Société
CLASSIFICATION // Programme

La santé et le médicament

DATE:02.10.2026
TEMPS_LECTURE:9_MIN
Emblème du MCCF — rubrique Programme
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Ce qui est socialisé, l'exception pharmaceutique au brevet, l'architecture de la recherche, la sécurité du médicament et les deux loups du système.

I. LE CHIFFRE QUI COMMANDE TOUT

Principes actifs consommés en France non fabriqués dans l’Union européenne70 %
Part de la Chine dans les principes actifs importés en Europe45 %
Principes actifs qu’aucune entreprise européenne ne produit plus93

Sept molécules sur dix qui soignent les Français sont fabriquées ailleurs. Et un médicament périme : on ne s’en sort pas par les stocks.

C’est le point du programme où une transition mal préparée ne coûte pas de l’argent : elle coûte des morts, et l’adversaire le dira exactement comme ça.


II. CE QUI EST SOCIALISÉ

Recherche · Production · Distribution en grosSocialisées
OfficinesProfession libérale conservée

Article 7 de la Lex : hors des grandes entreprises et de ce qui touche à la sécurité de l’État, la socialisation n’est jamais obligatoire. Les officines sont des commerces souvent familiaux — elles ne sont pas visées.


III. LES BREVETS

Abolis en France dans le domaine du soin. La molécule appartient à la corporation.

Le but n’est pas de cesser de récompenser ou de protéger. Il est de rendre accessible, et de rendre impossible le contrôle privé du prix. La récompense demeure — elle change de forme : salaire, prime, part.

Pourquoi l’exception pharmaceutique se justifie

L’argument le plus fort en faveur du brevet — il force la publication, l’alternative étant le secret — ne vaut rien pour le médicament : l’autorisation de mise sur le marché oblige déjà à tout publier. Le brevet n’y publie rien que la loi n’exige déjà.

C’est pourquoi le médicament est le meilleur candidat à l’abolition, et la mécanique ou la chimie industrielle ne le sont pas : là, le secret est une vraie alternative.

Les deux autres arguments tombent dans notre système :

ArgumentPourquoi il tombe
« Le brevet finance l’échec »Ce n’est plus le laboratoire qui paie : c’est la corporation
« Il protège le petit contre le gros »Il n’y a plus de grand laboratoire privé

Exigence dérivée : la corporation publie les procédés, pas seulement les molécules. Sinon le secret de fabrication remplace le brevet — et il est pire, car il n’expire jamais.

Ce que le brevet oriente, et qui le prouve

Un bon antibiotique doit être utilisé le moins possible, pour éviter les résistances. Il est donc réservé, rationné, gardé en dernier recours. C’est un médicament qui sauve des vies et ne se vend pas.

Le brevet promet un monopole sur les ventes. Quand un médicament ne doit pas se vendre, le brevet ne promet rien. Les laboratoires ont donc quitté les antibiotiques — au moment précis où la résistance devient l’une des grandes menaces sanitaires du siècle.

Ce n’est pas un accident du marché. C’est sa logique.

Et l’amont est déjà payé par le public

Une étude parue dans les PNAS en 2018 a examiné les 210 médicaments approuvés aux États-Unis entre 2010 et 2016. Le financement public américain a contribué à la recherche publiée liée à chacun des 210. Sans exception. Plus de 100 milliards de dollars de projets publics — et plus de 90 % de cette somme finance la recherche fondamentale sur les cibles biologiques, c’est-à-dire ce qui rend le médicament possible.

Le brevet ne protège pas celui qui a pris le risque : il protège celui qui a pris le relais, sur un socle que le contribuable avait déjà payé.

L’international

Pas de brevet chez nous, parce que le soin n’est pas un marché. Des brevets chez eux, parce que c’est leur langue et qu’il faut bien leur parler.

  • La corporation dépose à l’étranger et contrôle ; elle concède librement ou négocie
  • Le chercheur reçoit une part du produit étranger — jamais le titre lui-même
  • Cette part est personnelle, viagère, et ne se transmet pas. Elle s’éteint avec lui

La dette meurt avec l’homme. La récompense aussi. Ni l’une ni l’autre ne se transmet, parce que ni l’une ni l’autre n’appartient à ceux qui n’ont rien fait.


IV. L’ARCHITECTURE DE LA RECHERCHE

Plusieurs organisations de recherche financées, centralisées dans la corporation de la santé mais dotées d’une réelle indépendance. Les plus compétentes reçoivent davantage de budget et des primes.

C’est la concurrence par l’invention appliquée à la science — celle que le manifeste économique autorise, par opposition à la concurrence par le coût du travail, qui est interdite.

Quatre règles de fonctionnement

1. Une part du budget garantie quels que soient les résultats. Le droit d’échouer, sans lequel personne n’explore.

2. Celui qui évalue n’est pas celui qui finance. Deux instances distinctes.

3. Tout essai est enregistré avant de commencer, et son résultat publié quel qu’il soit.

C’est le correctif le plus puissant contre le biais du financeur, et il vaut quel que soit celui qui paie. Le tour consiste à lancer dix essais et n’en publier que deux — si les dix sont enregistrés, il en manque huit et tout le monde le voit.

4. La prime à deux étages — une reconnaissance immédiate et modeste à la découverte, la grande prime des années plus tard, au vu de ce que la découverte a réellement produit.

On ne sait pas ce que vaut une découverte l’année où elle est faite. On le sait dix ans après. Le conseil ne pronostique pas : il constate.

Les cinq remèdes contre le consensus

La corporation n’a pas d’actionnaire, donc pas de mobile de profit. Reste le consensus — plus lent que la corruption, et plus durable.

Semmelweis, 1847 : il démontre que les médecins tuent les parturientes en ne se lavant pas les mains. La profession le rejette ; il meurt en asile. Marshall et Warren, années 1980 : l’ulcère est causé par une bactérie, contre le consensus. Écartés des années. Marshall avale la bactérie pour le prouver. Nobel 2005.

Aucun des deux n’a été arrêté par un capitaliste. Ils ont été arrêtés par leurs pairs.

  1. Une part fixe du budget réservée aux travaux qui contredisent la vue dominante — une règle, pas une faveur
  2. Rotation obligatoire des évaluateurs, mandats courts
  3. Évaluation du protocole à l’aveugle quand c’est possible
  4. L’avis minoritaire est publié, avec les noms
  5. La réplication est financée comme telle — c’est elle qui brise un faux consensus, et personne ne la finance jamais parce qu’elle n’apporte aucune gloire

Le précédent : le certificat d’auteur soviétique

L’invention devient propriété de l’État ; l’inventeur reçoit reconnaissance et compensation ; toute entreprise peut l’employer librement.

Ses deux points de rupture — et ils ne concernent pas le brevet :

DéfaillanceNature réelle
Les directeurs d’entreprise n’adoptaient pas les inventions : cela perturbait les quotasIndustrielle
À partir de 1959, le critère d’utilité a fait déclarer « inutiles » les inventions de rupture sans application immédiateProblème de jury

La question n’est pas qui vend. C’est comment on organise l’avancée technologique.

Deux conséquences : la fonction « porter une trouvaille jusqu’à l’usine » doit être attribuée explicitement à quelqu’un — dans un système de brevet, le détenteur du monopole l’assure par intérêt ; ici il faut la nommer. Et l’évaluation ne doit jamais porter sur l’utilité immédiate — d’où la prime différée.

⚠️ Bilan complet du certificat d’auteur à établir avant de s’en réclamer publiquement.


V. LA SÉCURITÉ DU MÉDICAMENT

Celui qui autorise n’est pas celui qui a produit.

Le mobile n’est plus le profit, mais il reste la réputation et la carrière.

L’affaire du sang contaminé était un système public, sans actionnaire ni brevet. Le retard a eu lieu quand même, et il a fallu des années et des procès de ministres pour qu’il soit établi.

Ce qu’on interdit n’est pas un produit dangereux — un médicament qui nuit à certains et sauve les autres est le cas normal. C’est un rapport bénéfice-risque maquillé.

Pfizer, 2009 : 2,3 milliards de dollars, plus grosse transaction pour fraude sanitaire de l’époque, et sa filiale plaide coupable d’un délit fédéral pour la promotion hors indication du Bextra. Condamné, pas allégué. Et Bextra n’a pas été sanctionné parce qu’il était dangereux, mais parce qu’il a été promu pour des usages non autorisés.

Droit de se tromper, avec enquête. Aucun droit de faire mentir la science.


VI. LES DEUX LOUPS

L’arme du médicament

Le blocage ne vient pas du vendeur. La Chine veut vendre. Il vient des canaux de paiement, du transport, de l’assurance maritime et des certifications — presque tous occidentaux.

Trois réponses, aucune n’est un dispositif :

  • La liste critique produite chez nous avant toute annonce — antibiotiques, anesthésiques, insuline, anticancéreux
  • Jamais un fournisseur unique sur une molécule vitale, et des fournisseurs qui ne peuvent pas s’aligner
  • Des canaux de paiement et de transport qui ne passent pas par l’adversaire

Le recours à la Chine est transitoire, pas un régime : on achète pendant qu’on reconstruit, jusqu’à l’indépendance. Pour les 93 molécules orphelines, la fenêtre se compte en années.

Il trouve, il cache, il part, il brevète

Publier ne protège pas : on ne publie pas ce qu’on ignore. Ce qui protège réellement, par ordre d’efficacité :

  1. Il ne peut pas l’exploiter seul. Une molécule demande des années, des essais, des centaines de millions. Il doit la vendre à un laboratoire qui a la capacité industrielle — et cette transaction est lente, visible, traçable. Très différent du logiciel : en pharmacie, le vol solitaire ne paie presque pas
  2. Consignation systématique et horodatée des travaux — la discipline documentaire ordinaire, pas de la surveillance
  3. Le dépôt scellé — établit une date de possession sans publier
  4. Le contrat — les résultats appartiennent à la corporation ; un dépôt à l’étranger est une revendication de propriété, plaidable devant les tribunaux étrangers
  5. La recherche est collective — cacher suppose des complices

Limite assumée : un homme qui travaille seul, ne consigne rien et part avec l’idée dans la tête n’est arrêté par aucun système. Ni le nôtre, ni l’URSS, ni les laboratoires privés d’aujourd’hui. On ne rend pas cela impossible — on le rend rare, lent et peu rentable.


VII. CE QUI RESTE À FAIRE

SujetÉtat
La fonction d’industrialisationQui pousse la molécule jusqu’à l’usine — à attribuer explicitement
Le calendrier de la liste critiqueChiffrage, capacités, délais
Le traitement des laboratoires existantsDans le cadre de la socialisation
Vérification juridiqueDépôt scellé, délai de grâce américain, plaidabilité du contrat à l’étranger
Bilan du certificat d’auteur soviétiqueAvant de s’en réclamer publiquement
L’hôpitalNon traité
Le sucre et la qualité alimentaireAjourné — trop précis pour le stade actuel