I. LE PRINCIPE
L’école ne doit pas bâtir des travailleurs. Elle doit bâtir des hommes capables de raison, de libre arbitre — et de résister si le régime trahit le peuple.
Le capitalisme n’a jamais voulu d’un peuple qui pense. Il a voulu un peuple fonctionnel : ni trop ignorant pour produire, ni assez instruit pour comprendre ce qu’on lui fait. Une école qui fabrique des machines à travailler.
Nous voulons l’inverse, et nous n’y voyons aucune contradiction avec l’efficacité :
Une école qui forme des hommes capables de penser forme aussi les meilleurs travailleurs. Une école qui ne forme que des travailleurs n’obtient ni l’un ni l’autre.
L’école est la condition matérielle de tout le reste du programme. Sans une main-d’œuvre profondément qualifiée, il n’y a ni gains de productivité, ni retraite à 60 ans, ni réduction du temps de travail. Ce chapitre n’est pas un supplément social : c’est le moteur.
II. COMMENT ON APPREND — LA DOCTRINE
Nous ne partons pas d’intuitions pédagogiques. Nous partons de ce que les sciences cognitives ont établi.
Les quatre piliers
Stanislas Dehaene, neuroscientifique, président du Conseil scientifique de l’Éducation nationale, a formalisé les quatre facteurs qui déterminent la vitesse et la facilité de tout apprentissage :
| Pilier | Contenu |
|---|---|
| Attention | Le mécanisme par lequel le cerveau sélectionne l’information. C’est la porte d’entrée : rien ne s’apprend sans elle |
| Engagement actif | On n’apprend pas passivement. L’élève formule des hypothèses, se trompe, corrige |
| Retour sur erreur | Un retour immédiat, portant sur le résultat et sur le savoir |
| Consolidation | Ce qui transforme l’acquis fragile en automatisme durable |
Aucun ne suffit seul. En négliger un affaiblit tout l’édifice.
Ces principes existent déjà dans les textes officiels français. Nous proposons simplement de les appliquer réellement, partout, et d’en faire la règle et non la recommandation.
Les méthodes qui fonctionnent
- La récupération en mémoire — se tester plutôt que relire. C’est l’un des résultats les plus solides de toute la psychologie cognitive, et c’est l’inverse de ce que font spontanément les élèves
- L’espacement — répartir les révisions dans le temps plutôt que les entasser la veille
- L’entrelacement — alterner les types de problèmes plutôt que travailler par blocs
- L’enseignement explicite — tant que l’élève ne maîtrise pas les bases, on lui montre, on ne le laisse pas découvrir seul
- Les techniques mnémoniques — palais mental, méthode des lieux. Efficaces et anciennes, pour tout ce qui doit être su par cœur
Ce que nous chassons de l’école
Les « styles d’apprentissage » — visuel, auditif, kinesthésique. Massivement réfuté, toujours enseigné en formation des maîtres. Coût pour la nation : des décennies de temps perdu.
La pédagogie de la découverte pour les débutants. Laisser un enfant qui ne sait rien « construire son savoir » revient à l’abandonner. La découverte vient après la maîtrise, jamais avant.
L’idée qu’on pourrait enseigner l’esprit critique à vide.
On ne réfléchit bien que sur ce qu’on connaît bien.
C’est le point le plus important de ce chapitre, et il va contre l’intuition. La pensée critique n’est pas une compétence transférable qu’on acquerrait indépendamment des contenus. Un élève qui ne sait rien ne raisonne pas — il opine.
Conséquence : notre école est riche en savoirs, exigeante, et assume la mémorisation. La mémoire n’est pas l’ennemie de l’intelligence : elle en est le matériau. Vouloir des citoyens capables de juger et leur retirer les connaissances qui permettent de juger est une contradiction — et c’est précisément ce qu’a fait l’école des quarante dernières années.
III. APPRENDRE À APPRENDRE
L’élève doit devenir maître de sa propre méthode.
C’est un enseignement à part entière, progressif, et il commence tôt :
| Niveau | Ce qu’on apprend |
|---|---|
| Primaire | Les maîtres appliquent les méthodes. L’enfant les subit sans les nommer |
| Début du collège | On les lui explique : pourquoi se tester, pourquoi espacer, pourquoi se tromper est utile |
| 5ᵉ - 4ᵉ | L’élève choisit ses propres méthodes, teste ce qui lui réussit, en rend compte |
| Lycée | Il est autonome. Il sait apprendre n’importe quoi, seul |
Toute méthode qui fonctionne est enseignée — mémorisation à court terme comme construction à long terme, techniques mnémoniques comme organisation du travail. Le critère est l’efficacité prouvée, pas la mode pédagogique.
Un homme à qui l’on a appris à apprendre n’a plus besoin de personne.
C’est la première des libertés, et c’est pour cela qu’on ne la lui a jamais donnée.
IV. RYTHME ET NIVEAUX
Fin du mélange systématique des niveaux dans une même classe. Un élève rapide s’ennuie, un élève en difficulté décroche, et le maître enseigne à personne.
Groupes de niveau par matière, jamais globaux. Un enfant peut être fort en mathématiques et faible en français : on ne classe pas un enfant, on classe une compétence.
Ce n’est ni une médaille ni une punition. C’est le droit d’avancer à son rythme. Les groupes sont révisables à chaque période — on monte et on descend selon les résultats, jamais selon l’origine.
Les deux conditions sans lesquelles ce système devient une machine à reproduire les classes
Le regroupement par niveau échoue partout où il est appliqué sans ces deux règles. Il ne pénalise pas les élèves faibles par nature : il les pénalise parce qu’on leur donne un programme allégé et les maîtres les moins expérimentés. On leur en demande moins, ils apprennent moins, et le classement se confirme lui-même.
| Règle | Portée |
|---|---|
| Même programme et même exigence pour tous les groupes. Seul le rythme diffère | Sinon le groupe faible devient une voie de garage à vie |
| Les meilleurs professeurs vont aux groupes les plus faibles | Contre-intuitif — et c’est exactement ce qui fait la différence |
Aide renforcée, en petits effectifs, pour les élèves en difficulté. Ils ne sont pas des cas perdus : ils sont ceux qui ont le plus besoin de nos meilleurs maîtres.
Le redoublement est rétabli. On n’avance pas sans avoir acquis. Faire passer un élève qui ne sait pas lire, c’est lui mentir et le condamner en douceur.
V. DISCIPLINE
Le harcèlement
Le harcèlement scolaire détruit des vies, et l’école française le laisse faire depuis trente ans.
Nous appliquons le dispositif qui a fait ses preuves : le programme finlandais KiVa, développé à l’université de Turku, financé par leur ministère de l’Éducation, validé par essai contrôlé randomisé.
Son principe est décisif : on ne cible pas seulement l’agresseur et la victime — on retourne les témoins. Le harceleur cherche un statut auprès du groupe ; quand le public cesse de le lui donner, la récompense disparaît et le comportement s’éteint.
Trois composantes :
- Dix leçons universelles données par les enseignants — le rôle des témoins, l’empathie envers la victime, les manières sûres de la soutenir
- Une équipe de trois adultes formés par établissement, qui traite les cas aigus par entretiens et suivi
- Suivi statistique annuel dans chaque école, pour mesurer et non supposer
Punir seul ne suffit pas — cela déplace simplement le harcèlement hors du regard des adultes. La sanction reste, mais elle vient après le travail sur le groupe.
La légitime défense
Fin de la doctrine de non-violence qui punit également l’agresseur et l’agressé. Elle enseigne à l’enfant que se défendre coûte autant qu’attaquer — donc qu’il vaut mieux subir.
La règle :
Celui qui n’a pas initié n’est pas coupable. On ne s’acharne pas sur un adversaire à terre.
Deux critères, applicables par un surveillant en trois secondes. Celui qui frappe le premier est sanctionné. Celui qui se défend ne l’est pas. Celui qui continue après la fin du combat l’est.
Le but n’est pas d’encourager la violence — c’est d’en donner le contrôle.
Les établissements de redressement
Pour les élèves qui refusent d’apprendre et empêchent les autres de le faire : des établissements spécialisés dans la discipline et l’ordre.
Ce ne sont pas des décharges. Deux règles non négociables, faute de quoi ces structures fabriquent à quinze ans une classe dangereuse à qui l’on a annoncé qu’elle n’avait plus d’avenir :
- Durée limitée, avec chemin de retour explicite et daté
- Continuité intégrale du programme scolaire — on ne renonce jamais à instruire
Le but est de remettre dans le droit chemin, pas d’exclure.
VI. LE CORPS
Un sport au choix, obligatoire, pour chaque enfant.
Un sport de combat à partir du collège — judo, lutte, boxe.
Ce ne sont pas des écoles de violence : ce sont des écoles de maîtrise de soi. On y apprend à encaisser, à tenir, à s’arrêter.
La puissance n’appartient pas à celui qui n’use jamais de sa force, ni à celui qui en use toujours. Elle appartient à celui qui la maîtrise.
VII. LE PARCOURS
Structure
| Étape | Principe |
|---|---|
| Primaire et collège | Tronc commun général. Tout le monde apprend tout. C’est le socle du citoyen |
| Lycée | Choix de matières approfondies, sans enfermement |
| Après le lycée | Choix réel d’un métier ou d’un secteur |
Instruction obligatoire jusqu’à 18 ans — l’âge auquel on peut travailler. La France impose déjà une obligation de formation jusqu’à 18 ans depuis 2020 ; nous la transformons en obligation d’instruction réelle.
L’instruction en famille reste possible, encadrée et contrôlée comme aujourd’hui.
L’orientation sans angoisse
Personne ne doit choisir son métier à seize ans dans le noir.
- Stages réels et nombreux, dans plusieurs secteurs, avant tout choix définitif
- Accompagnement par des gens du métier, pas par des brochures
- Aucun choix irréversible. On peut se tromper et repartir
- Aucune filière n’est un déchet. Un ouvrier qualifié vaut un cadre, et il sera mieux payé qu’aujourd’hui
Les corporations portent l’apprentissage. Elles connaissent les métiers, elles ont besoin de main-d’œuvre qualifiée, elles financent et encadrent la formation en entreprise.
Le modèle existe : en Suisse et en Allemagne, la majorité des jeunes passe par une formation professionnelle avec apprentissage en entreprise rémunéré — et le chômage des jeunes y est parmi les plus bas d’Europe. C’est le chaînon qui relie notre système corporatif à notre école.
VIII. LA GRATUITÉ RÉELLE
Aucune école privée. L’instruction est un service public.
L’Église catholique est la seule institution non étatique autorisée à enseigner — elle n’est pas un acteur privé mais une institution reconnue, et son enseignement est gratuit et financé comme celui de l’État.
Ce que « gratuit » veut dire chez nous
L’école française est déjà gratuite en scolarité. Ce qui coûte, c’est tout le reste — et c’est là que porte notre mesure :
Cantine · fournitures · transport · sorties · matériel · et le coût de la vie étudiante.
L’allocation d’études
Tout jeune dont la famille n’a pas les ressources pour le faire vivre seul reçoit de l’État de quoi vivre sans travailler.
Pas une bourse d’appoint : de quoi vivre. Logement, nourriture, transport. S’il souhaite travailler, il le peut — ce sera un choix pour avoir davantage, jamais une obligation pour survivre.
Le modèle existe : le Danemark verse depuis des décennies une allocation d’études à tous les étudiants majeurs, non conditionnée aux revenus des parents pour ceux qui vivent seuls. Vivre de ses études y est la norme.
La gratuité de l’université ne vaut rien quand un étudiant travaille vingt heures par semaine pour payer sa chambre.
IX. LES MAÎTRES
On ne peut pas exiger d’un corps enseignant ce qu’on ne lui a pas donné les moyens de faire.
L’ordre est donc celui-ci :
- Restaurer d’abord — rémunération, autorité, considération, effectifs par classe. Recruter à nouveau les meilleurs
- Reformer pendant la transition — l’ensemble du corps est formé aux quatre piliers et aux méthodes validées. Ce qui est faux cesse d’être enseigné en formation
- Exiger ensuite — l’évaluation et le remplacement des maîtres défaillants ne viennent qu’après, quand les moyens ont été donnés
On ne sanctionne pas un homme pour un échec dont on lui a retiré les moyens de sortir.

