Économie
CLASSIFICATION // Programme

L'agriculture — diagnostic et souveraineté

DATE:02.10.2026
TEMPS_LECTURE:9_MIN
Emblème du MCCF — rubrique Programme
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Les trois acheteurs qui ruinent le paysan, la corporation agricole, ce qu'il faut dire de la PAC, l'allocation qui garantit l'homme et non l'hectare, et l'état réel de notre souveraineté alimentaire.

I. LE DIAGNOSTIC

Le paysan n’est pas ruiné par l’État. Il est ruiné par trois acheteurs.

Trois centrales dominent 87 % du marché alimentaire français :

GroupementPart de marché
Concordis (Carrefour, Coopérative U)34 %
Aura Retail (Intermarché, Auchan, Casino)29 %
Leclerc24 %

En face : environ 400 000 exploitations. Le rapport de force n’est pas déséquilibré, il n’existe pas.

Sur 100 € dépensés en magasin, 8 € vont à l’agriculteur et 40 € à la grande distribution. — Rapport du Sénat sur les marges de la grande distribution

Le résultat, en chiffres : 22 % de taux de pauvreté chez les agriculteurs. Un revenu de 8 400 € par an pour les 10 % les plus pauvres. Et pour beaucoup d’exploitations, plus de la moitié du revenu vient des aides de la PAC — c’est-à-dire que le métier ne nourrit plus celui qui le fait.

La loi française ne s’applique plus

Les lois Egalim devaient corriger cela. Le Sénat constate lui-même que rien n’a changé.

La raison est simple et elle est décisive : les centrales d’achat se sont domiciliées aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne pour négocier hors du droit français. Le rapport sénatorial les qualifie de « l’outil favori des distributeurs pour contourner la loi française ».

Le Parlement peut voter ce qu’il veut : cela ne s’applique plus. Tant que la France reste dans le marché unique, elle ne peut pas protéger ses paysans, même quand elle le décide.

Ce n’est pas un argument idéologique. C’est le constat d’une commission d’enquête.


II. LA SOLUTION DÉCOULE DE NOTRE DOCTRINE

Ces trois centrales sont des grandes entreprises. Elles franchissent nos seuils. Elles sont donc socialisées.

Nous ne touchons pas à une seule ferme. Nous socialisons l’acheteur, pas le producteur.

Le paysan garde sa terre, son exploitation, son indépendance et ses bêtes. Ce qui change, c’est en face de qui il négocie : une corporation qui appartient à la nation, au lieu d’un oligopole qui l’étrangle.

C’est notre argument sur le petit patron otage de son banquier, appliqué au paysan otage de son acheteur. Même mécanique, même remède.

La corporation agricole

La corporation, ce sont les agriculteurs eux-mêmes.

Ce n’est pas une administration placée au-dessus d’eux, ni un office d’État, ni un organisme de tutelle. C’est l’organisation du travail agricole par ceux qui le font, avec des instances élues, une rotation des mandats et le concours des différents syndicats — qui restent indépendants.

Quand nous disons « la corporation décide », nous disons : les agriculteurs décident.

Elle exerce le monopole d’achat et sert d’agence unique entre le producteur et l’acheteur final — industrie alimentaire et distribution. Elle fixe les prix, en concertation syndicale. L’État dispose d’un droit de veto, jamais du pouvoir de fixation.

C’est le renversement complet de la situation actuelle : là où trois centrales privées imposaient leurs prix à 400 000 exploitants dispersés, ce sont désormais les 400 000 exploitants qui font le prix, unis, face aux acheteurs.

Les règles internes qui garantissent que cela reste vrai

Un corps démocratique peut être capté, et une majorité peut désavantager une minorité — les grandes céréalières ne vivent pas comme les petits éleveurs. Ces règles ne protègent pas le paysan contre sa corporation : elles protègent la corporation contre sa propre dérive.

  1. Instances élues par les producteurs, mandats à rotation obligatoire
  2. Formule de prix publiée — coût de revient constaté plus marge. Aucun prix ne se décide dans un bureau fermé
  3. Droit de recours de l’exploitant contre une décision de prix, et représentation garantie des petites productions
  4. La vente directe reste entièrement libre. Marchés, vente à la ferme, circuits courts, coopératives locales : hors monopole, sans autorisation

Le quatrième point est essentiel, et il est doublement justifié : c’est la soupape qui empêche toute dérive du monopole — et c’est aujourd’hui ce qui rapporte le plus à l’exploitant.

Les coopératives — l’ancêtre de la corporation

Les coopératives agricoles apportent ce qu’aucune exploitation ne peut se payer seule : matériel et stockage mutualisés, capacité de transformation — donc la valeur ajoutée qui reste chez les producteurs au lieu de partir à l’industriel — conseil technique, intrants au prix coûtant, mutualisation du risque.

Elles sont l’ancêtre direct de ce que nous voulons que la corporation soit : des producteurs qui s’organisent eux-mêmes pour cesser d’être écrasés séparément.

Elles sont donc intégrées à la corporation comme parties prenantes, et non socialisées — à une condition : que leur démocratie soit réelle.

Beaucoup de grandes coopératives ont dérivé. La gouvernance est formellement démocratique, la participation aux assemblées est dérisoire, et surtout leurs filiales de droit commun se comportent en sociétés ordinaires vis-à-vis de leurs propres adhérents.

SituationTraitement
Coopérative à gouvernance réellement démocratiqueIntégrée à la corporation, conservée telle quelle
Coopérative dont la démocratie est fictiveRemise en conformité, ou intégration directe
Filiales fonctionnant comme des sociétés ordinairesTraitées comme telles — seuil de socialisation compris

Conditions de la démocratie réelle : participation effective aux assemblées, rotation des mandats, transparence intégrale des comptes envers les adhérents.


III. LA PAC — CE QU’IL FAUT DIRE D’ABORD

Nous sortons de l’Union européenne. Nous perdons donc la PAC, qui verse environ 9 milliards d’euros par an à l’agriculture française et représente plus de la moitié du revenu de nombreuses exploitations.

Nous le disons en premier, et nous disons par quoi nous la remplaçons.

  1. Un revenu paysan garanti national, financé notamment par ce que la France cesse de verser à Bruxelles — elle est contributrice nette au budget européen
  2. Et surtout, un prix au lieu d’une aumône. Un paysan qui touche 8 € sur 100 n’a pas besoin d’être subventionné : il a besoin d’être payé. La subvention compense une spoliation. Nous supprimons la spoliation.

Nous ne voulons pas des paysans assistés. Nous voulons des paysans payés.

L’allocation agricole — nous garantissons l’homme, pas l’hectare

Tout agriculteur dont l’activité ne lui procure pas un revenu au moins égal au SMIC perçoit de l’État le complément.

Le revenu garanti porte sur l’homme, jamais sur l’exploitation. C’est la différence de fond avec le système actuel :

La PAC subventionne l’hectare : plus on possède, plus on touche. Nous garantissons l’homme : chacun reçoit ce qui lui manque.

C’est plus juste, c’est moins coûteux, et cela ne finance pas les plus gros au détriment des petits.

Contrôle contre la fraude : vérification du chiffre d’affaires et du résultat de l’exploitation, pour empêcher qu’on organise un déficit apparent afin de toucher l’aide.

Et une limite assumée : si une exploitation ne parvient jamais à assurer la subsistance de celui qui la tient, malgré le prix garanti, l’accès au crédit sans intérêt et l’appui de la corporation, elle disparaît. Ce cas doit être rare — s’il ne l’est pas, c’est notre système qui a échoué, pas le paysan.


IV. LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

Ce que nous ne produisons pas, nous l’importons. Ce que nous produisons, nous cessons de l’importer.

Objectif : 100 % d’autonomie en agriculture et en élevage.

Où nous en sommes réellement

DomaineSituation
Tourteau de soja90 % importé — 2,63 Mt sur 3 Mt consommées
Protéines pour l’élevage, toutes sources45 % importées
Fruits et légumes frais50,8 % d’autosuffisance en 2020, contre 64,6 % en 2000
Fruits seuls39,5 %
VolailleEn dégradation
Céréales, lait, vinExcédentaires

Le scandale protéique, et il est daté

La dépendance de l’élevage français au soja étranger n’est pas un accident économique. Elle a été négociée.

Au Dillon Round de 1960-1961, l’Europe a accepté l’entrée en franchise totale de droits de douane des oléagineux américains — en contrepartie de l’acceptation de la Politique agricole commune.

On a vendu l’autonomie alimentaire de nos éleveurs aux Américains contre des subventions européennes. Un pays qui nourrit ses bêtes avec du soja brésilien n’a pas un élevage souverain : il a un élevage sous-traitant.

Le plan protéines est donc la première urgence agricole : pois, féverole, luzerne, colza, soja français. Reconquête des surfaces, transformation sur place, débouchés garantis par la corporation.

La rotation obligatoire — un seul levier, quatre effets

Le retour à la rotation des cultures, avec légumineuses obligatoires dans l’assolement. C’est agronomiquement établi, ce n’est pas une théorie, et c’est la mesure la plus rentable de tout notre programme agricole :

EffetConséquence
Les légumineuses fixent l’azote de l’air dans le solMoins d’engrais azoté à produire ou à importer
Elles sont riches en protéinesElles alimentent directement le plan protéines
Elles rompent les cycles de maladies et de ravageursMoins de pesticides nécessaires
Elles restaurent la fertilitéLa terre cesse de s’épuiser

Autonomie protéique, autonomie en engrais, réduction des pesticides et fertilité des sols : le même geste.

L’orientation de la production est assurée par la corporation. L’exploitant choisit ses cultures — mais dans un cadre national qui garantit qu’aucune production essentielle ne manque. Liberté de choisir, obligation collective de couvrir les besoins du pays.

Les engrais — déjà résolu ailleurs

L’azote sera produit à partir de l’hydrogène nucléaire (voir le chapitre Énergie). La France cesse de dépendre du gaz étranger pour nourrir ses champs.

Une limite que nous n’irons pas cacher : la France n’a ni phosphate ni potasse sur son sol. Ces deux intrants resteront importés. L’autonomie totale est impossible sur ce point, et nous ne le prétendrons pas. La réponse est la diversification des fournisseurs et le recyclage des effluents.

L’hydroponie — ce qu’elle peut et ce qu’elle ne peut pas

Investissement massif, avec un objectif précis : combler le déficit en fruits et légumes, qui est le trou béant de notre souveraineté alimentaire.

Ce qu’elle fait bien : légumes-feuilles, tomates, fraises, herbes, petits fruits. Production dense, sans pesticides, sans épuisement des sols, à l’année, près des villes.

Ce qu’elle apporte, et c’est considérable : rendement au mètre carré sans commune mesure avec le champ, production continue toute l’année, indifférence totale au climat — ni gel, ni sécheresse, ni grêle, ni mauvaise année — sans pesticides, sans épuisement des sols, et à proximité immédiate des villes. Et une qualité maîtrisée de bout en bout, ce qui est l’objectif : produire vite, produire beaucoup, produire sain.

Et c’est en France qu’elle est le plus viable, parce qu’elle consomme beaucoup d’électricité — et que la nôtre est la moins chère et la plus propre d’Europe. Notre nucléaire rend rentable ce qui ne l’est nulle part ailleurs.

Investissement massif, donc — mais ciblé là où elle produit un effet.

Ce qu’elle ne fera jamais : les céréales, les oléagineux, le fourrage, l’élevage. Non par manque d’ambition, mais par impossibilité d’échelle : la France compte 28 millions d’hectares de surface agricole, et aucune économie au monde ne peut construire, chauffer et éclairer l’équivalent en bâtiments. Le blé pousse à la lumière du soleil, qui est gratuite et couvre le territoire ; le remplacer par de l’éclairage artificiel reviendrait à payer pour reproduire ce que l’on reçoit sans rien faire.

Le champ garde les céréales, les protéagineux, l’élevage et la vigne. La serre prend le maraîchage et le fruit. Ensemble, ils donnent l’autosuffisance — chacun sur son terrain.