Le temps de travail et la retraite
Le temps de travail est un enjeu moral, non une variable d’ajustement technique. L’État ne peut pas brûler les hommes pour la productivité. À chaque jour suffit sa peine.
Mais on ne réduit pas le travail pendant qu’on rebâtit le pays.
Phase 1 — Reconstruction
Aucune réduction du temps de travail. L’appareil industriel doit être reconstruit, modernisé, porté à la pointe. Cette phase demande plus d’effort, pas moins, et nous le disons franchement.
Phase 2 — Restitution
Priorité à la retraite :
| Étape | Retraite | Semaine |
|---|---|---|
| Premier palier | 60 ans | 35 → 32 h |
| À terme | 55 ans | 32 h |
Nous choisissons de rendre des années de vie plutôt que des heures de semaine. C’est un arbitrage, et il est assumé : on ne peut pas faire les deux à la fois.
L’âge de départ dépend du métier
Un homme du bâtiment ne s’use pas comme un homme de bureau. L’âge de départ est modulé par la corporation de branche, sur critères objectifs : port de charges, travail de nuit, températures extrêmes, postures pénibles, exposition chimique.
Ceux du métier décident de ce qui use dans leur métier — pas un décret parisien.
L’arithmétique, écrite noir sur blanc
Nous ne promettons pas ce que nous ne pouvons pas tenir. Réduire la semaine et abaisser la retraite et garantir trois ans de congé parental retirerait plus de la moitié du volume d’heures travaillées du pays. Il faudrait plus que doubler la productivité horaire — la France en gagne 1 % par an aujourd’hui.
Notre trajectoire suppose environ +50 % de productivité horaire sur vingt ans, soit 2 % par an. C’est ambitieux, la France l’a fait pendant les Trente Glorieuses, et cela repose sur l’automatisation, la modernisation intégrale de l’appareil productif et le plein emploi.
Chaque palier est conditionné à l’atteinte effective de ces gains. Nous annonçons une méthode, pas une promesse.
Pour référence, le passage de 39 à 35 heures a créé de l’ordre de 350 000 emplois (DARES). L’effet est réel et mesuré.
Le but est l’éradication du chômage.
La contrainte que nous ne cachons pas
Les gains de productivité viennent de l’industrie — qui emploie un travailleur sur dix. Le soin, la santé, l’éducation, la petite enfance ne s’automatisent pas, et représentent une part croissante de l’emploi. C’est là qu’est la difficulté réelle, et elle fixe le rythme.
Le congé parental de trois ans coûte des heures aujourd’hui et en rapporte dans vingt ans : c’est un investissement démographique, pas une dépense.
Le travail, le mérite et le renvoi
Une précision que nous ne laisserons à personne le soin de déformer.
Le licenciement pour insuffisance existe, et il existera. Celui qui ne fait pas ce pour quoi il est payé, qui bâcle, qui laisse les autres porter sa part, sera renvoyé. Il retrouvera du travail — il y en aura pour tous — mais il ne gardera pas celui-là.
Nous sommes du côté des travailleurs. Nous ne sommes pas du côté du travailleur qui a tort.
Et c’est l’inverse exact de ce qu’on nous prêtera. Dans un pays où l’on ne peut plus se distinguer par la naissance, par l’héritage, par la bourse ou par le carnet d’adresses, il ne reste qu’une seule façon de monter : faire bien son travail.
On a détruit le mérite en France par les deux bouts — en laissant se transmettre les places par le haut, et en cessant d’exiger quoi que ce soit par le bas. Nous rétablissons les deux en même temps. La vraie méritocratie n’est pas celle où les meilleurs sont récompensés : c’est celle où le travail bien fait est la seule monnaie qui reste.
Et ceux qui ne peuvent pas travailler
Le malade, l’infirme, celui que l’esprit a quitté, le très vieux : ils sont couverts intégralement, sans avoir à le demander comme une faveur.
La honte est pour celui qui peut et ne veut pas. À celui qui voudrait et ne peut pas vont l’amour et la compassion — et nous n’aurons pas la prétention de faire le tri entre les deux, car nul ne sait ce qui se passe dans un homme.
Un homme ne vaut pas parce qu’il sert. Il vaut parce qu’il est aimé. Cette phrase ne vient pas de l’économie, et c’est pourquoi elle doit figurer dans un texte économique.
Les salaires
Le socialisme n’est pas le nivellement par le bas. Le communisme est notre horizon ; le socialisme, lui, rémunère chacun selon son apport à la société. Les écarts fondés sur la quantité et la qualité du travail socialement utile subsistent.
La « smicardisation » et le tassement des écarts au nom d’un égalitarisme mal compris n’ont profité qu’au grand patronat : jeter des miettes aux plus bas salaires tout en cessant de rémunérer la qualification. Un ingénieur payé à peine au-dessus d’un SMIC bas, voilà le résultat de la fausse gauche.
Grille nationale par branche, établie par les corporations et les syndicats, validée par l’État. Aucun plafond autoritaire et universel : l’échelle résulte de la concertation.
L’emploi
Autorisation préalable de licenciement économique, accordée sur preuve de la nécessité. Une entreprise non déficitaire ne peut pas licencier pour motif économique.
L’objectif est une société où l’on quitte un emploi et où l’on en retrouve un immédiatement.
Avec le plein emploi et un salaire minimum décent, les dispositifs compensatoires — RSA, prime d’activité, aides d’urgence — perdent leur objet et disparaissent. Sont maintenues et relevées les prestations aux personnes que la santé, le handicap ou la formation empêchent de travailler.