CLASSIFICATION // Dossier

Anatomie du capital

DATE: 10.09.2026
TEMPS_LECTURE: 5_MIN
Emblème du MCCF — rubrique Dossiers
SCAN_ACTIF
LIEN_SOURCE_VISUELLE

I. QUI POSSÈDE LA FRANCE

La moitié du CAC 40 n’est plus française

Au 31 décembre 2024 :

Capitalisation totale du CAC 402 165 Md€
Détenue par des non-résidents1 083 Md€ — soit 50 %
Évolution sur un an+0,5 point

Et ce n’est pas une moyenne trompeuse. Société par société :

Dix-neuf des trente-cinq sociétés résidentes du CAC 40 sont détenues à plus de 50 % par des non-résidents. La majorité de nos plus grandes entreprises appartient majoritairement à l’étranger.

D’où viennent ces propriétaires

OriginePart de la détention étrangère
Zone euro39,5 %
États-Unis36,6 %et cette part croît depuis 2020
Reste du monde~24 %

Soit environ 396 Md€ du capital du CAC 40 détenus depuis les États-Unis.

Et ce ne sont pas des industriels

92,9 % de ces détentions sont des placements de portefeuille, non des investissements directs.

Ce ne sont pas des entrepreneurs qui viennent construire quelque chose en France. Ce sont des gestionnaires d’actifs qui détiennent une ligne dans un portefeuille, et qui la vendront le jour où une autre rapportera davantage. Ils ne connaissent ni les usines, ni les hommes, ni le pays.


II. OÙ VA LE PROFIT

Les chiffres bruts

Exercice 2024, sociétés du CAC 40 :

Montant
Bénéfice net cumulé129 à 131 Md€ (−12,4 % sur un an)
Reversé aux actionnaires98,2 Md€ — record absolu
dont dividendes72,8 Md€
dont rachats d’actions25,5 Md€

Le ratio qui résume tout

98,2 milliards distribués sur 129 milliards de bénéfice net : environ 76 % du profit part aux actionnaires.

Trois euros sur quatre.

Et la tendance

AnnéeReversé aux actionnaires
202169,4 Md€
202397,2 Md€
202498,2 Md€

+40 % en trois ans.

Les trois premiers redistributeurs en 2024 : TotalEnergies 14,5 Md€, LVMH 6,8 Md€, Stellantis 6,7 Md€.

Ce qui sort du pays

La moitié du capital étant détenue par des non-résidents, il faut en tirer la conséquence arithmétique :

Sur les 98,2 milliards versés aux actionnaires du CAC 40 en 2024, de l’ordre de 49 milliards quittent la France. Chaque année. Sans contrepartie productive, puisque ce sont des placements de portefeuille.

Sur dix ans, à ce rythme : environ un demi-billion d’euros.

Ce chiffre est un ordre de grandeur, calculé en appliquant le taux de détention étrangère aux distributions. Il ne tient pas compte des conventions fiscales ni des flux de retour. À affiner, mais l’ordre de grandeur est solide.


III. LA CONTRADICTION CENTRALE

Voici le cœur du dossier, et il tient en trois lignes mises côte à côte.

Le taux de marge est élevé

32,2 % en 2024 pour les sociétés non financières — au-dessus de la moyenne d’avant-crise, qui était de 30,7 % entre 2009 et 2019.

Les entreprises françaises ne sont donc pas pauvres. Elles dégagent plus de marge qu’avant la crise.

La redistribution bat des records

98,2 Md€, jamais atteint.

Et l’investissement s’effondre

La même année 2024 :

PosteÉvolution
Investissement des entreprises non financières−2,2 %
Investissement en biens d’équipement−10,4 %
Investissement en construction−5,8 %
Taux d’autofinancement87 %, au plus bas depuis 2012

Ce que cela signifie

La même année, les mêmes entreprises ont dégagé une marge supérieure à celle d’avant la crise, versé un record absolu à leurs actionnaires, et réduit de plus de dix pour cent leurs achats de machines.

Ce n’est pas une crise de rentabilité. C’est un arbitrage.

L’argent existait. Il n’est pas allé dans l’outil : il est allé dans la poche du détenteur — dont la moitié n’habite pas ce pays.

Voilà l’anatomie du capital français en une phrase : une machine qui produit encore beaucoup, qui distribue les trois quarts de ce qu’elle produit, qui en envoie la moitié à l’étranger, et qui cesse de se renouveler.

Et c’est exactement la baisse tendancielle décrite au chapitre I du manifeste, dans sa forme moderne : quand le rendement financier bat le rendement industriel, on cesse d’investir dans l’industrie.


IV. CE QUE CELA CHANGE POUR LE PROGRAMME

Ce que rapporterait la socialisation

Sur le seul CAC 40 :

Bénéfice net 2024129 Md€
49 % revenant à la nation≈ 63 Md€ par an

Et le seuil du programme retient environ 287 entreprises, non quarante. Le montant réel sera donc sensiblement supérieur — il reste à établir.

Comparaison utile : l’impôt sur les sociétés rapporte aujourd’hui de l’ordre de 60 Md€ pour l’ensemble des entreprises françaises. Les 49 % sur le seul CAC 40 font déjà mieux, sans déclaration, sans contrôle et sans optimisation possible.

Ce que la socialisation arrête

Elle n’arrête pas le profit — elle arrête sa fuite. Les 49 milliards qui quittent le pays chaque année cessent de partir, et redeviennent de l’investissement, des salaires et des services.

L’argument de terrain

Il est prêt et il tient en trois chiffres :

La moitié de nos plus grandes entreprises appartient à l’étranger. Elles ont versé quatre-vingt-dix-huit milliards à leurs actionnaires en 2024, un record. Et la même année, elles ont acheté dix pour cent de machines en moins.

On vous dit qu’il n’y a pas d’argent pour les hôpitaux. Il y en avait pour cela.