cet ordre. Les ecclésiastiques, pour conserver leur influence dans ces élections populaires, devinrent pour la plupart et affectèrent de se montrer fanatiques, encouragèrent le fanatisme dans le peuple et donnèrent presque toujours la préférence aux plus fanatiques d’entre les candidats. La moindre affaire, la nomination d’un simple prêtre de paroisse, suffit pour occasionner le plus souvent des contestations violentes, non-seulement dans la paroisse, mais encore dans toutes les paroisses voisines, qui manquaient rarement de prendre parti dans la querelle. S’il arrivait que la paroisse fût située dans une grande ville, un tel événement divisait les habitants en deux partis ; et quand il se trouvait que cette ville formait elle-même une petite république, ou bien qu’elle était le chef-lieu ou la capitale d’une petite république, ce qui est le cas de la plupart des villes considérables de la Suisse et de la Hollande, chaque misérable dispute de ce genre, en excitant l’animosité de toutes les autres factions, menaçait encore de laisser après elle à la fois et un nouveau schisme dans l’Église, et une nouvelle faction dans l’État. En conséquence, dans ces petites républiques, le magistrat sentit de bonne heure la nécessité, pour maintenir la tranquillité publique, de se saisir lui-même du droit de présenter à tous les bénéfices vacants. En Écosse, le pays le plus étendu dans lequel ait jamais été établie cette forme presbytérienne dans le gouvernement de l’Église, les droits de patronage furent, dans le fait, abolis par l’acte qui établit les presbytéries6, au commencement du règne de Guillaume III. Cet acte, du moins, investit certaines classes du peuple de chaque paroisse du pouvoir d’acheter, pour une très-petite somme, le droit d’élire leur propre pasteur. On laissa subsister environ vingt-deux ans le régime établi par cet acte : mais ce régime fut aboli par le statut de la dixième année de la reine Anne, chapitre XII, à cause des troubles et des désordres qu’avait causés presque partout ce mode populaire d’élection. Cependant, dans un pays aussi étendu que l’Écosse, un tumulte dans une paroisse éloignée n’était pas autant dans le cas de troubler la tranquillité du gouvernement qu’il l’eût été dans un plus petit État. L’acte de la dixième année de la reine Anne rétablit le droit de patronage. Mais quoiqu’en Écosse la loi donne le bénéfice, sans exiger aucune autre condition, à la personne présentée par le patron, cependant l’Église exige quelquefois (car à cet égard elle n’a pas été très-uniforme dans ses décisions) un certain concours ou agrément de la part du peuple, avant de conférer à la personne présentée ce qu’on appelle la charge des âmes ou la juridiction ecclésiastique sur la paroisse. Au moins quelquefois, sous le prétexte affecté de conserver la paix dans la paroisse, elle diffère de mettre le pasteur en possession jusqu’à ce qu’on ait pu avoir ce concours de la part du peuple. Les menées particulières du clergé du voisinage, quelquefois pour obtenir cet agrément populaire, mais plus souvent encore pour l’empêcher, et les moyens de popularité qu’il se ménage pour se mettre à même d’intriguer avec plus de succès dans de pareilles occasions, sont peut-être la cause principale de cet ancien levain de fanatisme qui se fait sentir encore en Écosse dans le clergé et parmi le peuple.
L’égalité que la forme presbytérienne du gouvernement ecclésiastique établit dans le clergé consiste d’abord dans l’égalité d’autorité ou de juridiction ecclésiastique, et secondement dans l’égalité de bénéfices. Dans toutes les églises presbytériennes, l’égalité d’autorité est parfaite ; il n’en est pas de même de celle des bénéfices. En outre, la différence entre un bénéfice et un autre est rarement assez considérable pour que le possesseur même du petit bénéfice puisse être tenté de faire bassement la cour aux patrons afin d’en obtenir un meilleur. C’est ordinairement par des moyens plus honnêtes et plus relevés que, dans toutes les églises presbytériennes où les droits de patronage sont généralement établis, que le clergé cherche à se concilier la faveur de ses supérieurs ; c’est par ses connaissances et son savoir, par une conduite irréprochable, par la fidélité et l’exactitude avec laquelle il remplit ses devoirs. Les patrons mêmes se plaignent souvent de l’indépendance de caractère chez les ecclésiastiques, à laquelle ils donnent volontiers le nom d’ingratitude et d’oubli des bienfaits passes, mais qui, à en juger le moins favorablement, est au plus une indifférence tout naturellement produite par la certitude de n’avoir plus aucun bienfait de ce genre à attendre à l’avenir. En nul endroit de l’Europe peut-être, on ne saurait trouver une classe d’hommes plus instruits, plus décents, plus indépendants et plus respectables que la plupart des ecclésiastiques presbytériens de Hollande, de Genève, de la Suisse et de l’Écosse.
Quand les bénéfices de l’église sont à peu près tous égaux, aucun d’eux ne peut être fort considérable, et cette médiocrité dans les bénéfices, quoiqu’il ne faille pas la porter trop loin, a toutefois des effets très-favorables. Il n’y a que les mœurs les plus exemplaires qui puissent donner de la dignité à un homme d’une très-modique fortune. Les vices qu’entraînent la frivolité et la vanité le rendraient nécessairement ridicule et, d’ailleurs, seraient presque aussi ruineux pour lui que pour les gens du peuple. Ainsi, dans sa conduite privée, il est obligé de suivre ce système de morale que le peuple respecte le plus. Il gagne l’estime et l’affection des gens de cette classe par le genre de vie même que son intérêt seul et sa position le porteraient à adopter. Il est regardé par eux avec ce sentiment de bienveillance que nous portons naturellement à quelqu’un qui se rapproche un peu de notre propre condition, mais qui nous semble fait pour une plus relevée. Naturellement aussi, leur bienveillance excite la sienne ; il met plus de soin à les instruire, plus d’attention à les seconder, plus de zèle à les soulager ; il ne méprise même pas les préjugés de gens qui sont disposés à lui être si favorables, et il ne prend jamais avec eux ces airs dédaigneux et arrogants que nous trouvons si souvent dans l’orgueilleux dignitaire d’une église opulente et richement dotée. Aussi le clergé presbytérien a-t-il plus d’influence sur l’esprit du peuple que n’en a peut-être le clergé de toute autre église établie ; et ce n’est, en conséquence, que dans les seuls pays presbytériens que nous verrons jamais le peuple complètement converti à la croyance de l’église établie, sans qu’aucun moyen de persécution ait été employé.
Dans les pays où les bénéfices de l’église sont pour la plus grande partie très-modiques, une chaire dans une université est, en général, une meilleure place qu’un bénéfice ecclésiastique. Dans ce cas, les universités peuvent prendre avec choix tous leurs membres dans la totalité des gens d’église du pays, qui constituent partout la classe, sans comparaison, la plus nombreuse de gens de lettres. Dans ceux, au contraire, où les bénéfices de l’Église sont en grande partie d’un revenu très-considérable, naturellement l’Église enlève aux universités la plupart de leurs gens de lettres distingués, qui trouvent toujours quelque patron jaloux de leur procurer un bon bénéfice. Dans le premier de ces deux cas, il y a à parier que le clergé n’offrira qu’un petit nombre de gens de mérite, et ceux-ci encore parmi les membres les plus jeunes de cet ordre, qui vraisemblablement en seront aussi tirés avant d’avoir pu acquérir assez de connaissances et d’expérience pour lui être d’une grande utilité. M. de Voltaire observe que le père Porée, jésuite (médiocrement distingué dans la république des lettres), était le seul professeur qu’on eût vu en France, dont les ouvrages valussent la peine d’être lus. Dans un pays qui a été aussi fécond en gens de lettres du premier talent, il peut paraître assez extraordinaire qu’il y ait eu à peine un d’entre eux professeur dans une université. Le célèbre Gassendi était, dans les premières années de sa vie, professeur à l’université d’Aix. Aux premières étincelles de génie qu’il fit paraître, on lui représenta qu’en se mettant dans l’église il pourrait trouver facilement les moyens de vivre avec plus d’aisance et de repos, et qu’il serait ainsi dans une position plus favorable pour continuer ses études ; et il suivit aussitôt ce conseil. La remarque de M. de Voltaire peut s’appliquer, à ce que je crois, non-seulement à la France, mais à tous les pays catholiques romains. Il est très-rare que nous trouvions, chez aucun, un homme de lettres distingué qui soit professeur d’une université, excepté peut-être dans les chaires de droit et de médecine, professions dans lesquelles l’église n’est pas aussi à même de puiser. Après l’Église de Rome, celle d’Angleterre est, sans comparaison, la plus opulente et la mieux rentée de toutes les églises chrétiennes. Aussi, en Angleterre, l’église est occupée continuellement à épuiser les universités de leurs membres les plus studieux et les plus habiles, et il serait aussi rare que dans les pays catholiques romains d’y trouver un ancien professeur de collège, connu et cité en Europe comme un homme de lettres du premier ordre. À Genève, au contraire, dans les cantons suisses protestants, dans, les pays protestants de l’Allemagne, en Hollande, en Écosse, en Suède et en Danemark, les gens de lettres les plus distingués que ces pays aient produits avaient été, non pas tous, à la vérité, mais sans comparaison la plus grande partie, professeurs dans les universités. Dans ces pays, ce sont les universités, au contraire, qui épuisent continuellement l’église de tous les gens de lettres supérieurs qui peuvent s’y trouver.
C’est peut-être une chose qui mérite d’être observée, que si nous en exceptons les poètes, un petit nombre d’orateurs et quelques historiens, la très-majeure partie des autres gens de lettres d’un ordre supérieur, tant à Rome que dans la Grèce, paraissent avoir été des professeurs publics ou particuliers, et généralement des professeurs de philosophie ou de rhétorique. On trouvera cette observation constamment vraie depuis le temps de Lysias et d’Isocrate, de Platon et d’Aristote, jusqu’à ceux de Plutarque et d’Épictète, de Suétone et de Quintilien7. Il semble, en effet, que la méthode la plus efficace pour rendre un homme parfaitement maître d’une science particulière, c’est de lui imposer la nécessité d’enseigner cette science régulièrement chaque année. Étant obligé de parcourir tous les ans la même carrière, pour peu qu’il soit bon à quelque chose, il se met nécessairement en peu d’années complètement au fait de chaque partie de sa matière ; et s’il lui arrivait, dans une année, de se former sur quelque point particulier une opinion trop hâtive, quand il vient l’année suivante à repasser sur le même objet dans le cours de ses leçons, il y a à parier qu’il réformera ses idées. Si l’emploi d’enseigner une science est certainement l’emploi naturel de celui qui est purement homme de lettres, c’est aussi peut-être le genre d’éducation le plus propre à en faire un homme vraiment profond en savoir et en connaissances. La médiocrité des bénéfices ecclésiastiques tend naturellement à attirer la plupart des gens de lettres du pays où cette circonstance se rencontre, vers le genre d’emploi dans lequel ils peuvent être le plus utiles au public, et en même temps à leur donner la meilleure éducation peut-être qu’ils soient capables de recevoir ; elle tend à rendre leur savoir aussi solide et aussi profond que possible, et de plus à lui donner la direction la plus utile qu’il puisse prendre. Il est à observer que le revenu de l’Église établie (à l’exception seulement des parties de ce revenu qui peuvent provenir de terres ou de domaines particuliers) est une branche du revenu général de la société, qui se trouve ainsi détourné pour un objet fort étranger à la dépense de l’État.
La dîme, par exemple, est un véritable impôt territorial qui ôte aux propriétaires des terres la faculté de pouvoir contribuer aussi largement qu’ils pourraient le faire sans cela à la défense publique. Or, la rente de la terre est, suivant quelques personnes, la source unique, et suivant d’autres, la source principale qui fournit en dernier résultat de quoi pourvoir aux besoins de l’État dans toutes les grandes monarchies. Plus il va de cette source à l’Église, moins sans contredit on en peut réserver pour l’État. On peut poser comme maxime certaine que, toutes choses supposées égales d’ailleurs, plus l’Église est riche, plus nécessairement alors ou le souverain ou le peuple sera pauvre et, dans les deux cas, l’État nécessairement moins capable de se défendre. Dans plusieurs pays protestants, et particulièrement dans tous les cantons suisses protestants, avec les revenus qui appartenaient anciennement à l’Église catholique romaine, les dîmes et les biens-fonds ecclésiastiques, on a pu former un fonds suffisant, non-seulement pour fournir des salaires convenables au clergé, mais pour défrayer encore, avec peu ou point d’addition, toutes les autres dépenses de l’État. Les magistrats du puissant canton de Berne, en particulier, ont accumulé sur les épargnes de ce fonds une très-forte somme qu’on croit monter à plusieurs millions, dont partie est déposée dans un trésor public, et partie placée à intérêt, dans ce qu’on appelle les fonds publics, chez différentes nations de l’Europe qui sont grevées d’une dette, principalement celles de France et d’Angleterre. Je ne prétends pas savoir à quoi peut monter le total de ce que coûte à l’État l’église de Berne ou de tout autre canton protestant. Il paraît, d’après un compte très-exact, que la totalité du revenu de l’église d’Écosse, y compris la glèbe ou les biens-fonds ecclésiastiques, ainsi que la rente de leurs manses ou maisons d’habitation, portée à une évaluation raisonnable, se montait, en 1755, à une somme de 68,514 livres 1 sch. 5 deniers 1/12 seulement. Ce revenu très-modique fournit une subsistance décente à neuf cent quarante-quatre ministres. Toute la dépense de l’église, y compris ce qu’il fallut allouer accidentellement pour constructions et réparations des églises et des maisons de ministres, ne peut être censée aller fort au-delà de 80 ou 85,000 livres par an.
L’Église la plus opulente du monde chrétien ne maintient pas mieux l’uniformité de croyance, la ferveur de la dévotion, l’esprit d’ordre, la bonne conduite et la sévérité de mœurs dans la masse du peuple, que cette église d’Écosse si pauvrement dotée. Elle produit aussi pleinement qu’aucune autre que ce puisse être tous les bons effets civils et religieux qu’on peut attendre d’une église établie. La plupart des églises protestantes de Suisse, qui, en général, ne sont pas mieux dotées que l’église d’Écosse, produisent tous ces effets, et à un degré encore plus marqué. Dans la majeure partie des cantons protestants, on ne trouverait pas une seule personne qui ne fit profession d’être de l’église établie. Il est vrai que si quelqu’un professe une autre religion, la loi l’oblige à quitter le canton ; mais une loi aussi rigoureuse ou plutôt réellement aussi oppressive n’aurait jamais pu s’exécuter dans ces pays de liberté, si les soins du clergé n’eussent pas d’avance converti au culte établi toute la masse du peuple, à l’exception peut-être seulement d’un petit nombre d’individus. Aussi, dans quelques endroits de la Suisse, où, par l’union accidentelle d’un pays protestant et d’un pays catholique romain, la conversion n’a pas été complète, les deux religions sont non-seulement tolérées, mais elles sont toutes deux légalement établies. Pour qu’un service quelconque soit rempli d’une manière convenable, il faut, à ce qu’il semble, que son salaire ou sa récompense soit proportionné le plus exactement possible à la nature du service. Si un service est beaucoup trop peu payé, il y a fort à craindre qu’il ne souffre de l’incapacité et de la bassesse de la plupart de ceux qui y seront employés ; s’il est beaucoup trop payé, il y a à craindre peut-être qu’il ne souffre encore plus de leur insouciance et de leur paresse. Un homme qui jouit d’un gros revenu, de quelque profession qu’il puisse être, s’imagine devoir vivre comme les autres personnes qui ont un pareil revenu, et pouvoir donner une grande partie de son temps aux plaisirs, à la vanité et à la dissipation. Mais chez un ecclésiastique, un pareil train de vie non-seulement consume un temps qui devrait être consacré aux devoirs de sa place, mais encore détruit presque entièrement aux yeux des gens du peuple ce caractère de sainteté, qui peut seul le mettre en état de remplir ses devoirs avec le poids et l’autorité convenables.
Hume, Histoire d’Angleterre.
Le mot anglais provisor désigne ceux qui sollicitaient des bulles du pape pour se faire investir du bénéfice ou dignité ecclésiastique, ou qui se prévalaient de pareilles bulles. Os bulles s’appelaient provision ou expectative, parce qu’elles nommaient un successeur par avance et en attendant la vacance du bénéfice.
La réforme, sans contredit le coup le plus terrible porté à l’Église romaine, n’était-elle pas due à la raison humaine ? Les prédications de Luther contre les indulgences ne s’adressaient-elles pas à la raison humaine ? Et la controverse, que voulait-elle ? sinon porter la conviction dans les esprits ? Les circonstances dont parle Adam Smith ont ajouté aux efforts de la raison, mais ce fut elle qui avait donné la première impulsion. Ce fut la raison humaine qui brisa le joug de la superstition, et qui depuis nous a préservés de toute rechute. Buchanan.
Voyez l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, par Voltaire, chap. cxxix.
S’il est permis de juger d’une Église par ses œuvres, l’Église d’Angleterre est bien certainement la plus détestable institution humaine qui ait abusé du sentiment religieux, après l’inquisition d’Espagne. On pourrait la caractériser par trois mots : hypocrisie, bigoterie, cupidité. C’est la honte de l’Angleterre. A. B.
Les presbyléries sont des chambres ecclésiastiques composées des ministres d’un district et d’un ancien par paroisse ; elles se forment en assemblée tous les mois : leur attribution est d’examiner les candidats qui aspirent au ministère et de déposer les ministres qui ont encouru la destitution. La réunion des presbytérien compose les synodes provinciaux et le synode général.
L’auteur avait ajoute en cet endroit, dans sa première édition, et a retranché dans les éditions postérieures, la phrase suivante : « Plusieurs de ceux sur lesquels nous n’avons pas la certitude qu’ils aient été professeurs publics, ont été, à ce qu’il semble, instituteurs particuliers. Nous savons que Polybe était l’instituteur particulier de Scipiou Émilien, et il y a des raisons assez plausibles de croire que Denis d’Halicarnasse avait rempli les mêmes fonctions auprès des enfants de Marcus et de Quintus Ciréron. »
Titre original : An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations · Parution : Londres, 1776 · Traduction : Germain Garnier († 1821), revue et corrigée par Adolphe Blanqui († 1854) · Année de la traduction : 1802 ; édition revue de 1843 · Édition reproduite : Guillaumin, Paris, 1843, avec les notes des commentateurs (Buchanan, Garnier, Mac Culloch, Malthus, J. Mill, Ricardo, Sismondi, J.-B. Say, Blanqui) · Source : Wikisource, fac-similé de l’édition de 1843 · Licence : domaine public.

