PRÉAMBULE
Les mouvements fondés sur les travailleurs n’ont presque jamais été détruits par leurs ennemis. Ils ont été perdus de l’intérieur — par des directions qui, sans jamais renier un seul texte, ont conduit en trente ans leur organisation à défendre le contraire de ce pour quoi elle avait été fondée.
Cela s’est fait sans vote de rupture, sans congrès de reniement, sans qu’aucun homme ait eu à signer la trahison. Par des alliances, des concessions, des silences et des glissements dont personne ne fut jamais comptable.
La présente charte existe pour que cela ne puisse pas nous arriver.
Elle ne dit pas ce que le Mouvement doit faire : cela relève de sa doctrine, qui vit et se corrige. Elle dit ce qu’il ne peut jamais cesser d’être.
TITRE I — FONDATION
Article 1
Le Mouvement Christiano-Communiste Français a pour but l’installation en France d’un régime socialiste, et à terme du communisme, sur fondement chrétien.
Article 2
Aucune doctrine, décision, alliance, publication ou pratique du Mouvement ne peut contredire les articles de la présente charte.
Toute disposition contraire est nulle de plein droit, sans qu’aucune instance ait à le déclarer.
TITRE II — PRINCIPES ÉCONOMIQUES INTANGIBLES
Article 3
Le Mouvement exige que les grands moyens de production et les secteurs stratégiques reviennent à la nation.
Il ne peut renoncer à cette exigence, ni la différer indéfiniment, ni la réduire à une participation symbolique.
Article 4
Le Mouvement exige que le métier soit administré par les corporations, composées des travailleurs eux-mêmes : qualifications, formation, conditions de travail, normes de branche, discipline professionnelle.
Il tient que la direction de l’économie appartient à la nation. Les corporations n’arbitrent pas entre les branches, ne fixent pas les prix et ne disposent pas de la monnaie.
Le Mouvement ne peut ni vider les corporations de leur pouvoir sur le métier, ni leur transférer la direction de l’économie, ni les placer sous la tutelle d’un parti.
Article 5
Le Mouvement refuse l’usure.
Il exige que le crédit relève d’une banque publique et ne se vende pas contre intérêt. Il ne peut soutenir aucune mesure qui rétablisse le prêt à intérêt sous quelque forme que ce soit.
Article 6
Lorsque l’intérêt de ceux qui travaillent et celui de ceux qui possèdent s’opposent, le Mouvement tient le premier pour supérieur.
Il admet qu’une entreprise qui ne couvre pas ses coûts cesse son activité : c’est un fait économique, et nul n’est tenu de produire à perte.
Mais il ne peut soutenir la fermeture, la délocalisation ou le démantèlement d’une entreprise qui couvre ses coûts, au seul motif qu’un capital rapporterait davantage ailleurs.
Aucune urgence, aucune crise, aucune nécessité ne peut être invoquée pour inverser cet ordre.
Article 7
Aucune doctrine du Mouvement ne peut aller à l’encontre de la propriété personnelle.
Seuls les moyens de production et les terrains peuvent être socialisés. Le logement, l’épargne, les biens d’usage et ce qu’un homme tient de son travail n’entrent dans aucun cas dans ce périmètre.
Hors des grandes entreprises et de ce qui touche à la sécurité de l’État, la socialisation n’est jamais obligatoire. Elle procède du consentement, et celui qui la refuse ne subit aucune conséquence pour ce refus.
TITRE III — FONDATION MORALE ET NATIONALE
Article 8
Le Mouvement tient que la morale commune de la France est chrétienne dans son fondement, et il la défend comme telle.
Il ne peut imposer aucune contrainte de foi à quiconque, ni exiger qu’une telle contrainte soit imposée dans la nation. Le Christ ne convertit pas par la force, et nous ne le ferons pas davantage.
Article 9
Le Mouvement ne peut consentir à ce que la souveraineté de la France soit déléguée à une puissance extérieure, quelle qu’elle soit et sous quelque forme que ce soit.
TITRE IV — INTERDICTIONS
Article 10
L’analyse du Mouvement est une analyse de classe.
Le Mouvement peut constater tout fait, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne et quel qu’en soit l’inconfort : constater n’est pas expliquer.
Mais il ne peut adopter ni la race, ni l’origine, ni la génération, ni aucune appartenance identitaire comme principe explicatif de la situation d’un homme ou d’un peuple. La cause qu’il assigne est économique et sociale.
Article 11
Aucun combat culturel ne peut prendre la place de la question de la propriété.
Le Mouvement peut mener des combats moraux et culturels ; il ne peut jamais les substituer à la lutte pour la propriété des moyens de production, ni les invoquer pour la différer.
Article 12
Aucune orientation sexuelle ne fonde une politique publique, une revendication collective ni une catégorie d’analyse.
Elle relève de la vie privée, et l’État n’a rien à y voir. Nul ne peut s’en prévaloir pour obtenir quoi que ce soit, ni en être inquiété.
Article 13
Le Mouvement ne reconnaît pas la distinction entre le sexe et le genre.
Il tient qu’il existe deux sexes — l’homme et la femme — et que le genre n’en est qu’un autre nom.
Il ne reconnaît pas la théorie du genre : ni comme science, ni comme fondement d’une politique publique, ni comme contenu d’enseignement.
Les anomalies du développement sont des malformations. Elles ne constituent pas un troisième sexe.
Article 14
Le Mouvement ne conclut aucun front permanent ni programme commun avec une organisation plus grande que lui.
Les alliances sont ponctuelles. Chacune a un objet défini et une date de fin écrite. Le Mouvement y conserve son nom, sa doctrine, sa caisse et sa liberté de parole.
TITRE V — GARANTIES
Article 15 — Intangibilité
La présente charte n’est pas révisable. Il n’existe aucune procédure de révision, de suspension ou de dérogation, en aucune circonstance et par aucune instance.
Article 16 — Des fonctions
Aucune fonction dans le Mouvement ne procure d’avantage matériel. Ni rémunération supérieure, ni logement, ni véhicule, ni préséance, ni privilège d’aucune sorte. Une charge ne donne que du travail.
Celui qui rend sa charge au terme est honoré à l’égal de celui qui l’a exercée. Quitter une fonction n’est pas une chute.
Tout est public. Les délibérations, les votes nominatifs, les nominations, les comptes. Aucune décision du Mouvement ne peut être soustraite à la connaissance de ses membres.
Et quiconque exerce une charge en rend compte de vive voix, à intervalle fixe, devant ceux qui l’ont élu — de ce qu’il a fait et de ce qu’il a manqué.
On ne rend pas les hommes bons. On leur ôte l’obscurité, et l’on retire tout profit à la convoitise. Le reste relève de leur conscience, et nous n’y pouvons rien.
Article 17 — Sanction
Quiconque soumet officiellement au vote d’une instance du Mouvement une mesure contraire à la présente charte est démis de plein droit de toutes ses fonctions, et devient inéligible à toute responsabilité pour une durée fixée par le règlement intérieur.
La sanction s’attache à l’acte de proposer, non à l’opinion exprimée. On peut tout discuter dans le Mouvement. On ne peut pas tout mettre aux voix.
Article 18 — Constatation
La Colonne de Lys constate la violation et convoque le Conseil national, qui statue.
Article 19 — Défaillance du Conseil national
Si le Conseil national avalise une mesure contraire à la présente charte, la Colonne de Lys dissout le Comité central et l’ensemble des instances élues.
Le processus démocratique reprend intégralement : nouvelles élections à tous les échelons, des conseils cellulaires au Conseil national.
Article 20 — Le nom
Le nom, le sigle et les emblèmes du Mouvement sont détenus au nom de la présente charte.
Toute instance qui la viole perd le droit de s’en réclamer, quelle que soit sa position dans le Mouvement et quel que soit le nombre de ceux qui la suivent.
Article 21 — Recours ultime
Si le Conseil national et la Colonne de Lys sont défaillants ensemble, un tiers des membres convoque lui-même un congrès extraordinaire.
Cette convocation ne requiert l’accord d’aucune instance et aucune ne peut s’y opposer. Elle est valable du seul fait des signatures. Toute instance qui tente de l’empêcher, de la retarder ou d’en écarter des membres est démise de plein droit.
Les membres qui l’ont convoqué élisent parmi eux ceux qui portent l’accusation.
Le congrès est à charge. Les instances mises en cause y comparaissent, répondent des faits qui leur sont reprochés, et ne le président pas.
Le congrès ne vote pas. Il établit. Il expose les manquements, entend les réponses et arrête les faits.
Les mesures contraires à la présente charte qu’il constate sont nulles de plein droit, du seul fait du congrès.
Le vote appartient au Mouvement entier. Dans la semaine qui suit le congrès, tous les membres sont appelés à se prononcer, où qu’ils se trouvent, sur une seule question :
Le processus démocratique doit-il reprendre intégralement ?
Si le Mouvement le décide, toutes les instances tombent et de nouvelles élections ont lieu à tous les échelons, des conseils cellulaires au Conseil national. Ceux qui sont restés fidèles conservent la charte, le nom et les emblèmes.
S’il ne le décide pas, ceux qui l’ont invoqué n’ont aucun droit sur le nom.
Le congrès instruit. Le Mouvement tranche. Un tiers des membres peut forcer la question — il ne peut pas y répondre à la place de tous.
ARTICLE FINAL
Cette charte ne protège pas le Mouvement de ses ennemis. Elle le protège de lui-même.
Elle n’empêchera pas un homme de vouloir la trahir. Elle l’oblige seulement à le faire en son nom, publiquement, et à en répondre.
Un mouvement se perd toujours de la même façon : quand personne n’a plus à signer ce qu’il abandonne.