I. LE PRINCIPE
Deux monnaies à part entière, pas une monnaie et un sas.
| Franc national — FN | Franc international — FI | |
|---|---|---|
| Sert à | Tout ce qui se passe en France | Tout ce qui traverse la frontière |
| Forme | Fiduciaire et scripturale | Numérique à 100 % |
| Qui le détient | Tout le monde | Les Français, librement |
| Valeur | Indexée sur la production réelle en France | Adossée à la réserve de change |
| Sur les marchés | Jamais. Il n’y existe pas | Au guichet de la banque publique uniquement |
| Conversion | Parité fixe 1 pour 1, dans les deux sens |
Le guichet de la banque publique est le seul point de passage. Il n’y a rien à décréter sur le contrôle des changes : il n’existe pas d’autre porte, et celle-là appartient à la nation.
La ressource rare n’est pas le franc — ce sont les devises des autres
La Banque de France peut créer du franc à l’infini. Elle ne peut pas créer un dollar. Un producteur brésilien ne veut pas de nos francs : il veut des reals, des dollars, ou une marchandise que nous n’avons pas.
On n’importe donc que ce qu’on a exporté, plus la réserve. Le stock de devises est fini, et le FI n’est rien d’autre qu’un droit de tirage sur ce stock.
Celui qui achète un produit importé ne dépense pas de l’argent : il dépense l’exportation de quelqu’un d’autre.
II. TROIS INSTRUMENTS, ET ILS NE FONT PAS LE MÊME TRAVAIL
Le principe premier est l’autosuffisance. Tout ce qu’on peut produire ici, on le produit ici — d’abord pour nous, ensuite pour les autres. On n’achète dehors que ce qu’on ne sait vraiment pas faire, ou ce qu’il nous faut à un instant donné faute d’en avoir encore la capacité. L’exportation est un moyen d’obtenir les devises qui paient cela. Jamais une fin.
| Instrument | Question | Réponse | |
|---|---|---|---|
| 1 | La norme française | Est-ce que ça respecte notre droit ? | Ça entre, ou ça n’entre pas. Ni tarif, ni négociation |
| 2 | Le plan | Sait-on le faire ici ? | Si oui, l’import devient sans objet |
| 3 | La surtaxe | Combien de devises ça coûte au pays ? | Elle rationne |
La norme n’est pas un tarif
On ne paie pas pour entrer avec un produit interdit. C’est ce qui la distingue d’une taxe et ce qui la rend inattaquable : elle protège la santé des Français, pas une industrie française.
Le respect de la réglementation française est obligatoire pour tout ce qui entre, et d’abord là où le corps est en jeu : l’alimentation et le textile.
On nous fait manger depuis trop longtemps ce que ceux qui le vendent ne mangent pas.
Deux faits établis, à citer plutôt qu’à affirmer :
- Le projet 226. En 1965, l’industrie sucrière américaine commande une revue de littérature à des chercheurs de Harvard : elle en fixe l’objectif, fournit les articles à retenir, relit les brouillons, paie l’équivalent de 50 000 dollars d’aujourd’hui. L’article paraît en 1967 dans le New England Journal of Medicine et disculpe le sucre. Le financement n’est mentionné nulle part. Découvert en 2016 — JAMA Internal Medicine
- John Ruff, ancien dirigeant de Kraft General Foods, s’exprimant lui-même : la palatabilité « est devenue trop bonne. C’est addictif. C’est trop savoureux. »
- Michael Moss, New York Times, prix Pulitzer, quatre ans d’enquête — Salt Sugar Fat, 2013 : beaucoup des dirigeants qu’il a rencontrés ne mangent pas leurs propres produits, et il établit qu’ils savent pourquoi
Ordre d’emploi : Ruff d’abord, Moss ensuite. Jamais « des PDG ont avoué » — la précision est ce qui rend l’argument imprenable, et ce qui nous distingue de ceux d’en face.
Interdire sans créer de trafic
On ne supprime pas le hamburger. On supprime le mauvais hamburger. Il n’y a pas de demande à satisfaire clandestinement quand le même produit, en meilleur, est en vente au coin de la rue.
Règle : interdire ce qu’on produit ici, ou ce dont personne ne raffole. Se méfier d’interdire ce qui est à la fois très désiré et introuvable en France.
III. LA SURTAXE
Une ressource rare se répartit de trois façons, et il n’y en a pas de quatrième :
| Méthode | Ce qu’elle produit |
|---|---|
| Refuser | Un décideur, une file, et un homme qu’on va essayer de corrompre |
| Quota administratif | La même chose |
| Le prix | Aucun décideur, aucune file |
Un guichet crée une file. Une règle publiée ne crée rien.
Deux canaux, deux barèmes
| Canal | Qui | Barème |
|---|---|---|
| Personnel — ce qu’on rapporte ou commande pour soi, sous un seuil | Particuliers | Par tranche de prix du bien. Le billet à 500 € et celui à 3 000 € ne paient pas le même taux |
| Commercial — tout le reste | Entreprises uniquement | Par secteur et par produit. L’acier qui sert à produire n’est pas la montre de luxe |
Aucun quota n’est attaché à personne. Le taux dépend de ce qu’on achète, jamais de qui on est ni de combien on a déjà pris dans l’année.
Jean est protégé par le prix du bien, pas par une part personnelle. Et comme il n’y a plus de part, il n’y a plus rien à vendre.
Deux verrous, et il en faut deux :
- Pour un même bien, le taux particulier n’est jamais inférieur au taux entreprise. Sans ça, l’arbitrage entre les deux canaux est rentable par construction
- Le canal personnel est réservé à l’usage personnel. Quarante téléphones identiques déclarés par quarante noms livrant à la même adresse, c’est du commerce, et c’est requalifié
Contrôler sans retarder
Vérification après l’achat. Jamais d’autorisation préalable.
La détection de masse est automatisée, sous quatre verrous : critères publiés · un signalement n’est pas une sanction · un homme nommé signe toute conséquence · la machine ne lit que des flux déjà déclarés.
Où va la surtaxe : nulle part. Elle est détruite
La surtaxe est payée en francs. La réserve est faite de devises. On ne met pas des francs dans une pile de dollars.
| Étape | |
|---|---|
| 1 | L’importateur se présente avec 14 000 FN — 10 000 plus 40 % de surtaxe |
| 2 | La banque lui remet 10 000 FI et paie le fournisseur étranger sur la réserve |
| 3 | Il reste 4 000 FN qui ne correspondent à aucune devise. On les détruit |
Ce n’est pas de la richesse perdue : la richesse, c’était la marchandise, et il l’a eue. Ce qu’on retire, c’est du pouvoir d’achat en circulation — pris à celui qui importe beaucoup, donc rendu très légèrement à tous les autres.
C’est l’application exacte de la règle du manifeste : l’impôt est un régulateur, pas une recette, et injection − retrait ≤ croissance réelle de la production.
Affecter la surtaxe à quoi que ce soit — même à soulager les plus pauvres — est écarté : cela crée un bénéficiaire, donc un intérêt à ce que les importations continuent.
IV. LE THERMOSTAT
La réserve est le compte en devises du pays. Elle monte quand on vend à l’étranger, elle descend quand on achète. Deux dangers : trop basse, on ne peut plus payer les médicaments et les pièces ; très haute, on s’est privés du monde pour rien.
On fixe donc un plancher — la réserve doit toujours couvrir un nombre de mois déterminé d’importations essentielles.
| État de la réserve | Ce qui se passe tout seul |
|---|---|
| Sous le plancher | La surtaxe monte. On importe moins, la réserve se refait |
| Bien au-dessus | La surtaxe baisse. On peut importer davantage |
Personne ne décide : on lit le chiffre et le barème suit.
Le « surplus » n’est pas de l’argent qui dort. C’est du droit d’importer qu’on rend aux Français.
Et seul le troisième instrument bouge. La norme ne s’assouplit jamais parce qu’on a des devises : ce qui est dangereux reste interdit, riche ou pauvre, pleine réserve ou pas.
V. POURQUOI LA MONNAIE NE PEUT PAS ÊTRE ATTAQUÉE
Le franc national n’a aucun taux de change. Il n’existe sur aucun marché. On ne peut prendre aucune position contre lui.
Et le franc international ne peut pas être accaparé à la hausse. La Banque de France en fournit une quantité illimitée à parité fixe, et il est garanti en biens français, non en dollars. Celui qui en accumulerait pour faire monter son cours se heurte à une offre infinie — et finance nos importations avec ses propres devises fortes.
La livre est tombée en 1992 parce qu’elle était échangeable. Le franc national ne peut pas tomber : il n’y a nulle part où le faire tomber.
VI. LES CINQ LOUPS
Loup 1 — Celui qui fixe les barèmes détient le pouvoir réel
La surtaxe a remplacé le fonctionnaire par un prix. Mais quelqu’un fixe les tranches, les seuils, les exemptions. Celui-là est le nouveau guichetier — un étage plus haut, et beaucoup moins visible.
Transparence totale. Formule publiée, barèmes publiés, chaque révision datée et motivée, état de la réserve consultable en permanence, et toute dérogation publique avec le nom de son bénéficiaire.
Une règle publiée se conteste. Une règle appliquée dans un bureau, non.
Loup 2 — Une réserve, c’est une caisse. Et une caisse, ça se pille
Un gouvernement sous pression trouvera toujours une excellente raison d’y puiser. Le jour où il le fait, la parité n’est plus garantie par rien, et personne ne l’apprend avant que le guichet ferme.
La publication ne suffit pas — un niveau de réserve publié ne dit rien à personne.
Interdiction. La réserve paie les importations, et rien d’autre.
Et l’interdiction ne prive de rien : une famine, on achète du blé — c’est une importation ; une guerre, des armes — c’est une importation ; une épidémie, des médicaments — c’est une importation.
Tout ce dont on peut avoir besoin de l’étranger en urgence est, par définition, une importation. Toute sortie qui n’en est pas une est un détournement.
La publication du niveau reste obligatoire — non pour autoriser, mais pour que la violation se voie.
Loup 3 — L’État devient dépendant de la surtaxe
Si elle alimente le budget, l’État a désormais intérêt à ce qu’on continue d’importer.
La surtaxe va uniquement à la destruction. Jamais au budget. Jamais.
La France combat officiellement le tabac et construit son budget sur ses taxes. Depuis cinquante ans. Devine lequel des deux a gagné.
Loup 4 — Un prix rationne le pauvre en premier
Jean gagne 1 800 € par mois, Pierre 15 000. Le billet coûte 500 €. Avec 40 % de surtaxe, il en coûte 700. Pierre ne le remarque pas. Jean renonce.
Le barème du canal personnel porte sur la tranche de prix du bien, sans qu’on ait jamais à regarder qui achète.
Une progressivité attachée à la personne a été écartée : elle crée un quota, un quota est un bien, et un bien se vend.
Loup 5 — Le marché parallèle
Il ne peut pas naître ici de la rareté du franc international — offre illimitée à parité fixe, donc pas de file d’attente, donc pas de second prix.
Il naissait de la progressivité par personne. Pierre veut importer pour 40 000 € ; il trouve quarante personnes qui n’importent rien, leur achète leur tranche basse cent euros pièce, et paie zéro pour cent. Le dispositif conçu pour protéger Jean lui faisait vendre sa part du monde pour cent euros.
Il n’y a plus de quota. Donc plus rien à vendre. Donc plus de prête-nom. Le problème ne se combat pas : il cesse d’exister.
Et le marché noir de revente n’a plus de marge, par l’effet du premier verrou : celui qui importe au canal personnel a payé au moins autant que le grossiste légal.
Ce qui reste — à dire, pas à cacher
| Fuite | État |
|---|---|
| Fractionnement — trois achats à 300 € au lieu d’un à 900 € | Réel, limité aux biens divisibles |
| Sous-facturation | Réduite par des valeurs de référence publiées. Jamais supprimée |
| Contrebande pure | Ouverte. Limitée par le volume physique |
Plus la surtaxe est haute, plus elle fabrique des fraudeurs. À 30 %, le risque ne paie pas. À 200 %, on a créé une profession. La surtaxe doit donc rester au plus bas niveau qui rationne encore.
Le thermostat travaille dans le bon sens : réserve qui remonte → surtaxe qui baisse → marge du fraudeur qui s’effondre.
Il restera de la contrebande. Il en reste partout, y compris là où l’on fusille pour ça. Un système se juge à ce qu’il rend inutile, pas à ce qu’il prétend éliminer.
VII. LES AUTRES RÈGLES DU GUICHET
- Cession obligatoire des devises par les exportateurs, contre francs au guichet
- Les marchandises passent, les capitaux ne passent pas
- Aucune transaction sur le sol français ne peut se régler autrement qu’en francs nationaux. Vital : si l’on peut payer un Français en devises pour un bien français, il existe une seconde économie réservée à ceux qui en ont — et la nomenklatura est recréée en trois ans, sans que personne l’ait décidée
- Avoirs étrangers : déclaration obligatoire, sanctionnée par la confiscation de ce qui n’est pas déclaré — pas une amende, sinon la déclaration devient facultative. Revenus étrangers imposés comme les revenus français
VIII. À LA PRISE DU POUVOIR
Ce qui est pris, ce sont les moyens de production — pas le capital financier.
Je veux les moyens de production. Le capital, qu’ils s’étouffent tous avec.
Les avoirs en euros ne sont pas confisqués : ils deviennent simplement inemployables en France. La conversion euro vers franc national se fait à 1 pour 1.
Ce qui est hors de France n’est pas confiscable — le constater plutôt que promettre l’inverse.
L’indemnisation des détenteurs étrangers
1 083 Md€ d’actions du CAC 40 sont détenus hors de France.
La règle par défaut est la même que pour tous — même formule, même monnaie, même échéancier. Aucune discrimination, donc aucun grief recevable.
Et la convertibilité devient un instrument de négociation : elle peut être accordée, partiellement ou totalement, en fonction des concessions obtenues — levée de sanctions, maintien des licences techniques, renonciation aux recours.
On paie tout le monde. Le fait que la monnaie ne sorte pas est la loi du pays, identique pour chacun. Ce qui se négocie ensuite n’est pas le droit à l’indemnité : c’est le droit de l’emporter.
La formule — deux moments distincts
| La transition | Le régime permanent | |
|---|---|---|
| Formule | Actif net comptable — la valeur que l’entreprise a elle-même déclarée, dettes déduites. Incontestable : c’est son propre chiffre | À définir. Ne concerne que des entreprises nées sous le régime |
| Paiement | Francs nationaux, échelonnés sur dix à quinze ans, ou en titres non cessibles |
Indolore pour l’économie : la monnaie versée ne sort pas du pays, aucune devise n’est à trouver, et l’effet annuel se compte en dizaines de milliards — absorbable. Ce serait destructeur si l’on payait comptant en devises. On ne le fait pas.
L’évaluation à l’actif productif français est écartée pour la transition : elle reviendrait à payer l’usine au prix de l’usine.

