Festum finitum est
La fête est finie.
Voilà notre cri de guerre.
Elle est finie pour ceux qui ont fait de la fête leur vie, aux dépens de ceux qui travaillent.
Pour ceux qui gagnent en dormant. Pour ceux qui ferment une usine rentable depuis un bureau où ils ne sont jamais entrés. Pour ceux qui possèdent ce qu’ils n’ont pas fait, décident de ce qu’ils ne connaissent pas, et n’ont jamais rendu de comptes à personne.
Pour eux, c’est terminé. C’est tout ce que veut dire notre devise.
Ce qui nous distingue
Vous avez le droit de nous demander en quoi nous ne sommes pas un parti de plus. Voici la réponse en cinq points, et chacun est vérifiable dans ce texte.
Nous ne choisissons pas entre la nation et le travail. Toute la vie politique française repose sur ce chantage : si vous voulez la souveraineté, allez à droite ; si vous voulez le salaire, allez à gauche. Nous refusons ce marché. Un pays qui n’est pas maître de sa monnaie ne peut pas fixer les salaires, et un peuple qui ne possède rien n’a pas de patrie à défendre.
Nous ne choisissons pas entre la foi et la justice sociale. On nous a séparés pendant cent cinquante ans avec un mensonge. Le communisme est né de la morale chrétienne, et nous l’avons démontré par les textes.
Nous ne remplaçons pas la propriété par les mœurs. C’est ce qu’ont fait les deux camps, et c’est pourquoi ils ne gênent plus personne. Nous parlons de qui possède l’usine, et nous continuerons même quand ce sera inconfortable.
Nous ne haïssons personne pour ce qu’il est. Ni l’étranger, ni le croyant, ni l’incroyant, ni le patron d’atelier qui travaille de ses mains. Nous combattons une position — celle de vivre du travail d’autrui — et non des hommes.
Et nous ne promettons pas que ce sera indolore. Tous les autres vous jurent le contraire. Nous vous dirons ce que chaque mesure coûte, à qui, et pendant combien de temps.
Ce que nous ferons
Tout tient en une phrase, et le reste en découle.
Rendre aux Français la propriété de ce qui les fait vivre, et à la France la maîtrise de ses décisions.
Deux choses, indissociables. Voici concrètement ce que cela veut dire.
Les grands moyens de production
Ce qui est concerné : les grandes entreprises et les secteurs stratégiques. L’énergie, l’eau, les transports, les télécommunications, les banques, l’armement, la santé, l’alimentation, les grandes centrales d’achat.
Ce qui ne l’est pas, et ne le sera jamais : votre boulangerie, l’atelier du menuisier, le garage, l’exploitation familiale, le cabinet, le commerce. Nous l’avons inscrit dans une charte que nous nous sommes interdit de modifier.
Le seuil n’est pas inventé par nous : c’est celui de la loi française. Le statut de grande entreprise — cinq mille salariés, ou un milliard et demi de chiffre d’affaires. Cela représente environ deux cent quatre-vingt-sept entreprises en France. Pas une de plus.
Et au franchissement de ce seuil, le propriétaire choisit lui-même entre deux voies. Aucune n’est la confiscation.
Voie A — la cession. Il vend l’intégralité de ses parts et il est indemnisé à la valeur réelle. L’entreprise passe alors sous la direction entière de la corporation de sa branche, et une part de ses revenus revient à la nation.
Voie B — l’association. Il garde cinquante et un pour cent, l’État en prend quarante-neuf. Il reste maître à bord : il décide de ses investissements, de ses équipes, de ses horaires. Il continue de percevoir sa part. L’État n’est pas son tuteur, c’est son associé — il prend quarante-neuf pour cent des bénéfices à la source, et les rend à la nation.
Le prix est fixé par une formule inscrite dans la loi, publiée d’avance, identique pour tous. Le patron sait ce qu’il touchera avant même d’approcher le seuil. Aucune négociation, donc aucune spoliation — et aucune corruption possible.
Et pour qu’aucune entreprise n’ait intérêt à cesser de grandir, la part de l’État monte progressivement entre mille et cinq mille salariés. On ne perd jamais à croître.
Une seule exception : les secteurs stratégiques. Énergie, eau, rail, banque, santé, armement, télécommunications. Ceux-là sont socialisés intégralement, quel que soit le seuil — ce sont des monopoles naturels où la concurrence est une fiction et où la dépendance serait mortelle. L’agriculture en est exclue : la terre reste aux paysans.
Et la concurrence demeure entre les entreprises socialisées. Nous n’en faisons pas des administrations protégées : une entreprise publique sans concurrent n’a aucune raison de bien faire — c’est la leçon du siècle dernier, et nous ne la répéterons pas.
Mais il faut dire laquelle, car il y en a deux et on les confond toujours.
| La mauvaise concurrence — interdite | La bonne concurrence — voulue |
|---|---|
| Baisser les salaires | Mieux organiser le travail |
| Accélérer les cadences | Inventer, améliorer le produit |
| Rogner sur la sécurité et la qualité | Augmenter la productivité par la technique |
| Délocaliser | Former mieux, donc produire mieux |
La première est formellement interdite : la grille des salaires est fixée à trois — corporation, syndicats, État — et aucune entreprise ne peut en sortir. Elle ne peut donc pas se battre sur le dos de celui qui produit.
La seconde est encouragée sans réserve.
Aujourd’hui, une entreprise qui veut gagner comprime. Demain, elle n’aura plus que le droit de mieux faire. C’est la seule émulation qui ait jamais fait progresser quoi que ce soit — et le capitalisme, qui la revendique, est précisément le système qui permet de s’en dispenser.
Et une chose que personne ne remarque : il n’y a plus de bourse
Nous supprimons le marché des actions. Cela change tout, et il faut comprendre pourquoi.
Le propriétaire qui garde ses cinquante et un pour cent ne peut plus rien en faire d’autre que les tenir.
Il ne peut pas les vendre à un fonds. Il ne peut pas les découper, les placer, les diversifier sur trente autres sociétés. Il ne peut pas transformer son entreprise en ligne d’un portefeuille.
Son bénéfice n’a donc que trois issues, et aucune ne lui donne de pouvoir : le réinvestir dans son outil, le consommer, ou le placer à la Bourse Populaire Contrôlée dans la limite des plafonds — participation non cessible, sans prix de marché, sans plus-value. Il devient épargnant, pas actionnaire.
C’est la différence exacte entre un patron et un actionnaire. L’un est attaché à une chose et à des gens ; l’autre est attaché à un rendement, et il ira le chercher partout où il est plus élevé. En supprimant la bourse, nous ne supprimons pas la propriété — nous supprimons la possibilité de la rendre nomade. Un capital qui ne peut plus partir cesse d’être un pouvoir sur ceux qui restent.
On ne prend pas ce qu’un homme possède, et on le lui paie. On lui retire le droit de décider seul du sort de milliers d’autres — et cela, aucune somme ne l’achète.
Les corporations — et disons de quoi nous parlons
Le mot a été sali, et il faut le nettoyer avant de s’en servir.
Nous nous référons aux corps de métier français, ces communautés de gens du même travail qui ont réglé pendant des siècles l’apprentissage, la qualification, la qualité de l’ouvrage et l’honneur d’un métier — et que la loi Le Chapelier a supprimés en 1791, deux ans après la Déclaration des droits de l’homme, pour interdire aux ouvriers de se coaliser.
Notre filiation est catholique et sociale. Quadragesimo Anno, en 1931, et René de La Tour du Pin, qui écrivait sur la condition ouvrière quand la droite s’en désintéressait.
Nous ne nous référons en aucun cas au corporatisme fasciste ou vichyste, et la différence n’est pas celle qu’on croit.
Le patron sera dans la corporation. Nous ne l’en excluons pas — il exerce le métier, il en connaît les contraintes, et une corporation sans lui serait borgne.
Mais la différence avec le corporatisme fasciste n’est pas qu’il n’y ait pas de sections : c’est que les sections ne pèsent pas le même poids.
Il y a des sections — les travailleurs, les grandes entreprises, les petites. Chacun est représenté, personne n’est exclu, et la voix du patron est identifiée comme telle au lieu d’être déguisée en voix d’homme du métier.
Elles ne sont pas paritaires. Le nombre décide, et la section des travailleurs l’emporte toujours. Une section n’est pas un veto : c’est un siège et un droit d’être entendu.
Et le patron ne siège pas sur ce qui concerne les conditions de travail de ses propres employés. Il garde sa voix comme homme du métier. Un homme ne vote pas librement contre celui qui décide de son poste demain matin — c’est pourquoi le scrutin est secret à tous les échelons.
| Corporatisme fasciste | Nos corporations | |
|---|---|---|
| Les sections | Paritaires — c’était le but : réconcilier le capital et le travail | Non paritaires. Le nombre décide, les travailleurs l’emportent |
| De qui elle dépend | De l’État et du parti unique | De personne — ni parti, ni État |
| La grève | Interdite | Libre, et les syndicats restent indépendants |
Le corporatisme fasciste enfermait les ouvriers avec leurs patrons sous l’autorité du parti, et supprimait la grève. C’était un instrument de contrôle déguisé en instrument de métier.
Les corporations fascistes existaient pour réconcilier le capital et le travail à l’intérieur de l’entreprise. Les nôtres existent parce que le capital a été aboli. Il n’y a personne à réconcilier — il n’y a plus qu’un seul côté.
Les nôtres sont un contre-pouvoir autonome, aux instances élues par ceux qui exercent le métier, avec rotation obligatoire des mandats et révocabilité.
Ce qu’elles décident : les qualifications, la formation et l’apprentissage, les normes de branche, les conditions de travail, la discipline professionnelle. La grille des salaires est établie à trois — la corporation, les syndicats, et l’État qui valide. Aucun ne décide seul.
Et quand deux corporations s’opposent, c’est l’État qui tranche. L’intérêt général prime sur l’intérêt d’une branche : c’est sa fonction, et c’est la seule.
Ceux qui font le travail décident du travail. Cela paraît évident dit ainsi. Cela n’existe nulle part.
La monnaie et le crédit
Un pays qui emprunte sur les marchés ce qu’il pourrait créer lui-même verse des intérêts à des créanciers privés pour l’usage de sa propre souveraineté.
Nous voulons une banque publique, un crédit sans usure, et une monnaie qui nous appartienne. Cela implique de sortir de l’euro et de l’Union européenne, et nous venons de dire comment.
L’indépendance
Sortir des commandements étrangers. Produire nos armes sans demander l’autorisation de personne — aujourd’hui, un seul composant américain dans un matériel français suffit à donner à Washington un droit de veto sur nos ventes.
Reconstruire la filière nucléaire, l’énergie, l’engrais, l’alimentation. Ne dépendre d’aucune puissance pour manger, nous chauffer et nous défendre.
L’école
Des classes de quinze au commencement — maternelle, cours préparatoire, cours élémentaire — là où tout se joue et où le retard pris ne se rattrape plus.
Les méthodes qui fonctionnent, et non celles qui plaisent. La lecture par les sons, dont l’efficacité est établie par la recherche. L’exigence pour tous, parce que le laxisme scolaire n’a jamais frappé que les enfants de ceux qui n’ont pas de livres à la maison.
La terre
Un paysan français travaille soixante heures par semaine et gagne moins que le salaire minimum. Il faut dire pourquoi, précisément.
Trois centrales d’achat contrôlent l’écrasante majorité de la distribution alimentaire du pays. Face à elles, des centaines de milliers de producteurs isolés. Ce n’est pas une négociation : c’est une dictée.
Et ces centrales n’ont qu’un objet : le profit. Il en découle mécaniquement trois choses.
Elles paient le producteur au plus bas, sachant qu’il n’a personne d’autre à qui vendre avant que sa récolte ne pourrisse.
Elles préfèrent l’importation — un produit venu de l’autre bout du monde, cultivé avec des pesticides interdits chez nous, par une main-d’œuvre payée trois fois moins, coûtera toujours moins cher que celui du champ d’à côté. On ruine nos paysans avec des produits que nous interdisons à nos paysans de faire.
Et elles vident le métier de son sens. Un homme qui a appris à nourrir des gens finit par produire un calibre, un format et un délai. On ne lui demande plus de bien faire : on lui demande de faire moins cher que le Brésil.
Notre réponse découle de notre doctrine sans que nous l’ayons cherchée : ce n’est pas le paysan qu’il faut socialiser — c’est l’acheteur.
Et attention, car le remède n’est pas d’avoir dix acheteurs au lieu de trois.
Multiplier les centrales ne servirait à rien : le marché retourne toujours au monopole. Trois deviennent deux, deux deviennent une, et l’on se retrouve dans dix ans exactement au même point. On ne corrige pas une concentration en la fragmentant : on la reprend.
Il n’y aura donc qu’une centrale d’achat, et voici à qui elle appartient.
À la corporation agricole — c’est-à-dire aux producteurs eux-mêmes. Ce sont eux qui fixent les prix, en concertation avec les syndicats, selon une formule publiée : coût de revient constaté, plus marge. Aucun prix ne se décide dans un bureau fermé.
Et l’État dispose d’un droit de veto contre les abus — jamais du pouvoir de fixer. Il empêche ; il ne décide pas.
Aujourd’hui, trois centrales privées imposent leurs prix à quatre cent mille exploitants dispersés. Demain, ce sont les quatre cent mille exploitants qui font le prix, unis, en face des acheteurs. Ce n’est pas une nationalisation de l’agriculture : c’est le renversement du rapport de force.
Le paysan garde tout : sa terre, son matériel, ses bêtes, son exploitation. Et la vente directe reste entièrement libre — marchés, vente à la ferme, circuits courts, coopératives. Hors monopole, sans autorisation de personne.
Enfin, l’on ferme la frontière aux produits qui ne respectent pas nos normes — car il n’y a aucune raison d’interdire à un Français ce qu’on autorise à l’importation.
La sécurité et la justice
Il faut d’abord dire une chose que ni la droite ni la gauche ne disent : l’insécurité frappe ceux qui travaillent.
Elle frappe le smicard et elle frappe le cadre. Elle frappe celle qui rentre à pied du service de nuit et celui qui gare sa voiture au bas de l’immeuble. Elle ne frappe pas de la même manière — le quartier abandonné la subit plus durement — mais elle frappe les mêmes gens : ceux qui vivent de leur travail.
Nous refusons de découper cela en pauvres et en classe moyenne. C’est le découpage qu’on vous a appris, et il ne sert qu’à empêcher deux hommes qui ont le même problème de le régler ensemble.
Ceux qui ne la connaissent pas sont ceux qui n’en ont pas besoin de connaître : ils habitent ailleurs, leurs enfants sont ailleurs, et ils paient des sociétés privées. Ce ne sont pas les gens à cinq mille euros. Ce sont ceux qui vivent sans travailler.
Voilà pourquoi nous refusons de choisir entre l’excuse et la matraque.
La justice, d’abord, parce qu’elle est à l’os. La France compte parmi les pays d’Europe occidentale les moins bien dotés en magistrats par habitant. Les délais sont indignes, les peines prononcées des années après les faits, et une part considérable ne sont jamais exécutées.
Une sanction qui arrive quatre ans plus tard n’est pas une justice tardive : c’est une justice qui n’existe pas. Et rien ne détruit plus sûrement la confiance d’un peuple que le sentiment qu’il ne se passe rien.
Nous doublerons les effectifs de magistrats et multiplierons ceux du parquet. Nous construirons les places de prison qui manquent. Une peine prononcée sera une peine exécutée.
La police ensuite — et disons-le tout de suite, parce qu’on nous fera dire le contraire.
Nous n’avons rien contre les policiers. Ce sont des travailleurs, souvent mal payés, mal logés, mal formés, envoyés au contact avec des moyens dérisoires et abandonnés dès que l’affaire tourne mal. Ils font partie de ceux que nous défendons, exactement comme les autres.
Ce que nous mettons en cause, c’est l’État et l’administration qui les emploient ainsi — et qui trouvent commode qu’on s’en prenne à eux plutôt qu’à ceux qui décident.
Ce que nous ferons. Une formation sérieuse et longue — on ne met pas un homme de vingt ans dans la rue avec quelques mois d’apprentissage et une arme au côté. Des effectifs sur le terrain et non dans les bureaux. Des salaires et des logements dignes.
Et l’exigence en retour : une police irréprochable et contrôlée, où la faute est sanctionnée — car c’est d’abord aux policiers honnêtes que profite l’élimination des autres. Les unités dont la réputation est irrémédiablement perdue seront dissoutes et remplacées.
On ne demande pas à un peuple de respecter une police qu’on n’a pas formée, ni de croire en une justice qui ne juge pas. Les deux vont ensemble, et les deux ont été abandonnées pour la même raison : cela coûte de l’argent, et les victimes ne pèsent pas lourd.
Le temps
Voici la mesure la plus simple et la plus révolutionnaire de tout ce texte : nous voulons vous rendre votre temps.
Commençons par le fait qui décide de tout : depuis un demi-siècle, on produit énormément plus par heure travaillée. Cette richesse est allée quelque part — et ce n’est pas dans vos journées.
Elle est allée dans les dividendes, dans les rachats d’actions et dans la rente. Pendant que la production par heure montait, le temps de travail n’a plus bougé depuis les trente-cinq heures — et le prix du logement, lui, a doublé.
Nous voulons vous rendre ce temps. Et nous allons vous dire exactement à quelles conditions, parce qu’une promesse sans arithmétique est un mensonge.
D’abord, ce que nous ne ferons pas tout de suite
Il n’y aura aucune réduction du temps de travail pendant la phase de reconstruction.
Nous le disons franchement, et c’est le contraire de ce qu’on vous promet ailleurs : rebâtir un appareil industriel, rouvrir des filières, reprendre une agriculture et une énergie demande plus d’effort, pas moins. On ne se repose pas sur un chantier.
Celui qui vous promet à la fois la reconstruction du pays et moins de travail dès la première année vous ment, ou n’a pas fait le calcul. Nous préférons vous dire l’effort avant de vous dire le repos.
Ensuite, ce que nous rendrons — et dans quel ordre
Nous ne pouvons pas tout faire à la fois, et nous choisissons.
| Premier palier | À terme | |
|---|---|---|
| Retraite | 60 ans | 55 ans |
| Semaine | 35 → 32 heures | 32 heures |
Notre arbitrage est assumé : nous rendons des années de vie avant de rendre des heures de semaine.
Parce qu’une heure de moins par semaine se dilue dans une vie. Cinq années de retraite en plus, c’est un homme qui voit ses petits-enfants, qui marche encore, qui a le temps de faire autre chose que se soigner.
Et l’âge de départ dépendra du métier. Un homme du bâtiment ne s’use pas comme un homme de bureau. La corporation de branche le module sur des critères objectifs — port de charges, travail de nuit, températures extrêmes, postures, exposition chimique. Ceux du métier décident de ce qui use dans leur métier, pas un décret parisien.
Et l’arithmétique, écrite noir sur blanc
Voici le calcul que personne ne fait jamais devant vous.
Réduire la semaine, abaisser la retraite et garantir trois ans de congé parental retirerait plus de la moitié du volume d’heures travaillées du pays. Pour tenir cela sans appauvrir personne, il faut environ cinquante pour cent de productivité horaire en plus sur vingt ans — soit deux pour cent par an.
La France en gagne aujourd’hui environ un pour cent par an. Il faut donc doubler le rythme.
C’est ambitieux. Ce n’est pas irréel : la France l’a fait pendant les Trente Glorieuses. Cela repose sur l’automatisation, la modernisation intégrale de l’outil et le plein emploi.
Chaque palier est donc conditionné à l’atteinte effective de ces gains, constatés et publiés. Nous n’annonçons pas une date : nous annonçons une méthode, et une règle que vous pourrez vérifier chaque année.
Et nous ne cachons pas la difficulté principale. Les gains de productivité viennent de l’industrie, qui emploie un travailleur sur dix. Le soin, la santé, l’éducation et la petite enfance ne s’automatisent pas et pèsent de plus en plus lourd. C’est là qu’est l’obstacle réel, et c’est lui qui fixera le rythme.
Pour référence : le passage de trente-neuf à trente-cinq heures a créé de l’ordre de trois cent cinquante mille emplois. L’effet est réel et il est mesuré.
Le but n’est pas de travailler moins pour travailler moins. Le but est l’éradication du chômage.
Ce que nous rendons par ailleurs
Trois ans pour élever son enfant, réellement indemnisés, avec garantie de retour au poste — et, chaque fois que le métier le permet, la possibilité du travail à distance. L’éducation d’un enfant est un travail, et c’est le seul que ce pays ne paie pas alors qu’il fabrique la génération suivante.
Ce congé coûte des heures aujourd’hui et en rapporte dans vingt ans. Ce n’est pas une dépense : c’est un investissement démographique, et c’est le seul qui ne se délocalise pas.
Et un niveau de salaire tel qu’un foyer puisse vivre d’un seul revenu s’il le décide — non pour y contraindre qui que ce soit, mais pour que le choix existe. Aujourd’hui il n’existe pas.
Nous ne voulons pas que les Français gagnent un peu plus en travaillant un peu plus. Nous voulons qu’ils cessent de payer un loyer sur leur propre existence — et nous vous donnons le calcul qui dit à quelles conditions c’est possible.
Et disons-le clairement : on pourra toujours être renvoyé
Nous ne bâtissons pas un pays où l’on garde sa place quoi qu’on fasse.
Celui qui travaille mal, qui ne fait pas ce pour quoi il est payé, qui laisse les autres porter sa part — celui-là sera renvoyé, et il ira ailleurs. Il retrouvera du travail, puisqu’il y en aura pour tous. Il ne gardera pas celui-ci.
Nous sommes du côté des travailleurs. Nous ne sommes pas du côté du travailleur qui a tort.
C’est même l’inverse de ce qu’on nous prêtera : dans un pays où l’on ne peut plus se distinguer par la naissance, l’héritage ou le carnet d’adresses, il ne reste qu’une seule façon de monter — faire bien son travail.
On a supprimé le mérite en France par le haut, en laissant se transmettre les places, et par le bas, en cessant d’exiger quoi que ce soit. Nous rétablissons les deux bouts en même temps. La vraie méritocratie n’est pas celle où les meilleurs sont récompensés : c’est celle où le travail bien fait est la seule monnaie qui reste.
Et ceux qui ne peuvent pas travailler
Un mot, car tout ce chapitre parle du travail et l’on pourrait s’y méprendre.
Il y a des hommes et des femmes qui ne peuvent pas travailler. Le malade, l’infirme, celui que l’esprit a quitté, le très vieux. Notre société les couvrira entièrement, et sans qu’ils aient à le demander comme une faveur.
La honte est pour celui qui peut et ne veut pas. À celui qui voudrait et ne peut pas vont l’amour et la compassion — et nous n’aurons pas la prétention de faire le tri entre les deux, car nul ne sait ce qui se passe dans un homme.
Un homme ne vaut pas parce qu’il sert. Il vaut parce qu’il est aimé. Nous l’avons appris ailleurs que dans l’économie, et nous ne l’oublierons pas en chemin.
Nous ne prétendons pas que cela se fera en un an. Cela demande de reprendre l’appareil productif, la monnaie et le crédit — c’est-à-dire tout ce que ce manifeste propose. Mais ce n’est pas un rêve : c’est une question d’arithmétique, et l’arithmétique, elle, est de notre côté.
La démocratie réelle
Et il faut terminer par là, parce que c’est ce qu’on nous contestera le plus.
On nous dira que nous voulons le pouvoir d’un seul. C’est exactement l’inverse.
Nous voulons une démocratie qui ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise.
Aujourd’hui, vous votez tous les cinq ans pour des gens qui décident de la loi — et vous passez le reste de votre vie sous l’autorité d’hommes que vous n’avez jamais choisis, dans l’endroit où vous êtes huit heures par jour. On appelle cela une démocratie. C’est une démocratie qui s’arrête au vestiaire.
Concrètement.
Une seule chambre, où siègent ensemble les élus des citoyens et les élus des métiers. La nation comme territoires et comme travail, dans la même salle, obligées de délibérer ensemble.
Des représentants de corporation élus par leurs pairs, mandatés par eux — et révocables par eux à tout moment. Non pas tous les cinq ans : à tout moment.
Un référendum d’initiative citoyenne réel, à échéances fixes, dont le résultat s’applique — et qu’on ne fait pas revoter jusqu’à obtenir la bonne réponse.
Des régions qui décident chez elles. Une Église qui peut saisir le peuple par référendum suspensif sur un périmètre défini et public.
Et un organe de contrôle collégial, sans chef unique, qui peut arrêter n’importe quelle instance sortie de la loi — mais qui ne décide jamais rien à sa place.
On ne remplace pas la tyrannie des propriétaires par celle d’un parti. Nous avons écrit nos propres verrous avant d’avoir le moindre pouvoir, et nous nous sommes interdit de les modifier. Jugez-nous là-dessus : c’est le seul engagement qu’un mouvement puisse prendre avant d’avoir été mis à l’épreuve.
La France que nous voyons
Fermez les yeux un instant, et regardez ce pays dans vingt ans si nous avons raison.
Les usines ont rouvert. Pas toutes, pas partout, mais la courbe s’est inversée pour la première fois depuis cinquante ans. On produit ici ce qu’on consomme ici — les médicaments, les machines, les vêtements, l’acier. Le mot « délocalisation » commence à sonner comme un mot d’une autre époque, à côté de « colonie » et de « servage ».
Et dans ces usines, ceux qui travaillent ont voix au chapitre. Ils ne sont pas tous propriétaires de tout — ce serait une formule, et nous n’en faisons pas — mais aucune décision qui les concerne n’est plus prise sans eux. Ils travaillent beaucoup moins qu’aujourd’hui, et ils gagnent beaucoup plus.
Et l’on ne ferme plus une ville depuis un tableur. Non par sentiment, mais par mécanique : une grande entreprise appartient à la nation, et une nation ne se délocalise pas. Quant aux autres — les moyennes, celles qui ferment aujourd’hui faute de repreneur — elles sont rachetées : par une autre entreprise, par leur corporation, ou par leurs propres salariés, à qui la banque publique prête sans intérêt. Une entreprise viable ne meurt plus parce que personne n’a voulu la reprendre.
Le paysan vit de sa terre. Il la possède, il en décide, et il est payé un prix qui couvre son travail. Les campagnes ont retrouvé leurs écoles, leurs gares, leurs médecins et leurs commerces — parce qu’on a cessé de mesurer un village à sa rentabilité, et que la France a compris qu’un pays qui vide ses campagnes finit par entasser tout le monde là où plus personne ne tient debout.
Les enfants apprennent. Tous. Y compris ceux dont les parents n’ont pas de livres à la maison — puisque c’est exactement à cela que sert une école, et à rien d’autre. Et l’on a cessé de raconter à un enfant de dix ans que son pays n’a produit que des crimes.
Une femme peut élever son enfant sans se ruiner, ou travailler sans avoir à se justifier. Un couple peut vivre d’un seul salaire s’il le décide, ou de deux s’il le préfère — et dans les deux cas c’est un choix, pas une contrainte déguisée en liberté. On fait à nouveau des enfants dans ce pays, parce qu’on peut les loger.
La France décide. De sa monnaie, de ses armes, de ses lois, de ses alliances. Elle parle avec le monde entier et n’obéit à personne. Elle vend ses armes sans demander la permission. Elle achète son énergie où elle veut. Et quand un peuple français vote, ce qu’il a voté se fait.
Et les églises ne sont plus des musées. Les fêtes sont revenues dans les villages. Les métiers ont retrouvé leur honneur — on regarde un charpentier comme on regarde un ingénieur, et un boulanger comme on regarde un cadre. Un peuple a cessé d’avoir honte de ce qu’il est.
Ce n’est pas un paradis, et nous n’en promettons aucun. Les hommes resteront ce qu’ils sont ; il y aura encore des fautes, des chagrins, des injustices et des salauds. Nous disons seulement ceci : aucune de ces souffrances ne viendra plus de ce qu’un homme possède le pain d’un autre.
Ce que nous ne promettons pas
Nous ne promettons pas que ce sera rapide. Ce qui a été défait en quarante ans ne se refait pas en un mandat.
Nous ne promettons pas que ce sera sans coût. Sortir de l’euro coûtera. Reprendre les grandes entreprises provoquera des représailles. Ceux qui possèdent ne rendent jamais de bon cœur.
Nous ne promettons pas d’être aimés. On nous appellera fascistes, et ce sera faux. On nous appellera communistes, et ce sera exact — nous le sommes, nous l’écrivons, et nous n’attendrons pas qu’on nous le reproche pour le dire.
Et nous ne promettons pas de ne jamais nous tromper. Nous nous tromperons. Nous nous engageons seulement à ne jamais vous mentir sur les chiffres, à corriger ce qui est faux, et à ne pas appeler victoire ce qui n’en est pas une.
Un homme dans un arbre
Nous avons beaucoup argumenté. Une page sans argument, maintenant.
Il y avait à Jéricho un homme appelé Zachée. Il était collecteur d’impôts, et il était riche.
Cela veut dire, dans son pays et à son époque, qu’il prenait aux siens pour le compte de l’occupant, et qu’il gardait la différence. On ne le fréquentait pas. On avait raison de ne pas le fréquenter.
Un jour, le Christ traverse la ville, et la foule se presse pour le voir.
Zachée est petit ; il ne voit rien. Alors cet homme riche, méprisé, qui a une position et une dignité à tenir, court devant tout le monde et grimpe dans un arbre comme un gamin — parce qu’il veut voir.
Retenez ce détail : il a couru avant qu’on lui parle. Personne ne l’y avait invité. Il cherchait déjà quelque chose, et depuis longtemps sans doute.
Et le Christ s’arrête sous l’arbre, lève les yeux, et l’appelle par son nom.
Il ne lui fait pas de reproche. Il ne lui demande rien. Il lui dit qu’il vient dîner chez lui ce soir.
La foule murmure — il est entré chez un pécheur.
Et c’est alors que Zachée, debout, sans qu’on lui ait rien demandé, déclare : je donne la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends quatre fois plus.
Nous ne tirons de cette histoire aucune démonstration. Il n’y en a pas à tirer.
Nous remarquons seulement ceci.
Personne n’a menacé Zachée. Personne ne lui a démontré qu’il avait tort — il le savait déjà. On l’avait jugé, montré du doigt et méprisé pendant des années, et cela n’avait jamais rien changé : il avait continué à voler, parce que le mépris ne convertit personne.
Et ce n’est pas non plus un dîner qui a fait de lui un autre homme. Un dîner ne renverse pas une vie.
C’est qu’il cherchait, et qu’il a été trouvé. Il courait déjà. Il était monté dans l’arbre avant qu’on lui adresse la parole. On ne l’a pas retourné : on est venu à la rencontre de ce qui bougeait déjà en lui, et on l’a appelé par son nom devant ceux qui ne le nommaient plus.
Voilà ce que ni les lois ni les doctrines ne feront jamais, y compris les nôtres. Nous pouvons reprendre les usines ; nous ne pouvons pas appeler un homme par son nom à sa place. Le jour où nous croirons qu’un décret suffit à rendre les hommes justes, nous serons devenus ce que nous combattons.
Nous ne prétendons pas savoir faire ce que le Christ a fait sous cet arbre. Nous prétendons seulement ne pas l’oublier, et ne pas confondre les deux ordres.
Notre programme prendra le pouvoir aux possédants. Il ne changera pas les cœurs, et ce n’est pas son office — mais il retirera à celui qui veut le bien les obstacles qu’on avait mis devant lui, et à celui qui veut le mal les moyens qu’on lui avait donnés. C’est beaucoup, et ce n’est pas tout.
Alors
Ce texte n’est pas une consultation. C’est une convocation.
Vous avez lu ce que nous pensons du passé, des deux camps, du monde tel qu’il est, et de ce que nous voulons faire. Vous n’avez plus besoin qu’on vous explique : vous savez.
Il ne reste que la question qui a toujours tout décidé : combien serons-nous ?
Nous ne sommes rien aujourd’hui. Toutes les organisations qui ont changé quelque chose ont commencé exactement là — quelques hommes, un texte, et l’entêtement de ne pas se taire.
Et ce que nous ferons avant d’avoir quoi que ce soit
Un mouvement qui attend le pouvoir pour être utile ne le sera jamais.
Nous n’avons ni caisse, ni élus, ni bureaux. Nous n’en avons pas besoin pour ce qui suit, et nous commençons maintenant.
Aller voir les vieux qui ne voient personne. Il y en a dans chaque rue, et cela ne coûte qu’une heure.
Être là quand on expulse une famille. Non pour faire du bruit : pour porter des cartons et trouver une chambre.
Donner à manger. Ce qu’on peut, régulièrement, sans photographies.
Aider un homme à remplir ses papiers, parce que l’administration écrase d’abord ceux qui lisent mal.
Réparer ce qui est cassé chez ceux qui ne peuvent pas payer un artisan.
Aucune de ces choses ne renversera le capitalisme. Toutes disent, mieux que cent pages, ce que nous ferions si nous avions les moyens de faire davantage.
Et c’est ainsi qu’on nous reconnaîtra, ou qu’on ne nous reconnaîtra pas.
On ne suit pas un mouvement parce qu’il a raison — nous avons connu des gens qui avaient raison et que personne n’a suivis. On le suit parce qu’il était là.
Festum finitum est.
La fête est finie pour ceux qui la faisaient payer par d’autres. Elle commence pour ceux qui n’y ont jamais été invités.