V. LA TERRE
Deux régimes coexistent et travaillent main dans la main :
| Le Domaine national | L’exploitation privée | |
|---|---|---|
| Propriété | La nation | L’exploitant ou l’entreprise agricole |
| Gestion | Comme une entreprise — direction, comptabilité, efficacité | Comme aujourd’hui |
| Direction | La corporation | L’exploitant, dans le cadre du plan |
| Profits | À la nation | À l’exploitant |
Aucune spoliation : celui qui travaille sa terre la garde.
Ce qui cesse : l’accaparement par des sociétés et des fonds qui ne cultivent rien. La terre appartient à qui la travaille ou à la nation — à personne d’autre.
Les Domaines nationaux
Une terre sans repreneur revient à la corporation, qui la confie à un nouvel exploitant ou l’intègre en Domaine national.
Le Domaine fonctionne comme une entreprise dans sa gestion — organisation, comptabilité, exigence de résultat — et comme une corporation dans sa direction. Ses profits reviennent à la nation.
C’est aussi la réponse au problème le plus grave de l’agriculture française : des dizaines de milliers d’hectares partent en friche chaque année faute de repreneur, pendant que des jeunes qui veulent s’installer n’ont pas les moyens d’acheter. Le Domaine est le pont entre les deux.
Le plafonnement
Plafonnement en valeur, non en hectares — un hectare de vigne en Bourgogne et un hectare de landes ne sont pas la même propriété.
Refus de la reconstitution d’un cartel foncier, refus d’une nouvelle aristocratie terrienne. Mais aucun frein au développement : une exploitation qui réussit doit pouvoir grandir. La taille n’est pas un vice ; la domination en est un.
Pas d’impôt sur le rendement. Taxer ce qui est produit reviendrait à punir celui qui produit — l’inverse exact de notre objectif d’autosuffisance.
Seuils exacts : à établir.
VI. L’INSTALLATION DES JEUNES
Aujourd’hui, il faut être héritier pour devenir paysan. Nous voulons qu’il suffise de vouloir l’être.
C’est le premier problème de l’agriculture française, et personne ne le traite. La moitié des exploitants approchent de la fin de carrière, et reprendre une ferme coûte plusieurs centaines de milliers d’euros — foncier, matériel, cheptel, bâtiments. Un jeune sans héritage ne peut pas entrer dans le métier. C’est ainsi que la France perd ses paysans, bien plus sûrement que par les prix.
Notre système le résout par ce qu’il est déjà :
| Obstacle | Réponse |
|---|---|
| Le capital de départ | La banque publique entre au capital en participation dégressive, sans intérêt. Le jeune rachète progressivement ; si l’affaire échoue, il perd son outil et doit ce que la vente n’a pas couvert — mais sans un centime d’intérêt, proportionné à son revenu, suspendu s’il est nul, éteint après un délai fixé ou à sa mort, et jamais transmis à ses enfants ⚠️ |
| Le prix du foncier | La corporation confie une terre issue des Domaines nationaux — on n’a plus besoin de l’acheter pour la travailler |
| L’incertitude du revenu | Prix garanti par la corporation et allocation agricole au niveau du SMIC : l’exploitation est viable de façon prévisible |
| Le savoir-faire | Formation par la corporation, compagnonnage avec un exploitant en fin de carrière, apprentissage rémunéré (voir chapitre École) |
La transmission devient un métier de la corporation : repérer les exploitations sans repreneur, préparer le passage, accompagner le cédant comme le repreneur. Un paysan qui part à la retraite ne doit plus avoir à choisir entre vendre à un fonds et voir sa terre partir en friche.
VI. LES DETTES
L’endettement agricole est massif, et c’est le levier par lequel on tient les exploitants.
Dans un système où la monnaie est refondue et la banque unifiée, la dette agricole est traitée à la racine — mais selon son origine, et non en bloc.
| Origine de la dette | Traitement |
|---|---|
| Investissement productif — bâtiments, matériel, cheptel, reprise | Annulation |
| Le reste | Conversion en participation de la banque publique, que l’exploitant rachète progressivement, sans intérêt |
Pourquoi pas une annulation générale : elle récompenserait celui qui s’est surendetté et ne donnerait rien à celui qui a été prudent. Le voisin qui a serré les dents vingt ans pour ne rien devoir se retrouverait perdant. Ce serait injuste, et les paysans le verraient immédiatement.
Le principe : aucun paysan ne doit perdre sa terre pour une dette contractée dans un système que nous avons supprimé.
VII. L’ÉLEVAGE
Investissement massif. C’est le secteur le plus fragile et le plus attaqué.
L’ordre des priorités est assumé et il est dit clairement :
- Que tous les Français mangent
- Qu’ils mangent de la qualité
- Que les bêtes soient traitées le mieux possible
Le bien-être animal compte, et il vient après la production — mais il ne s’y oppose pas. Un animal élevé au large, sans stress, sans antibiotiques de confort, donne une viande meilleure. La qualité et le traitement décent vont dans le même sens dans presque tous les cas. Là où ils divergent, la production prime.
Reconquête protéique, sortie du soja importé, fin de la dépendance à la déforestation étrangère : c’est la condition d’un élevage réellement français.
VIII. CE QU’IL Y A DANS L’ASSIETTE
C’est le prolongement direct de notre doctrine de la santé du peuple.
- Fin des pesticides qui stérilisent les sols. Recherche massive de substituts qui ne détruisent ni la terre ni celui qui la mange
- Fin du plastique alimentaire — les microplastiques sont un risque sanitaire documenté
- Suppression des additifs nocifs. Recherche de conservateurs sains ; si aucun ne convient, on renonce au conservateur
- Protection des pollinisateurs — ruches, corridors, lutte contre l’effondrement des abeilles
Nous ne parlons pas de climat. Nous parlons de ce que les Français ont dans leur assiette — et de ce qui reste dans la terre après.
Effort de recherche prioritaire : produire plus, sans détruire le sol et sans empoisonner celui qui mange. Ce sont les deux contraintes, et elles ne sont pas négociables.
IX. LA PÊCHE
Le deuxième domaine maritime du monde, et une flotte qui meurt
La France possède le deuxième domaine maritime mondial — plus de dix millions de kilomètres carrés, grâce à l’outre-mer. Et elle importe les deux tiers du poisson qu’elle mange.
| Indicateur | Réalité |
|---|---|
| Produits de la mer consommés | Deux tiers importés — 1 290 000 tonnes en 2021 |
| Principales importations | Saumon, thon, crevette |
| Flotte de pêche | 8 771 navires en 1990 → 4 163 en 2020, soit −53 % en trente ans |
| Quotas | Fixés par la Politique commune de la pêche, répartis par Bruxelles |
Un pays qui possède le deuxième espace maritime de la planète et achète son poisson à l’étranger n’a pas un problème de ressources. Il a un problème de souveraineté.
Ce que nous faisons
Reprise intégrale de la souveraineté sur nos eaux. La sortie de l’Union européenne met fin à la répartition bruxelloise des totaux admissibles de captures. Les quotas dans les eaux françaises sont fixés par la France, sur avis scientifique national.
Reconstruction de la flotte. Cinquante-trois pour cent des navires ont disparu ; la filière n’a pas décliné, elle a été démantelée. Plan de construction navale, aides à l’installation des jeunes patrons pêcheurs, modernisation des ports.
Même architecture que pour l’agriculture : une corporation des gens de mer, composée des pêcheurs eux-mêmes, qui organise le métier, fixe les prix et sert d’agence unique face aux acheteurs. Les criées cessent d’être des lieux où l’on écrase le producteur.
Développement de l’aquaculture — et prioritairement de l’aquaculture d’eau douce et des espèces qui ne dépendent pas de farines importées, sans quoi on reproduit en mer la dépendance protéique de l’élevage terrestre.
Gestion de la ressource sur avis scientifique, sans concession. Un stock effondré ne nourrit plus personne : la protection de la ressource n’est pas une contrainte écologique, c’est la condition du métier. Les pêcheurs le savent mieux que quiconque, et c’est à leur corporation d’en répondre.
L’outre-mer cesse d’être un décor. C’est lui qui fait de la France une puissance maritime, et ses eaux sont aujourd’hui pillées par des flottes étrangères sous licence. Surveillance, moyens de contrôle, développement des filières locales.
X. LA FORÊT
La France exporte ses chênes et rachète ses meubles
La France possède l’une des plus vastes forêts d’Europe. Et sa filière bois est massivement déficitaire.
| Fait | Chiffre |
|---|---|
| Déficit commercial de la filière forêt-bois | De l’ordre de 6 Md€ |
| Origine du déficit | Meubles (37 %) et pâte à papier, papier, carton (41 %) |
| Destination du chêne brut | Union européenne 45 %, Chine 44 % |
| Rang de la France | Premier fournisseur mondial de grumes de chêne à la Chine, devant la Russie et les États-Unis |
| Évolution des exportations vers la Chine | +54 % en valeur (2020-21), +60 % (2021-22) |
Le mécanisme est explicitement identifié par les rapports parlementaires : on exporte le bois brut, et l’on rachète une partie de ce même bois revenu sous forme de meubles et de parquets, à valeur ajoutée bien supérieure.
Nous vendons nos chênes à la Chine et nous rachetons nos chênes en meubles chinois. C’est le schéma d’une colonie — et nous l’appliquons à nous-mêmes.
Ce que nous faisons
Interdiction de l’exportation de grumes non transformées. Le bois français est scié, séché et travaillé en France. On n’exporte pas de la matière première, on exporte du travail français incorporé.
Reconstruction de la filière de transformation — scieries, séchoirs, menuiserie, ameublement. C’est un gisement d’emplois qualifiés, en zone rurale, immédiatement mobilisable : la ressource est déjà là, seule la transformation manque.
Reconquête de la filière papier et carton, deuxième source du déficit, et matière stratégique.
Le bois de construction comme filière nationale, cohérent avec notre politique du logement et avec le retour du beau — c’est un matériau français, renouvelable, et qui vieillit bien.
Couper plus et avoir plus d’arbres — ce n’est pas contradictoire
C’est même la situation réelle de la France, et presque personne ne le sait :
| Fait | Chiffre |
|---|---|
| Surface forestière en 1850 | 8,5 millions d’hectares |
| Surface forestière aujourd’hui | 17,5 millions d’hectares — elle a doublé |
| Expansion naturelle | +85 000 hectares par an depuis 1985 |
| Part de l’accroissement annuel effectivement récoltée | 73 % (contre 50 % il y a dix ans) |
Nous ne récoltons pas tout ce que la forêt produit chaque année. Il est donc possible d’augmenter la récolte et la surface boisée simultanément — c’est ce que nous ferons.
Réserve à connaître : le taux de prélèvement est passé de 50 % à 73 % en dix ans, en partie à cause d’une mortalité accrue et d’une croissance ralentie. La marge se resserre, et elle doit être gérée sur avis scientifique, pas à l’estime.
Plus d’arbres : reboisement, essences adaptées, plantation sur les terres marginales.
Le morcellement
Les trois quarts de la forêt française sont privés, répartis entre environ 3,5 millions de propriétaires, dont beaucoup possèdent moins d’un hectare. Ces parcelles sont inexploitables : pas de chemin d’accès, pas de volume, aucune coupe rentable. Le bois est là, debout, et personne ne le récolte. C’est une cause directe du déficit de la filière.
Notre réponse : le rachat massif par incitation au regroupement. La corporation et l’Office national des forêts rachètent, à prix juste, les parcelles isolées de ceux qui souhaitent vendre — et les regroupent en massifs exploitables. Incitation, pas contrainte : le petit propriétaire qui veut garder son bois le garde.
Gestion forestière de long terme. On plante pour un siècle. Une forêt n’est pas un stock à liquider : c’est un capital national confié à une génération. Renforcement de l’Office national des forêts.
XI. CE QUI RESTE À ÉTABLIR
Les points doctrinaux sont tranchés. Ce qui reste relève du chiffrage et de la rédaction juridique.
| Sujet | État |
|---|---|
| Coût de l’allocation agricole | À chiffrer |
| Plafonnement foncier — seuil exact en valeur | Principe posé, chiffre à établir |
| Coût du plan protéines, de l’hydroponie, du rachat forestier, de la reconstruction de la flotte | À chiffrer |
| Régime juridique du Domaine national | Principe posé, statut à rédiger |
| Critères de la « démocratie réelle » d’une coopérative | Principes posés, seuils à définir |
| Accords de pêche avec le Royaume-Uni, la Belgique et l’Espagne | À négocier après la sortie |
| Vigne et viticulture | Non traité séparément |
Sources : Rapport du Sénat sur les marges de la grande distribution · commission d’enquête sénatoriale sur les centrales d’achat · INSEE (taux de pauvreté agricole) · Académie d’agriculture (revenu agricole et dépendance à la PAC) · FranceAgriMer et ministère de l’Agriculture (taux d’auto-approvisionnement) · Terres Univia et Chambres d’agriculture (dépendance protéique) · accords du Dillon Round (1960-1961) · registre de la flotte de pêche communautaire · rapport parlementaire sur la balance commerciale de la filière forêt-bois · Fédération nationale du bois (exportations de chêne brut).

